Beaucoup plus fort en THC, le nouveau cannabis accroît le risque de dépendance
Plus chargé en THC, la molécule à l’origine des effets psychotropes, le cannabis en circulation évolue et les drogues de synthèse se développent. Plusieurs agences régionales de santé s’inquiètent.
Par Juliette Bénézit et Simon PielPublié aujourd’hui à 06h04, mis à jour à 13h41
Temps de Lecture 8 min.

C’est une évolution qui s’est faite à bas bruit et qui commence à inquiéter les autorités sanitaires. La litanie des annonces de saisie de cannabis en France masque une autre réalité : la hausse très significative du THC – le tétrahydrocannabinol, la molécule à l’origine des effets psychotropes –, ainsi que la poursuite de l’expansion des produits de synthèse. Plusieurs agences régionales de santé (ARS) ont tiré la sonnette d’alarme, ces derniers mois. Ces produits entraînent un risque de dépendance accru et leurs effets peuvent, dans certains cas, entraîner une hospitalisation.
Selon les chiffres du service national de la police technique et scientifique (PTS), le taux moyen de THC dans la résine de cannabis saisie par les services répressifs a triplé en vingt ans. « Jusqu’aux années 2000, celui-ci tournait entre 6 % et 8 % », explique Céline C., experte juridique en produits stupéfiants, ingénieure et chef de la section stupéfiants du laboratoire de police scientifique de Lyon. Il a ensuite progressé doucement jusqu’à l’année 2010, « qui est une année charnière ».
Depuis, la concentration de THC dans la résine de cannabis a bondi de 11 % en moyenne, à « 28 % en 2019 ». Il arrive parfois que les services de la police scientifique détectent des taux grimpant jusqu’à 50 %, voire plus, pour du cannabis présenté sous une autre forme dans le produit final. C’est le cas par exemple du BHO, pour « butane hash oil », qui consiste à extraire de l’herbe de cannabis avec du gaz butane, une huile très pure pouvant atteindre 80 % de THC.
Une pureté recherchée par les trafiquants
Plus récemment, la PTS a même analysé un gel de cannabis, contenu dans une petite seringue en plastique, atteignant 91 % de THC. Une pureté désormais recherchée par les trafiquants, du producteur au vendeur, qui s’adaptent comme toute autre entreprise à une demande allant dans ce sens. Ils ont modifié leur mode de production en sélectionnant les graines, à dessein.
Il n’est plus rare désormais de lire sur les réseaux sociaux, Snapchat pour l’essentiel, des annonces de dealeurs promouvant l’arrivée récente de tel ou tel produit baptisé, par exemple, triple frappe ou « frappe trois fois filtrée », et mis en avant pour sa puissance psychoactive. L’herbe de cannabis serait pour sa part moins concernée par cette hausse de THC. Avant 2000, son taux de THC était de 4 % en moyenne et tourne entre 10 % et 13 % ces dernières années, note la PTS.
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Parallèlement à l’augmentation du taux de THC dans le cannabis, une autre tendance préoccupe les professionnels de santé : la diffusion croissante de drogues de synthèse. Ces molécules synthétiques imitent et amplifient les effets de certains produits.
A l’automne 2020, l’alerte est d’abord venue du centre d’addictovigilance de Marseille et de l’ARS Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA). En décembre, le centre d’addictovigilance de Bordeaux et l’ARS Nouvelle-Aquitaine ont emboîté le pas. En cause : les réactions inhabituelles observées chez plusieurs consommateurs de cannabis. A Marseille, des clients réguliers, pensant avoir acheté de l’herbe classique – composée de THC et de cannabidiol (une autre molécule contenue dans la plante) –, se sont retrouvés en sueur, fiévreux, pris de vertiges et de tremblements, de nausées, voire de vomissements. A Bordeaux, plusieurs mineurs ont dû être hospitalisés.
