La crise du Covid-19 a mis en lumière les faiblesses structurelles de notre système hospitalier où la bureaucratie ralentit la prise de décision et complique le travail des soignants 

« L’hôpital français malade de sa bureaucratie »

Le Figaro

30 Mars 2021

C’est ce que titre Le Figaro sur sa Une, relevant que « la crise du Covid-19 a mis en lumière les faiblesses structurelles de notre système hospitalier où la bureaucratie ralentit la prise de décision et complique le travail des soignants ».


Le journal note ainsi que « d’abord, les soignants ont assisté, un peu ébahis, au miracle : alors que la première vague épidémique menaçait de les engloutir, l’administration s’est pliée en quatre pour eux. «Quand on avait besoin de quelque chose, il suffisait de décrocher le téléphone», se souvient un médecin plutôt habitué à se débattre avec les difficultés de l’hôpital public ».


Quentin, réanimateur-anesthésiste à Reims, observe : « L’administration ne nous a jamais mis de bâtons dans les roues pour monter une unité ou créer une ligne de garde. Ils ont géré l’arrivée des renforts, la garde des enfants, on a pu avoir du matériel, des respirateurs, des équipements de protection… Même la nourriture n’a jamais posé problème malgré les changements de planning permanents ! ».


Le quotidien note cependant que « dans le même temps, des ratés montraient la lourdeur du système. Retards sur les masques, les tests, les vaccins… ».
Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa, fédération des Ehpad privés, relève ainsi que « sur tous les sujets c’est la même inertie, parfois à la limite du mensonge pour se dédouaner de sa responsabilité ou de son non-choix, comme pour les masques, d’abord inutiles puis essentiels un mois plus tard. À chaque fois, il y a une perte de temps terrible et soudain tout se met à fonctionner, quasi parfaitement ».


Le Figaro observe : « Trop technocratique, croulant sous les procédures bureaucratiques, l’administration de la santé ne souffre pas tant de défaillances individuelles ou de dysfonctionnements techniques que d’une «crise organisationnelle», estime le sociologue Henri Bergeron […] : mauvaises leçons tirées du passé, faux sentiment de sécurité, confiance aveugle dans les outils de planification. L’administration centrale est aussi jugée trop coupée du terrain : dès mi-janvier, les grands groupes d’Ehpad, parce qu’ils ont des établissements en Chine, mesurent la gravité de la situation ».


Le journal se penche sur le ministère de la Santé, « l’un des plus grands bâtiments administratifs de la capitale. Mais c’est en termes d’effectifs l’un des plus petits ministères, et d’aucuns estiment que le péché originel est là : avoir confié le pilotage de la plus grave crise qu’ait eu à affronter la France depuis des décennies à une entité non taillée pour la bataille ».


Le quotidien rappelle qu’« en 2020, les Solidarités et la Santé n’affichaient que 7450 équivalents temps plein, soit moins que… la Culture. Ils étaient plus de 9000 en 2019, et l’hémorragie ne va pas s’arrêter : pour 2021, la loi de finances prévoit de passer à 4819 ».


Le Figaro souligne que « toute l’expertise scientifique et technique est partie dans les agences créées au fil de scandales sanitaires : l’Agence française du sang en 1992 après l’affaire du sang contaminé, l’Agence du médicament en 1993 après l’affaire des hormones de croissance, l’Institut de veille sanitaire et l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments en 1998 après la vache folle, l’Agence française de sécurité sanitaire environnementale en 2002 après l’amiante… ».


Le journal continue : « Il se murmure aussi que l’administration de la santé n’attire pas les meilleurs… Les ministères sociaux héritent souvent des derniers sortis de l’ENA et les agences régionales de santé (ARS) sont peuplées d’administrateurs civils et pas de spécialistes de santé publique. Parfois, celui qui est chargé des décisions n’est tout bonnement pas compétent ».
Le Figaro note que « dans les ARS, «il y a beaucoup de bonne volonté mais il manque une culture managériale. Ce sont des fonctionnaires qui ne savent pas travailler en mode projet», regrette un de leurs interlocuteurs. Bras armé de l’État en région, les ARS se sont attiré beaucoup de critiques durant la crise, certains allant jusqu’à demander leur suppression. Des reproches pas toujours justifiés ».


Claude Évin, ancien ministre de la Santé, relève qu’« elles ont été l’objet de critiques au motif qu’elles auraient réduit les capacités hospitalières. Mais elles n’ont fait qu’exécuter une décision politique décidée nationalement ».
Le journal continue : « Souvent, les décideurs ont peur de leur ombre. Voyez des flacons de vaccin Pfizer : d’abord présentés comme contenant 5 doses, il est vite apparu qu’on pouvait en tirer 6, voire 7, à condition de disposer du matériel adéquat. Pouvait-on injecter ces doses supplémentaires ? «Foncièrement, la 6e et la 7e dose ne sont pas différentes des 5 premières», lance un hospitalier ».
« Las : il a fallu attendre que l’Agence européenne des médicaments valide l’existence de cette 6e dose pour l’injecter, tout au moins officiellement. Et Pfizer n’a alors pas tardé à la prendre en compte dans ses livraisons, et donc à la facturer. Non seulement le gain en nombre de vaccinations n’existait plus, mais il pouvait même se transformer en perte faute du bon matériel et du bon geste ! L’erreur ne sera pas reconduite pour la 7e dose, et la Direction générale de la santé expliquera mi-mars qu’officiellement elle n’existe pas, mais que rien ne doit être jeté », 
continue Le Figaro.

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L’hôpital français malade de sa bureaucratie

https://www.lefigaro.fr/sciences/l-hopital-francais-malade-de-sa-bureaucratie-20210329

GRAND RÉCIT – La crise du Covid-19 a mis en lumière les faiblesses de l’organisation de la santé dans notre pays, où la bureaucratie ralentit la prise de décision et complique le travail des soignants.Par Marie-Cécile RenaultSoline Roy et Service InfographiePublié hier à 20:13, mis à jour il y a 6 heures

Des ratés ont montré la lourdeur du système hospitalier français. THOMAS SAMSON/AFP

D’abord, les soignants ont assisté, un peu ébahis, au miracle: alors que la première vague épidémique menaçait de les engloutir, l’administration s’est pliée en quatre pour eux. «Quand on avait besoin de quelque chose, il suffisait de décrocher le téléphone», se souvient un médecin plutôt habitué à se débattre avec les difficultés de l’hôpital public. «L’administration ne nous a jamais mis de bâtons dans les roues pour monter une unité ou créer une ligne de garde, témoigne Quentin, réanimateur-anesthésiste à Reims. Ils ont géré l’arrivée des renforts, la garde des enfants, on a pu avoir du matériel, des respirateurs, des équipements de protection… Même la nourriture n’a jamais posé problème malgré les changements de planning permanents!»À découvrir

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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