Le petit monde des hospitaliers a senti la moutarde lui monter au nez – Le Dr Pelloux critiqué sur son rassurisme – Les 10.000 lits de réanimation c’est du vent !

Covid-19 : coup de froid entre l’exécutif et les « blouses blanches »

Les relations entre les experts sanitaires et hospitaliers et le gouvernement sont de plus en plus mauvaises concernant la gestion de la crise épidémique à mener. 

Par Claire GatinoisPublié le 01 avril 2021 à 03h21 – Mis à jour le 01 avril 2021 à 10h56  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/04/01/covid-19-coup-de-froid-entre-l-executif-et-les-blouses-blanches_6075182_823448.html

Emmanuel Macron en visite à l’hôpital de Poissy-Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), le 17 mars.
Emmanuel Macron en visite à l’hôpital de Poissy-Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), le 17 mars. YOAN VALAT / AFP

Les plus pudiques parlent de « tensions », les autres évoquent un conflit ouvert, fait de « coups » politiques et d’attaques médiatiques. Après une année éprouvante marquée par la gestion de la pandémie de Covid-19, la rupture entre les experts sanitaires et l’exécutif semble de plus en plus forte. Alors que sévit la troisième vague du virus qui a obligé Emmanuel Macron à prendre, mercredi 31 mars, de nouvelles mesures de restrictions sanitaires, la pression exercée ces derniers jours par une partie du corps médical pour l’inciter à décréter au plus vite un confinement strict a provoqué les fureurs d’une partie de la Macronie.

Et ce n’est sans doute pas un hasard si, mercredi soir, le chef de l’Etat a demandé, en premier lieu, « un effort des soignants pour augmenter nos capacités en réanimation » et passer à plus de 10 000 lits contre un peu plus de 7 000 actuellement. Le président de la République semble ainsi tenter d’inverser le rapport de force établi, notamment, après la diffusion de la tribune signée par un collectif de médecins de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), dans Le journal du dimanche du 28 mars, et celle qui a suivi, le lendemain, dans Le Monde. Le personnel hospitalier s’y alarmait de la situation apocalyptique des services de réanimation en Ile-de-France et prévenait que, sans mesures fortes pour endiguer la pandémie, le tri des patients sera inévitable.

Lire la tribune : Covid-19 : « En imposant aux soignants de décider quel patient doit vivre, le gouvernement se déresponsabilise de façon hypocrite »

« L’AP-HP fait plus de politique que de médecine ! », s’est ému, mercredi, Florian Bachelier, député (La République en marche) d’Ille-et-Vilaine. « Plutôt que de commettre des tribunes le dimanche, on aurait mieux fait depuis six mois de créer des lits supplémentaires », a-t-il dénoncé sur CNews, accusant le directeur de l’AP-HP, Martin Hirsch, de se comporter « quasiment » comme le directeur de campagne de la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, potentielle candidate à la présidentielle de 2022. « Absurde », s’étouffe-t-on dans l’entourage de l’édile, où l’on reconnaît néanmoins la proximité entre Mme Hidalgo et M. Hirsch.

« Pas une déclaration de guerre »

Au sein du milieu médical, certains partagent cette idée qu’une partie des médecins aurait perdu de vue les limites de leur fonction. « Une junte médicale tente de prendre le pouvoir ! », pense notamment Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France. « Le gouvernement les a écoutés, ils ont goûté ce pouvoir, alors ils ne veulent plus le lâcher. Ils vont trop loin, ils accusent maintenant le chef de l’Etat et pas le virus », ajoute-t-il.

« Cette tribune n’était pas une déclaration de guerre », se défend Martin Hirsch. Si, selon lui, certains soldats de la Macronie cherchent des arrière-pensées politiques à l’appel de directeurs de l’AP-HP, c’est pour mieux éclipser le véritable débat soulevé par les médecins : jusqu’où peut-on pousser les services de réanimation ? « La question n’était pas : faut-il confiner ou pas, mais à quel moment ? Le confinement est-il l’arme ultime, ou un outil à dégainer de façon précoce ? Protéger les Français est notre seule ligne », insiste-t-il.

