Covid : Macron met en place un nouveau tour de vis, mais sans confinement strict
Face à une « nouvelle donne », les mesures restrictives concernant jusque-là 19 départements vont être étendues à l’ensemble du territoire. Les élèves basculeront en distanciel la semaine prochaine et deux semaines de vacances suivront pour tous. Se refusant à un confinement strict, Emmanuel Macron a dit faire le choix « de la confiance, de la responsabilité et de la respiration ». Il a promis un retour progressif à la normale à partir de la mi-mai.

Par Grégoire PoussielguePublié le 31 mars 2021 à 20:44Mis à jour le 1 avr. 2021 à 12:44
Le 1er mars, lors d’un déplacement en Ile-de-France consacré à l’égalité des chances , Emmanuel Macron avait demandé aux Français de tenir encore « quatre à six semaines » pour commencer à voir le bout du tunnel et la fin des restrictions liées à la crise sanitaire. Il leur faudra patienter quelques semaines de plus.
Lors d’une allocution télévisée – la septième depuis le début de la crise il y a un peu plus d’un an -, le chef de l’Etat a annoncé ce mercredi soir de nouvelles restrictions pour tenter d’endiguer la troisième vague de l’épidémie. Une « nouvelle donne » a-t-il dit, alors que le Covid a fait près de 100.000 morts en France et le pic des réanimations de la deuxième vague a été dépassé. « Nous allons tenir, encore. Si nous restons unis et solidaires, si nous savons nous organiser au cours des prochaines semaines, alors nous verrons le bout du tunnel », a-t-il promis.
L’épidémie de Covid dévore à nouveau la France
Il ne s’agit pas d’un confinement au sens strict, véritable repoussoir pour Emmanuel Macron, qui fait tout pour ne pas répéter le scénario du printemps 2020. Mais les « mesures de freinage » annoncées il y a deux semaines et qui concernent aujourd’hui 19 départements – principalement en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France – vont être étendues pour quatre semaines à l’ensemble du territoire métropolitain, à partir de samedi soir. Les commerces non essentiels seront fermés, le recours au télétravail systématisé et les déplacements entre régions interdits partout. Les Français pourront continuer à sortir pour de courts déplacements, mais les vacances de Pâques se dérouleront à la maison.
VIDEO. Les écoles fermées pour 3 semaines, les restrictions étendues
https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01870326/zone/1/showtitle/1/src/q0vuzuu
Pression forte des médecins
Pendant le week-end de Pâques, qui débute vendredi, ceux qui voudront aller s’isoler pourront aller le faire. « Nous faisons le choix de la confiance, de la responsabilité et, si je puis dire, de la respiration », a-t-il précisé. Les attestations pour les déplacements du quotidien ne seront pas nécessaires. Sur le plan économique, les dispositifs en cours en faveur des entreprises et salariés sont maintenus.
DECRYPTAGE > De nouvelles restrictions qui mettent les entreprises sous tension
Les écoles ne seront pas fermées longtemps, un marqueur fort de la gestion de la crise en France, mais les élèves vont voir leur emploi du temps bouleversé et ils n’iront plus en cours les trois prochaines semaines. « L’éducation de nos enfants n’est pas négociable, l’école n’est pas négociable », a-t-il martelé. La semaine prochaine, l’enseignement se fera uniquement en distanciel. Puis suivront deux semaines de vacances – les mêmes pour toutes les zones – et un retour le 26 avril pour les élèves de maternelle et de primaire et le 3 mai pour les collégiens et lycéens. Malgré les appels à la fermeture longue des écoles, Emmanuel Macron fait, sur ce front-là, le choix d’une troisième voie.
