La guerre secrète de Philip Morris contre l’OMS et les experts de la lutte antitabac
Le plus grand cigarettier de la planète a créé une fondation pour lever les entraves au lobbying de l’industrie et promouvoir ses alternatives à la cigarette.
Par Stéphane HorelPublié le 14 avril 2021 à 06h00 – Mis à jour le 14 avril 2021 à 09h47
Temps de Lecture 17 min.

« Traître », « vendu », « prise de guerre »… Les mots s’entrechoquent dans la tête de Derek Yach tandis qu’il débarque à l’aéroport de Genève en provenance de New York. En ce jour de septembre 2015, le Sud-Africain, expert en santé publique mondialement reconnu, a voyagé en classe affaires, mais il se sent comme un criminel en cavale.
Il s’en veut, il aurait pu mettre un chapeau à large bord pour dissimuler son visage, raconte-t-il dans ses Mémoires, où il assume le tournant que prend alors sa carrière (Project Unthinkable, Barlow Publishing, 2018, non traduit). « Et si… oh, mon Dieu… » Et si le chauffeur dépêché pour le conduire jusqu’à Lausanne tenait une pancarte « PMI-Derek Yach » ? Un coup d’œil furtif dans le hall des arrivées. Ouf ! Personne de sa connaissance.
Dans cette ville, pendant presque dix ans, Derek Yach a dirigé l’Initiative pour un monde sans tabac de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Lui qui se voit en « rockstar de la lutte antitabac » a été l’un des principaux architectes d’un traité international historique qui bloque l’accès du lobby du tabac aux décideurs publics. C’est ce même homme qui, ce jour-là, a rendez-vous au siège du plus grand cigarettier de la planète : Philip Morris International (PMI).
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Les deux heures dans le bureau du PDG, André Calantzopoulos, filent à la vitesse de l’éclair. Dans son costume « parfaitement ajusté », M. Calantzopoulos, « l’ennemi public n° 1 » des champions de la santé publique, parle de transformation de son secteur, de « réduction des risques liés au tabagisme »,d’avenir sans fumée. Derek Yach le croit.
Deux ans plus tard, en septembre 2017, l’industrie du tabac organise une conférence dans les salons cinq étoiles de l’hôtel InterContinental New York Barclay, aux Etats-Unis. Derek Yach y annonce la création de la Fondation pour un monde sans fumée (Foundation for a Smoke-Free World) dont il a accepté de prendre la présidence. Intégralement financée par Philip Morris à hauteur de 80 millions de dollars (67,22 millions d’euros) pendant douze ans, soit près de 1 milliard de dollars (840 millions d’euros), l’organisation philanthropique a pour objet de « mettre fin au tabagisme en une génération ». Le pactole est en grande partie destiné à financer de la recherche « indépendante ».
Forcer les portes
Derek Yach l’assure en effet : les statuts de la fondation, son but non lucratif et les règles d’attribution de ses subventions interdisent à Philip Morris de participer à sa gouvernance, à ses décisions, ses stratégies ou ses activités.
Mais l’enquête menée par Le Monde et The Investigative Desk à partir de documents internes, de formulaires fiscaux, d’une procédure judiciaire et d’analyses de chercheurs des universités de Bath (Royaume-Uni) et de Californie (Etats-Unis) démontre pour la première fois que cette coûteuse entreprise de relations publiques sert avant tout les intérêts de la firme. Drapée dans ses atours d’indépendance, la Fondation pour un monde sans fumée vise en réalité à forcer les portes que Derek Yach a lui-même fermées avant, écrit-il dans son livre, de « basculer du côté obscur de la force ».
En 2001, le Sud-Africain pilote encore l’Initiative pour un monde sans tabac de l’OMS en tant que directeur exécutif chargé des maladies non transmissibles et de la santé mentale. Les négociations menées sous l’égide de l’organisation internationale progressent bien. Sous peu, une Convention-cadre pour la lutte antitabac condamnera les industriels du secteur au rôle de parias dans le monde entier. Dans un discours prononcé dans son pays natal, Derek Yach vilipende les « fabricants de tabac et leurs organisations-écrans », leurs tentatives de « sabotage » des discussions, leurs ruses et leur chantage « à l’emploi et à la pauvreté » pour dissuader les dirigeants des pays en développement d’y adhérer
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Selon les termes du traité, adopté en 2003, il existe « un conflit fondamental et inconciliable » entre la santé publique et « les intérêts de l’industrie du tabac », dont les produits ont causé la mort de 100 millions de personnes au cours du XXe siècle.