Lire aussi  Covid-19 : les hôpitaux de la Nièvre, désert médical, mis à rude épreuve

Incompréhension mutuelle ou divorce, une chose est sûre, l’attitude du gouvernement envers les experts médicaux a évolué. A l’heure du premier confinement, en mars 2020, Emmanuel Macron martelait sa foi en la science promettant de s’effacer devant « celles et ceux qui savent ». Aujourd’hui, le chef de l’Etat n’entend plus se laisser guider par les seuls experts sanitaires. La décision, fin janvier, de ne pas reconfiner le pays, contre l’avis du conseil scientifique, a été l’illustration la plus frappante de ce virage. La tentation qu’a aujourd’hui l’exécutif de flirter avec la saturation du système de santé en Ile-de-France en est une autre.

Allures d’un abandon

« Emmanuel Macron était prisonnier des épidémiologistes. Il était désemparé. Maintenant, il a repris la main. Et puis les épidémiologistes disent des choses intéressantes, mais ce n’est pas non plus la théorie de la relativité restreinte… »,persifle un proche du chef de l’Etat.

L’omniprésence dans les médias de scientifiques se contredisant parfois les uns les autres a achevé de convaincre le locataire de l’Elysée de ne pas oublier son instinct politique. Certains de ses ministres l’y ont encouragé en dénonçant la « dictature du sanitaire » ou en rappelant les effets dévastateurs des confinements sur la santé mentale des enfants.

« Les épidémiologistes disent des choses intéressantes, mais ce n’est pas non plus la théorie de la relativité restreinte… », persifle un proche du chef de l’Etat

Au sein du milieu hospitalier, hier applaudi chaque soir pour ses efforts spectaculaires, ce changement de pied peut prendre les allures d’un abandon. Dimanche, le ministre de la santé, Olivier Véran, s’en est défendu, assurant aux directeurs de l’AP-HP du « soutien du gouvernement et de la population française ». Mais les doléances des professionnels ne sont plus les seules à prendre en considération.

« Il y a un an, nous n’étions pas capables de mesurer les effets du confinement. Maintenant, nous le pouvons. Face à une épidémie de cette ampleur, notre décision doit être politique dans toute son ampleur, c’est-à-dire médicale, mais aussi scolaire, économique, etc. », signale-t-on au ministère de la santé, où l’on regrette que les échanges se fassent « par tribunes interposées »

.Lire aussi  Face au Covid-19, la solitude d’Emmanuel Macron

« On partage le constat fait par les professionnels de santé. On le suit, comme eux, au jour le jour. Et attirer le public pour faire prendre conscience qu’on n’est pas tiré d’affaires est une bonne chose. Maintenant, certains peuvent s’étonner que les médecins s’en prennent au gouvernement plus qu’au grand public pour inciter les Français à respecter les mesures », regrette-t-on enfin à Matignon.

« Les soignants face à Macron : « Faites-en, vous, des efforts pour l’hôpital  ! » »

Libération

https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=ac46e54f790ac0cb8e5472af95a7ca83&id_newsletter=14565&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=14565&from=newsletter

2 Avril 2021

Libération observe que « sous pression depuis un an, les soignants ont peu goûté les propos de Macron mercredi soir, alors qu’ils se sentent délaissés face à l’épidémie et s’attendent, résignés, à un nouveau mois très dur ».
Le journal remarque ainsi qu’« en écoutant l’intervention du chef de l’Etat mercredi soir, le petit monde des hospitaliers a senti la moutarde lui monter au nez. C’est qu’après avoir enjoint les Français à «fournir un effort supplémentaire» pour sauver des vies, Emmanuel Macron s’est autorisé un enchaînement malheureux : «Un effort des soignants d’abord, pour augmenter nos capacités de réanimation.» Dans les établissements sous pression constante depuis l’automne, le bout de phrase a cinglé ».


Le Dr Mathias Wargon, chef du service des urgences de l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis, déclare que « le personnel a vraiment tiqué en entendant cela, alors même que cela fait des semaines qu’on attendait du gouvernement qu’il prenne des mesures draconiennes pour casser les contaminations galopantes en Seine-Saint-Denis ».


Libération remarque que « dans les hôpitaux parisiens, la réaction est tout aussi vive ». Le Dr Matthieu Lafaurie, infectiologue à l’hôpital Saint-Louis, déclare que « ça passe très mal. On a envie de lui dire : faites-en, vous, des efforts pour l’hôpital ! Ça fait des mois qu’on est sur le pont, et qu’on subit des restrictions budgétaires ! ».
Le journal indique que « le collectif Inter-Urgences a riposté par communiqué, en rappelant comment les soignants ont été récompensés de leur dévouement ces derniers mois : «manque d’une réelle politique d’attractivité au sein des hôpitaux», «gel des mobilités des personnels», «sacrifice des vacances et des jours de repos», «changements d’organisation» incessants… ».
« Pourtant, au lendemain de l’intervention présidentielle, c’est moins l’exaspération que la lassitude qui prévaut », 
continue le quotidien.