Les pharmacologues du centre d’addictovigilance de Marseille effectuent alors des investigations. Aucune trace de THC n’est repérée dans les analyses. En revanche, sont détectés du CBD et, plus inquiétant, un cannabinoïde de synthèse au nom barbare, le « MDMB-4en-Pinaca ». Le même élément sera retrouvé chez les adolescents bordelais. Il s’agit d’une molécule produite par des laboratoires clandestins, censée reproduire les effets du THC. Se présentant sous forme de poudre, elle est généralement vaporisée directement sur les résidus végétaux ou intégrée à des produits destinés à être vapotés. Dans le cas marseillais, elle avait été pulvérisée sur des têtes de cannabis au CBD, à l’insu des consommateurs.
« Il s’agit de substances qui, pour des doses largement inférieures, sont beaucoup plus fortes. C’est le cannabis puissance 100 », alerte Joëlle Micallef
Si cette molécule agit dans le cerveau sur les mêmes récepteurs que le THC, « ce n’est pas juste le Canada Dry du cannabis, alerte la docteure Joëlle Micallef, présidente du Réseau français d’addictovigilance et directrice du centre PACA. Il s’agit de substances qui, pour des doses largement inférieures, sont beaucoup plus fortes. C’est le cannabis puissance 100. » En fonction du dosage, particulièrement difficile à maîtriser, les conséquences sont variables : malaise, vertige, tachycardie, bad trip, agressivité, voire, dans les cas les plus sévères, AVC, infarctus, jusqu’au décès.
En 2019 et 2020, ce sont douze cas de décès liés à la consommation de MDMB-4en-Pinaca qui ont été déclarés à l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, dont huit en Hongrie, trois au Royaume-Uni et un en Suède. « Dans chaque cas, d’autres substances psychoactives avaient été identifiées », précise la direction générale de la santé (DGS). Le produit a été détecté sur le marché européen en 2017. « Sa présence est signalée en hausse entre début 2019 et fin 2020 dans vingt et un Etats de l’Union européenne, la Turquie et la Norvège », indique la DGS.
En France, c’est à Mayotte et à La Réunion que la molécule a été identifiée pour la première fois. On y consomme de la « chimique », soit des cigarettes remplies de tabac et imprégnées d’un, voire plusieurs cannabinoïdes de synthèse. Le MDMB-4en-Pinaca circule désormais plus largement sur le territoire. Entre septembre et décembre 2020, le système national d’identification des substances et des toxiques (Sintes) l’a identifié dans treize collectes d’échantillon d’herbe. S’y ajoutent huit cas de forte suspicion.
Concernant 2021, au 3 février, il avait déjà été identifié dans vingt et une autres collectes. Sont concernées les régions Bretagne, Bourgogne, Centre, Hauts-de-France, Ile-de-France, Nouvelle-Aquitaine, PACA et Auvergne-Rhône-Alpes. « La hausse des signalements, constatée début 2021, reste difficile à interpréter et peut révéler une forte réactivité du réseau Sintes autant qu’une diffusion accélérée du produit sur le territoire », indique la DGS.
