Le déconfinement mi Mai ? «La crédibilité du chef de l’Etat est en jeu» on s’en fiche, mais pas le coté sanitaire: un net reflux ou un plateau élevé ou bien encore le virus Brésilien dicteront ce qui sera possible de réaliser, nul ne sait pour le moment !

Covid-19 : le calendrier du déconfinement à la mi-mai en question

Malgré l’incertitude créée par les variants, Emmanuel Macron et le gouvernement tentent de dessiner la sortie de crise sanitaire. Le chef de l’Etat a étudié le sujet avec des maires jeudi 15 avril. L’hypothèse d’agendas différents selon les territoires est sur la table. 

Par Claire Gatinois et Olivier FayePublié hier à 05h36, mis à jour hier à 10h04  

Temps de Lecture 5 min. https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/04/16/covid-19-le-calendrier-du-deconfinement-a-la-mi-mai-en-question_6076964_823448.html

Le président de la République, Emmanuel Macron, lors d’une visite à l’hôpital de Reims (Marne), le 14 avril.
Le président de la République, Emmanuel Macron, lors d’une visite à l’hôpital de Reims (Marne), le 14 avril. CHRISTIAN HARTMANN / AFP

De l’engagement à l’hypothèse, il n’y a parfois qu’un pas. En annonçant, lors de son allocution, le 31 mars, une réouverture progressive du pays « dès la mi-mai »,Emmanuel Macron s’est placé dans une seringue : celle du calendrier.

Le chef de l’Etat, soucieux de désigner le « bout du tunnel » du troisième confinement, s’est engagé « à ouvrir avec des règles strictes certains lieux de culture », ainsi que les terrasses des cafés et restaurants, « sous conditions ». Mais à un mois de l’échéance, alors que le cap des 100 000 morts du Covid-19 vient d’être franchi, le discours public n’est plus aussi ferme. « Si toute notre énergie est aujourd’hui tournée vers la sortie de cette épreuve, nous n’oublierons aucun visage, aucun nom », a rappelé le président de la République rendant hommage aux victimes françaises, dans la soirée du jeudi 15 avril sur Twitter.E

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Lors d’un échange en visioconférence avec une quinzaine de maires de villes moyennes, un peu plus tôt, Emmanuel Macron a parlé d’un horizon « vers la mi-mai », comme pour ôter la pression d’une date stricte. Le déconfinement, a précisé le président de la République, devrait ensuite se dérouler en plusieurs phases, selon un calendrier qui doit faire l’objet d’une concertation avec les élus locaux. L’hypothèse d’une différenciation territoriale en fonction de la situation sanitaire est sur la table du gouvernement.

Crainte du variant brésilien

La perspective du 15 mai ne s’évanouit pas totalement, mais elle n’est qu’une « hypothèse », selon Bruno Le Maire. « La première des priorités, c’est d’abord de réussir la victoire contre le virus », a expliqué le ministre de l’économie sur France 2, jeudi soir, en se montrant volontairement prudent sur le calendrier : « Qui peut avoir des certitudes en la matière ? Je ne veux pas jouer avec les rêves des Français. »

La crainte d’un développement incontrôlé du variant brésilien, dit P.1, glace le sommet de l’Etat. D’autant que la troisième vague de l’épidémie ne reflue toujours pas. « Le pic des hospitalisations n’a pas encore été atteint, cela signifie que nous avons encore devant nous des jours très difficiles », a prévenu, mercredi, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal.

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Emmanuel Macron estime que ce pic pourrait être atteint entre le 25 et le 30 avril. Le président de la République devrait de nouveau s’exprimer d’ici à la fin du mois afin de détailler un calendrier de réouverture, sur le modèle de celui donné aux habitants du Royaume-Uni, il y a quelques semaines, par le premier ministre britannique, Boris Johnson.

Imiter le Royaume-Uni

L’idée est d’imiter ce voisin anglais, où les images de pubs ouverts ont rendu jaloux de ce côté-ci de la Manche. « Il faut des “quick wins”, des petites victoires qui redonnent le moral à tous. Les terrasses, c’est une petite victoire pour éclairer notre quotidien », estime Olivia Grégoire, secrétaire d’Etat à l’économie sociale et solidaire. Et s’il reste prudent, l’exécutif est conscient du risque politique que représenterait un chamboulement radical de son calendrier. « La crédibilité du chef de l’Etat est en jeu », note un proche.

« Certains lieux culturels et certaines terrasses rouvriront à la mi-mai, a promis Gabriel Attal, jeudi, dans un entretien aux EchosPar la suite, l’augmentation du nombre de personnes vaccinées nous permettra d’autres réouvertures, progressivement. Nous emploierons des critères rationnels, de bon sens, en distinguant les lieux extérieurs et intérieurs, ceux où l’on circule ou pas, ceux où il est nécessaire de retirer son masque. »

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Pour définir cette trajectoire de déconfinement, Emmanuel Macron a présidé, jeudi, une réunion interministérielle sur les « protocoles sanitaires envisagés pour la réouverture progressive des différents lieux accueillant du public », selon les termes de l’Elysée. Mais rien n’a encore été formellement acté. Le gouvernement attend de constater les progrès de la vaccination et d’en savoir plus sur la dangerosité des nouvelles souches du virus.

