Covid-19 : vive passe d’armes entre des macronistes et Martin Hirsch, le directeur de l’AP-HP
Jugé trop critique et alarmiste par certains Marcheurs, le haut fonctionnaire se défend de toute arrière-pensée politique.
Par Loris Boichot
Publié hier à 18:41, mis à jour il y a 9 minutes

Les tensions en disent long sur l’opposition entre une partie de la majorité et un pan de l’administration médicale. Depuis plusieurs jours, sur fond de «troisième vague» de l’épidémie de Covid-19, un procès en arrière-pensées politiques et en incompétence est intenté à l’un des plus hauts responsables de la santé publique : Martin Hirsch. Le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), tenant d’une ligne dure face à la crise sanitaire, est présenté comme le symbole de «blouses blanches» voulant imposer leur tutelle sur les décisions de l’exécutif.À découvrir
À LIRE AUSSI :La défiance s’installe entre Martin Hirsch et l’exécutif
Premier porte-voix de cette offensive, le député Florian Bachelier (La République en marche, LREM) a accusé le haut fonctionnaire, mardi sur CNews, de se comporter «quasiment» comme un «directeur de campagne» de la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, critique envers la stratégie de l’exécutif. «La seule chose qu’a prévue Martin Hirsch depuis un an, c’est de ne rien prévoir», a ajouté l’élu macroniste. Contre-attaque de l’intéressé sur Twitter : «La seule campagne que je mène n’est pas politique, elle est sur le front sanitaire, avec les soignants, pour les patients».
«Campagne de calomnie»
Jugé trop alarmiste par certains Marcheurs, le numéro un du plus grand ensemble hospitalier français est présenté comme l’initiateur, en coulisses, de la tribune des 41 directeurs médicaux de crise de l’AP-HP,*qui avaient mis en garde contre un «tri des malades» dans Le Journal du Dimanche. «Les seules tribunes que j’initie sont celles que je signe», s’est défendu Martin Hirsch mercredi dans Le Figaro, tout en soutenant des mesures strictes : «il faut freiner l’épidémie avant d’être au bout plutôt que de freiner au dernier moment».
À LIRE AUSSI :Martin Hirsch, aux premières loges
Signe d’une nette rupture ? Florian Bachelier et Martin Hirsch ont prolongé leur passe d’armes dans deux courriers révélés par Le Parisien. Dans un premier texte, mercredi, le patron de l’AP-HP se dit la «cible d’une campagne de calomnie» et demande des excuses au député LREM. «Pensez-vous que le gouvernement laisserait à la tête de l’AP-HP un type qui aurait la tête tournée ailleurs pendant une crise de cette nature ?», interroge-t-il, qualifiant d’«affabulation complète» le rôle qui lui est prêté auprès d’Anne Hidalgo, potentielle candidate à la présidentielle de 2022, avec laquelle il entretient de bonnes relations.
Courrier au vitriol
En réponse, le Marcheur lui a adressé jeudi plusieurs questions, dans une lettre imprégnée d’ironie : «Quel est le nombre exact de lits en réanimation que vous avez créés depuis six mois ?» ; «Considérez-vous votre bilan personnel de gestion de crise parfaitement irréprochable ?» L’élu a reçu le soutien de la députée LREM Anne-Laure Petel, qui a salué sur Twitter sa façon de «mettre les points sur les i», quand le sénateur (Les Républicains) Pierre Charon a applaudi un «modèle de riposte» face à un «fonctionnaire prétentieux et fat».
À LIRE AUSSI :Christophe Prudhomme: «Ce sont les fossoyeurs de l’hôpital qui tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme»**
Soucieux d’apaiser les relations entre l’exécutif et le monde hospitalier, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a assuré dimanche aux directeurs de l’AP-HP le «soutien du gouvernement et de la population française». Deux mois après avoir refusé de reconfiner le pays malgré la pression d’une partie des médecins, le chef de l’État a pour sa part évoqué mercredi des «renforts supplémentaires» pour passer à plus de 10.000 lits en réanimation à l’échelle nationale.
À voir aussi – Covid-19 en Île-de-France: «Le virus n’est pas sous contrôle», alerte Martin Hirsch
Voir aussi:
https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/03/26/la-deprogrammation-cest-un-tri-de-patients-qui-ne-dit-pas-son-nomfrance-assos-sante/
**Christophe Prudhomme: «Ce sont les fossoyeurs de l’hôpital qui tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme»
FIGAROVOX/ENTRETIEN – Les signataires d’une tribune alarmiste dans le JDD *ont décidé la fermeture de lits de réanimation, explique Christophe Prudhomme. Ce médecin au Samu 93 et délégué national CGT explique comment les directeurs de crise de l’AP-HP ont participé selon lui à l’état de délabrement de l’hôpital public.
Par Ronan Planchon
Publié le 31/03/2021 à 15:36, mis à jour le 31/03/2021 à 18:51

FIGAROVOX. – Dans le JDD, les 41 directeurs de crise de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) s’alarment de la situation sanitaire et affirment qu’ils «seront contraints de faire un tri des patients». La Fédération hospitalière s’est désolidarisée. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Christophe PRUDHOMME. – Le constat, c’est que ces mêmes personnes qui s’alarment aujourd’hui du manque de lits sont responsables de ce manque puisqu’ils ont accompagné toutes les restructurations, toutes les fermetures de lits de ces dernières années. Par exemple, parmi les signataires il y a des gens qui siègent à la commission médicale d’Assistance publique qui a validé la fusion des hôpitaux Bichat (Paris XVIIIe) et Beaujon (Clichy) avec plus de 300 lits supprimés, la fermeture en cours de l’hôpital Jean-Verdier à Bondy, le projet de fermeture de l’hôpital de Garches. Ce sont de vrais Ponce Pilate. Aujourd’hui, même la Cour des comptes critique cette politique, il y a bien un problème.
À LIRE AUSSI :Tri des patients : la Fédération hospitalière française se désolidarise de la tribune des médecins parisiens
Quelles
Cet article est réservé aux abonnés. Il vous reste 82% à déco