« Au regard des seules informations disponibles à ce jour, l’annonce de la circulation de ces produits doit demeurer circonstanciée, rapporte l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) dans un document du 5 février 2021. Il n’existe actuellement pas d’éléments permettant d’évaluer la proportion de produits de ce type circulant en France. » En outre, l’OFDT précise : « Il faut différencier ce phénomène de la survenue d’effets inattendus/indésirables découlant de la consommation de cannabis à forte teneur, dont la présence s’accroît depuis plusieurs années. Seule l’analyse de la composition des produits consommés peut en déterminer la nature. »
« Ce qui nous alerte, c’est la tendance évolutive »
Pour la docteure Micallef, il ne faut pas s’arrêter au nombre de cas identifiés. Car la plupart des consommateurs passent sous les radars. Pour analyser les produits, encore faut-il que les personnes arrivent à l’hôpital ou soient repérées par les professionnels de santé. Encore faut-il, également, que des analyses soient réalisées, que des liens de cause à effet soient déterminés ou que le produit soit collecté. « Quand on a cinq cas, c’est qu’en réalité on en a cinq cents, rapporte la professeure. Ce qui nous alerte, c’est la tendance évolutive. Quand on voit que les cas augmentent, que le produit arrive dans différentes régions, qu’il touche tout type de public, c’est plus important qu’un chiffre. Pour nous, il ne manque rien pour faire une sensibilisation nationale sur le sujet. »
Les cannabinoïdes de synthèse ne sont pas nouveaux. Ils appartiennent plus largement aux « nouveaux produits de synthèse », identifiés au niveau mondial au début des années 2000. Ces produits, néanmoins, connaissent « une dynamique soutenue de production et de diffusion, à partir de laboratoires chinois principalement », explique la DGS. De nouvelles molécules, pour la plupart issues de la recherche scientifique, sont mises sur le marché régulièrement, afin d’échapper à la loi sur les stupéfiants.
En Europe, les premiers cannabinoïdes de synthèse ont été détectés en 2008, en Allemagne et en Autriche, dans des produits vendus sous le nom de « Spice ». « C’était un mélange de plantes, commercialisé sur Internet comme de l’encens, mais qui était en fait fumé, explique Reynald Le Boisselier, directeur du centre d’addictovigilance de Caen. Aujourd’hui, les molécules sont plus puissantes, et on observe une diversification des usages. » En France, entre 2008 et 2017, soixante-huit cannabinoïdes de synthèse ont été identifiés, d’après l’OFDT.
« Toute une série d’effets qu’on ne connaît pas »
Dans la région de Caen, le phénomène est devenu visible en 2018. Plusieurs dizaines de lycéens ont développé des effets indésirables après avoir vapoté un e-liquide appelé « Pète ton crâne ». Des cannabinoïdes de synthèse y étaient incorporés. « Ces substances n’ont pas eu d’études cliniques poussées. Il y a toute une série d’effets qu’on ne connaît pas, notamment chez des personnes très jeunes, qui n’ont pas d’antériorité médicale et dont on ne connaît pas les fragilités individuelles », alerte le professeur Le Boisselier. « Il y a une volonté de faire goûter et de diffuser ces produits, souligne la docteure Micallef. Le marketing de certains sites est travaillé, ils surfent sur certains effets de mode comme le vapotage, moins stigmatisant. »
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Toutefois, de façon contre-intuitive, d’après les chiffres de l’OFDT, et bien qu’il soit encore trop tôt pour mesurer l’impact des confinements successifs, l’usage de cannabis chez les adolescents a observé une tendance à la baisse jusqu’en 2017. Cette année-là, 39 % des jeunes de 17 ans déclaraient en avoir déjà fumé ; ils étaient 50 % en 2002. Toujours d’après l’OFDT, en 2017, près de 4 % des jeunes de 17 ans déclaraient « avoir déjà consommé un produit imitant les effets d’une drogue ».
Néanmoins, face à du cannabis « plus chargé » et à des drogues de synthèse plus puissantes, le potentiel de dépendance et les risques augmentent. « On a vu les cas compliqués se multiplier », observe la docteure Micallef. « La pratique est tellement répandue que ceux qui essayent de se sevrer, à moins de s’isoler complètement des copains, ont du mal », rapporte Emmanuelle Peyret, addictologue à l’hôpital pour enfants Robert-Debré, qui ajoute : « Ils se tournent aussi vers des choses beaucoup plus dures, tous les dérivés d’opiacés qui se trouvent dans la pharmacie des parents. On a de plus en plus de situations inquiétantes. »
Juliette Bénézit et Simon Piel
La Norvège engage une vaste réforme de dépénalisation des drogues
Le projet de loi présenté par le gouvernement conservateur prône le dialogue plutôt que la sanction. Certains craignent une hausse de la consommation.
