AstraZeneca : l’Agence européenne des médicaments reconnaît un lien entre le vaccin et des cas « très rares » de thromboses
Alors que l’AEM maintient ses recommandations à propos du vaccin contre le Covid-19 de la firme anglo-suédoise, la commissaire à la santé, Stella Kyriakides, a plaidé, mercredi, pour « une approche européenne coordonnée » sur ce dossier.
Par Virginie Malingre(Bruxelles, bureau européen)Publié aujourd’hui à 03h56, mis à jour à 14h28
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L’Agence européenne des médicaments (AEM) a confirmé, mercredi 7 avril, ce qu’avait annoncé l’un de ses experts dans la presse italienne la veille : dans certains cas – « très rares », a martelé Emer Cooke, la directrice exécutive de l’agence –, l’injection du vaccin d’AstraZeneca contre le Covid-19 peut provoquer des caillots sanguins atypiques, associés à un niveau bas de plaquettes sanguines, susceptibles d’engager le pronostic vital. Mais « ses bénéfices restent largement supérieurs aux risques qu’il fait encourir », a-t-elle poursuivi.
Comprendre : il est plus probable de mourir du Covid-19 si vous l’attrapez que d’un caillot sanguin provoqué par l’injection d’une dose d’AstraZeneca. Mais lorsque l’on demande à l’AEM si cette conclusion est également valable pour la population des femmes de moins de 60 ans, qui sont les premières concernées par l’apparition d’effets secondaires dangereux, ses experts disent ne pas être en mesure de répondre.
L’AEM n’est pas non plus capable, à ce stade, de définir des facteurs de risques – que ce soit l’âge, le genre ou le passé médical des personnes ayant subi des événements thromboemboliques – et ne fait donc pas de recommandations spécifiques liées à l’usage du vaccin AstraZeneca. « Il est plausible que l’apparition de ces caillots après la vaccination avec AstraZeneca soit liée à une réponse immunitaire au vaccin », a commenté Emer Cooke.
Phénomènes « inquiétants » mais « rares »
Les scientifiques européens ont analysé avec la plus grande attention les soixante-deux cas de thrombose du sinus veineux cérébral et les vingt-quatre cas de thrombose de la veine splanchnique qui avaient été répertoriés au 22 mars (depuis, le nombre de cas a augmenté, mais l’AEM assure que cela ne change en rien ses conclusions) et ont causé dix-huit décès, pour une population de vingt-cinq millions de personnes vaccinées avec AstraZeneca en Europe continentale et au Royaume-Uni. Ils vont poursuivre leur évaluation.
L’AEM a d’ailleurs demandé au laboratoire anglo-suédois de mener des études complémentaires et a confié à des équipes de chercheurs de deux universités, à Rotterdam et à Utrecht (Pays-Bas), le soin d’explorer plus avant le sujet.
« Le recours au vaccin pour les campagnes de vaccination doit également être analysé au regard de la situation pandémique et des autres vaccins dont disposent » les pays, a par ailleurs jugé utile de préciser l’AEM. Alors que les variants se propagent à grande vitesse et que les Européens n’ont pas encore suffisamment de doses pour vacciner leurs citoyens à tour de bras, il n’est, en tout cas, pas question de se priver d’AstraZeneca. « Le Covid-19 fait des milliers de morts chaque jour en Europe », a répété Emer Cooke.
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L’Organisation mondiale de la santé (OMS), pour sa part, s’est montrée plus prudente que l’AEM. Dans un communiqué publié mercredi, elle a affirmé qu’un lien entre le vaccin d’AstraZeneca et l’apparition d’une forme rare de caillots sanguins est « plausible mais non confirmé ». « Des études spécialisées sont nécessaires », soulignent les spécialistes de l’OMS, qui notent aussi que ces phénomènes, « bien qu’inquiétants, sont très rares », alors que plus de deux cents millions de personnes ont reçu ce vaccin dans le monde.
« Une approche européenne coordonnée »
L’AEM comme l’OMS marchent sur des œufs. Dans un contexte de pandémie galopante, les deux institutions savent qu’il est très dangereux d’alimenter le scepticisme antivaccinal fréquent dans certains pays, comme la France.

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D’autant que les réactions en ordre dispersé des Européens – ainsi, en France, le vaccin d’AstraZeneca est réservé aux plus de 55 ans ; en Allemagne, il est recommandé pour les plus de 60 ans ; en Suède et en Finlande, il n’est administré qu’aux plus de 65 ans, et au Danemark comme en Norvège, il est toujours suspendu – ne font qu’entretenir la confusion dans l’esprit des citoyens.
Mercredi soir, à l’occasion d’une rencontre virtuelle des ministres de la santé des Vingt-Sept, Stella Kyriakides, la commissaire européenne à la santé, a plaidé pour « une approche coordonnée ». Avec, pour l’instant, un succès relatif. L’Italie et l’Espagne ont annoncé, ce 7 avril, s’aligner sur l’Allemagne. Mais la Belgique, qui n’avait pas fait de recommandation spécifique sur l’administration du vaccin d’AstraZeneca, a choisi de se rapprocher de la position française
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Quant au Royaume-Uni, qui jusqu’ici avait défendu mordicus les vertus de ce vaccin développé par des chercheurs de l’université d’Oxford, il a montré ses premiers doutes mercredi. Le comité scientifique supervisant la campagne de vaccination anti-Covid-19 au Royaume-Uni a en effet recommandé d’en limiter l’usage aux plus de 30 ans quand c’est possible, après le signalement, à ce jour, de soixante-dix-neuf cas rares de caillots sanguins, dont dix-neuf décès.
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