Un nouveau pic dans les bouches-du-Rhône

Covid-19 : dans les Bouches-du-Rhône, un nouveau pic « inéluctable »

La hausse du taux d’incidence touche toutes les classes d’âge, y compris les plus de 70 ans, malgré la vaccination. Et le nombre de malades du Covid-19 hospitalisés augmente quotidiennement. 

Par Gilles Rof(Marseille, correspondant)Publié hier à 21h55, mis à jour à 10h50  

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Les voyants sont au rouge dans les Bouches-du-Rhône. En sept jours, le taux d’incidence a bondi de près de 20 %, pour atteindre 579 cas pour 100 000 personnes, mercredi 7 avril, plaçant le département parmi les territoires où le Covid-19 circule le plus rapidement en France.

Quotidiennement, près de 1 700 de ses habitants sont déclarés positifs au SARS-CoV-2, sur plus de 20 000 tests, alors que les services de réanimation affichent déjà un taux d’occupation Covid de 110 % par rapport à leur capacité habituelle, et que le niveau 5 du plan de crise le plus élevé, impliquant des déprogrammations massives d’interventions chirurgicales, a été déclenché par l’agence régionale de santé (ARS) le 30 mars.

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« Depuis janvier, notre département restait sur une incidence haute mais maîtrisée, oscillant entre 300 et 400 cas… En deux semaines, cela a flambé sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. Aujourd’hui, la situation est préoccupante », confirme Pascal Auquier, professeur de santé publique, qui modélise la progression du virus pour les hôpitaux universitaires de Marseille.

La hausse brutale de l’incidence dans les Bouches-du-Rhône touche toutes les classes d’âge, y compris les plus de 70 ans, chez qui l’impact de la vaccination s’était pourtant fait fortement sentir à partir de février. « Si dans les Ehpad, le taux de couverture vaccinal dépasse les 74 %, 44 % des plus de 75 ans ne sont pas encore vaccinés », note, en guise d’explication à ce rebond épidémique chez les plus âgés, Caroline Ageron, la directrice de la délégation départementale de l’ARS.

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« Augmentation continue »

Si quelques disparités géographiques subsistent, aucun territoire n’est épargné. L’agence régionale de santé, qui a mis en place une stratégie de surveillance à l’échelle des îlots de population IRIS de l’Insee − qui regroupent entre 1 800 et 5 000 habitants – a envoyé ces derniers jours ses équipes de médiateurs Covid dans plusieurs arrondissements de Marseille, dans les communes très urbanisées du pourtour de l’étang de Berre comme Martigues, Vitrolles ou Marignane. Mais également dans la petite commune rurale de Rognonas, 4 000 habitants, tout au nord du département.

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, les Bouches-du-Rhône ont pris le relais des Alpes-Maritimes, vers qui tous les regards convergeaient depuis le début de l’année. Nice et sa région ont vu leur taux de contamination s’emballer, entraînant la mise en place de contraintes resserrées avant le reste de la France : couvre-feu à 18 heures dès le 2 janvier, confinement des week-ends sur la zone littorale à partir du 27 février. Aujourd’hui, l’incidence baisse lentement – 419 cas pour 100 000 personnes au 7 avril − mais le département connaît toujours une forte circulation du virus.

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La perspective d’une telle décrue n’est pas d’actualité dans les Bouches-du-Rhône. Les marins-pompiers de Marseille, qui analysent quotidiennement les eaux usées de la ville et de nombreuses communes environnantes, notent une « augmentation continue » de la présence du Covid-19, avec une proportion écrasante de variant britannique. « Nous sommes sur une phase semblable à celle vécue fin octobre. Cela grimpe partout », assure le contre-amiral Augier, qui dirige le bataillon.

Relâchement sur les gestes barrières

Conséquence mécanique de la flambée, le nombre de malades du Covid-19 hospitalisés dans le département augmente quotidiennement. « Nous ne sommes pas encore au pic atteint lors de la deuxième vague en novembre, mais avec de telles données d’incidence, nous allons l’atteindre dès la semaine prochaine et le dépasser. C’est inéluctable », prédit Pascal Auquier.

Au chapitre des explications, les certitudes sont rares. L’omniprésence du virus britannique (84 % des cas dans les Bouches-du-Rhône), plus contagieux pour les jeunes selon de nombreuses études, revient régulièrement. Yazid Attalah, au contact quotidien de familles contaminées dans les quartiers populaires de Marseille avec son association Santé et environnement pour tous, évoque lui une diffusion du virus « qui passe souvent par les écoles et que les enfants ramènent à la maison ».

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Comme d’autres acteurs de terrain, il confirme un relâchement sur les gestes barrières, « surtout depuis l’arrivée du beau temps »« Et puis, il y a le coût des masques et du gel hydroalcoolique, qui pèse dans certains budgets », complète-t-il. « Les fluctuations de la transmission du virus doivent aussi répondre à des causes environnementales, plus difficiles à analyser », estime, de son côté, M. Auquier.

La tenue du carnaval de la Plaine à Marseille, qui a réuni plusieurs milliers de personnes dans les rues du centre-ville dimanche 21 mars, et a suscité une violente polémique politique, elle, n’apparaît pas dans les chiffres. « Ce n’était pas évidemment un événement très positif, mais nous n’avons pas pu identifier un impact direct sur la contamination », reconnaît la directrice départementale de l’ARS. Un constat partagé par les marins-pompiers de Marseille.

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Avec trois vaccinodromes, dont celui du Stade-Vélodrome, qui tourne à 13 000 injections par semaine, les autorités de santé des Bouches-du-Rhône placent beaucoup d’espoir dans la campagne de vaccination. Au 7 avril, 15 % des habitants, soit 317 500 personnes, avaient reçu une première dose. Dans les semaines à venir, l’ARS espère atteindre les 100 000 vaccinations hebdomadaires.

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Gilles Rof(Marseille, correspondant)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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