Des lits de Réanimation ou davantage de prévention ou les deux ?

COVID-19. DES LITS DE RÉA OU DAVANTAGE DE PRÉVENTION

26.03.2021 – Philippe LEDUC, Directeur, THINK TANK ECONOMIE SANTE

BrefSanté 21-12. Aujourd’hui, il faut augmenter le nombre de lits de réanimation pour faire face à la 3 ème vague Covid. Et ceci d’autant plus que, comme le fait remarquer la Cour des comptes*, ceux-ci « ont conditionné, non seulement le fonctionnement des systèmes de santé, mais aussi la vie économique et la vie sociale dans leur ensemble, et même les libertés publiques ». Et aussi parce que les déprogrammations des soins non urgents dès le 12 mars 2020 auront des conséquences délétères pour la santé.

Mais demain ?

Faut-il sanctuariser en grand nombre les lits de réa, forcément au détriment d’autres besoins. Faut-il comme le préconise la Cour* les augmenter en fonction du vieillissement de la population, ce qui n’a pas été le cas dans le passé. Entre 2013 et 2019 les lits de réa ont progressé de 0,17 %, soit dix fois moins que les effectifs de personnes âgées (+ 1,7 % par an), qui constituent pourtant près des deux tiers des malades hospitalisés en réanimation.

Ne faudrait-il pas plutôt carrément changer de paradigme et affirmer avec Franck Chauvin, Président du HCSP** que pour alléger la pression en réa comme dans l’ensemble du système de soins, il faut diminuer le nombre de malades. Cela a l’air d’une lapalissade mais c’est essentiel. En Suède, grâce à une politique volontariste, l’espérance de vie en bonne santé à 65 ans (15,5 ans) est supérieure de cinq ans à celle de la France (10,6 ans). La part de l’espérance de vie à 65 ans en bonne santé atteint 78% en Suède contre 46% dans l’hexagone. Le repérage systématique et organisé des fragilités chez les plus de 75 ans est en particulier une source majeure d’allègement des contraintes.

C’est possible. Á une condition. La Prévention et la capacité d’augmenter rapidement les lits de réa avec les soignants mobilisables imposent une augmentation notable des ressources pour la santé. Ce qui implique comme le suggère Dominique Libault, Président du HCFiPS***, de traiter la dette Covid de la Sécu (75 Md€) comme la dette Covid de l’État (140 Md€), c’est-à-dire sur le très long terme, pour consacrer tout ou partie des recettes de la CADES (18 Md€ par an) à la santé.

*La Cour des comptes. Rapport public annuel. Tome 1 page 149 à 174 : « Réanimation et soins critiques en général : un modèle à repenser après la crise. »

**Haut Conseil de santé publique. ***Haut Conseil du financement de la protection sociale

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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