L’épidémie de Covid-19 continue sa progression malgré les mesures de freinage
La région parisienne, Val-d’Oise en tête, est de loin celle où le Covid-19 est le plus virulent. Les hôpitaux d’Ile-de-France, débordés, accueillent déjà 7 200 patients atteints de la maladie.
Par Denis CosnardPublié le 01 avril 2021 à 10h56 – Mis à jour le 01 avril 2021 à 19h12
Temps de Lecture 3 min.

Les mesures de freinage et les efforts de vaccination n’ont pas suffi. Contrairement aux espoirs des pouvoirs publics, l’épidémie de Covid-19 continue de progresser à vive allure en France, et la troisième vague, portée par le variant britannique, submerge les hôpitaux. Ce variant, cette « épidémie dans l’épidémie », « risque de nous faire perdre le contrôle », a reconnu Emmanuel Macron mercredi 31 mars. En Ile-de-France, la région de loin la plus touchée, « l’épidémie est déjà hors de contrôle », affirme Anne Souyris, l’adjointe chargée de la santé à la Mairie de Paris. De quoi expliquer qu’après des mois de résistance le président de la République se soit résolu, mercredi, à décréter de nouvelles restrictions et à fermer partout les écoles, collèges et lycées.
Deux semaines après le dernier tour de vis, « les chiffres sont clairs », « cette stratégie a eu de premiers effets », a assuré Emmanuel Macron lors de son allocution, sans donner de précision. Pour l’heure, ces « premiers effets »semblent assez impalpables, et la hausse des contaminations reste spectaculaire. En moyenne, plus de 38 000 nouveaux cas de Covid-19 ont été enregistrés chaque jour dans l’Hexagone au cours de la dernière semaine, au lieu de 10 000 début décembre. L’objectif de 5 000 contaminations quotidiennes que le président de la République s’était fixé en novembre 2020 ne cesse de s’éloigner.
« Aucune région épargnée »
Le nombre de nouveaux cas diagnostiqués en une semaine était inférieur à 110 pour 100 000 habitants début décembre. Après avoir largement franchi le seuil d’alerte maximal fixé par le gouvernement à 250 pour 100 000 habitants, ce taux d’incidence atteint à présent 379 pour 100 000 habitants, et, comme l’a souligné le chef de l’Etat, mercredi, « aucune région métropolitaine n’est désormais épargnée ». Partout, les contaminations se multiplient.
Le virus ne circule néanmoins pas avec la même vigueur dans toutes les zones. En Creuse, dans les Pyrénées-Atlantiques et le Finistère, le taux d’incidence est sensiblement inférieur à 100 cas pour 100 000 habitants. Il se situe même en dessous de 50 cas pour 100 000 dans une commune française sur trois – souvent des villages. A l’inverse, ce même taux atteint ou dépasse les 500 pour 100 000 habitants dans 12 départements métropolitains, dont tous ceux d’Ile-de-France. L’incidence culmine même au-delà des 1 000 cas pour 100 000 dans 1 910 communes comme Pontoise et Cormeilles-en-Vexin (Val-d’Oise), Melun, Provins et Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), ou encore Le Crotoy (Somme).
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La région parisienne, Val-d’Oise en tête, est de loin celle où le Covid-19 est le plus virulent. « On y a recensé 13 000 nouveaux cas aujourd’hui, c’est phénoménal »,s’alarme Aurélien Rousseau, le directeur de l’agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France. « Dans ma commune, le virus progresse si vite qu’on compte maintenant 18 classes fermées, contre deux ou trois il y a une semaine », témoigne Laurent Jeanne, le maire (Libres !) de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne).
Le taux d’incidence annoncé mercredi pour l’Ile-de-France (645 pour 100 000 habitants) marque un léger fléchissement, mais ce pourrait être une simple conséquence d’un problème de remontée des données. « Et même quand les contaminations baisseront vraiment, il faudra encore compter quinze jours ou trois semaines avant d’en voir l’impact sur les hospitalisations », souligne Aurélien Rousseau.