Par Anne-Françoise Hivert(Malmö (Suède), correspondante régionale)Publié le 18 mars 2021 à 11h22 – Mis à jour le 18 mars 2021 à 16h15
Temps de Lecture 4 min.
https://www.lemonde.fr/international/article/2021/03/18/la-norvege-engage-une-vaste-reforme-de-depenalisation-des-drogues-douces-et-dures_6073581_3210.html
La Norvège pourrait bientôt disposer d’une des législations sur les stupéfiants les plus libérales d’Europe, et même du monde. Si le projet de loi, élaboré par le gouvernement de centre droit et examiné par les députés depuis le 16 mars, est adopté, l’achat, la possession et l’usage d’une dizaine de drogues – dont le cannabis, la cocaïne et l’héroïne – seront dépénalisés. En petite quantité, certes. Mais suffisamment pour que la réforme, présentée comme « la plus radicale socialement depuis des décennies », suscite un débat de société.
Intitulé « De la punition à l’aide », le projet de loi plaide en faveur d’un changement de paradigme : privilégier le dialogue à la sanction, en espérant que la personne en face finisse par saisir la main tendue. Amendes et condamnations seront remplacées par une convocation obligatoire chez un conseiller spécialiste des addictions, sans que cela donne lieu à une inscription au casier judiciaire.
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Il faudra que les quantités de drogue saisies n’excèdent pas une certaine limite. Le gouvernement propose de placer la barre à 2 grammes pour l’héroïne, la cocaïne et les amphétamines, à 1 dose pour le LSD, à un 0,5 gramme pour la MDMA (principe actif de l’ecstasy) ou à 20 grammes pour le cannabis. Les Norvégiens pourront être arrêtés en possession de trois substances différentes, mais sans risquer de sanction.
« Plus facile de chercher de l’aide »
La proposition de réforme s’appuie sur un constat. Si la consommation de stupéfiants est stable, 267 personnes en moyenne meurent chaque année d’une overdose en Norvège, un pays de 5,4 millions d’habitants. Il s’agit de l’un des chiffres les plus élevés d’Europe, proportionnellement à la population. « C’est la preuve que tout ce que nous faisons ne fonctionne pas », avance Guri Melby, ministre libérale de la connaissance et de l’intégration, chef du parti libéral Venstre et architecte de la réforme.
« Etre arrêté et condamné empire souvent les problèmes plutôt que d’offrir une solution » Guri Melby, ministre de la connaissance et de l’intégration
La sanction n’a pas fait preuve de son efficacité, affirme-t-elle : « Dans les pays qui ont les peines les plus lourdes, la consommation des jeunes n’est pas plus basse. » « Etre arrêté et condamné empire souvent les problèmes plutôt que d’offrir une solution, observe-t-elle. On sait aussi qu’une telle législation est injuste socialement, car les jeunes issus de milieux défavorisés encourent plus de risques d’être ciblés par la police que les autres. »
Lors de la présentation du texte, le 19 février, le ministre (conservateur) de la santé, Bent Hoie, a pris soin de préciser que son gouvernement souhaitait décriminaliser – sans légaliser – l’achat, la consommation et la possession de drogues. La police pourra donc continuer à fouiller les suspects, à confisquer la drogue saisie, et devra contacter les parents des mineurs. Un rendez-vous manqué chez le conseiller sera également puni d’une amende de 2 400 couronnes (236 euros).
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Mais le ministre en est convaincu : « Ce sera plus facile pour beaucoup de jeunes de chercher de l’aide, sans craindre des sanctions, des amendes ou une inscription au casier judiciaire. » Un seul rendez-vous avec un conseiller ne suffira pas, admet Guri Melby : « Mais c’est l’occasion d’entamer un dialogue et de redonner leur dignité à des gens qui sont souvent stigmatisés. »
L’exemple du Portugal
La réforme, toutefois, ne fait pas l’unanimité en Norvège, où plusieurs organisations s’inquiètent des conséquences. Dans son avis remis au gouvernement, la direction nationale de la police estime, par exemple, que rien n’indique qu’une dépénalisation « mène à une meilleure prise en charge des toxicomanes ». Elle craint, au contraire, un « changement des attitudes », lequel pourrait déboucher sur une consommation accrue.
