La construction en bois en voie d’accélération en France
Une réglementation devrait prochainement accélérer le développement des projets d’édifices en structure de bois, qui se multiplient. Atouts écologiques, gain de temps, diminution des nuisances… Le matériau biosourcé sera au cœur des Etats généraux de la forêt et du bois, qui se dérouleront en ligne mardi 13 avril.
Par Laetitia Van EeckhoutPublié aujourd’hui à 13h30
Temps de Lecture 5 min.

A Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), au cœur du futur écoquartier de l’Arsenal, la résidence Petraea détonne. Demain, elle se fondra dans son environnement : une fois terminée, « on imaginera à peine qu’elle est en bois », assure son concepteur, l’architecte Jean-Michel Wilmotte. Aujourd’hui en chantier, ses trois bâtiments de six étages déjà dressés laissent encore apparaître leur structure en bois massif, alors qu’autour les grues érigent toujours les autres immeubles du quartier en béton. Surtout, ici, les oreilles sont au repos : aucun marteau piqueur n’est nécessaire pour installer les tuyaux des différents réseaux. Ceux-ci sont simplement agrafés à la structure avant d’être camouflés par un habillage.
Résidence d’habitation, vaste ensemble de bureaux-commerces-logements, équipement culturel, immeuble de bureaux : les constructions en bois fleurissent un peu partout sur le territoire national. L’Ile-de-France n’est pas en reste : à Paris, Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis) ou encore Meudon (Hauts-de-Seine), des édifices de bois sortent de terre.
Un « marché de niche »
En cinq ans, la filière bois a fait d’importantes avancées en matière de techniques constructives. De nouveaux procédés de fabrication, tel le bois lamellé croisé (CLT, pour cross laminated timber), ont vu le jour. Et, chantier après chantier, la filière a mis au point des solutions pour enrayer le risque d’incendie ou encore diminuer les problèmes d’acoustique.
« La construction bois reste encore un marché de niche, notamment en matière de logement », reconnaissent cependant à l’unisson Olivier Wigniolle, directeur général du groupe immobilier Icade, et Loïc Daniel, son homologue chez Nexity Immobilier – ces deux entreprises constituent, avec Woodeum, le trio de tête des opérateurs de la construction bas carbone française en 2020. Celle-ci représente à peine 4 % des logements neufs en Ile-de-France, contre un peu plus de 6 % au niveau national. Selon une récente enquête de l’association interprofessionnelle FIBois Ile-de-France (IDF), les projets de construction en bois portent cependant majoritairement sur des logements (51 %).

En novembre dernier, à l’initiative de FIBois IDF, vingt-huit aménageurs et maîtres d’ouvrage ont signé un pacte, s’engageant chacun à réaliser jusqu’à 40 % de constructions neuves ou réhabilitations en bois et/ou autres matériaux biosourcés (pour une surface totale de 1,2 million de mètres carrés) d’ici à 2025. Un objectif que les acteurs ne doutent pas d’atteindre, d’autant que la nouvelle réglementation environnementale des bâtiments – dite « RE2020 » – doit entrer en vigueur en janvier 2022. Or, véritable planche de salut, celle-ci fait la part belle aux matériaux biosourcés comme le bois, qui stockent du carbone plutôt que d’en émettre. Elle vise à ajouter au calcul de l’efficacité énergétique la prise en compte de l’empreinte carbone du bâtiment tout au long de son cycle de vie.
Des chantiers plus propres
« En ce qui concerne le carbone, le bois a des atouts indéniables », souligne Hélène Genin, déléguée générale de l’Association pour le développement du bâtiment bas carbone (BBCA), précurseuse de la prise en compte du carbone dans le bâtiment. « D’une part dans son procédé de fabrication, il est très peu émissif, car il est peu transformé et nécessite peu d’énergie polluante. Et d’autre part il stocke le carbone capté par l’arbre dans la forêt, permettant au bâtiment de préserver ce puits à carbone pendant toutes ses décennies de vie. » Sur tout son cycle de vie (construction, exploitation), un bâtiment neuf traditionnel émet en moyenne 1,5 tonne de CO2 par mètre carré. Un bâtiment qui maximise l’usage du bois, notamment dans le gros œuvre, peut réduire ses émissions de 15 % à plus de 45 %, et stocker jusqu’à 200 kilos équivalent CO2 par mètre carré, pendant toute sa durée de vie.
« Avec le bois, on monte un étage par semaine, contre un étage par mois pour une construction en béton », Julien Pemezec, président de Woodeum
L’avantage du bois réside aussi dans la rapidité de construction et la réduction de ses nuisances. Préfabriqué en atelier, le matériau de construction arrive en kit sur le chantier, sous forme de poutres et de panneaux prédécoupés à la bonne mesure, qu’il suffit d’assembler. Cette préfabrication réduit le temps de construction. En générant moins de déchets, moins de poussières, et en nécessitant moins d’eau, les chantiers sont plus propres et moins bruyants. « On divise par huit le nombre de rotations de camions. Et par deux le temps du gros œuvre, ce qui permet de gagner quatre à six mois de chantier, souligne Julien Pemezec, président de Woodeum, promoteur de bâtiments en bois depuis 2014. Avec le bois, on monte un étage par semaine, contre un étage par mois pour une construction en béton. » Sans compter, relève l’architecte Philippe Chiambaretta, que « si, à plus ou moins long terme, on veut démolir un bâtiment en bois, il est plus facile de recycler ses poutres et ses planchers, car on le démonte, alors qu’un immeuble en béton, on le détruit ».
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Un bémol, toutefois, aux vertus écologiques du chantier : le bois utilisé est encore souvent importé d’Allemagne, d’Autriche ou des pays scandinaves. Non que la France n’ait pas la ressource, avec ses 17 millions d’hectares de forêts. Les scieries françaises sont aujourd’hui de mieux en mieux à même de fournir poteaux, poutres, charpentes. En revanche, l’offre de panneaux de bois massif de type CLT (utilisés pour les murs et les planchers), inexistante dans l’Hexagone jusqu’en 2016, reste encore insuffisante, bien qu’elle monte en puissance. « L’industrie de la transformation doit encore se renforcer si l’on veut éviter que l’intérêt du bois en matière de carbone soit pénalisé par le fait qu’il vienne de loin »,relève Loïc Daniel, de Nexity Immobilier.
Mixité des matériaux
Pour Philippe Pelletier, président du Plan bâtiment durable, « la construction en bois passera vraiment un cap lorsque la France aura une filière bois complète et solide ». Et celui-ci d’observer : « Le bois pourrait être roi dans les opérations de rénovation-isolation des bâtiments, or c’est loin d’être le cas aujourd’hui. » Ce marché, tout comme celui des extensions et surélévations, va se développer, assure Olivier Wigniolle. Car « le bois est vertueux : il a un fort pouvoir isolant. Et dans des opérations de surélévation, c’est pratiquement 40 % de poids en moins ».
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Pour élargir leurs débouchés, tous misent sur la mixité des matériaux et des techniques constructives. Déjà, dans la plupart des édifices dont la structure est en bois, les fondations et le rez-de-chaussée ainsi que les noyaux d’ascenseurs et d’escaliers demeurent en béton. Par ailleurs, les façades extérieures doivent, pour des questions de pérennité et de sécurité incendie, être protégées par un bardage. « L’avenir est au bois, mais combiné avec du béton, de l’acier, de la terre cuite, de la pierre… pour certaines parties du bâtiment et pas d’autres, relève Loïc Daniel. Il s’agit de mettre le juste matériau au bon endroit pour aboutir à des conceptions les plus pertinentes en matière d’écologie. On s’adapte à chaque cas de figure, à la morphologie du bâtiment, à ses contraintes structurelles, et aux attentes des clients. »
Cet article est réalisé en partenariat avec FIBois, l’Office national des forêts d’Ile-de-France et l’association Les Nuits des forêts.Une après-midi de débats
Les Etats généraux de la forêt et du bois en Ile-de-France auront lieu mardi 13 avril, de 14 heures à 18 heures, et seront diffusés, en ligne et en direct, du cinéma Les Fauvettes (Paris 13e), en partenariat avec Le Monde. Organisés par FIBois Ile-de-France, l’interprofession de la forêt et du bois, avec l’Office national des forêts et l’association Les Nuits des forêts, ils auront pour thème « Touche pas à mon arbre ? Objectif neutralité carbone en 2050 : le rôle de la forêt et du bois ». Près de 30 intervenants – experts de la filière forêt-bois, scientifiques, philosophes, écrivains, élus… – débattront notamment de l’impact du changement climatique sur la gestion forestière, du développement des circuits courts et de l’économie circulaire, et de la place du bois dans la ville bas carbone en tant que matériau de la transition écologique.
Pour suivre l’événement : Fibois-idf.fr/touche-pas-a-mon-arbre
Lina Ghotmeh, architecte : « Construire en bois, c’est habiter le vivant »
Lina Ghotmeh travaille au projet parisien de rénovation du quartier Masséna. A l’occasion des Etats généraux de la forêt et du bois, l’architecte vante les mérites d’une construction bas carbone en adéquation avec son environnement, impliquant l’association de différents matériaux.
Propos recueillis par Laetitia Van EeckhoutPublié aujourd’hui à 13h30
Temps de Lecture 2 min.