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« Décisions lourdes »
Pour l’heure, les hôpitaux demeurent en alerte rouge. En particulier les réanimations. « Les flux qui y arrivent sont vertigineux : 180 malades du Covid mardi, 140 mercredi », constate le directeur de l’ARS d’Ile-de-France. Au total, les hôpitaux de la région accueillent aujourd’hui plus de 7 200 patients victimes du Covid-19, dont 1 520 en réanimation, alors que le nombre théorique de lits de « réa » ne dépassait guère le millier avant l’épidémie.
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« Nous avons déjà dû déprogrammer 40 % des opérations prévues en dehors du Covid, pour laisser la place à ces malades, explique Aurélien Rousseau. Pour faire face à la vague qui s’annonce et monter à 2 200 lits de réanimation, il faut se préparer à déprogrammer 80 % des interventions. Ce sont des décisions lourdes à prendre. Mais si on ne freine pas très fort l’épidémie – et c’est notre responsabilité collective –, on n’y échappera pas. »
Anne Souyris est tout aussi alarmiste. « D’ici quinze jours, on devrait être au même niveau d’hospitalisations en soins critiques qu’au pic de mars 2020, redoute l’adjointe à la santé d’Anne Hidalgo. La différence, c’est qu’il n’y a pratiquement plus de renforts possibles, car le personnel des autres régions est déjà mobilisé. Quant aux évacuations de malades vers d’autres zones, elles restent marginales. Il y a de quoi être inquiet. »
Covid-19 : Emmanuel Macron contraint à un troisième confinement national et à un nouveau pari vaccinal
Le président de la République a annoncé, mercredi, la fermeture des établissements scolaires pendant trois semaines et l’extension à l’ensemble du pays des restrictions en place jusqu’à présent dans 19 départements.
Par Olivier Faye et Alexandre LemariéPublié le 01 avril 2021 à 05h32 – Mis à jour le 01 avril 2021 à 13h21
La « troisième voie » d’Emmanuel Macron s’est révélée sans issue. Plus d’un an après avoir prononcé le premier confinement du pays, le président de la République a annoncé aux Français lors d’une allocution télévisée, mercredi 31 mars, le retour de cette chape de plomb pour une troisième édition afin de contrer l’épidémie de Covid-19.
Malgré les sombres prévisions des épidémiologistes, M. Macron pensait échapper à ce retour en arrière grâce à la vaccination. Au début de février, le ministre de la santé, Olivier Véran, jugeait ainsi « évidemment possible qu’on ne soit jamais reconfinés ». Un mois plus tard, le chef de l’Etat demandait aux Français de « tenir encore quelques semaines, quatre à six semaines », soit jusqu’à la mi-avril, avant de commencer à lâcher la bride sur les mesures sanitaires.
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Las, le retard pris par la campagne vaccinale ne lui a pas permis de gagner la « course de vitesse » engagée de son propre aveu contre le variant britannique du SARS-CoV-2. Pourtant identifié en France depuis décembre, ce variant, « plus contagieux mais aussi plus meurtrier », représente, selon M. Macron, une « nouvelle donne » à affronter.
« Un effort supplémentaire »
Plus de 5 000 personnes atteintes du Covid-19 occupent déjà les services de réanimation des hôpitaux. Un chiffre supérieur à celui rencontré lors du pic de la deuxième vague. « Partout le virus circule vite, de plus en plus vite, et partout les hospitalisations augmentent », a convenu le chef de l’Etat, qui a demandé en conséquence « un effort supplémentaire » à ses concitoyens.
Afin de s’adapter à cette situation, l’exécutif a dû renoncer à « l’exception française » dont il se prévalait jusqu’alors : garder les écoles ouvertes. « L’école n’est pas négociable », a affirmé Emmanuel Macron mercredi soir, avant d’annoncer… leur fermeture, comme il y a un an.