Macron se résout à fermer les écoles pour une durée qu’il espère limitée
Provenant des médecins et scientifiques, la pression était de plus en plus forte pour procéder à un confinement strict, alors que la situation dans les hôpitaux est de plus tendue. « Les réanimations sont pleines, les chiffres ne sont pas bons et les prévisions sont catastrophiques », avait alerté ce mercredi sur Europe 1 Gilbert Deray, professeur de médecine et chef du service néphrologie à la Pitié-Salpêtrière à Paris, qualifiant la situation de « très grave ». En réponse, Emmanuel Macron a annoncé des moyens renforcés pour les hôpitaux pour porter la capacité des lits de réanimation à plus de 10.000 lits.https://flo.uri.sh/story/814334/embed
Du côté des oppositions politiques, les critiques se faisaient de plus en plus dures au fil des jours contre un président accusé de tout décider seul et de faire des paris risqués. La lenteur de la campagne de vaccination et l’absence de « mea culpa » – revendiqué – du chef de l’Etat pour n’avoir pas confiné fin janvier sont pointés. Emmanuel Macron est un « roi thaumaturge » pour le socialiste Olivier Faure, n’ayant « aucune vision » pour Marine Le Pen et qui se « comporte de manière totalement irresponsable » selon Jean-Luc Mélenchon. Ce mercredi soir, il a une nouvelle fois assumé ses choix passés même s’il a admis des erreurs. « Croire en la responsabilité des Français, ce n’est jamais un pari », a-t-il dit.
Vaccins : 250.000 professionnels mobilisés
Emmanuel Macron a fait un appel au « civisme de chacun » plutôt qu’au « confinement pour tous », demandant un « effort supplémentaire » aux Français en les appelant à se « mobiliser ». Il espère passer ce cap grâce à l’extension géographique des mesures restrictives, au renforcement des moyens des hôpitaux et à la montée en puissance de la campagne de vaccination. 8,3 millions de première dose ont été injectées et 2,8 millions de personnes ont reçu deux doses.
Emmanuel Macron a maintenu son objectif de vacciner tous les adultes qui le souhaitent d’ici à la fin de l’été. Une nouvelle fois, une « accélération » de la campagne de vaccination a été annoncée, avec la mobilisation de 250.000 professionnels : les plus de 60 ans pourront y avoir accès à partir de la mi-avril, les plus de 50 ans mi-mai et les moins de 50 ans à partir de juin.
« Vacciner, vacciner, vacciner »
L’exécutif compte notamment sur l’arrivée d’un quatrième vaccin, celui de Johnson & Johnson. Huit millions de doses de ce vaccin seront livrées d’ici à fin juin, dont 500.000 doses en avril. « Vacciner, vacciner, vacciner », a martelé Emmanuel Macron, le seul chemin pour sortir véritablement de la crise. Il a promis une réouverture du pays à partir de la mi-mai, à commencer par les établissements culturels et les terrasses.
« Troisième « confinement », ce qu’en disent des médecins »

La Croix constate que « pour freiner «l’épidémie dans l’épidémie» provoquée par le variant britannique, «plus contagieux et plus meurtrier», Emmanuel Macron a demandé, mercredi 31 mars, de nouveaux «efforts» aux Français. Le mot de «confinement» n’a pas été prononcé, mais c’est bien une troisième mise sous cloche du pays qu’a dessinée le chef de l’État ».
Le journal explique ainsi que « les mesures de restriction réservées depuis deux semaines aux départements les plus touchés s’imposeront à tout le pays à partir de 3 avril, et jusqu’au 2 mai au moins, «plus aucune région métropolitaine n’étant épargnée». Couvre-feu le soir, fermeture des commerces non essentiels, sorties contraintes à un rayon de 10 km et autre interdiction des déplacements inter-régionaux s’appliqueront partout. Des nouvelles limites fortes, mais pas le confinement strict auxquels certains médecins appelaient ».
Mahmoud Zureik, professeur de santé publique à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, déclare que « c’est un mi-chemin qui a été annoncé. Les mesures permettront sans doute de faire baisser les contaminations et de revenir au niveau du plateau élevé que nous connaissions en février, mais pas de reprendre véritablement la main sur l’épidémie. Ce plan correspond à ce qui est souhaité par le président : vivre avec le virus. Mais pas le maîtriser ».
Bertrand Dureuil, chef du service de réanimation du CHU de Rouen, note quant à lui que « les zones les plus touchées les expérimentent depuis moins de 2 semaines, c’est trop tôt pour en évaluer les effets. Un point d’interrogation pèse encore sur leur niveau d’efficacité. […] Le médecin attendait peut-être des mesures plus strictes encore, mais le citoyen est conscient de ce que vivent les gens et ses enfants. Il faut toujours rester sur cette ligne de crête entre ce que les Français sont capables de supporter et ce que notre système de santé est capable d’encaisser ».
La Croix indique que le chef de service « se montre en revanche plus «sceptique» sur le deuxième «effort» exigé par le président : des «renforts supplémentaires» pour porter à 10.000 la capacité nationale en lits de soins critiques ».