Pressé d’accélérer le rythme des injections, clé de la sortie de crise, le premier ministre, Jean Castex, a annoncé que les représentants de certaines professions – enseignants, policiers – âgés de plus de 55 ans auront droit, à partir de ce week-end, à des créneaux de vaccination. Ce qui représente 400 000 personnes au total.

« Décaler encore ne serait pas compris »

« Freiner sans enfermer », dessiner des jours meilleurs sans oublier la gravité de l’instant… L’exercice présidentiel, de plus en plus acrobatique, pourrait se heurter à l’impatience du terrain, où la date du 15 mai est dans tous les esprits.

« La profession en a fait une fixation. On ne parle que de ça. Décaler encore, ça ne serait pas compris, on a déjà eu trop de faux départs », alerte Roland Heguy, président confédéral de l’Union des métiers de l’industrie de l’hôtellerie (UMIH). « Les beaux jours arrivent, les gens sont épuisés et saturés d’informations sur l’épidémie, ils veulent penser à autre chose », souligne aussi la maire de Calais (Pas-de-Calais), Natacha Bouchart (Les Républicains).

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Pour l’heure, les Français peuvent se raccrocher à une date ferme : celle du 26 avril, réouverture théorique des crèches et des écoles. Ce jour-là, maternelles et primaires doivent de nouveau accueillir des élèves dans leurs locaux, une semaine avant que les collèges et les lycées fassent de même. « A ce stade, tout est maintenu tel quel », assure-t-on dans l’entourage du ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. « La situation sanitaire n’a pas fléchi, ça accrédite le fait que la fermeture des écoles n’a aucun impact. On se contamine moins à l’école que dans le milieu intrafamilial », estime-t-on rue de Grenelle.

Au sein du gouvernement, certains redoutent toutefois que cette première échéance ne perturbe le reste du programme. « Les écoles, ce sont des clusters potentiels, met en garde une source à Bercy. Si on veut rouvrir les terrasses, il faudra voir où en est l’épidémie. A Londres, quand ils ont rouvert les pubs, il n’y avait quasiment plus de cas de Covid. »

Des mesures barrières plus durables

Le souvenir du relâchement de l’été 2020 hante une partie de l’exécutif. Que faire si les Français s’étourdissent trop vite de leur liberté retrouvée et abandonnent en quelques semaines les protocoles sanitaires ? « Il faudra réfléchir à des mesures barrières plus durables parallèlement à la vaccination », prévient la ministre du travail, Elisabeth Borne.

Après avoir imaginé des réouvertures de restaurants conditionnées au flash d’un QR code à l’entrée afin de renforcer le traçage des cas contacts, le gouvernement semble en passe d’abandonner cette idée. « Si on est à 25 millions de Français vaccinés en mai-juin, avec des restaurants majoritairement en terrasse, est-ce qu’on a besoin d’un QR code ? », interroge un ministre.

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Le rythme du déconfinement reste ainsi suspendu à la campagne vaccinale, mais aussi au caractère imprévisible de l’épidémie. « Le politique aime les messages clairs et les calendriers bordés, mais cette crise n’a pas une origine politique, c’est pour cela que rien n’est simple. On ne peut pas passer de l’ombre à la lumière d’un jour à l’autre », souligne Gilles Le Gendre, ex-président du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale.

Mais Emmanuel Macron est un homme qui aime se fixer des objectifs en apparence intenables. En 2019, n’avait-il pas promis que Notre-Dame-de-Paris serait reconstruite en cinq ans à la suite de son incendie ? En visite sur le chantier de la cathédrale, jeudi matin, le chef de l’Etat a prévenu : « Il va falloir tenir nos objectifs. » A l’intendance de suivre.100 000 morts du Covid-19 en France : notre sélection d’articles sur le sujet

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Claire Gatinois et  Olivier Faye

Covid-19 : la troisième vague reste encore très haute, malgré de premiers signes encourageants

Les conséquences des mesures commencent à s’observer dans les départements confinés dès le 20 mars, mais les hôpitaux n’ont pas encore passé le pic d’activité de la vague. 

Par Delphine Roucaute

Publié Lé 16 Avril 2021, mis à jour hier à 12h03  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/04/16/covid-19-la-troisieme-vague-reste-encore-tres-haute-malgre-de-premiers-signes-encourageants_6076987_3244.html

Par temps d’épidémie de Covid-19, il ne faut pas être avare de bonnes nouvelles. Près de douze millions de personnes avaient reçu au moins une dose de vaccin, jeudi 15 avril, dépassant ainsi l’objectif de dix millions fixé de longue date par l’exécutif. Cela représente 22 % de la population adulte, soit le double du seuil atteint trois semaines plus tôt, le 24 mars, ce qui témoigne d’une nette accélération de la campagne vaccinale.

