Il faudrait que 90 % de la population adulte soit vaccinée d’ici au 1er septembre pour envisager un relâchement complet des mesures de contrôle de l’épidémie (Institut Pasteur). 

Covid-19 : le retour à la « vie d’avant », un objectif ambitieux malgré la vaccination

Selon des modélisations publiées sur le site de l’Institut Pasteur, il faudrait que 90 % de la population adulte soit vaccinée d’ici au 1er septembre pour envisager un relâchement complet des mesures de contrôle de l’épidémie. 

Par Chloé Hecketsweiler et Delphine RoucautePublié aujourd’hui à 05h05, mis à jour à 11h08  

Temps de Lecture 7 min. 

Dans le métro parisien, en décembre 2019.
Dans le métro parisien, en décembre 2019. PHILIPPE LOPEZ / AFP

Un retour à la « vie d’avant » est-il envisageable à l’automne ? C’est à cette question qu’une équipe d’épidémiologistes a tenté de répondre dans un article mis en ligne, mardi 6 avril, sur le site de l’Institut Pasteur.

Les scientifiques ont exploré plusieurs scénarios avec différentes hypothèses concernant le nombre de personnes vaccinées d’ici au 1er septembre, et les caractéristiques du virus dominant à cette date. Selon leurs estimations, seuls 25 % à 35 % des Français pourraient avoir été infectés par le virus d’ici là, ce qui signifie qu’un niveau de vaccination très élevé devra être atteint pour que l’épidémie reste « sous contrôle ».

Dans leurs scénarios, les modélisateurs (Institut Pasteur, Institut national de la santé et de la recherche médicale, Santé publique France, Ecole des hautes études en santé publique) ont calculé combien de personnes devaient être vaccinées pour que le nombre d’admissions quotidiennes à l’hôpital ne dépasse pas 1 000, soit trois fois moins que ce qui a été observé lors des deux premières vagues de 2020, au printemps et à l’automne.

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Le premier scénario, « optimiste », prend pour hypothèse un taux de transmission (« R ») du virus de 3, ce qui signifie qu’en l’absence de mesures de contrôle (masques, gestes barrières, distanciation sociale…) chaque personne contaminée en infecte trois autres ; c’est ce qui avait été observé au printemps 2020, avant leur mise en place. Dans ce cas, les Français pourraient recommencer à vivre « comme avant » avec une vaccination de 90 % des plus de 65 ans et de 70 % des 18-64 ans.

« Grandes inconnues » du fait des variants

Cependant, compte tenu de la diffusion de variants plus contagieux, les scientifiques jugent l’hypothèse d’un taux de transmission du virus de 4 plus « réaliste ». Or, dans ce cas, des mesures devraient être maintenues pour le réduire de 15 % à 27 % par rapport à un relâchement total et rester sous le seuil des 1 000 hospitalisations quotidiennes. A quoi cela correspond-il ? « Ce sera sans doute un mélange de différentes mesures », explique le modélisateur Simon Cauchemez. « Difficile de dire si le seul respect des gestes barrières et du “tester, tracer, isoler” serait suffisant ou pas », estime-t-il, en rappelant que leur incidence respective sur la dynamique épidémique n’a pas été quantifiée.

Le confinement strict du printemps 2020 et le confinement allégé de l’automne 2020 s’étaient traduits par une réduction du taux de transmission de, respectivement, 80 % et 70 %. Dans l’entre-deux, quand les mesures de contrôle ont été en partie relâchées, cette diminution était encore de 50 % à 60 %.

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Pour qu’un relâchement complet de ces mesures soit envisagé, « il faudrait que plus de 90 % des adultes soient vaccinés », estiment les scientifiques. « Ces niveaux élevés s’expliquent par le fait que si, seuls les adultes sont vaccinés, une épidémie importante est malgré tout attendue chez les enfants, contribuant à l’infection des parents et des grands-parents non protégés », expliquent-ils. Si les enfants étaient aussi vaccinés, une vaccination de 60 % à 70 % des moins de 65 ans et de 90 % des plus de 65 serait suffisante.

De tels scores pourront-ils être atteints en France ? « C’est un objectif ambitieux », reconnaît Simon Cauchemez. Selon la dernière enquête réalisée par l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France, seuls 58 % des 50-64 ans ont l’intention de se faire vacciner. Et ce chiffre tombe à 36 % pour les 18-24 ans. « Dans un scénario où seul un Français sur deux serait vacciné, il faudrait une réduction d’environ 40 % de la circulation du virus pour rester sous le seuil des 1 000 admissions quotidiennes à l’hôpitalEn cas de relâchement complet, le pic des hospitalisations pourrait être au-delà de ce qu’on a connu au printemps et à l’automne. » indique le modélisateur, en précisant que la distribution des vaccins dans les différents groupes d’âge joue aussi. « Par exemple, si les adultes de plus de 40 ans sont très bien vaccinés mais pas les plus jeunes, on peut s’attendre à ce que le virus continue à circuler chez les jeunes, contribuant à l’infection de personnes fragiles non protégées », précise-t-il.

Avec l’apparition de variants susceptibles de déjouer la protection conférée par les vaccins, la France pourrait même basculer dans des scénarios encore moins favorables. « L’échappement immunitaire est l’une des grandes inconnues pour les années qui viennent », avance Simon Cauchemez.