Le Pr Dureuil remarque qu’« en juillet déjà, Olivier Véran avait annoncé 12.000 lits possibles pour la rentrée. Mais il y a un vrai déficit en personnel. Je ne sais pas comment le président compte résoudre ce problème. Mettre des gens non formés à ces techniques ne serait qu’un emplâtre sur une jambe de bois ».
« Vaccin contre le Covid-19 : le nouveau calendrier promis par Macron exaspère les soignants »


Elsa Mari note dans Le Parisien qu’« alors que la France se referme face à un virus plus dangereux et rapide, la vaccination, encore à la traîne, va prendre son envol sur le territoire. C’est la promesse réitérée par le président, qui a présenté, ce mercredi soir, son nouveau calendrier. Alors que les plus de 70 ans peuvent déjà y prétendre, dès le 16 avril, ce sera au tour des plus de 60 ans de recevoir les injections anti-Covid, puis aux plus de 50 ans à partir du 15 mai ».
La journaliste observe toutefois qu’« accélérer la vaccination en France, comme l’a promis Emmanuel Macron, les professionnels n’attendent que ça. Mais où sont les doses ? ».
Elsa Mari explique que « les sérums Pfizer et Moderna sont administrés dans 1700 centres et 250.000 professionnels de santé sont mobilisés pour injecter le produit AstraZeneca et dès le 19 avril, le Johnson&Johnson. Deuxième objectif, fabriquer les sérums sur le territoire et en Europe et devenir «progressivement le premier continent au monde en termes de production de vaccin» ».
« Alors que plus de 8,5 millions de personnes ont reçu une première dose et 2,8 millions, les deux, les effets se font déjà sentir et la mortalité a fortement baissé chez les plus de 80 ans. Reste qu’obtenir un rendez-vous quand on a plus de 75 ans vire parfois au casse-tête », remarque la journaliste.
Jacques Battistoni, président du syndicat MG France, souligne que « les médecins se plaignent de [ne] pas avoir de doses, à chaque fois on nous dit qu’elles arrivent, mais c’est la pénurie ».
Elsa Mari relève que « ses confrères partagent le même ras-le-bol. Du côté de Nancy, dans le Grand-Est, Clotilde Latarche, médecin épidémiologiste à l’hôpital, désespère ». La médecin indique que « jeudi dernier, par exemple, on a vacciné 71 personnes, voyez un peu le ridicule ».
Claudine Gillant, infirmière libérale à Richardménil, près de Nancy, note quant à elle : « On est prêt à faire les trois huit s’il le faut, mais on n’a pas de doses. […] Ça fait des semaines qu’on attend, les patients nous harcèlent, qu’est-ce qu’on leur dit ? ».
De son côté, Libération s’interroge : « L’objectif de 30 millions d’injections d’ici à juin est-il tenable ? ».
Le journal observe qu’« à la sortie du Conseil européen le 25 mars, Emmanuel Macron a répété une promesse déjà formulée début février : «D’ici à la fin de l’été, toutes les Françaises et tous les Français adultes qui le souhaitent [auront] la possibilité d’être vaccinés.» Un objectif louable pour sortir de la crise sanitaire mais qui reste suspendu à une variable : la France aura-t-elle suffisamment de doses ? ».
Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, a déclaré mercredi que « rien que cette semaine nous allons recevoir un quart des doses que nous avons reçu depuis décembre ».
Libération observe : « Une confiance qui se nourrit notamment des chiffres prévisionnels à sa disposition. La Direction générale de la santé (DGS) table sur un objectif ambitieux : 71,5 millions de doses reçues de décembre au 30 juin, un chiffre qui d’ici la fin de l’année atteindrait 294 millions. Avec le mois d’avril censé atteindre un record avec 28 millions de doses livrées, dont 17,6 de Pfizer. Ce volume, qui permettrait à la France de vacciner toute la population et même de faire des rappels si besoin, ne sera disponible que si les vaccins CureVac et Sanofi-GSK obtiennent leurs autorisations de mise sur le marché, prévues respectivement en juillet et au quatrième trimestre : ils correspondent à eux seuls à 89 millions de doses sur l’année 2021 ».
« Une lente montée en puissance qui s’explique en grande partie par la stratégie vaccinale de l’Union européenne, abondamment critiquée pour sa lenteur au regard de ce qui se déroule aux Etats-Unis, en Israël ou au Royaume-Uni », continue le journal.