Principal opposant, au Parlement, à la réforme, le parti centriste a les mêmes inquiétudes. « Une enquête [réalisée en 2020 par l’Institut de la santé publique, le FHI] a montré que 22 % des 18-30 ans qui ne consomment pas de cannabis le feraient si son usage était dépénalisé », rappelle la députée Kjersti Toppe, porte-parole du parti au sujet de la santé.
Guri Melby balaie les critiques et cite l’exemple portugais, premier pays à avoir décriminalisé l’usage des stupéfiants en 2001 : en vingt ans, la consommation et les overdoses ont chuté, ainsi que les infections au VIH. Chercheuse au FHI, Anne Line Bretteville-Jensen pointe cependant des divergences : « D’une part, les quantités autorisées au Portugal sont sensiblement inférieures. D’autre part, le rendez-vous se fait avec trois spécialistes, qui distinguent les toxicomanes des consommateurs occasionnels, à qui ils peuvent imposer une palette de sanctions, ce qui ne sera pas le cas en Norvège. »
Le parti centriste propose un projet différent : l’usage des stupéfiants ne serait décriminalisé que pour les personnes souffrant d’addiction, qui « ont plus besoin d’aide que de sanctions », reconnaît Kjersti Toppe. Selon un sondage réalisé début mars, 26 % des Norvégiens y sont favorables, contre 22 % qui soutiennent la réforme du gouvernement. Pour que le projet de loi soit adopté, il devra obtenir les voix du parti travailliste ou du parti du progrès, divisés sur la question.about:blank
Anne-Françoise Hivert(Malmö (Suède), correspondante région
L’Etat de New York s’apprête à légaliser la marijuana à usage récréatif
Ce projet de loi, soutenu par les deux chambres, est porté par le gouverneur Andrew Cuomo. Les plus de 21 ans pourront consommer, acheter et cultiver du cannabis.
Le Monde avec AFPPublié le 31 mars 2021 à 11h27 – Mis à jour le 31 mars 2021 à 13h30
Temps de Lecture 1 min.
L’Etat de New York va devenir le quinzième des Etats-Unis à autoriser l’usage du cannabis. Les législateurs ont adopté, mardi 30 mars, un projet de loi légalisant la marijuana à usage récréatif. Le gouverneur démocrate Andrew Cuomo a déclaré qu’il le signerait.
Ce projet de loi est soutenu par les deux chambres de l’Etat, où le Parti démocrate de Cuomo détient une forte majorité.
« Pendant trop longtemps, l’interdiction du cannabis a ciblé, de manière disproportionnée, les communautés de couleur en leur infligeant de lourdes peines de prison », a déclaré le gouverneur de l’Etat de New York dans un communiqué.
« Cette législation historique rend justice aux communautés longtemps marginalisées, embrasse une nouvelle industrie qui fera croître l’économie et établit des garde-fous substantiels pour le public », a poursuivi M. Cuomo.Reportage dans le Massachusetts : La ruée vers l’herbe aux Etats-Unis
85 grammes comme limite de possession personnelle
La loi permettra aux adultes de 21 ans et plus d’acheter du cannabis et de cultiver chez eux des plantes pour leur consommation personnelle. L’Etat de New York effacera automatiquement les dossiers des personnes ayant déjà été condamnées pour des délits liés à la marijuana, qui ne seront plus considérés comme tels.