Le potentiel vaccinal des mois à venir est très élevé

A ce stade, l’assouplissement des mesures dépend en partie du rythme de déploiement de la vaccination. Selon le calendrier de livraisons du ministère de la santé, régulièrement mis à jour depuis janvier, 70,9 millions de doses devraient être disponibles en France d’ici à la fin juin, ce qui correspondrait, si toutes les doses sont uniformément injectées, à une couverture vaccinale complète de 73 % à 76 % de la population adulte – l’option basse prenant en compte des pertes incompressibles de l’ordre de 5 % au moment du transport.

On ne connaît pas encore le calendrier précis à partir du mois de juillet, mais, dans le scénario où les livraisons se maintiendraient pendant l’été au niveau de celles de juin, il faudrait compter sur 56,2 millions de doses supplémentaires. Cela signifie que, en théorie, le mois de septembre s’ouvrirait avec un potentiel vaccinal de 72 millions à 75 millions de personnes totalement vaccinées. L’enjeu de septembre ne sera donc pas tant la tension sur les livraisons que l’adhésion de la population.

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Si AstraZeneca devait encore faire défaut, l’incidence sur la campagne vaccinale serait relativement modérée. Les livraisons du laboratoire suédo-britannique représentent 20 % des volumes attendus entre avril et juin. La vaccination de masse des prochains mois va être portée à 56 % par les livraisons de Pfizer, le quart restant par Moderna et Janssen – la particularité de ce dernier étant de ne nécessiter qu’une seule injection. Dans tous les cas, le potentiel vaccinal français dans les mois à venir est extrêmement élevé, en ligne avec les scénarios de l’Institut Pasteur.

L’enjeu des prochains mois est d’orchestrer cette montée en charge de la campagne vaccinale sur ses différents fronts : dans les cabinets de médecins et les officines de pharmacie, dans les petits centres de vaccination qui émaillent le territoire et dans les mégacentres créés ex nihilo en avril ou issus de la transformation de centres préexistants. Ce début du mois d’avril est un moment charnière de la campagne.

« Créer une culture vaccinale »

Les 12 millions de doses à livrer en avril, soit une augmentation de 50 % par rapport au mois de mars, obligent à ajuster la stratégie en ouvrant des centres capables d’absorber les flux. « Au départ, l’Etat était attentiste sur la question des vaccinodromes, mais la visibilité des livraisons, grâce à Pfizer et à Moderna, permet de se projeter dans cette logique, estime Nathalie Sampieri-Teissier, maîtresse de conférences au centre de recherche sur le transport et la logistique (CRET-LOG) à Aix-Marseille Université. Il y a un ajustement permanent entre ce qui est prévu, ce qui est livré et ce qu’on est capable d’utiliser. A ce titre, les vaccinodromes permettent plus de souplesse et d’efficacité. »

La vaccination en ville avec AstraZeneca est-elle alors un frein à la campagne vaccinale ? « Il aurait fallu de beaucoup plus gros volumes de livraison pour que la vaccination en ville soit plus fluide », regrette Pierre Parneix, praticien hospitalier en santé publique au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux, Pour autant, le ministère de la santé « continue de miser sur l’hyperproximité de la médecine de ville », qui reste une composante essentielle de la vaccination pour toucher toutes les populations. La proximité permet également de « créer une culture vaccinale », selon M. Parneix, qui sera nécessaire si, dans le futur, une logique de rappels annuels contre le Covid-19 s’impose, comme c’est le cas aujourd’hui avec la grippe.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Des doutes d’Emmanuel Macron à la tentative d’accélération, dans les coulisses de la campagne vaccinale

Les hôpitaux, qui gèrent essentiellement les vaccins à ARN messager, sont prêts à recevoir les doses. Les frigos du CHU de Grenoble peuvent en accueillir 200 000 et sont quasiment vides, puisque la vaccination Pfizer se fait à flux tendu. Pour Pierrick Bedouch, chef du service pharmacie de l’établissement, il faut envisager dès maintenant d’étendre la cible vaccinale, car « c’est cela qui permettra d’accélérer le rythme ».

Si on considère que les vaccins diminuent le risque de transmission – comme tendent à le montrer plusieurs études –, la priorisation des personnes les plus à risque se révèle moins nécessaire, car « la vaccination des personnes plus jeunes (…) permet de réduire la circulation du virus, et donc de protéger de façon indirecte les plus fragiles », estiment les auteurs de l’article mis en ligne sur le site de Pasteur, mardi, qui ont travaillé sur un scénario de distribution aléatoire des doses.

La dernière marche sera peut-être la plus difficile à franchir. Au CHU de Verdun (Meuse), le chef de la pharmacie, Jean-Pascal Collinot, estime que 60 % de la population de son territoire sera vaccinée début juillet. Mais pour atteindre les niveaux suggérés par l’Institut Pasteur, il va falloir convaincre le plus grand nombre possible de personnes de prendre rendez-vous pour les injections. D’autant plus qu’à partir de la mi-juillet les esprits ne seront peut-être plus à la crise sanitaire. « Il faut mettre le paquet jusqu’à la fin juin », justifie ainsi M. Collinot, pour que cette épidémie « soit un mauvais souvenir en automne ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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