Implantée à Paris, l’architecte Lina Ghotmeh travaille sur plusieurs édifices en bois, dont le projet « Ré-alimenter Masséna », une tour écologique de 50 mètres, dédiée à l’alimentation durable et située dans le 13e arrondissement de la capitale. Pour cette amoureuse de la nature, la construction en bois implique de prendre d’emblée en considération le matériau.
Comment l’architecte en vient-il à abandonner le béton et à penser construction en bois ?
Le bois est un matériau magnifique. Vivant, il émane de la nature, il la reflète. Construire en bois, c’est écouter le matériau pour dessiner les formes. C’est aussi penser le projet par l’assemblage, ce qui permet de prévoir la mutabilité des espaces et rend possible une transformation totale du bâtiment : son désassemblage et la réutilisation de sa matière.
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Cela correspond aussi à un engagement environnemental, face à l’urgence climatique. En tant qu’architecte, je me dois de concevoir des édifices bas carbone. Cette exigence, ce faisant, est de plus en plus inscrite dans la réglementation.
Le bois est intéressant, enfin, car il est un matériau multiple, pour les aménagements des espaces et leurs habillages : il offre une variété de couleurs, de veinages, il raconte son âge. Construire en bois, comme avec tout matériau biosourcé, c’est habiter le vivant.
Bâtir en bois n’induit-il pas un changement complet d’approche pour l’architecte ?
En effet, cela signifie s’ouvrir et penser l’architecture du bâtiment en intégrant la matière. On sort du schéma habituel linéaire de la conception : l’architecte produit un dessin, et à partir de celui-ci, ensuite, réfléchit au mode de construction et aux matériaux à utiliser. Le bois oblige à une réflexion systémique. D’autant que son origine végétale lui confère une variabilité de caractéristiques, qui sont étroitement liées à la géographie, au climat, à l’exposition, à la nature du sol. Il s’agit en outre d’un matériau anisotrope, c’est-à-dire qui présente des attributs différents en fonction de l’orientation de ses fibres. Selon l’humidité de l’environnement, il se dilate ou se contracte différemment.

Dans cette approche globale, il faut écouter le lieu, étudier ses ressources. Même si le bois est un très beau matériau, il ne s’agit pas de devenir dictateur de cette matière. N’oublions pas que l’objectif premier est de réduire notre impact carbone. Il est donc important de bâtir avant tout avec les matériaux locaux et de s’approvisionner à proximité du site.
Par exemple, sur un de mes projets à très haute ambition environnementale – un bâtiment passif en énergie et bas carbone –, situé en Normandie, il s’avérait plus intelligent de construire en structure mixte : bois et brique, celle-ci étant fabriquée de façon artisanale dans une briqueterie proche du site. Pour une tour à Nantes, située sur une zone sismique, il valait mieux construire une structure en béton, combinée avec des façades en panneaux-blocs en bois. Dans chaque projet, il faut savoir orchestrer, allier les matières les plus adaptées, les plus économes en énergie.
Ne revient-on pas finalement à des approches architecturales plus anciennes ?
Il est important et intéressant de réapprendre les savoir-faire ancestraux, lorsque l’on construisait avec peu de matière, avec des ressources locales, et de façon bioclimatique puisqu’on ne savait pas climatiser. Et de les combiner avec les instruments numériques d’aujourd’hui. Avec les outils actuels de modélisation et de calcul en structure, on est capable d’évaluer au plus juste la matière nécessaire. On peut aussi mesurer avec précision les optimisations énergétiques d’un bâtiment. En somme, on fait un vrai saut dans le passé pour mieux se projeter dans le futur.
Cet article est réalisé dans le cadre d’un partenariat avec FIBois, l’Office national des forêts d’Ile-de-France et l’association Les Nuits des forêts.Une après-midi de débats
Les Etats généraux de la forêt et du bois en Ile-de-France auront lieu mardi 13 avril, de 14 heures à 18 heures, et seront diffusés, en ligne et en direct, du cinéma Les Fauvettes (Paris 13e), en partenariat avec Le Monde. Organisés par FIBois Ile-de-France, l’interprofession de la forêt et du bois, avec l’Office national des forêts et l’association Les Nuits des forêts, ils auront pour thème « Touche pas à mon arbre ? Objectif neutralité carbone en 2050 : le rôle de la forêt et du bois ». Près de 30 intervenants – experts de la filière forêt-bois, scientifiques, philosophes, écrivains, élus… – débattront notamment de l’impact du changement climatique sur la gestion forestière, du développement des circuits courts et de l’économie circulaire, et de la place du bois dans la ville bas carbone en tant que matériau de la transition écologique.
Pour suivre l’événement : Fibois-idf.fr/touche-pas-a-mon-arbre