La loi supprimera également les sanctions pour la possession de trois onces de drogue (85 grammes), la nouvelle limite de possession personnelle, et le programme existant de distribution de marijuana à des fins médicales sera étendu. Des fonds jusqu’ici attribués à la lutte contre l’usage du cannabis seront redirigés vers le traitement de la toxicomanie et l’éducation.
Le bureau de M. Cuomo a déclaré que ce changement pourrait rapporter 350 millions de dollars supplémentaires en recettes fiscales annuelles et créer des dizaines de milliers d’emplois. L’Etat prévoit de taxer les ventes de marijuana à hauteur de 9 %.
Cette décision intervient alors que M. Cuomo fait l’objet d’une enquête pour harcèlement sexuel et intimidation et que son administration est accusée d’avoir orchestré la dissimulation de décès liés au Covid-19 dans des maisons de retraite.
Le Monde avec AFP
En Suède, les effets pervers de la tolérance zéro contre la drogue
Malgré des résultats contestés, la politique suédoise, qui criminalise l’usage et la possession de stupéfiants depuis plus de trente ans, n’est pas remise en cause.
Par Anne-Françoise Hivert(Malmö, Suède, correspondante régionale)
Publié le 20 décembre 2019 à 01h49 – Mis à jour le 20 décembre 2019 à 12h26
Temps de Lecture 4 min.

LETTRE DE SUÈDE
Plus de 300 fusillades. 37 morts. Une centaine de blessés. Tel est le bilan, pour 2019, de la guerre des gangs en Suède. Un fléau qui s’est imposé, ces derniers mois, à l’agenda politique, donnant lieu à une surenchère répressive rare entre les formations politiques, au profit de l’extrême droite, en tête désormais dans les sondages, devant le parti social-démocrate du premier ministre Stefan Löfven.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Derrière les fusillades en Suède, des gangs et des conflits parfois « déclenchés pour un rien »
De la politique de lutte contre les drogues, toutefois, pas un mot, même si le trafic de stupéfiants est au cœur de cette criminalité organisée. Car officiellement, la « tolérance zéro », appliquée depuis trois décennies, fonctionne. Stockholm l’a encore répété, dans un document transmis à l’Organisation des Nations unies (ONU), en 2016, arguant de la faiblesse de la consommation de la drogue chez les jeunes.
566 overdoses en 2018
Sauf qu’à y regarder de plus près, la situation est loin d’être aussi satisfaisante. En 2017, 626 personnes sont mortes en Suède des suites d’une surdose, soit 92 décès par million d’habitants, âgés de 15 à 64 ans. Or la moyenne européenne, selon l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA), basé à Lisbonne, était de 22,6 décès par million d’habitants. Et un seul pays, l’Estonie, dépassait la Suède, avec 103 décès par million. Pour 2018, l’Agence suédoise de la santé publique rapporte encore 566 décès.
Directeur de l’unité de prévention, Joakim Strandberg met en garde contre les comparaisons internationales. La Suède, rappelle-t-il, « a des statistiques très précises, ce qui n’est pas le cas de tous les pays ». L’explication fait grincer des dents le criminologue Henrik Tham : « C’est l’argument sans cesse utilisé par les défenseurs de la politique suédoise, qui refusent d’en reconnaître les carences. »
Ainsi, par exemple, l’évolution du nombre de toxicomanes, multiplié par deux, entre 1979 et 2007. Ensuite, il n’y a plus de chiffres. « On a arrêté de faire le compte, sans aucune explication », note le criminologue, qui laisse entendre que les statistiques ne correspondaient pas au tableau que le royaume voulait présenter. L’image d’un pays aspirant à créer une « société sans drogue ».
Le principe a été édicté dans les années 1970, sous l’influence du mouvement de tempérance. Particulièrement puissant dans les pays scandinaves, il s’est constitué en réaction aux dégâts causés par l’alcool sur les sociétés du nord de l’Europe, au cours du XIXe siècle, et prône l’abstinence. « Dans les années 50, la moitié des députés s’en réclamait encore, comme une preuve de leur moralité »,raconte Henrik Tham.
