La stratégie vaccinale devrait être adaptée chez les immunodéprimés. 

Covid-19 : les vaccins peu efficaces chez les immunodéprimés

Les patients greffés ou dialysés ne produiraient pas une réponse immunitaire suffisante, même après deux injections. La stratégie vaccinale devrait être adaptée. 

Par Pascale SantiPublié le 05 avril 2021 à 18h30, mis à jour hier à 11h31  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2021/04/05/covid-19-les-vaccins-peu-efficaces-chez-les-immunodeprimes_6075631_1650684.html

Pour les personnes immunodéprimées, souvent à risque de forme grave de Covid-19, la perspective de la vaccination est un grand espoir. Une fois vaccinés, ils croyaient pouvoir souffler un peu, ne plus être dans la crainte du virus. Or, c’est pour beaucoup un coup de massue, « nombre de patients greffés ont une sérologie négative trois ou quatre semaines après la deuxième injection », constate Yvanie Caillé, fondatrice de Renaloo, une association de patients atteints d’insuffisance rénale.

Le vaccin semble moins efficace chez les personnes greffées d’organes solides sous traitements antirejet (environ 80 000 en France) ou dialysées ; il pourrait aussi l’être chez les personnes ayant bénéficié d’une greffe de moelle osseuse, ou celles traitées par chimiothérapie pour hémopathie maligne. Ces patients ne produiraient pas de réponse anticorps suffisante. Ces dernières semaines, la Société francophone de transplantation a recensé que 33 personnes transplantées et vaccinées (avec une deuxième dose) ont été infectées, dont au moins 8 ont été hospitalisées pour forme grave de Covid-19. Trois sont décédées.

Vaccination de l’entourage

Face à ce constat, un schéma vaccinal renforcé pourrait être décidé : une troisième injection de vaccin à ARN messager, ainsi que la vaccination de l’entourage, ceux qui vivent sous le même toit mais aussi les soignants qui prennent en charge ces patients. Le conseil d’orientation de la stratégie vaccinale contre le Covid-19 devrait rendre prochainement un avis sur cette question.« Plusieurs pistes sont également possibles : faire un plus grand nombre d’injections, comme c’est le cas pour l’hépatite B, ou utiliser des vaccins avec des adjuvants, qui augmentent la réponse immunitaire », explique la professeure Odile Launay, directrice du centre de vaccinologie Cochin-Pasteur.

En général, la vaccination marche moins bien pour les personnes greffées en raison de l’affaiblissement de leurs défenses immunitaires. « C’est déjà connu pour les vaccins contre la grippe, l’hépatite B, le papillomavirus par exemple, ce qui oblige à opter pour des stratégies spécifiques en augmentant les doses », explique Odile Launay. « On avait plus d’espoir avec les vaccins Covid car on observe de bons résultats chez les personnes âgées qui ont un vieillissement du système immunitaire », poursuit Odile Launay, qui dirige la plate-forme d’essais cliniques Covireivac, coordonnée par l’Inserm. Il est toutefois possible qu’une réponse immunitaire cellulaire, complémentaire de la réponse humorale liée aux anticorps, permette une protection, en particulier sur les formes graves de la maladie, selon plusieurs spécialistes.

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Les premières données commencent à être publiées pour cette population de patients, qui n’était pas incluse dans les essais cliniques. Une étude coordonnée par le docteur Dorry Segev, chirurgien spécialiste des transplantations à la Johns Hopkins University, montre que seulement 17 % des patients immunodéprimés ayant reçu la première dose de vaccin à ARN messager (Moderna ou Pfizer-BioNTech) ont présenté des anticorps neutralisants détectables contre le SARS-CoV-2 vingt jours après l’injection. Or, les essais cliniques menés en population générale montraient que, deux à trois semaines après la première dose, presque 100 % des volontaires avaient des anticorps détectables. Cette étude publiée le 15 mars dans la revue JAMA a été conduite auprès de 436 personnes greffées (de 56 ans d’âge moyen, vaccinées à 52 % par une injection de Pfizer et à 48 % Moderna). Enfin, seuls 45 % des patients immunodéprimés présentent des anticorps après la deuxième dose, selon des résultats qui devraient être publiés prochainement. Ces travaux sont menés grâce à une cohorte de 3 000 patients transplantés recrutés en ligne (Transplantvaccine.org).

Une étude strasbourgeoise menée par la néphrologue Sophie Caillard-Ohlmann, mise en ligne mais non encore publiée, a montré que seulement 10,8 % des 242 transplantés rénaux vaccinés avaient des anticorps vingt-huit jours après une première dose du vaccin Moderna.

Plusieurs études en cours

L’enjeu est d’autant plus grand que, parmi les personnes immunodéprimées, certaines font des formes plus graves de la maladie et ont déjà payé un lourd tribut. Ainsi, le risque d’hospitalisation est multiplié par trois pour les personnes transplantées du poumon et le risque de décès multiplié par six, selon l’étude EPI-PHARE, réalisée à partir des données de l’Assurance-maladie. La mortalité observée chez les patients dialysés (17 %) et greffés (15 %) contaminés est plus élevée que celle des résidents d’Ehpad (13 %) pourtant bien plus âgés, constate Renaloo. « Le changement de stratégie vaccinale afin de l’améliorer est une urgence », insiste l’association de patients, qui a aussi alerté les sociétés savantes et le ministère de la santé.

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Des études de plus grande ampleur sont en cours. L’ANRS Maladies infectieuses émergentes a lancé, dans le cadre de Covireivac, Cov-Popart (cohorte vaccinale Covid-19 des populations particulières), qui va inclure 10 500 participants. Le but : évaluer la production d’anticorps de 8 650 personnes vaccinées ayant des pathologies pouvant affecter leur immunité et les comparer à un groupe contrôle, et étudier l’impact des variants et leur rôle dans la survenue des échecs vaccinaux.

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En attendant, « comme pour toute personne vaccinée, le maintien des gestes barrières s’impose pour l’instant, d’autant que d’autres variants du virus peuvent apparaître », insiste Pierre Foucaud, président de l’association Vaincre la mucoviscidose. « Le risque étant que les patients mal informés se sentent protégés par leurs deux injections et relâchent leur vigilance », ajoute Renaloo.

Pascale Santi

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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