Le Dr Thierry Laperche, cardiologue au Centre cardiologique du Nord, observe : « Je ne sais même plus si je suis énervé ou pas. J’ai décidé de me concentrer sur mon poste, sur mes patients, pour essayer de faire correctement mon travail au quotidien et ça me prend déjà toute mon énergie ».


Jean-François Timsit, chef du service de réanimation de l’hôpital Bichat, observe quant à lui : « Il n’y a plus assez de cohésion dans la société pour espérer que les nouvelles restrictions soient vraiment suivies. L’effet globalement positif des annonces de Macron, et notamment de la fermeture des écoles, ce sera l’exode des Parisiens. Ça fera moins de malades Covid ou non Covid à prendre en charge dans les hôpitaux ».
Libération relève en outre que « l’objectif de monter le nombre de lits de réanimation «à un peu plus de 10 000 dans les prochains jours», soit le double des capacités habituelles, fait beaucoup sourciller. «Promettre autant de lits, c’est incantatoire», grince Jean-Pierre Bedos [chef du service de réanimation du centre hospitalier de Versailles]. Actuellement, plus de 7000 lits sont ouverts sur le territoire, et Sabine Valera, infirmière en réanimation à l’hôpital Nord de Marseille, ne voit pas non plus «grâce à quel personnel» des milliers de nouveaux lits pourraient être ouverts ».
Le journal poursuit : « Les mesures annoncées mercredi suffiront-elles à éviter la submersion des hôpitaux ? Judith Gorlicki, médecin urgentiste à l’hôpital Avicenne de Bobigny, aurait préféré «un vrai confinement, plus fort» ».
La praticienne relève que « les restrictions partielles annoncées il y a deux semaines ne semblent pas vraiment avoir d’effets. Nous avons beaucoup de patients graves, âgés de 50 à 60 ans, qui ont été contaminés par des membres de leur famille plus jeunes ».

« Est-il vrai que seuls 25% des patients Covid en « soins critiques » sont en réa, comme le dit Patrick Pelloux ? »

Libération

https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=a131c6fa1b86e7a20caee679a4f427a9&id_newsletter=14565&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=14565&from=newsletter

2 Avril

C’est ce que se demande Libération, qui observe qu’« un flou prévaut dans le décompte des patients en réanimation, relayé par les médias. Mais la Direction générale de l’offre de soins conteste les chiffres de l’urgentiste ».
Luc Peillon cite ainsi Patrick Pelloux, qui a déclaré lundi : « On est sur un plateau haut, notre activité est constante avec une petite augmentation mais, en gros, on y arrive ». Le journaliste explique que « selon lui, sur les quelque 5 000 malades Covid pris en charge au sein des services de soins critiques, «seuls 25% sont en réanimation, avec intubation et respirateur. Tous les autres sont dans des unités de soins continus qui dépendent des réanimateurs, mais ce ne sont pas des réanimations» ».
Le journaliste relève qu’« il existe effectivement un flou sur le décompte des patients Covid en réanimation. Ainsi, le chiffre qui circule actuellement dans les médias (un peu plus de 5000 patients positifs en réanimation) agrège à la fois des patients dans les services de réanimation à proprement parler, mais aussi des patients positifs placés en services de surveillance continue ou en soins intensifs. Jusqu’à une date récente, aucune distinction n’était faite par les autorités sanitaires. Depuis peu, dans son tableau de bord, Santé publique France fait la distinction entre les patients positifs admis en soins critiques et les patients admis en réanimation à proprement parler ».
Luc Peillon note qu’« à en croire Patrick Pelloux, sur quelque 5000 patients positifs actuellement en soins critiques, présentés par les médias comme étant en réanimation, seuls 25% seraient en fait en réanimation, les autres étant en surveillance continue ».
« Une affirmation inexacte, selon la Direction générale de l’offre de soins (DGOS). […] Elle assure que parmi les 5100 patients Covid actuellement en soins critiques, environ 3800 sont en service de réanimation, soit 75%. […] Le reste des patients Covid (25%) en soins critiques sont pris en charge en soins intensifs ou en unité de surveillance continue »,
 précise le journaliste.
Il explique en outre que « que la France dispose actuellement, selon la DGOS, de 7906 lits «installés» pour effectuer de la réanimation, soit 2800 de plus qu’au début de la crise. Parmi ces lits, 7100 sont occupés : 3800, donc, par des patients Covid (55%) et 3300 par des patients non-Covid (45%). Soit un taux d’occupation de 90% des lits de réa ».
Luc Peillon indique que « Patrick Pelloux affirme désormais qu’il voulait insister sur le fait qu’une partie des patients positifs en réanimation n’est pas intubée. En effet, certains patients en réanimation peuvent bénéficier d’une ventilation non invasive. Mais n’en restent pas moins en réanimation ».

