Faute de ne pas avoir confiner la France fin Janvier, Macron au pied du mur

Covid-19 : Emmanuel Macron face au dilemme d’un nouveau confinement plus strict

Le président de la République souhaitait se donner du temps pour évaluer les effets des mesures déjà prises mais il n’exclut plus de franchir un cap supplémentaire dans les prochains jours, face à la poussée épidémique dans de nombreuses régions, dont l’Ile-de-France. 

Par Claire GatinoisPublié aujourd’hui à 05h07, mis à jour à 09h56

 https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/03/29/covid-19-emmanuel-macron-face-au-dilemme-d-un-nouveau-confinement-plus-strict_6074800_823448.html

Emmanuel Macron, à l’Elysée, à Paris, le 26 mars.
Emmanuel Macron, à l’Elysée, à Paris, le 26 mars. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR « LE MONDE »

Ces dernières semaines, Emmanuel Macron s’était mis en retrait de la gestion du Covid-19, déléguant à son premier ministre, Jean Castex, le douloureux quotidien de la pandémie. L’hôte de Matignon jouait à la fois les pères Fouettard et les paratonnerres, annonçant aux Français les mauvaises nouvelles, tandis que le chef de l’Etat donnait à la France un cap et un espoir grâce à la vaccination. Le président de la République revient désormais en première ligne, prêt à endosser la responsabilité d’un éventuel – et ultime ? – confinement plus strict.

« La bataille des prochains jours est simple »résume-t-il dans des déclarations confiées au Journal du dimanche (JDD), dimanche 28 mars« Nous allons regarder l’efficacité des mesures de freinage et nous prendrons si nécessaires celles qui s’imposent », prévient-il promettant de « préserver les soignants et les personnes vulnérables » tout en faisant preuve de « pragmatisme ».

Le retour sur le devant de la scène du président arrive à un moment où ses choix personnels sont critiqués. A la fois son « pari », pris fin janvier, de ne pas avoir reconfiné le pays comme le réclamaient de nombreux scientifiques, comme son option d’une « troisième voie », à savoir un vrai-faux confinement, décrété dans les départements les plus affectés le 20 mars.

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Dans Le JDD, Emmanuel Macron « assume totalement » sa stratégie. Le locataire de l’Elysée confirme ainsi la posture tenue trois jours plus tôt à l’issue d’un sommet européen : « Je peux vous le dire : nous avons eu raison de ne pas reconfiner la France à la fin du mois de janvier parce qu’il n’y a pas eu l’explosion qui était prévue par tous les modèles », avait-il plaidé, insistant : « Je peux vous affirmer que je n’ai aucun mea culpa à faire, aucun remords, aucun constat d’échec. » « Il y a pire que de ne pas vouloir reconnaître ses erreurs, c’est de ne rien apprendre de ses erreurs », a répliqué Xavier Bertrand (ex-Les Républicains), candidat à la présidentielle, au « Grand Rendez-Vous » Europe 1-CNews-Les Echos,dimanche.

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Lundi matin, sur Franceinfo, Bruno Le Maire a estimé que l’épidémie allait sans doute s’aggraver et a balayé toute idée de relâchement. « Il ne serait pas compréhensible qu’au moment où la situation sanitaire se dégrade – où c’est difficile pour les soignants, pour les personnels hospitaliers – d’envoyer un message d’ouverture d’autres commerces », a expliqué le ministre de l’économie, avant de déclarer que toutes les options, notamment celle d’un confinement strict, étaient sur la table.

Au pied du mur

A l’heure où la troisième vague de Covid-19, dopée par le variant britannique, menace de faire, de nouveau, imploser le système de santé, le chef de l’Etat est au pied du mur. La propagation du virus est en forte augmentation dans près d’une vingtaine de départements. En Ile-de-France, notamment, où les services hospitaliers redoutent d’avoir à trier leurs patients. « Il y a un an, Emmanuel Macron disait : Nous sommes en guerre. Chacun sait qu’il n’y a pas de guerre propre et que les dégâts collatéraux de cette crise dépassent la dimension sanitaire, puisque son impact est aussi économique, sociétal, psychologique et philosophique », attaquent dans une tribune au Monde un collectif de neuf médecins de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). « Il est temps que l’exécutif assume clairement et publiquement les conséquences sanitaires de ses décisions politiques », insistent-ils

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« Dans cette situation de médecine de catastrophe où il y aura une discordance flagrante entre les besoins et les ressources disponibles nous serons contraints de faire un tri des patients afin de sauver le plus de vies possibles »alertent également 41 médecins réanimateurs et urgentistes de l’AP-HP dans Le JDD. Pour freiner les contaminations et désengorger les hôpitaux, les professionnels appellent donc à des mesures fortes.