Mais le mouvement est en perte de vitesse, alors que les comportements commencent à changer. En 1955, le carnet de rationnement de la consommation d’alcool, établi en 1917, a été supprimé. Les Suédois découvrent les plaisirs du vin, lors de leurs voyages dans le sud de l’Europe. La sobriété ne séduit plus.
Combat du mouvement de tempérance
Dans le même temps, l’usage de stupéfiants se répand dans le royaume scandinave. Les ligues de tempérance incluent alors la lutte contre la drogue à leur combat contre l’alcool. Elles leur appliquent la même théorie – celle de la passerelle ou du tremplin –, selon laquelle fumer un joint de cannabis, ou boire une bière, n’est qu’un point de départ vers une sévère addiction à l’héroïne ou à l’alcool.
Cette idéologie devient le fondement de la politique suédoise, embrassée par les sociaux-démocrates, qui l’intègrent à leur agenda social. « Les drogues sont vues comme une menace venant de l’extérieur, contraire aux mœurs suédoises et qui met en péril l’Etat-providence », résume Henrik Tham. D’où le travail de prévention dès le plus jeune âge, mais aussi la criminalisation de l’usage et de la possession, à partir de 1988, sans distinction entre drogues douces et dures.
En Suède, si la police soupçonne une personne d’avoir consommé de la drogue, elle peut l’arrêter et la contraindre à un contrôle d’urine. A l’origine, le but était de dépister le plus rapidement possible les nouveaux usagers et de leur fournir les soins nécessaires – y compris sous la contrainte.
Ainsi, chaque année, les forces de l’ordre effectuent environ 40 000 dépistages. Selon le Conseil de prévention des crimes (Brå), 106 000 infractions à la loi sur les stupéfiants ont été enregistrées en 2018, soit une hausse de 6 %, par rapport à 2017. L’usage de drogue en représentait 47 % et la possession 42 % ; le trafic et la vente, seulement 10 %.
Consommation en hausse
Or si l’intention de départ était de fournir un traitement aux usagers, « les infractions se soldent souvent par des amendes, sans accompagnement médical », reconnaît Joakim Strandberg. En 2015, la Suède s’est d’ailleurs fait épingler par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, qui lui reprochait notamment le peu de programme d’échange de seringues mis en place dans le royaume.
Depuis, la situation s’est améliorée, assure Henrik Tham. Mais il constate que la criminalisation de l’usage de stupéfiants n’a pas empêché la consommation d’augmenter. Or la chasse aux usagers mobilise énormément de policiers, « qui pourraient faire autre chose que collecter de l’urine », raille-t-il. Elle a aussi conduit à « une défiance croissante dans les banlieues contre les forces de l’ordre, qui y font beaucoup plus de dépistages que dans les quartiers aisés, alors que la consommation de drogue serait moins élevée », souligne le criminologue.
Seule voix dissonante dans le débat public : Jonas Sjöstedt, leader de l’extrême gauche, qui réclame une décriminalisation de l’usage des drogues, comme l’a fait la Norvège en 2017. Dans une interview à la chaîne SVT, mi-novembre, il expliquait : « Nous voulons lutter contre la drogue, mais nous remarquons que beaucoup de ceux qui ont un problème ne cherchent pas d’aide parce qu’ils se sentent criminels. »
Mais, fin août, alors que la polémique enflait après une série de fusillades meurtrières liées au trafic de la drogue, le premier ministre, Stefan Löfven, a demandé à son ministre de l’intérieur d’accentuer la lutte contre les consommateurs. « Tous ceux qui utilisent des drogues doivent réaliser qu’ils contribuent [à la criminalité organisée] », martelait-il alors. Une position que soutient une forte majorité des Suédois.