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Crèches, écoles, collèges et lycées garderont portes closes pendant trois semaines afin de répondre à la multiplication du nombre de cas rencontrés ces derniers jours. « Les cours se feront à la maison » la semaine du 5 avril, a précisé le locataire de l’Elysée, sauf « pour les enfants des soignants et de quelques autres professions, de même que les enfants en situation de handicap ». Les deux semaines suivantes, tous les élèves seront en vacances, quelle que soit leur zone, avant une rentrée le 26 avril. Elle s’effectuera dans les salles de classe en maternelle et primaire, et à distance pour les collèges et lycées.
De quoi replonger des millions de parents dans les affres d’une organisation baroque entre travail et garde d’enfants. Comme au printemps 2020, ils pourront bénéficier du chômage partiel en cas d’arrêt de travail, a précisé M. Macron. « Je sais ce que cette réorganisation implique de changements profonds pour les parents d’élèves et pour les familles, mais c’est la solution la plus adaptée pour freiner le virus, tout en préservant l’éducation et donc l’avenir de nos enfants », s’est-il justifié. Les étudiants pourront, eux, continuer à se rendre à l’université un jour par semaine.
« Aucune région n’est désormais épargnée »
Autre évolution : l’approche territorialisée du dispositif disparaît. « Cela n’aurait pas de sens de prendre les mêmes mesures dans le Finistère, où il y a peu de cas, qu’à Paris ! », répétait pourtant Matignon. Emmanuel Macron a finalement étendu à l’ensemble de la métropole le confinement déjà en vigueur depuis deux semaines dans 19 départements. « Aucune région n’est désormais épargnée » par l’épidémie, a-t-il fait valoir.
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Fermeture de commerces, interdiction de se déplacer à plus de 10 kilomètres de chez soi (ou alors sur présentation d’une attestation), fin des déplacements interrégionaux… Ces nouvelles mesures, déjà mises en place en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France, s’appliqueront à partir de samedi soir pour une durée de quatre semaines. Ceux « qui souhaitent changer de région pour aller s’isoler pourront le faire » jusqu’à la fin du week-end de Pâques, a précisé le chef de l’Etat, avant le retour de contrôles renforcés à partir de mardi. Les Français de l’étranger qui veulent rentrer pourront le faire « à tout moment », a-t-il par ailleurs précisé. Le couvre-feu a 19 heures, lui, sera maintenu, et le télétravail « systématisé ».
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Le premier ministre, Jean Castex, a détaillé la mise en œuvre de ce troisième confinement, jeudi, lors d’une déclaration devant les deux Chambres du Parlement, qui sera suivie d’un débat et d’un vote consultatif. Sur le maintien ou non des élections régionales, prévues en juin, il a annoncé qu’il engageait « sans délai une consultation des partis politiques représentés au Parlement et les associations d’élus locaux », avant l’organisation d’un débat au Parlement.
Ces nouvelles restrictions représentent un coup dur pour l’économie, puisque le nombre de commerces fermés passe, selon Bercy, de 90 000 à 150 000. L’ensemble des dispositifs d’aide aux salariés et aux entreprises actuellement en vigueur seront prolongés, a assuré M. Macron, pour un coût total pour les finances publiques évalué à 11 milliards d’euros par mois.
Afin de « tenir, encore », le chef de l’Etat a réclamé « un effort des soignants pour augmenter nos capacités en réanimation ». Des « renforts supplémentaires »doivent arriver, a-t-il promis, pour permettre de passer le nombre de lits en réanimation de 7 000 « à un peu plus de 10 000 ». Mais c’est surtout la vaccination qui représente à ses yeux un « chemin d’espoir ». Mercredi soir, 8,5 millions de personnes avaient reçu au moins une dose de vaccin, incluant 2,8 millions qui ont eu les deux doses requises.
Le président de la République, qui a tardé à croire à la possibilité d’un sérum, puis à enclencher la campagne vaccinale à pleine vitesse, a reconnu qu’« il y a eu des retards, des choses que nous avons corrigées ». Dans son viseur, en particulier : l’acheminement erratique de vaccins par certains laboratoires pharmaceutiques. Un mal que l’exécutif espère voir réparé dans les semaines à venir.A
47 millions de doses livrées en France entre avril et juin
Selon le ministère de la santé, 47 millions de doses devraient être livrées en France entre avril et juin. « Nous mettons tous les moyens pour vacciner, vacciner, vacciner. Sans répit, sans jour férié. Le samedi et le dimanche comme la semaine », a assuré M. Macron. Les personnes âgées de 60 ans à 70 ans auront le droit à une première injection « à partir du 16 avril », puis celles entre 50 et 60 ans « à partir du 15 mai ». « Et à partir de la mi-juin, les rendez-vous seront ouverts à l’ensemble des Françaises et Français de moins de 50 ans », a promis le chef de l’Etat, maintenant l’objectif d’avoir proposé « d’ici à la fin de l’été » un vaccin à toute personne majeure qui le souhaiterait.
Cette montée en gamme doit permettre « de commencer à rouvrir progressivement le pays », « à partir de la mi-mai ». « Certains lieux de culture »pourront accueillir du public « avec des règles strictes », a assuré Emmanuel Macron, tout comme les terrasses, « sous conditions ». « Et nous allons bâtir entre la mi-mai et le début de l’été un calendrier de réouverture progressive pour la culture, le sport, les loisirs, l’événementiel, nos cafés et restaurants », a-t-il ajouté, promettant de revenir « prochainement » détailler cet agenda aux Français.

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Une perspective censée aider la population à tenir et à continuer d’accepter « pour les mois à venir » un cadre restrictif. « Je sais qu’il y a beaucoup de lassitude, de fatigue. Je sais qu’il y a aussi parfois de l’énervement, de l’emportement, et c’est bien normal. Je sais qu’à chaque étape de cette épidémie nous pouvions nous dire que nous aurions pu faire mieux. Nous avons commis des erreurs. Tout cela est vrai », a reconnu le chef de l’Etat dans un rare mea culpa.
« Des jours précieux de liberté »
Pour autant, M. Macron récuse l’idée que sa décision de ne pas confiner à la fin de janvier ait représenté un pari manqué. « Là où beaucoup de nos voisins ont décidé de confiner, il y a maintenant quatre mois, (…) nous avons (…) gagné des jours précieux de liberté (…) sans jamais perdre le contrôle de l’épidémie », a-t-il estimé. « Il ne faut absolument pas céder à la panique ; nous avons conservé la maîtrise de la situation à l’hôpital », a-t-il ajouté.
« Il y a eu de la procrastination, on va le payer très cher », pronostique au contraire Philippe Juvin, chef des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou à Paris et maire Les Républicains (LR) de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine). « Le pari a été individuel, les conséquences sont maintenant collectives. Quel gâchis, quel temps perdu », a appuyé le porte-parole du Parti socialiste (PS), Boris Vallaud. Aux yeux de la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, « les mesures annoncées par Macron résultent notamment d’un Waterloo vaccinal dont il n’assume pas la responsabilité ».
Mais le coup de patte le plus dévastateur est sans doute venu de son ancien premier ministre, Edouard Philippe, qui l’a accusé en creux de légèreté. Alors qu’Emmanuel Macron s’aventurait dès le mois d’avril 2020 à dessiner le « monde d’après », le juppéiste, qui signe dans un entretien au Point, mercredi, son retour sur la scène publique nationale, rappelle avoir « toujours été réticent à parler du “monde d’après”, comme beaucoup le faisaient au début du Covid ». « Je trouve ça imprudent tant que la crise, lourde, durable, usante, n’a pas terminé de produire ses effets », juge le maire du Havre. Une leçon dont M. Macron éprouve aujourd’hui toute la dureté.