A l’Elysée, on affirme entendre ces appels. Et à ceux qui accusent l’exécutif d’avoir privilégié les considérations économiques, voire politiques, en refusant de prendre des décisions pénibles pour les concitoyens, Christophe Castaner, président du groupe du parti présidentiel La République en marche (LRM) à l’Assemblée nationale, a assuré que « le sanitaire est la priorité nationale »« Il doit continuer à guider nos pas », a préconisé l’ancien ministre de l’intérieur sur BFM-TV dimanche, prévenant qu’une fermeture des écoles serait « l’ultime décision », mais que « le gouvernement ne l’exclu[ait] pas ».

Matignon dit attendre les données permettant de mesurer l’effet des dernières mesures avant de pouvoir arbitrer. Celles-ci devraient parvenir au sommet de l’Etat en début de semaine et être débattues lors du conseil de défense sanitaire mercredi 31 mars. Une prise de parole du chef de l’Etat en milieu de semaine n’est alors pas exclue, ne serait-ce que pour « donner un horizon à court et moyen terme » aux Français, selon un proche du président.

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Si, aux yeux de certains directeurs d’hôpitaux, la situation sanitaire est comparable à celle du printemps 2020, imposer aux Français un confinement comme celui qui avait alors permis d’endiguer la première vague semble aujourd’hui hors de portée. « A l’époque, la question de l’acceptabilité ne se posait pas car nous étions tous sidérés et effrayés. Depuis, d’autres paramètres sont intervenus, économiques, scolaires ou liés à la santé mentale. Notre priorité, c’est le sanitaire, mais le sanitaire au sens large, pas uniquement lié au Covid-19 », explique-t-on dans l’entourage du premier ministre.

Rien n’est encore tranché

Imposer aux Français un nouveau confinement les obligeant à rester chez eux après avoir assuré, lors de l’annonce des dernières restrictions, que le Covid-19 ne devait pas nous empêcher de « prendre l’air », semble aussi délicat à faire comprendre. Dit autrement, pour limiter la hausse exponentielle des contaminations, la fermeture des écoles serait l’une des dernières options possibles. « Dans la situation actuelle, on ne peut pas faire autrement », a ainsi déclaré la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, pour mieux mettre la pression sur l’exécutif.

Pour limiter la hausse exponentielle des contaminations, la fermeture des écoles serait l’une des dernières options possibles

Mais malgré la dégradation de la situation sanitaire, rien n’est encore tranché au sommet de l’Etat. « C’est une équation multiple. L’année qui vient de se passer, au-delà de la lassitude, a montré la détresse des étudiants, l’importance de la santé mentale, l’explosion des violences intrafamiliales, l’importance de l’activité physique, la nécessité de protection économique pour plein de secteurs…, observe un proche du président. Vous avez une question de balancier sur tous ces sujets. Et sur l’école, beaucoup de parents d’élèves et de professeurs disent que le coût du confinement de mars est toujours là. Tandis que d’autres disent que les cas se multiplient. »

Pour éviter de fermer les établissements, le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, a annoncé un protocole plus strict, mis en place le lundi 29 mars, obligeant notamment la fermeture des classes dès le premier cas de contamination dans les dix-neuf départements concernés par les dernières mesures de « freinage ». Mais aux yeux d’une partie des experts, cela pourrait ne pas suffire. « Une sorte de tabou s’est installé en France sur les écoles. C’est à la fois noble et dangereux car cela occulte le risque dans les écoles », estime ainsi Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale (université de Genève).

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« Les choix du président échappent à la rationalité scientifique. Les gens n’en peuvent plus de ces tergiversations ! S’ils ne respectent pas les mesures, c’est qu’ils ne croient pas en leur efficacité », affirme Boris Vallaud, député socialiste des Landes. Exaspérés par les choix présidentiels dont ils ne comprennent plus la logique, les députés du groupe socialiste à l’Assemblée nationale ont envoyé dimanche soir un courrier au président de leur institution, Richard Ferrand, pour réclamer la mise en place d’une mission d’information sur le Covid-19, une commission d’enquête sur la campagne vaccinale et pour exiger l’appui d’un comité scientifique afin d’éclairer les parlementaires sur la question, au même titre que l’exécutif.Notre sélection d’articles sur le Covid-19

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Claire Gatinois

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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