« Monter à 10.000 lits de réa ne peut se faire qu’au détriment des autres soins »

Le Figaro
Le Parisien

 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=2453f3f22b91bbc9c1969f7d7f453351&id_newsletter=14565&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=14565&from=newsletter

Cécile Thibert note dans Le Figaro que « la France devrait bientôt pouvoir accueillir simultanément un peu plus de 10.000 malades en réanimation. C’est ce qu’a annoncé Emmanuel Macron lors de son allocution mercredi soir ».


La journaliste observe que « pour l’heure, 7906 lits sont déjà armés selon la Direction générale de l’offre de soins (public et privé confondus), dont environ 7088 sont occupés (environ 70% sont des patients Covid). Si l’objectif est atteignable – le cap avait quasiment été franchi en avril 2020 -, il ne pourra se faire qu’au prix de nombreux sacrifices ».
Cécile Thibert souligne en effet que « pour augmenter nos capacités, nous avons recours à la même manœuvre qu’il y a un an : transformer d’autres services en unités de réanimation ».


Le Pr Jean-Paul Mira, chef du service de médecine intensive réanimation à l’hôpital Cochin (Paris), remarque ainsi que « depuis le début de la crise, il n’a jamais été question pour les autorités d’ouvrir des lits de réanimation pérennes »Le Pr Jean-Yves Lefrant, anesthésiste-réanimateur au CHU de Nîmes, ajoute que « les seuls lits qui ont été ouverts sont ceux qui étaient officieusement fermés jusqu’à maintenant, faute de personnel, soit environ 500 lits ».
La journaliste poursuit : « Plutôt que de créer de novo des lits, on transforme donc au gré des besoins les lits de surveillance continue et les lits de réveil, qui ont l’avantage d’être déjà assez bien équipés et de fonctionner avec du personnel qui a déjà touché, de près ou de loin, à la réanimation. De cette manière, les hôpitaux étaient parvenus à faire passer leur capacité de 5000 à près de 10.000 lits lors de la première vague ».


Le Pr Ferhat Meziani, chef du service de médecine intensive réanimation au CHU de Strasbourg, observe que « les lits, nous les avons, les murs, nous pouvons les pousser. Le problème, c’est d’avoir le personnel qui va s’occuper des patients ».
Le Pr Mira souligne que « lorsque Mme Pécresse (présidente de la région Île-de-France, NDLR) dit qu’elle veut ouvrir 500 lits supplémentaires en Île-de-France, cela représente 800 infirmiers. Sur le plan des ressources humaines, il faut fermer 4 blocs opératoires pour avoir 2,5 lits de réanimation. C’est extrêmement coûteux humainement et en termes de santé publique ».
Cécile Thibert explique que « cette technique des vases communicants pose deux problèmes. D’abord, cela nécessite de repousser à plus tard les opérations prévues, au détriment des patients. En Île-de-France, les hôpitaux ont d’ores et déjà déprogrammé près de 8 interventions sur 10. Ne restent que les urgences extrêmes ».
« Le deuxième problème est que cela pousse au chevet des malades des soignants dont certains n’ont que peu, voire pas d’expérience en réanimation. […]
En un an de pandémie, force est de constater qu’aucun programme national de formation [d’élève infirmier] n’a été mis en place », poursuit-elle.
La journaliste relève en outre que « les volontaires ne se bousculent pas au portillon en raison du manque d’attractivité pour la profession ». Le Pr Mira note que « les infirmières n’ont aucun intérêt à aller en réanimation car il faut travailler beaucoup plus la nuit et le week-end et les actes sont très techniques. Tout cela sans aucun avantage financier ».
Cécile Thibert conclut que « la crise aura néanmoins eu le mérite de révéler au grand jour des difficultés connues depuis bien longtemps », le Pr Mira soulignant : « Tout l’hôpital travaille de façon chronique avec des effectifs revus au plus juste. Or la population vieillit et quand on regarde la baisse du nombre de lits par rapport à l’augmentation potentielle de patients, nous savons que la situation va s’aggraver ».