Mais il ne faut pas non plus se réjouir trop vite. « La troisième vague n’est pas derrière nous », a souligné, mercredi, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, même si « les mesures mises en œuvre depuis le 20 mars fonctionnent ».

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Après quatre semaines d’augmentation, le taux d’incidence, qui est l’indicateur le plus précoce de la dynamique épidémique, était stable par rapport à la semaine précédente, se maintenant à 408 nouvelles contaminations pour 100 000 habitants en une semaine.

Le lundi de Pâques, le 5 avril, a semé la confusion dans les indicateurs épidémiologiques. En effet, l’activité d’un jour férié étant assez proche de celle d’un dimanche, cela a créé une sous-évaluation du nombre de personnes diagnostiquées positives et a pu « laisser penser à tort à un ralentissement voire à une diminution du nombre d’infections ou de dépistage »soulignent les épidémiologistes de l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France, dans le bulletin du 15 avril. En moyenne, ce sont 33 000 nouveaux cas qui sont détectés chaque jour.

Taux d’incidence en diminution

Des signaux encourageants se confirment malgré tout du côté des seize départements où des mesures de restrictions renforcées ont été appliquées dès le 20 mars. Dans ceux d’Ile-de-France et des Hauts-de-France, mais aussi dans les Alpes-Maritimes, la Seine-Maritime et l’Eure, le taux d’incidence est en diminution depuis une dizaine de jours. C’est également le cas, depuis une semaine, dans les trois départements passés en confinement le week-end, dès le 27 mars − la Nièvre, le Rhône et l’Aube −, où l’on observe un ralentissement de la circulation virale.

Malgré tout, comme ces territoires partaient d’incidences plus hautes que les autres départements, c’est toujours là qu’on observe les plus forts taux : 689 nouvelles contaminations pour 100 000 habitants par semaine en Seine-Saint-Denis, 669 dans le Val-d’Oise et 603 dans le Val-de-Marne. En revanche, « la situation semble toujours se dégrader » dans les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Grand-Est et Bourgogne-Franche-Comté, a précisé Gabriel Attal.

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Au niveau national, le taux de reproduction du virus, établi à partir des données virologiques, vient de passer sous le seuil de 1 ; une personne malade du Covid-19 contamine donc, en moyenne, moins d’une personne. Il faudra encore attendre au moins une semaine pour confirmer la tendance, observer les conséquences de la fermeture des écoles et, surtout, évaluer la vitesse avec laquelle la circulation virale diminue.

« Va-t-on rester sur un “plateau haut” ? La baisse va-t-elle s’accentuer ? », interroge Rodolphe Thiébaut. Le professeur de santé publique à Bordeaux insiste sur le fait que « plus on va avancer, plus la situation va être complexe à analyser », notamment en raison des difficultés à anticiper les comportements de la population française, sans parler de l’avancée de la vaccination et son impact sur l’épidémie.

Situation hospitalière toujours dégradée

La situation hospitalière reste, elle, très dégradée. Les indicateurs d’hospitalisation, en décalage d’une à deux semaines avec l’incidence, montrent qu’aucune région n’a encore atteint le pic de cette troisième vague. Selon les dernières modélisations de l’Institut Pasteur, s’appuyant sur des données épidémiologiques, météorologiques et de mobilité, on peut anticiper, au niveau national, « un plateau des admissions à l’hôpital dans les jours qui viennent, [mais]les besoins en lits de soins critiques devraient continuer à augmenter ».

« Au niveau régional, le modèle anticipe une baisse des admissions à l’hôpital en Ile-de-France, dans les Hauts-de-France et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, et des plateaux ou des hausses dans les autres régions métropolitaines », précisent les chercheurs. En Ile-de-France, selon les projections de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), le pic devrait intervenir au plus tard le 25 avril, dans la version la plus pessimiste.

Alors que la France a atteint officiellement les 100 000 morts du Covid-19, le nombre de décès était encore en augmentation cette semaine, 290 personnes trouvant la mort chaque jour à cause de la maladie.100 000 morts du Covid-19 en France : notre sélection d’articles sur le sujet

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Delphine Roucaute

Pr Piarroux : « Le Brésil de l’Europe, c’est nous ! La France est un incubateur à variants » 

Le Pr Renaud Piarroux, épidémiologiste et spécialiste de la gestion des épidémies, s’inquiète de la volonté de rouvrir vite le pays, alors que le virus circule beaucoup.

Durée : 7 min Article réservé aux abonnésLe Pr Renaud Piarroux est épidémiologiste, chef de service de parasitologie à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, et spécialiste de la gestion des épidémies.

Le Pr Renaud Piarroux est épidémiologiste, chef de service de parasitologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, et spécialiste de la gestion des épidémies.