Face au Covid-19, la solitude d’Emmanuel Macron
ÉDITORIAL
Le Monde
Aux critiques de l’opposition s’ajoutent désormais celles d’une partie du corps médical, qui accuse l’exécutif d’avoir un train de retard dans la prise de décision.
Publié le 31 mars 2021 à 12h20 – Mis à jour le 31 mars 2021 à 14h23 Temps de Lecture 2 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/03/31/face-au-covid-la-solitude-d-emmanuel-macron_6075108_3232.html
Editorial.
Depuis le début de la crise sanitaire, la façon dont l’exécutif gère la prise de décision suscite des interrogations récurrentes qui se muent en vives critiques dès lors que la situation se tend. Il y a un peu plus d’un an, lorsque l’épidémie s’est déclarée, le chef de l’Etat a été accusé d’être trop soumis aux scientifiques. Créé en mars 2020 pour éclairer la décision publique, composé de médecins et de chercheurs, le conseil scientifique a de fait pris une place essentielle. Les politiques, qui ignoraient tout de l’épidémie, avaient besoin de s’appuyer sur ce qu’en savait la science pour légitimer des décisions difficiles qui avaient des conséquences directes sur la vie humaine et l’exercice des libertés publiques.
Le rapport de force s’est, depuis, radicalement inversé. En s’affranchissant, à la fin du mois de janvier 2021, des recommandations du conseil scientifique, qui préconisait un confinement strict sur une période de quatre semaines à partir du début du mois de février, Emmanuel Macron a spectaculairement coupé le cordon. Les scientifiques en ont, bon gré mal gré, pris acte et, de façon tout aussi explicite, ils ont renvoyé au chef de l’Etat la monnaie de sa pièce : priés de dire s’il est ou non raisonnable d’organiser les élections régionales en juin prochain, compte tenu du contexte sanitaire, ils ont refusé de prendre position et laissé les« autorités publiques » prendre « les décisions qui leur incombent ». Une rupture par rapport aux avis explicites qu’ils avaient rendus l’année précédente à propos des élections municipales.
Lire aussi Entre le conseil scientifique et l’exécutif, une relation aigre-douce
Cette double rupture laisse le président de la République très seul. Non seulement Emmanuel Macron apparaît aux yeux des Français comme le seul responsable de la gestion de la crise sanitaire, mais il doit se défendre du péché d’hubris : ne s’est-il pas cru, en début d’année, plus fort que tout le monde ? N’a-t-il pas pensé que sa seule volonté politique aurait raison des funestes courbes des épidémiologistes ?A
Lire aussi Comment l’entourage d’Emmanuel Macron met en scène un président qui serait devenu épidémiologiste
Soulagé, en février, de ne pas être soumis au confinement, le pays n’a, de fait, pas échappé à la troisième vague. Il redoute à présent de devoir fermer les écoles et se demande si son chef n’a pas perdu ce qui ressemble à un pari.
Verticalité du pouvoir français
Certes, l’envolée des hospitalisations que certains scientifiques annonçaient pour la mi-février ne s’est pas produite. En revanche, la tension actuelle dans les services de réanimation suscite une légitime interrogation sur la pertinence des choix faits depuis cette date. Aux critiques de l’opposition s’ajoutent désormais celles d’une partie du corps médical, qui accuse l’exécutif d’avoir un train de retard dans la prise de décision, au risque de conduire les urgentistes à devoir assumer seuls le tri des malades.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : face au chiffon rouge du tri des malades, Emmanuel Macron accusé de « tâtonnements »
Il n’existe pas de gestion de crise infaillible. Dans tous les pays concernés par le rebond épidémique, la lassitude des populations exacerbe les tensions et soumet l’exécutif à de vives polémiques. La verticalité du pouvoir français crée cependant un problème supplémentaire : elle donne le sentiment que tout repose sur un seul homme, au risque d’insécuriser la prise de décision.
A défaut de pouvoir revenir en arrière, le chef de l’Etat doit une franche explication aux Français, non seulement sur ses choix à venir mais sur ceux passés. Quant à la tenue des élections régionales, il aurait intérêt à faire voter le Parlement. La question est tellement viciée par les arrière-pensées politiques des uns et des autres que seul un vote engageant chaque formation politique permettra de dégager la décision la plus légitime possible.
Le Monde