A partir de 2006, les gouvernements doivent impérativement préserver leurs politiques de santé publique de l’ingérence de l’industrie, stipule l’article 5.3. Difficile désormais, pour les cigarettiers, de déployer leur lobbying s’ils sont bannis de la table des discussions. D’autant plus que la Convention-cadre compte aujourd’hui 182 pays signataires. Soit la quasi-totalité de la planète.
Le business de la nicotine high-tech
Or, en une dizaine d’années, les ventes globales de cigarettes ont baissé de 20 % dans les pays à hauts revenus, leur principal marché. Alors, sans toutefois renoncer à leur fonds de commerce, les principales firmes ont investi sur la nicotine high-tech.
Le business de la cigarette électronique, apparue en 2009, est dominé par les cigarettiers qui ont progressivement racheté les petits fabricants. La maison mère de Philip Morris USA, Altria, a ainsi acquis 35 % de Juul Labs, leader aux Etats-Unis, auquel les autorités américaines reprochent d’avoir créé une « épidémie » de vapotage chez les jeunes à force de marketing agressif.
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Depuis 2014, le fabricant des Marlboro mise surtout sur son IQOS, un dispositif qui exploite la technologie du heat not burn : chauffées sans aller jusqu’à la combustion, les Heets, des minicigarettes de tabac, émettent entre 90 % et 95 % moins de composants nocifs que la fumée de cigarette, assurent ses propres études. Avec son design futuriste et ses sticks-recharges rappelant la cigarette, l’IQOS, présenté dans des boutiques aux faux airs d’Apple Store, se vend dans soixante-quatre pays et génère près de 6 milliards d’euros par an, soit près d’un quart du chiffre d’affaires de la multinationale.
« Il reste beaucoup de questions sans réponse sur les produits alternatifs à la cigarette. Mais les travaux de recherche nécessaires pour y répondre ne doivent pas être financés par les cigarettiers », estime l’OMS
Un « avenir sans fumée », garantit Philip Morris, qui articule sa propagande commerciale autour de ce slogan. Monté en première ligne pour défendre cette position acrobatique, son PDG, André Calantzopoulos, va jusqu’à promettre de rendre la cigarette « obsolète » d’ici « dix à quinze ans ». C’est en parlant de « réduction des risques liés au tabagisme » (« tobacco harm reduction », ou THR), leur point de convergence, qu’il a convaincu Derek Yach de sa démarche.
Importée de la lutte contre la toxicomanie, cette approche pragmatique incite les fumeurs invétérés à employer des substituts – e-cigarette ou tabac chauffé – pour obtenir leur « dose » de nicotine. Un moindre mal, arguent les partisans de la réduction des risques, qui affectionnent cette vieille formule : « Les gens fument pour la nicotine, mais c’est du goudron qu’ils meurent. » Pour mieux vendre ses nouveaux produits, Philip Morris a fait de la réduction des risques son credo et son argument de marketing.
« Revenir à la table des négociations »
L’OMS n’est pas dupe de cet usage des concepts de santé publique. Sa Convention-cadre pour la lutte antitabac fait aussi barrage aux produits électroniques du cigarettier. Les autorités américaines ont beau lui avoir accordé le statut de « produit de tabac à risque modifié » en 2020, l’IQOS doit faire l’objet d’une surveillance. Quant à l’OMS, qui donne le la pour le reste du monde, elle désapprouve l’usage des produits alternatifs.
Emissions toxiques, présence de nicotine au fort potentiel addictif, absence de recul suffisant pour mesurer de possibles effets nocifs : « Il reste beaucoup de questions sans réponse, estime-t-elle, mais les travaux de recherche nécessaires pour y répondre ne doivent pas être financés par les cigarettiers. »
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« Des positions véritablement anachroniques », déplore le PDG de Philip Morris.« S’ils changeaient un tout petit peu leur point de vue, estimait André Calantzopoulos en février 2021, nous pourrions connaître une accélération majeure. » Or plusieurs documents internes de la firme indiquent que la Fondation pour un monde sans fumée a justement été conçue pour modifier ce « point de vue » et ouvrir une brèche dans la Convention-cadre.
Deux documents stratégiques confidentiels de 2014, révélés par une enquête de l’agence Reuters en 2017, dépeignent une firme en quête d’outils pour lutter contre sa « dénormalisation » et sa « diabolisation ». Parmi eux figurent les produits à « risques réduits », comme l’IQOS. Philip Morris, dont le commerce tue plus de la moitié de ses clients selon les statistiques de santé publique, souhaite se positionner « comme un indispensable partenaire de confiance, à la tête de son secteur, qui apporte des solutions ». Mais pour y parvenir, il lui faudrait « être“pour” quelque chose » et « établir une plate-forme positive et proactive ».
Dans la liste des tactiques envisagées : « Amplifier la voix des partisans de la “réduction des risques” » contre celle des “prohibitionnistes”. » Il est clairement décidé de : « a. Installer le concept de réduction des risques comme politique publique légitime dans la réglementation du tabac. b. Asseoir la légitimité des fabricants de tabac à faire partie du débat réglementaire sur les “produits à risques réduits” (“partie de la solution”). » Et pour tout cela, Philip Morris a besoin de « trouver des alliés qui ne peuvent être ignorés » : des « messagers crédibles ». Comme Derek Yach ?
En septembre 2017, ses anciens compagnons de lutte du mouvement antitabac ressentent l’annonce surprise de la défection de ce dernier et la création de la fondation comme un « coup de poing au ventre », comme l’écrit un groupe de chercheurs reconnus sur le site de Tobacco Control, la principale revue scientifique couvrant le domaine. Parmi eux, Ruth Malone, sa rédactrice en chef. « Accéder à la Convention-cadre et se débarrasser de l’article 5.3 qui entrave leur capacité à influencer les décideurs politiques » : voilà le véritable objectif de Philip Morris, estime-t-elle, interrogée par Le Monde.
Pour la professeure au département des sciences sociales et comportementales de l’université de Californie à San Francisco, qui aime manier l’ironie, les cigarettiers « veulent pouvoir revenir à la table des négociations et dire : nous faisons partie de la solution car, bien plus que les acteurs de santé publique, nous nous inquiétons du sort des gens que nous avons rendus accros à nos produits mortellement addictifs ».
Avalanche de protestations
Une avalanche de protestations accueille la naissance de la fondation. « Pot-de-vin de 1 milliard de dollars », déplore l’Union internationale contre la tuberculose et les maladies respiratoires, une organisation scientifique historique. « Nouveau rebondissement dans le manuel stratégique mortel de l’industrie du tabac », avertit l’American Cancer Society qui met en garde contre la tentation, « contraire à l’éthique », de prendre l’argent facile de la fondation, « gagné sur la première cause de décès évitables dans le monde ».
Plus de 400 organisations de santé publique, universités, instituts de recherche et revues scientifiques ont depuis lors annoncé refuser toute subvention de la fondation, considérée par les doyens des principales écoles de santé publique d’Amérique du Nord comme un « financement de l’industrie du tabac ».
Les mots les plus durs viennent de l’OMS. Toute collaboration avec la fondation, déclare le secrétariat de la Convention-cadre, « constituerait une violation manifeste de l’article 5.3 ». Un paragraphe peu amène est réservé à Derek Yach. Par courriel, l’OMS enjoint à son ancien directeur exécutif de supprimer du site de la fondation toute mention de son rôle dans la genèse du traité, fruit d’un « travail d’équipe », dont il n’est pas l’« unique architecte ».
Dans un texte publié en mai 2020, en écho aux documents stratégiques internes et aux propos du PDG de Philip Morris, Derek Yach, lui, décrit désormais la Convention-cadre comme « figée dans le temps », et nécessitant une « modernisation ». « Devenu un obstacle au changement », l’article 5.3 « perpétue le statu quo », et les gouvernements, insiste-t-il, « doivent s’engager dans un dialogue soutenu avec les industriels du tabac pour accélérer leur transformation ». Les cigarettiers, plaide dorénavant la « rockstar » déchue de la lutte antitabac, font partie de la solution, et non du problème – 7 millions de morts chaque année.
Une fondation opaque
Passé de l’OMS à Philip Morris via divers postes, dont celui de vice-président de PepsiCo, l’homme qui valait 1 milliard prône transparence et indépendance. L’opacité marque cependant les activités de sa fondation.
Les comptes rendus des réunions du conseil d’administration ont cessé d’être mis en ligne en mai 2019. L’identité des membres de son conseil scientifique, dissous à une date inconnue, n’a jamais été divulguée. Quant aux 40 millions d’euros de subventions attribuées par la fondation en plus de trois ans d’existence et aux 96 millions promis, non seulement les montants et les noms des bénéficiaires ne sont pas publics, mais les critères d’attribution sont inconnus. Au total, une centaine d’entités à travers le monde ont perçu des financements.
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Le groupe de recherche sur la lutte contre le tabagisme de l’université de Bath a extrait les données figurant dans les déclarations de la fondation au fisc américain. Son analyse sur le site Tobacco Tactics, qui fait référence, montre que les bénéficiaires les mieux dotés sont trois chercheurs chargés de créer des « centres d’excellence » autour de la question de la réduction des risques. Aux Etats-Unis, celui dirigé par Jed Rose, inventeur du patch à la nicotine, a bénéficié de 4 millions d’euros. Le centre néo-zélandais de Marewa Glover sur « la souveraineté indigène et le tabagisme » a reçu un peu plus de 6 millions pour promouvoir la réduction des risques chez les peuples autochtones.
A quelques encablures de l’Etna, l’université sicilienne de Catane, en Italie, abrite le mieux pourvu. Le Centre d’excellence pour l’accélération de la réduction des risques a reçu pour sa part 6,8 millions d’euros de la fondation, qui a promis de lui verser 18 millions supplémentaires, selon les documents fiscaux de 2019. Ardent défenseur de la réduction des risques, celui qui dirigeait le centre récemment encore a simultanément bénéficié des largesses de… Philip Morris. En 2017, la firme a en effet confié à Riccardo Polosa près de 1 million d’euros pour évaluer l’e-cigarette et l’IQOS.
Cette confusion entre financeur et financé est criante à bien des niveaux. « Nous sommes indépendants de notre financeur. Ce n’est pas une affirmation, c’est un fait légal, éthique et non négociable », assurait pourtant Derek Yach dans la revue médicale The Lancet en 2019. Faute d’avoir trouvé d’autres donateurs que Philip Morris, il a cependant rapidement abandonné le projet initial de diversifier les sources de financement de la fondation. Mais sa dépendance va bien au-delà du virement annuel de 80 millions de dollars. Elle est originelle.
Au cours de l’été 2017, mentionne-t-il dans son livre, Derek Yach s’est rendu une nouvelle fois au siège de Philip Morris, à Lausanne. Un séjour de deux semaines« avec des cadres et des scientifiques de PMI, pour finaliser la composition du conseil d’administration et fixer les priorités de la nouvelle fondation ». Dans une déclaration d’intérêts publiée la même année, il a même relaté avoir reçu une compensation financière du cigarettier « pour son voyage initial et le temps spécifiquement lié au développement » du projet. Selon la déclaration fiscale de la fondation en 2019, sa rémunération annuelle de président avoisinait alors le million de dollars (environ 840 000 euros).
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Mêmes cabinets de relations publiques (Ogilvy, APCO, Ruder Finn…), de consultants (McKinsey, Kantar…) et d’avocats (BakerHostetler) que Philip Morris. Même positionnement sur la réduction des risques et les nouveaux produits. Parallèles évidents entre les projets financés par la fondation et certaines initiatives de Philip Morris au Malawi ou en Inde… Ni Derek Yach, sollicité à plusieurs reprises, ni Philip Morris, qui a exprimé une franche hostilité à l’égard de notre enquête, n’ont répondu à nos questions, préférant nous adresser chacun une déclaration générale.
Parmi ses conditions préalables pour accéder à notre demande, Philip Morris a par exemple exigé qu’une « diversité d’opinions soit représentée », « afin de nous assurer que vous ne désinformez pas les hommes et les femmes qui fument concernant les meilleurs choix qui s’offrent à eux aujourd’hui plutôt que de continuer à fumer ».
Proximité embarrassante avec la firme
L’accusation de proximité la plus embarrassante entre la fondation et la firme vient de l’intérieur. En litige pour licenciement abusif, l’ancienne directrice des médias numériques et sociaux de la fondation accuse l’organisation d’« être aux ordres de Philip Morris et Altria », maison mère de Philip Morris USA.
La fondation, affirme Lourdes Liz dans sa plainte, en date de janvier 2021, « détourne son statut d’organisme à but non lucratif exonéré d’impôts pour agir comme une organisation-écran pour l’industrie du tabac et promouvoir un message en faveur du vapotage chez les jeunes et les adolescents, nocif pour la santé publique ». Durant l’été 2018, témoigne-t-elle notamment, Derek Yach a rencontré des représentants d’Altria et souhaitait inclure des éléments de langage de la firme dans la communication de la fondation.
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Lourdes Liz avait exprimé sa désapprobation : ce type d’interactions est rigoureusement interdit par la convention (pledge agreement) qui délimite le périmètre de l’engagement de Philip Morris pour garantir l’indépendance de la fondation. Selon ce texte, les décisions de l’organisation devaient être « libres de toute influence » de son donateur.
Coïncidence ? Quelques mois après le départ de l’employée, en septembre 2020, la convention a été mise à jour, et une phrase ajoutée : désormais, libre à la fondation « d’échanger des informations ou d’interagir avec un tiers »… Comme Altria ou Philip Morris.
Fin de non-recevoir de l’OMS
Si les allégations de Lourdes Liz, qui, dans l’attente du procès qui l’oppose à son ancien employeur, n’a pas souhaité s’exprimer, n’arriveront sans doute pas devant un tribunal avant plusieurs mois, l’une est aisément vérifiable. Elle concerne la synchronisation d’une offensive de lobbying visant l’OMS et la Convention-cadre début 2019.
Le 24 janvier 2019, à l’occasion du Forum économique mondial de Davos, Philip Morris a publié une longue déclaration qui vise l’OMS sans la nommer. « La guerre entre les lobbys antitabac et l’industrie fait rage depuis bien trop longtemps. Il est temps, maintenant, de signer une trêve », assure la firme. Aux sceptiques, elle demande de « mettre de côté leurs préjugés » et de la soutenir dans sa « mission historique ». Les opposants qui s’entêtent, assène-t-elle, « entravent des solutions de santé publique », « retardent le changement » et « privent les fumeurs de ces alternatives ».
C’est aussi le jour qu’a choisi Derek Yach pour écrire à l’OMS. La fondation a beau jurer soutenir « sans équivoque » la Convention-cadre, il lui demande « de revoir sa déclaration initiale » qui déconseille aux chercheurs et aux gouvernements de collaborer avec eux. Une requête qui revient à demander à l’OMS de violer ou de modifier l’article 5.3. La réponse de son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, arrive, quelques jours plus tard, limpide : « L’OMS ne fera PAS de la Fondation pour un monde sans fumée un partenaire », tweete-t-il.
WHO will NOT partner with Philip Morris-funded Foundation for a Smoke-Free World @SmokeFreeFdn nor any other group… https://t.co/dElgNQzht3— WHO (@World Health Organization (WHO))
En dépit des moyens déployés, le plan de Philip Morris semble ne pas se dérouler totalement comme prévu. La firme « a dû penser que la fondation leur livrerait l’OMS en raison de la position antérieure de Derek Yach et de ses connexions au niveau mondial, analyse Ruth Malone. Mais peut-être ont-ils surestimé sa capacité à gagner les cœurs et les esprits. Et peut-être a-t-il, lui, sous-estimé la force de la solidarité au sein du mouvement antitabac contre les fabricants ».
Pour des raisons qui n’ont pas été rendues publiques, Philip Morris a décidé de revoir drastiquement à la baisse ses contributions à la fondation en septembre 2020. Ainsi, le quasi-milliard annoncé au départ a été réduit à 525 millions de dollars (441 millions d’euros).
La fondation aurait-elle échoué aux yeux de son unique financeur ? « Ils n’ont pas réussi à briser l’OMS, observe Ruth Malone. Mais ils ont réussi à fracturer le mouvement antitabac, les chercheurs en particulier. » Un « plan » bien exécuté, selon la chercheuse, qui étudie de longue date les stratégies des cigarettiers pour laminer l’efficacité des acteurs de santé publique, nommés « adversaires » par l’industrie.
Un dangereux précédent
En juin 2020, en effet, la vénérable revue scientifique American Journal of Public Health publie un numéro spécial sur la cigarette électronique. Le mouvement antitabac y découvre avec stupéfaction un article défendant les arômes des e-liquides signé par Derek Yach, Patricia Kovacevic, une ancienne employée de Philip Morris, et Brian Erkkila, vice-président de la fondation chargé de la santé, de la science et de la technologie (qui deviendra directeur des affaires réglementaires chez Swedish Match, un fabricant de tabac suédois, en mars 2021).Lire notre enquête : Vapoter est-il sans danger ? Questions sur une « mystérieuse épidémie »
Tandis que les rédacteurs en chef de la revue se justifient en arguant que « les firmes et leurs intérêts ont leur mot à dire dans le processus réglementaire », des dizaines de scientifiques protestent contre le « dangereux précédent » que représente cette « légitimation » de la voix de l’industrie du tabac dans une revue dédiée à la promotion de la santé publique. « Il est presque certain que la fondation se sert de votre nom et de votre crédibilité pour propager la pandémie de tabagisme », enragent d’autres.
Des documents internes analysés par Ruth Malone décrivent un plan que Philip Morris fomentait dès 1995 afin de « diviser pour mieux régner » : le « projet Sunrise ». Pour rompre l’unité au sein du mouvement antitabac « en exploitant les différences d’opinion » entre modérés et – déjà – « prohibitionnistes », la firme prévoyait alors de « créer un clivage entre les différents groupes antis » et de « favoriser un débat qui divise les antis ».
Vingt ans plus tard, dans ses documents stratégiques secrets de 2014, la firme se réjouit de la « bonne nouvelle » que représentent « les divisions au sein du mouvement antitabac » sur la question des nouveaux produits. Elle compte bien « amplifier la voix des supporteurs de la “réduction des risques” contre les“prohibitionnistes” ». De fait, la fondation est parvenue à toucher en plein cœur la communauté de santé publique en suscitant la controverse, notamment dans une revue scientifique aussi prestigieuse que respectée.
« Les gens doivent comprendre que tout cela s’inscrit dans un contexte plus large, devise Ruth Malone. La question ne se limite pas à tel produit ou tel problème de santé. Il s’agit d’un combat politique mondial pour savoir qui, de la santé publique ou de l’industrie du tabac, va gagner. »
Stéphane Horel avec Ties Keyzer, Tim Luimes et Eva Schram de « The Investigative Desk » (Pays-Bas) et nos partenaires « Follow the Money » (Pays-Bas) et « Knack » (Belgique).
David Khayat, un cancérologue star en VRP de l’industrie du tabac
Fondateur de l’Institut national du cancer, le médecin, consultant pour de nombreux industriels, conseille le cigarettier Philip Morris, en quête de crédibilité scientifique pour défendre ses produits.
Par Stéphane Horel(avec Jérémie Baruch)Publié le 14 avril 2021 à 14h00 – Mis à jour le 15 avril 2021 à 08h50
Temps de Lecture 10 min.
« Arrêtez de vous priver ! », exhortent les lettres capitales en rouge et orange sur la couverture du livre. David Khayat se désole : « Plus personne ne peut mordre dans un millefeuille ou piocher dans une portion de frites sans paniquer. » Dans son dernier best-seller, paru en début d’année (Albin Michel, 224 pages, 19,90 euros), le célèbre cancérologue part à l’assaut des « nouveaux diktats » de l’« hygiénisme », de la « judiciarisation morale » que serait la quête d’une bonne santé, source d’« un stress permanent et insidieux dont le bourreau est la culpabilité ».

Alcool, sucre ou sel seraient de simples « péchés mignons du quotidien » que le médecin, fort de son titre de professeur, recommande d’aborder avec bonhomie. « Tout est possible aujourd’hui », assure-t-il en s’appuyant sur des articles de presse plutôt que des données scientifiques. Tout est possible, d’après lui, même le tabac, première cause de mortalité par cancer évitable dans le monde
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A ceux qui n’arrivent pas à arrêter de fumer, David Khayat conseille dans son livre d’« essayer la cigarette électronique ou les cigarettes à base de tabac chauffé, bien moins dangereux », pour « se procurer de la nicotine de manière moins toxique ».
La cigarette tue 75 000 personnes par an dans l’Hexagone, selon l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France. Aussi, d’après lui, mieux vaut proposer aux fumeurs « quelque chose de moins cancérigène plutôt que de leur refuser un tabagisme à risque réduit ». Cette approche, dite de « réduction des risques », est pourtant loin de faire l’unanimité dans le monde de la santé publique. En l’absence de recul suffisant pour observer les possibles effets nocifs de ces dispositifs, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) la désapprouve.
Un « monde sans fumée »
Ce précepte, appliqué dans le traitement de la toxicomanie, a cependant été récupéré par les industriels du tabac pour faire la promotion de ces nouveaux produits électroniques.
Philip Morris, en particulier, vend depuis 2014 l’IQOS, un dispositif de tabac chauffé dont elle fait valoir les « risques réduits ». Les études qu’elle sponsorise l’assurent : puisqu’il n’atteint pas la température de la combustion, le tabac des mini-cigarettes insérées dans l’IQOS dégagerait entre 90 % et 95 % de substances nocives en moins.
Or, ses lecteurs n’en sont pas informés, mais David Khayat est désormais consultant chez Philip Morris. Pour poser tout sourire sur le site de « Philip Morris International Science » en compagnie d’employés du fabricant des Marlboro, le fondateur de l’Institut national du cancer (INCa) a troqué l’autorité de la blouse blanche, dont il s’est longtemps drapé en couverture de ses recueils de recettes « anticancer », pour la cravate à motif.
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Si certaines de ses présentations Powerpoint sont agrémentées du célèbre logo de la firme, David Khayat, qui n’a pas souhaité voir les questions du Monde, œuvre également pour d’autres industriels. A Athènes, en septembre 2020, lors d’une conférence sur la réduction des risques liés au tabagisme, il déclarait en effet conseiller « de nombreuses industries dans les domaines de l’agroalimentaire, des biens de consommation et du tabac », comme Fleury Michon et Auchan, sur ce même thème de la « réduction des risques ».
Capital mondain
Praticien hospitalier devenu people, David Khayat s’est construit une image de bon vivant qui aime poser en cuisine pour Paris Match avec sa fille pâtissière et juge nécessaire de préciser que son fourneau lui a été offert par le chef Alain Ducasse.
En France, il a longtemps fait figure de « M. Cancer ». Propulsé à la tête du service d’oncologie médicale de l’hôpital parisien de La Pitié-Salpêtrière à la fin des années 1980, il conseille le président Jacques Chirac et lance le premier plan cancer au début des années 2000, avant de fonder l’Institut national du cancer (INCa), qu’il préside en 2005-2006. Rares sont ceux qui osent commenter la suite de sa carrière : on redoute l’épaisseur de son carnet d’adresses. La notoriété du médecin se développe à mesure du standing des personnalités qu’il soigne.