Anne-Françoise Hivert(Malmö, Suède, correspondante régionale)
Interrogés lors d’une consultation citoyenne, les Français se disent partisans d’une légalisation du cannabis récréatif
Plus de 250 000 personnes ont participé à la consultation lancée par une mission d’information parlementaire. 80 % se disent pour une autorisation de la consommation et de la production dans un cadre régi par la loi.
Le Monde avec AFPPublié le 01 mars 2021 à 20h17
Temps de Lecture 2 min.

La fin d’un tabou ? En un peu plus de six semaines, 253 194 personnes ont participé à la consultation citoyenne en ligne sur le cannabis récréatif, lancée le 13 janvier par une mission d’information parlementaire et qui s’est achevée dimanche 28 février.
D’après les résultats de cette consultation, 80,8 % des répondants se disent d’accord avec une autorisation de la consommation et de la production de cannabis dans un cadre régi par la loi, ont affirmé des sources parlementaires à l’Agence France-Presse (AFP), lundi.
Par ailleurs, 13,8 % se déclarent favorables à une dépénalisation de cette drogue, dont l’usage est interdit en France. A l’inverse, 4,6 % sont pour un renforcement des sanctions et seulement 0,8 % pour le maintien du cadre légal en vigueur.
Eclairage : Faut-il légaliser le cannabis en France ? Vingt arguments pour se forger une opinion
Un peu plus de 30 % des répondants à cette consultation citoyenne ont déclaré ne jamais avoir consommé de cannabis. 38,3 % affirment en consommer occasionnellement, 17 % régulièrement et 13,9 % disent avoir une consommation quotidienne de ce produit stupéfiant.
En réponse à la question « En cas de légalisation, comment imaginez-vous le commerce du cannabis ? », 62,4 % des participants imaginent une commercialisation du cannabis dans des boutiques spécialisées, 24,2 % en vente régulée sur le modèle de l’alcool, 8,6 % dans les bureaux de tabac et 3,8 % en vente libre.
En cas de légalisation ou de dépénalisation, les répondants sont, dans leur très grande majorité, favorables (86 %) à ce que l’Etat permette aux particuliers de cultiver eux-mêmes des plants de cannabis dans des limites fixées par la loi.
« Constat de l’inefficacité de la législation actuelle »
« On sait désormais que la légalisation du cannabis n’est plus un tabou en France et que nos concitoyens font le constat de l’inefficacité de la législation actuelle en la matière », a estimé, dans un communiqué, la rapporteure du volet « récréatif » de la mission parlementaire, la députée La République en marche (LRM) Caroline Janvier.
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« Il faudra lancer une vraie consultation populaire et, pourquoi pas, un référendum », a estimé, dimanche sur Franceinfo, Jean-Baptiste Moreau, député LRM de la Creuse et rapporteur général de la mission d’information, assurant vouloir faire des propositions d’ici un mois.
« Aujourd’hui, on fait face à une interdiction mais à une consommation record, donc la situation n’est pas tenable », a ajouté l’élu, qui s’est dit favorable à une légalisation du cannabis. « On a une économie parallèle très conséquente qui s’est constituée et qui finance d’autres réseaux, trafics d’armes et autres. »
Malgré l’interdiction, la France reste le pays européen où la consommation régulière de cannabis est la plus importante, selon l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies. Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, qui a fait de la lutte contre le trafic de stupéfiants une priorité, s’était dit, en septembre, opposé à la légalisation de « cette merde ».
Le cannabis récréatif est l’un des volets sur lesquels la mission parlementaire s’est penchée, après le cannabis thérapeutique et le CBD. Autorisée en 2019 par l’Assemblée nationale mais repoussée par la crise sanitaire liée au Covid-19, l’expérimentation du cannabis thérapeutique (à l’exception de celui à fumer) pour au moins 3 000 patients souffrant de maladies graves doit commencer au plus tard le 31 mars.Lire l’enquête : « Une aberration économique et sanitaire » : début de l’expérimentation sur le cannabis médical en France, où sa production reste toujours interdite
Le Monde avec AFP