STEPHANE DE SAKUTIN / AFPPropos recueillis par Stéphanie Benzpublié le 17/04/2021 à 13:00 , mis à jour à 13:13

https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/pr-piarroux-le-bresil-de-l-europe-c-est-nous-la-france-est-un-incubateur-a-variants_2149046.html?utm_source=ocari&utm_medium=email&utm_campaign=20210417190002_15_nl_nl_lexpress_coronavirus_607b08d18b4467ba387b23c6&xtor=EPR-5240-%5B20210417190002_15_nl_nl_lexpress_coronavirus_607b08d18b4467ba387b23c6_002PLW%5D-20210417-%5B_005LRXC%5D–20210417050100#EMID=3bcf8f0ac8c2dce8b7b59475422612f2943aeadce0b6055bf68660fcb995e521

Tenace, convaincu… et convaincant. Spécialiste reconnu de la gestion des épidémies, le Pr Renaud Piarroux ne ménage pas sa peine, depuis déjà plusieurs mois, pour essayer d’améliorer la gestion de la crise sanitaire en France. Chef de service de parasitologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et chercheur à l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique, ce pédiatre de formation a joué un rôle décisif dans la lutte contre l’épidémie de choléra qui sévissait en Haïti au tournant des années 2010. Très vite lors de l’émergence du sars-cov-2, il a compris la gravité de la menace. A Paris, il s’est mobilisé pour mettre en oeuvre une organisation efficace pour le traçage et l’aide à l’isolement des personnes infectées, Covisan, avant de contribuer à adapter le dispositif de contact-tracing de l’Assurance-maladie. Aujourd’hui, il se dit inquiet de l’émergence de variants préoccupants alors que l’épidémie se maintient à un niveau élevé dans notre pays, et plaide inlassablement pour une stratégie de contrôle plus forte du virus. Entretien.  

L’Express : L’épidémie semble marquer le pas, au moins dans les départements où les mesures de restriction ont été mises en oeuvre en premier. Peut-on espérer voir cette vague se terminer rapidement ?  

Pr Renaud Piarroux : Pour l’instant, nous semblons effectivement avoir passé le pic des infections en Ile-de-France, mais pas encore au niveau national. Et nous n’y sommes pas encore du tout pour ce qui concerne les réanimations. En Ile-de-France, le nombre de malades hospitalisés en soins critiques est déjà proche de 1800, ce qui est colossal. Pour la suite, tout dépendra des mesures de gestion qui seront mises en oeuvre. Si l’exécutif reste sur sa ligne de « vivre avec le virus », en misant essentiellement sur la vaccination pour freiner l’épidémie et en faisant le minimum sur le reste, la descente sera lente.  « Il y a un risque de voir ces nouvelles générations de virus pouvoir continuer à se transmettre, même au sein d’une population en partie vaccinée »

Faut-il s’inquiéter des variants sud-africains et brésiliens, alors qu’ils restent pour l’instant très minoritaires dans le pays ?  

Santé publique France compte moins de 5000 cas de ces variants par semaine. Mais moins de la moitié des tests positifs font l’objet d’un criblage, et tous les cas ne sont pas dépistés. Donc en réalité, le nombre de nouveaux cas de ces variants est sans doute plus proche de 2000 à 3000 par jour, ce qui est beaucoup. Mais plus que le nombre, c’est surtout la tendance qui est inquiétante : début janvier, il n’y avait pas beaucoup de cas, probablement moins de 200 par jour, et depuis leur nombre croît. Ils ne disparaissent pas, bien au contraire. Donc, oui, je suis un peu inquiet quand même. Le problème c’est que ces deux variants, ainsi que certains mutants issus du variant britannique portent tous la même mutation E 484 K qui semble gêner la réponse immunitaire générée par la souche qui circulait l’an dernier et par le variant britannique tel qu’il était à l’origine.  

Cela signifie qu’une précédente infection ou une vaccination pourraient être moins protectrices contre ces variants. Il y a donc un risque de voir ces nouvelles générations de virus pouvoir continuer à se transmettre, même au sein d’une population en partie vaccinée. Il pourrait donc rester un fond de circulation virale cet été, non négligeable, qui faciliterait le redémarrage d’une épidémie à l’automne. Comme en Afrique du Sud, où une nouvelle épidémie s’est développée dans une population en partie immunisée par la vague précédente. C’est maintenant qu’il faudrait tout faire pour éviter cela ici.

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Cela veut dire que la vaccination, à elle seule, risque de ne pas suffire à maîtriser l’épidémie ?  

Au fur et à mesure du déploiement de la vaccination, le nombre de nouveaux cas d’infection va baisser. Mais ensuite, tout va dépendre du cocktail de vaccins utilisés sur le territoire. Car tous les vaccins ne présentent pas le même niveau de protection contre ces variants. On sait par exemple que les vaccins ARN (Pfizer et Moderna) gardent une certaine efficacité contre le mutant sud-africain mais que celui d’Astrazeneca est peu efficace. Pour l’instant, nous avons peu de données concernant le variant brésilien. Le risque est donc que le nombre de cas diminue globalement, puisque tous les vaccins sont très efficaces contre le variant britannique dominant actuellement, mais que la proportion de personnes infectées par ces variants inquiétants, elle, augmente.  

La fermeture des frontières avec le Brésil, réclamée par de nombreux médecins, n’est-elle pas de nature à nous mettre à l’abri de ces difficultés ?  

C’est une mesure qui arrive tardivement car les variants préoccupants sont déjà bien implantés chez nous. Une quarantaine obligatoire et contrôlée à l’arrivée sur le sol français serait plus efficace. Enfin, avec une épidémie non maîtrisée et un niveau de circulation viral aussi important que celui que nous connaissons aujourd’hui, nous sommes nous-mêmes devenus des incubateurs de mutations. Le Brésil de l’Europe, c’est nous, même si nous ne sommes pas les seuls. Regardez : des nouveaux variants apparaissent déjà en France. On a parlé du variant breton et du variant d’Henri-Mondor, mais il y en a d’autres.  « La doctrine reste toujours d’éviter la saturation des hôpitaux et de vivre avec le virus pour permettre une réouverture rapide du pays »

Que peut-on faire dans ces conditions ?  

Dans l’idéal, il faudrait faire un traçage spécifique de ces variants inquiétants, avec des mesures renforcées autour des patients infectés et de leurs contacts. Le problème, c’est qu’au niveau de contaminations actuel, avec plus de 30000 nouveaux cas par jour, c’est impossible. Les PCR de criblage et le séquençage pour repérer les variants ne sont pas systématiques, car le nombre de tests positifs est trop important. De même, le contact tracing de l’Assurance-maladie n’arrive pas à suivre. Ce service s’était pourtant beaucoup amélioré. Les agents appelaient les personnes infectées ou leurs contacts plus longtemps, prenaient le temps de leur parler, pouvaient envoyer des infirmiers à domicile si nécessaire. A un moment donné jusqu’à 28% des nouveaux cas étaient connus précédemment comme contacts, ce qui était plutôt un bon résultat, mais cette proportion a à nouveau diminué. Avec l’accélération de l’épidémie, les agents de l’Assurance-maladie ont dû revenir sur une procédure dégradée, avec des SMS qui remplacent les appels. Donc ils perdent en efficacité. La seule solution à présent serait de tout faire pour diminuer le plus possible l’incidence.  

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Les mesures actuelles ne vous paraissent pas suffisantes ?  

Nous ne sommes pas sur un confinement fort comme l’an dernier. Il faudrait probablement garder les écoles fermées une ou deux semaines de plus et être extrêmement prudent sur la réouverture, en se fixant des objectifs d’incidence à atteindre avant de pouvoir commencer à relâcher les mesures.  

Mais on voit bien que ce n’est pas du tout la philosophie actuelle : la doctrine reste toujours d’éviter la saturation des hôpitaux et de vivre avec le virus pour permettre une réouverture rapide du pays. Le président continue d’évoquer la mi-mai pour le redémarrage d’un certain nombre d’activités. Comme la vaccination va avancer, cela ne créera vraisemblablement pas une nouvelle vague, mais cela nous empêchera de nous trouver à un niveau suffisamment bas pour prendre le contrôle de l’épidémie et traquer efficacement les variants inquiétants.  

C’est un des problèmes de la stratégie française actuelle, avec bien sûr le maintien d’un nombre de décès important dans la durée, mais aussi de formes longues du covid. Et également le risque, comme on l’a dit, de voir émerger des variants préoccupants locaux. De nombreux pays ont réussi à maîtriser l’épidémie, même sans vaccins, mais pour cela, ils ont agi avec rigueur à un moment où les contaminations étaient suffisamment basses pour qu’il soit possible de faire un contact tracing poussé pour chaque cas. L’exemple danois est éloquent : ils ont réussi à passer de 3000 cas par jour à 600. Grâce à un traçage de bonne qualité, ils arrivent à contenir l’épidémie.  LIRE AUSSI >> Double mutant, négligences, classe politique… pourquoi les contaminations flambent en Inde

L’arrivée des autotests ne vous paraît pas de nature à améliorer encore le dépistage et l’isolement des personnes positives ?  

Bien au contraire. Ces tests faits à la maison par prélèvement nasal sont considérés comme insuffisants pour le diagnostic quand on a des symptômes. De plus, ils ne sont pas faits pour les enfants, et ils ne sont ni très sensibles, ni très spécifiques. En gros, on dit aux Français : faites des autotests, mais s’ils sont positifs, allez faire une PCR, et s’ils sont négatifs, continuez à respecter les gestes barrière. Le risque c’est d’avoir beaucoup de faux négatifs, et des positifs qui ne se signaleront pas, et pour lesquels il ne pourra pas y avoir de traçage des cas. Pour maîtriser l’épidémie, l’important est d’isoler les positifs, mais surtout leurs contacts, pour casser les chaînes de transmission. Appeler au déploiement de ces tests, c’est vraiment le signe que l’on abandonne toute ambition de ramener l’épidémie à son niveau le plus bas possible. 

Donc en France, nous devons nous attendre à avoir de nouvelles vagues après celle-ci ?  

Les vaccins et l’immunisation par la maladie ont une efficacité, même réduite, sur les variants. Donc on peut imaginer que le scénario du pire, une quatrième vague plus forte que la troisième, pourra être évité. Mais avec ces variants, on va quand même remettre une pièce dans la machine, avec le risque d’une reprise épidémique à terme.  

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Mais on ne va donc jamais voir le bout de cette crise ?  

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Encore minoritaires, ces mutants pourraient causer un redémarrage de l’épidémie à moyen terme. A moins que les pouvoirs publics ne prennent la mesure du problème, plaident des scientifiques.

Durée : 9 min Article réservé aux abonnésLes variants du Sars-cov-2, moins sensibles à l'immunité, aujourd'hui minoritaires en France, pourraient alimenter l'épidémie dans les mois à venir.

Les variants du Sars-cov-2, moins sensibles à l’immunité, aujourd’hui minoritaires en France, pourraient alimenter l’épidémie dans les mois à venir.

Science Photo Library via AFPPar Stéphanie Benz, avec Valentin Ehkirchpublié le 15/04/2021 à 07:30 , mis à jour à 17:02

Plus de 800 cas du variant brésilien P1 déclarés en quelques jours, une origine mystérieuse, beaucoup de jeunes touchés… Ce cluster géant, apparu dans une station de ski de Colombie britannique, au Canada, a fait prendre conscience au monde de la menace que représente le Brésil, où l’épidémie galopante a entraîné l’apparition de dangereux virus mutants. 

En France, la nouvelle a fait l’effet d’un électrochoc. « C’était la première fois que l’on voyait la capacité de ce virus P1 à se diffuser rapidement en dehors du continent sud-américain », souligne le Pr Rémi Salomon, qui représente la communauté médicale de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris. Sur les réseaux sociaux et sur les plateaux télévisés, ce médecin, et d’autres, ont rapidement alerté sur le danger de continuer à voir arriver quotidiennement dans l’Hexagone plusieurs centaines de voyageurs en provenance du Brésil. Face à la polémique, le gouvernement a fini par annoncer la suspension temporaire des vols depuis ce pays, et d’autres mesures sont attendues dans les prochains jours. LIRE AUSSI >> Avec 92 variants détectés, la situation brésilienne doit-elle alerter le monde entier ?

Mais même si nos frontières finissaient par ne plus être des passoires, nous serions sans doute loin d’en avoir fini avec les variants menaçants, qu’il s’agisse du variant P1 venu du Brésil, du B.1.351, apparu en Afrique du Sud, ou d’une nouvelle version mutée du variant britannique. Déjà présentes sur le territoire national, ces nouvelles versions du SARS-CoV-2 ont un point commun : elles présentent la même mutation, appelée E484K, qui leur donne la propriété de contourner en partie l’immunité liée à une précédente infection ou à la vaccination. « A un moment ou à un autre, ces virus pourraient entrer dans une phase d’expansion rapide. Personne ne peut savoir quand, mais ce serait tout à fait possible », s’alarme le Pr Rémi Salomon. 

Malgré une situation en apparence rassurante, le virus pourrait une nouvelle fois nous surprendre

Jusqu’ici, dans l’Hexagone, ces variants inquiétaient peu. Avec seulement 5% des cas recensés d’après les données publiées par Santé publique France, ils restent en effet très minoritaires en métropole. Et parmi ces variants inquiétants, le B.1.351 serait le plus représenté, loin devant son cousin brésilien. « S’ils se diffusent plus facilement que la souche historique, ils paraissent un peu moins contagieux que le variant britannique, qui les a supplantés partout où ils se trouvaient en compétition, du moins pour le moment », constate le Pr Olivier Schwartz, responsable de l’unité Virus et immunité à l’Institut Pasteur.  

De ce point de vue, le cas mosellan avait de quoi rassurer : alors que le variant sud-africain s’y est implanté dès le début de l’année, et a pu représenter jusqu’à 55% des cas, il est aujourd’hui redescendu à 30% des infections dans le département. Si les limiers du tracing des contacts peinent encore à comprendre comment il est arrivé là, ils observent aujourd’hui une plus grande prévalence de la souche britannique. « Le variant sud-africain s’est développé en Moselle en même temps que s’étendait dans le pays le variant anglais. Mais ici aussi, c’est l’Anglais, plus contagieux, qui a fini par gagner la guerre », confirme le Pr Christian Rabaud, infectiologue au CHU de Nancy.  

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Pour autant, de nouvelles données très récentes en provenance de l’étranger montrent que le virus pourrait encore une fois nous surprendre. Depuis quelques jours le Royaume-Uni, où la vaccination s’est déployée à grande échelle, voit surgir des cas de variants sud-africains qui inquiètent. Dans le sud de Londres, les autorités sanitaires sont à l’affût : 44 cas confirmés de cette variation ont été observés le 13 avril. En conséquence, la « plus grande opération de tests sur une résurgence à ce jour » a été mise en oeuvre. Les résidents et personnes travaillant dans la région seront testés par PCR et antigéniques toutes les deux semaines, et les tests positifs seront séquencés, a annoncé le ministère de la Santé. Sur twitter, l’épidémiologiste de Harvard Eric Feigl-Ding a également alerté sur la croissance très rapide du variant P1 au Royaume-Uni, et en Hollande. « C’est une tendance inquiétante », note-t-il.  

Un nombre de cas probablement sous-estimé

Dans l’Hexagone, mieux vaudrait donc ne pas se fier au calme apparent, alertent aujourd’hui un certain nombre de scientifiques. Première raison, selon le Pr Renaud Piarroux, épidémiologiste et chef de service à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, ces variants sont déjà certainement bien plus présents sur le territoire que ne peuvent le laisser penser les données officielles. « Santé publique France compte moins de 5000 cas par semaine. Mais moins de la moitié des tests positifs font l’objet d’un criblage, et tous les cas ne sont pas dépistés. Donc en réalité, le nombre de nouveaux cas de variants est sans doute plus proche de 2000 à 3000 par jour, ce qui est beaucoup », estime le chercheur. Mais plus que le nombre, c’est surtout la tendance qui s’avère inquiétante, selon cet expert : « Début janvier, il n’y avait pas beaucoup de cas, probablement moins de 200 par jour, et depuis, leur nombre croît. Ils ne disparaissent pas, bien au contraire ». 

La suspension des vols avec le Brésil, à laquelle le gouvernement s’est finalement résolu, ne nous met pour autant à l’abri de voir arriver de nouveaux cas importés. « Il n’y a pas que le Brésil, s’inquiète ainsi Rémi Salomon. Le Chili est concerné, ainsi que plusieurs autres pays d’Amérique latine, mais aussi la Guyane. Et on voit aussi ces cas émerger en Amérique du Nord, au Canada mais aussi aux Etats-Unis dans le Massachusetts et en Floride où une centaine ont été recensés très récemment. Cela veut dire qu’il pourrait arriver relativement vite en Europe, donc il faut faire le maximum ». Le médecin appelle à l’instauration d’une liste « noire » de pays, à l’instar de ce que le Royaume-Uni a mis en place. Il faudrait surtout une politique européenne : « Le premier cas de P1 importé en France était une personne venant de Manaus, mais ayant transité par Francfort… », rappelle-t-il. Enfin, comme d’autres experts, il plaide pour la mise en oeuvre de quarantaines obligatoires à l’entrée sur le territoire, plutôt que pour une interdiction des vols : « Je ne trouverais pas choquant que l’on garde les gens dix jours dans des hôtels réquisitionnés par l’Etat avec un contrôle strict et des amendes en cas de non-respect, et qu’on leur demande de faire une PCR avant de pouvoir circuler librement », lance-t-il encore. 

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Mais au-delà de la question des cas importés, ce que semblent craindre le plus aujourd’hui les scientifiques, c’est une diffusion lente mais inexorable de ces nouveaux virus, à partir des cas déjà disséminés sur le territoire. « Tout se passe en termes de darwinisme et de sélection naturelle, explique le Pr Axel Kahn. Dans une population faiblement immunisée, c’est le variant le plus contagieux, donc le Britannique, qui a l’avantage. Mais à partir du moment où la population va être protégée contre le variant anglais, quels seront les variants les plus avantagés ? Ceux qui s’avèrent le moins inhibés par les anticorps vaccinaux. C’est aussi simple que cela ». 

« Une protection moins durable »

Et, de fait, l’immunité conférée par une infection naturelle avec la souche qui circulait en 2020 ou avec le variant britannique, mais aussi par les vaccins actuels, paraît moins efficace contre ces variants. « Nous avons étudié in vitro l’efficacité de sérums de convalescents et de sujets vaccinés avec le vaccin Pfizer sur les variants sud-africains et brésiliens. Ces travaux montrent bien que le variant sud-africain est plus résistant aux anticorps que le variant anglais. Le variant P1 brésilien, lui, paraît intermédiaire, plus résistant que l’anglais, mais quand même un peu plus sensible que le Sud-Africain », note Olivier Schwartz, de l’Institut Pasteur. Sur le terrain, une étude sud-africaine avait déjà montré l’absence d’efficacité du vaccin Astrazeneca contre le variant apparu dans ce pays, comme l’a rappelé la Haute autorité de santé dans une note récente.  

Des essais cliniques menés avec les vaccins Janssen et Novavax, toujours en Afrique du Sud, avaient trouvé une efficacité réduite (à respectivement 49% et 57%). Il n’existe pas encore de données en vie réelle sur les vaccins Pfizer et Moderna, relève encore la Haute autorité de santé : « Toutefois, si l’activité neutralisante post-vaccinale des anticorps obtenue avec ces deux derniers vaccins, est diminuée in vitro, elle l’est de manière beaucoup moins marquée qu’avec le vaccin d’AstraZeneca. On peut donc émettre l’hypothèse que ces deux vaccins restent efficaces in vivo. » Sur le terrain une très récente étude israélienne pourrait amener à nuancer cet espoir, le vaccin Pfizer paraissant tout de même moins protecteur face au variant sud-africain. Il s’agit toutefois d’une étude en pré-publication, et portant sur un tout petit nombre de sujets. Elle demande donc encore à être confirmée. « Cette moindre efficacité pourrait surtout se manifester par une protection moins durable », estime Olivier Schwartz. 

La crainte : un redémarrage de l’épidémie à l’automne

Avec ces nouveaux variants plus résistants, le virus nous joue donc encore un mauvais tour : « Il faut les surveiller comme le lait sur le feu », martèle le Pr Piarroux. La crainte de cet épidémiologiste : « Que ces nouvelles générations de virus continuent à se transmettre, même au sein d’une population en partie vaccinée. Il pourrait donc rester un fond de circulation virale, non négligeable, pendant l’été, du fait de ces variants, qui pourraient faciliter le redémarrage d’une épidémie à l’automne prochain ». Pour l’éviter, une seule solution, selon cet expert : « Se montrer très efficace dans la lutte contre le virus au printemps et pendant l’été ». Une analyse partagée par le Pr Axel Kahn : « Il faut tout faire pour ramener le virus au niveau le plus bas possible. Puisque le confinement paraît insupportable pour les Français, il faudrait au moins limiter au maximum les activités à l’intérieur : interdire le travail en présentiel, privilégier l’école à l’extérieur, les restaurants en terrasse, réduire les jauges dans les transports… », souligne-t-il.

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Combinées à la vaccination, ces mesures pourraient permettre de reprendre totalement le contrôle sur l’épidémie, veulent croire ces experts. Car si le dispositif mis en place par l’Assurance-maladie avait gagné en efficacité en début d’année, il s’est retrouvé à nouveau débordé par l’accélération de l’épidémie. « C’est seulement en ramenant le nombre de cas à un niveau très bas que l’on pourra avoir un contact tracking efficace de l’ensemble des cas, dont le but, il faut le rappeler, est avant tout d’isoler les contacts, pour casser les chaînes de transmission en évitant que les contacts ne transmettent eux-mêmes le virus s’ils deviennent positifs », souligne Renaud Piarroux.  

Menaces sur la stratégie vaccinale

A défaut de maîtrise de l’épidémie ? Le risque de voir apparaître dans l’Hexagone de nouveaux mutants inédits, comme on l’a déjà vu avec le variant breton ou le variant dit d’Henri-Mondor. Et surtout, la montée en puissance des variants pourrait sans doute finir par remettre en question la stratégie vaccinale. « Dans un monde idéal, il ne faudrait vacciner qu’avec les vaccins à Arn-messager, qui restent malgré tout les plus efficaces », lance le Pr Axel Kahn. Le cas de la Moselle a montré, déjà, que cette question était loin d’être théorique. Compte tenu de la présence du variant sud-africain, la HAS a recommandé d’y « privilégier l’accès aux vaccins pour lesquels on dispose de données en faveur du maintien d’un niveau élevé d’efficacité contre ce variant », à savoir les vaccins à ARN messagers (Pfizer/BioNTech et Moderna). Exit, donc, l’AstraZeneca.  

Mais dans la foulée, l’Agence régionale de santé (ARS) Grand Est et la préfecture de la Moselle publiaient un communiqué commun dans lequel elles expliquaient que la campagne de vaccination se poursuivrait « telle qu’elle avait été engagée depuis février ». En continuant donc à utiliser AstraZeneca. Et en suscitant l’ire du représentant départemental de l’Ordre des médecins… Anecdotique ? Sur le terrain les élus constatent surtout les inquiétudes engendrées par ces hésitations. « Les administrés se posent des questions, ils m’écrivent pour me dire que la ville de Metz ne doit pas se faire dicter le produit par le préfet mais par les médecins, et ils demandent du Pfizer », souffle Khalifé Khalifé, médecin retraité devenu premier adjoint au maire de Metz délégué à la santé.

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Un casse-tête qui pourrait devenir plus fréquent : « Si les variants se développent, il faudra s’organiser, faire travailler ensemble virologues et épidémiologistes pour savoir quel vaccin utiliser sur quel territoire », relève Bruno Canard, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des coronavirus. Reste à espérer que nous n’en arriverons pas là. « Car sans maîtrise de la diffusion des variants, le seul espoir de sortir enfin de cette crise sera d’attendre l’arrivée de nouveaux vaccins adaptés aux variants », souligne le Pr Piarroux. Or les négociations entre l’Union européenne et les fabricants commencent à peine… (Suite abonnés)

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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