De son côté, Le Parisien s’interroge : « Covid-19 : 10.000 lits de réanimation, est-ce vraiment possible ? ».
Le journal relève aussi que « l’annonce d’un nouvel effort pour augmenter les capacités d’accueil en réanimation suscite des doutes chez les professionnels de santé. Il faudra trouver les lits, mais surtout des personnels soignants ».


Étienne Fourquet, président du Syndicat national des anesthésistes réanimateurs de France (Snarf), explique que « ce chiffre de 10.000, c’est celui sur lequel on travaille depuis la première vague. Cela consiste à doubler le nombre de lits existant initialement. Cela a déjà été fait à Marseille, qui a atteint un taux d’occupation de près de 195%. Il faut pousser les murs et trouver le personnel. C’est ce dernier point le plus difficile. Il faut en permanence un infirmer pour deux patients dans un service de réanimation Covid ».
Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d’infectiologie de l’hôpital Mondor (Créteil), remarque quant à lui : « Ça semble complètement irréaliste. Il semble qu’on ait le matériel et la place physique dans les hôpitaux, mais ce qui va manquer, c’est le personnel. Le président a l’air de dire qu’on va trouver des renforts, mais il va apprendre la réanimation lui-même en 15 jours ? Ce n’est pas mon habitude de critiquer, mais il ne faut pas annoncer n’importe quoi ».
Il ajoute : « La problématique est de faire croire aux gens qu’on peut augmenter indéfiniment nos capacités. Ce n’est pas vrai. On risque d’être confrontés à des choix et il faut que le gouvernement le dise ».Date de publication : 2 avril 2021

Le SNPHARE (Anesthésistes-Réanimateurs) dénonce l’allocution du président, « entre aveuglement et mépris »

(Communiqué)

Imprimer la listeRecherche02/04/2021

Émis par : SNPHARE

https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/172514/allocution-du-president-entre-aveuglement-et-mepris-communique/

Un pseudo-confinement qui pourtant ne dit pas son nom, une absence totale de mea culpa, des incantations pour l’hôpital sans moyens réels et sérieux, une injonction vaccinale comme mantra… Pourquoi ne pas dire les choses telles qu’elles le sont sérieusement ?

L’hôpital public est moribond. Le système de santé français est au bord de l’asphyxie. A quoi fallait-il s’attendre dans un pays où la casse du système public hospitalier est continue et savamment organisée depuis tant d’années, malgré les multiples alertes des professionnels de santé ?

Malgré tous ces obstacles, malgré les déceptions immenses du Ségur de la Santé, depuis un an, les personnels hospitaliers tentent de tenir bon, augmentent encore les capacités d’accueil en hospitalisation et en réanimation, créent des unités COVID, inventent les réanimations éphémères en redéployant les personnels de l’anesthésie-réanimation… aux dépens de leur propre santé mais surtout aux dépens de tous les patients « déprogrammés » et qui subissent ainsi une perte de chance dont personne ne parle : les retards de prise en charge seront à l’origine de décès prématurés dans les mois et années à venir.

Non, la situation n’est pas réellement sous contrôle à l’hôpital. Elle ne peut pas l’être quand déjà jusqu’à 80 % des activités sont déprogrammées. Elle ne peut pas l’être quand on demande encore des efforts à des personnels soignants déjà à bout. Elle ne peut pas l’être quand on demande à l’hôpital d’ouvrir des structures dont personne ne sait si elles pourront réellement fonctionner faute de personnels soignants effectivement disponibles. Elle ne peut pas l’être quand l’Etat se repose toujours sur des solutions de bricolage, un an après. Elle ne peut pas l’être car les paroles magiques ne suffisent toujours pas.

Alors non, nous ne pouvons nous contenter des discours politiques décalés de la réalité du terrain.

La stratégie sanitaire de lutte contre l’épidémie est un échec. La stratégie vaccinale est un échec. La stratégie de santé est un échec car pour l’instant tout n’est qu’incantations vaines et promesses non tenues.

Le SNPHARE rappelle au Président de la République ses mots du mois de mars 2020 : « La santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe […] Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai.».

> Contacts:

  • Dr Anne Geffroy-Wernet
    Tél : 04 68 61 77 44
    anne.wernet@snphare.fr
  • Dr Emmanuelle Durand
    Tél : 03 10 73 61 28
    emmanuelle.durand@snphare.fr

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire