« Jamais le courant écologiste ne s’est autant égaré dans de multiples impasses »
Tribune
Par Simon Charbonneau
Publié le 12/04/2021 à 18:22
Simon Charbonneau, militant écologiste de longue date et spécialiste de droit en environnement, déplore la trajectoire de ses camarades.
Depuis que la « propagande verte » a envahi l’espace public, colonisant de différentes manières la politique, la culture et même l’économie alors que paradoxalement, le contexte écologique mondial continue à se dégrader à une vitesse incroyable par rapport aux mutations lentes des temps géologiques, jamais le courant écologiste ne s’est autant égaré dans de multiples impasses.
Sans compter les nombreux signes de dévastation qui rendent déjà les conditions de vie difficiles pour les hommes comme pour tous les êtres vivants à travers le monde, dont en particulier celles relatives à l’eau potable, se manifeste de plus en plus l’emprise néfaste de la technologie sur l’existence humaine comme le montre très bien la publication récente de l’ouvrage de Neil Postman, Technopoly.
L’HOMME RESTE UN ANIMAL
Or, cette emprise a un sens profond, à savoir la négation de l’identité naturelle de l’homme ! Faut-il rappeler que l’homme est un animal, même raté comme le prétend Pierre Jouventin ? Les anciens savaient par expérience néanmoins distinguer le corps de l’esprit, une distinction remise en question par la tendance moderne au syncrétisme ! De multiples auteurs comme Lafontaine ont écrit des pages inoubliables sur notre proximité avec les animaux qui nous éclairent encore aujourd’hui sur nos comportements tant alimentaires que sexuels.
Comme l’actualité nous en informe chaque jour, aussi haut que nous sommes situés dans la hiérarchie sociale, nos instincts animaux sont toujours là, qu’il s’agisse de la faim, de nos pulsions sexuelles ou, en particulier pour les mâles, de nos comportements de prédateurs particulièrement manifestes en haut lieu. En fait, contrairement à nos croyances progressistes, nous, hommes comme femmes, comme Einstein l’avait déjà dit à propos de la bombe atomique, avons peu évolué par rapport à nos origines !« Ces dérives se réclament de l’écologie alors qu’elles en sont la négation »
Or, ce constat pourtant évident est remis en question aujourd’hui dans une société en voie de mondialisation où les humains sont de plus en plus coupés de la nature et de leur condition naturelle à cause de son artificialisation croissante. Le poids croissant de la vie urbaine dans l’existence de chacun de nous explique certainement cette évolution, un constat manifeste lorsque l’on retourne vivre à la campagne !
Nous ne savons plus nous déplacer en marchant car nos jambes ne sont pas assez rapides pour suivre le rythme endiablé de notre société. Nous ne savons plus d’où vient notre alimentation, ni de quoi elle est composée ! Nous sommes inondés d’informations et d’images diffusées par les médias mais nous ne savons pas distinguer une hirondelle d’un pigeon, ni une source d’eau claire d’un rejet d’eau de pluie ! Par contre, nous sommes capables de distinguer les différents types de téléphones portables et de marques de voitures !
RADICALITÉ SANS BOUSSOLE
De là, les manifestations actuelles d’égarement d’ordre intellectuel et moral que l’on peut constater dans certains courants idéologiques du mouvement écologiste à la recherche d’une radicalité sans boussole. Ces courants ont tous en commun non seulement une méconnaissance de la nature, mais en plus une certaine tendance à l’anthropomorphisme ; qu’il s’agisse de la théorie dite « du genre » refusant la distinction entre hommes et femmes, du courant idéologique dit « antispéciste » * refusant celle entre l’homme et l’animal ou pire encore, du véganisme amalgamant le fait de manger des produits animaux avec l’anthropophagie. Fait partie également de ce courant, celui des naturalistes anti-chasse qui exploite les abus de la chasse pour en faire une cause participant à la crise écologique.
Toutes ces dérives se réclament paradoxalement de l’écologie alors qu’elles en sont la négation dans la mesure où elles justifient l’artificialisation croissante de la nature humaine. Refuser de porter des produits d’origine animale comme par exemple des vêtements de cuir ne peut conduire qu’à utiliser ceux provenant des énergies fossiles ! Fondées sur des réactions purement émotionnelles refusant toutes formes de raisonnement et de culture, elles alimentent paradoxalement des courants idéologiques pervers comme ceux du transhumanisme.
Tout cela prouve en tous les cas une chose. En nos temps de déréliction où règne une certaine confusion mentale dans de nombreux domaines, la priorité que devraient se donner les résistants à la destruction du monde est d’abord celle de la réflexion avant toute forme d’action. La situation écologique du monde est suffisamment dramatique aujourd’hui pour justifier cette démarche à la fois personnelle et collective.
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Par Simon Charbonneau
Les nouvelles radicalités : l’antispécisme, une religion qui s’ignore
Série d’été
Par Laurent Ottavi
Publié le 10/08/2019 à 13:00
https://www.marianne.net/societe/l-antispecisme-une-religion-qui-s-ignore
Ils militent contre la « discrimination » arbitraire entre l’homme et les « autres animaux ». Le bien, aux yeux des antispécistes, justifie les moyens. Notamment toutes les maltraitances de la langue française.
Cet article est à retrouver dans le magazine numéro 1169, « Castaner, le copain de l’intérieur »
Rien qu’à l’entendre, le mot rebute. L’« antispécisme » est typique des codes choisis par les « minorités » en tout genre. Il en est le produit presque chimiquement pur.
Un anglicisme, bien sûr, au préfixe qui désigne immédiatement l’ennemi « animalophobe ». Un axe, aussi, autour duquel s’ordonne une ribambelle de concepts creux et sociologisants. La discrimination n’est plus l’art de discerner ; elle est une atteinte à l’intégrité. L’éthique n’est plus liée à la morale par son étymologie ; elle est une arme contre les mœurs héritées d’une civilisation. La République n’est plus la chose publique ; elle est cette divinité qui flotte dans l’éther au-delà des frontières géographiques et du vivant.
RELIGION ET CROYANCE
Tout se passe comme si l’intoxication linguistique était un passage obligé de la « guerre culturelle ». A moins qu’elle ne soit un masque qui dissimule le vide de la pensée.
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Par Laurent Ottavi