Avec ce capital mondain, ses levées de fonds pour les patients atteints de cancer basculent dans le clinquant. Entre 1997 et 2020, son Association pour la vie, espoir contre le cancer (AVEC, devenue fondation d’utilité publique en 2013), organise de fastueux dîners de gala au château de Versailles. On y croise la fille de l’ancien président, Claude Chirac, l’écrivain Philippe Labro, l’ex-ministre Xavier Bertrand ou le chanteur Patrick Bruel, des miss France et des princesses.
Enchères de luxe
Pour l’association de David Khayat, son ami François Pinault organise des enchères de luxe chez Christie’s : pour un million d’euros d’œuvres contemporaines en 2009 et une centaine de grands vins en 2013, en partenariat avec La Revue du vin de France. A la rubrique « Distinctions et prix » de sa biographie, aux côtés des honneurs des ordres du Mérite et de la Légion d’honneur, David Khayat s’applique à notifier que le magazine spécialisé l’a désigné « homme de l’année 2012 ».
Certains titres plus prestigieux dont David Khayat se prévaut sont, eux, imaginaires. Ses diverses biographies le disent « président d’honneur de l’INCa ». Pourtant, l’Institut national du cancer indique dans un courriel au Monde que « cette fonction n’est pas prévue par les textes et en particulier par la convention constitutive de l’INCa ». Ailleurs, le scientifique affiche une mission de « conseiller du directeur général de l’OMS à Genève » depuis 2007. Or, il n’est « ni membre du personnel, ni consultant, ni conseiller de l’OMS », dément l’organisation. Précisant que M. Khayat « n’a participé à aucun des travaux entrepris sur le cancer par l’OMS depuis 2015 », elle certifie que son rôle « n’a certainement jamais atteint celui de “conseiller du directeur général” ».
Après la dissolution d’AVEC, dont les actifs de plus d’un million d’euros ont été redistribués à des associations et à la Pitié-Salpêtrière, son autre structure associative, créée en 2016, a pris le pas. C’est avec le papier à en-tête de cet « Institut international de cancérologie de Paris », déclaré à son domicile, que David Khayat a mené, pour Philip Morris, une action de lobbying singulière.
En juin 2018, le Conseil législatif de Hongkong a ouvert une consultation sur la réglementation de l’e-cigarette et des produits de tabac chauffé. Parmi les contributions visibles sur le site, aux côtés des lettres de Philip Morris Asie et de British American Tobacco, on trouve un courrier de David Khayat. Après avoir décliné son pedigree, il écrit aux législateurs hongkongais : « J’ai examiné les données scientifiques » sur le tabac chauffé, explique-t-il, et « je suis convaincu qu’il est nettement moins dangereux que la cigarette ». Le cancérologue ajoute être consultant pour Philip Morris, et conseiller la firme « sur la manière de partager les résultats scientifiques auprès des experts scientifiques et médicaux ».
Manque à gagner
Ces vertus du tabac chauffé, David Khayat les a aussi vantées à des sénateurs du groupe Les Républicains (LR), a révélé BFM-TV. C’était « il y a deux ou trois ans », se rappelle le sénateur de la Marne René-Paul Savary. David Khayat a-t-il alors été transparent sur son lien financier avec le cigarettier ? « Non, je ne pense pas », dit au Monde M. Savary, lui-même médecin. Le tabac chauffé est « un moindre mal, c’est ce qu’il m’avait dit ».
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En octobre 2020, en pleine discussion de la loi de finance à l’Assemblée nationale, un amendement propose de créer une fiscalité allégée pour ce produit. Il a été déposé par Charles de Courson, député de la Marne (Union des démocrates, radicaux et libéraux), qui ne se cache pas d’avoir reçu Philip Morris.
Selon le calcul du Comité national contre le tabagisme (CNCT), la proposition aurait représenté un manque à gagner entre 21 millions et 27 millions d’euros pour l’Etat. Pour Yves Martinet, professeur émérite à la faculté de médecine de Nancy et président du CNCT, « ce montant doit être mis en perspective avec le coût des soins engendré par la prise en charge des maladies liées au tabac, qui est de l’ordre de 25 milliards d’euros par an ». L’amendement est rejeté. Un mois plus tard, c’est le Sénat qui récidivera. En vain.
« On s’est fait avoir »
« Un cancérologue connu dit que c’est bien. » C’est le message que René-Paul Savary a transmis au collègue qu’il a chargé de défendre en séance l’amendementen son absence, Jérôme Bascher. « On s’est fait avoir, regrette aujourd’hui le sénateur de l’Oise (LR). L’argumentaire m’avait convaincu, mais je n’avais pas compris que l’amendement visait le tabac chauffé d’une seule marque, Philip Morris. » Lancée en 2017 dans l’Hexagone, l’IQOS est en effet le seul dispositif sur le marché français. Choqué d’apprendre par Le Monde le lien de David Khayat avec Philip Morris, le secrétaire de la commission des finances du Sénat estime que cette information « devait être déclarée ».
David Khayat a pris sa retraite de l’hôpital public en 2017. Il conserve une pratique privée à la clinique Bizet, dans le 16e arrondissement de Paris, où sa consultation est facturée 400 euros – remboursés sur la base de 69 euros par la Sécurité sociale, précise sa secrétaire au téléphone. Son activité de consultant est en place depuis 2015 au moins. C’est l’année où a été créée l’une de ses sociétés, dont lui et son épouse sont les deux actionnaires, monsieur étant majoritaire.
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Dénommée « Health Nutrition and Wellness Experts » (Experts en santé, nutrition et bien-être), elle propose des « prestations de conseils et d’expertises (…) dans les domaines scientifiques, notamment dans le domaine de la santé » ou encore « l’organisation et la participation à des conférences, congrès, colloques ou autres ». Son chiffre d’affaires s’élevait à plus d’un million d’euros en 2019, dont 900 000 euros hors de France. Les voyages de David Khayat dans le cadre de ses prestations de conseil ont occasionné, à eux seuls, une dépense de 100 000 euros, d’après les comptes de la société.
Nom en petits caractères
Un deuxième cabinet de conseil aux entreprises, de « représentation d’intérêt et d’influence », Ataraxie Solutions, était également domicilié dans l’appartement qu’il loue rue de Bourgogne, près de l’hôtel des Invalides. La société, créée en 2018, a été dissoute en mars 2021. Président d’Ataraxie Solutions, David Khayat y était entouré de personnalités remarquables.
Son associée, Nathalie Hutter-Lardeau, dirige une agence de communication spécialisée dans les questions de nutrition et de santé, Atlantic Santé. Elleconseille plusieurs firmes sur l’axe de la réduction des risques comme Lactalis, Cérélia ou Tereos (sucre), mais aussi Philip Morris sur ses produits de tabac chauffé. Si son nom n’apparaît jamais qu’à l’intérieur en petits caractères, cette collaboratrice de longue date de David Khayat a coécrit son dernier livre.
La société de Mme Hutter-Lardeau, qui n’a pas souhaité répondre aux questions du Monde, gère le numéro vert « SOS Allo cancer », qui renvoie sur la clinique Rafaël, un établissement privé de suivi après-cancer à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), dont David Khayat est président d’honneur. En février 2020, Atlantic Santé a par ailleurs organisé une conférence sur la réduction des risques dont le cancérologue était l’invité vedette et où la présidente de Philip Morris France, Jeanne Pollès, est intervenue lors d’un événement parallèle.
« Stratégie cynique »
Le profil des deux directeurs généraux d’Ataraxie Solutions ne manque, lui non plus, pas d’intérêt. L’un, Samuel Baroukh, ancien de Philip Morris, est conseiller chez Publicis consultants. L’autre, Antoine Lefranc, un responsable du lobbying chez Philip Morris pendant dix ans, était chargé de la défense des produits « à risque réduit » jusqu’à son départ de la firme en janvier 2018. Le cancérologue et le lobbyiste se sont rencontrés il y a une dizaine d’années « dans la sphère amicale et personnelle », par le biais d’une connaissance commune soignée par David Khayat, a expliqué Antoine Lefranc au Monde.
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Ce n’est pas lui qui a présenté le cancérologue à Philip Morris, assure M. Lefranc. Dans un courriel au Monde, la firme précise avoir engagé David Khayat, « expert mondialement reconnu dans son domaine médical » en septembre 2017 et « sollicite ses services de conseil sur des questions scientifiques liées à la réduction des risques en général, avec un accent sur la réduction des risques liés au tabac », mais pas sur la cigarette.
Philip Morris est « fidèle à sa stratégie cynique et éprouvée », analyse Yves Martinet. En quête de crédibilité scientifique pour défendre ses intérêts, le cigarettier « s’attache le soutien pseudoscientifique de quelques blouses blanches et experts médiatiques “égarés”, tels David Khayat en francophonie et Derek Yach à l’international ». Cet ancien directeur de l’Initiative pour un monde sans tabac de l’OMS préside maintenant la Fondation pour un monde sans fumée, mise en place par Philip Morris en 2017. Deux stars de la santé publique devenues des prises de guerre.
Mise à jour du 15 avril 2021 : Une erreur d’homonymie concernant Samuel Baroukh a été corrigée.