Covid-19 : les hôpitaux d’Ile-de-France appelés à augmenter les places en réanimation
Tandis que les admissions en soins critiques dépassent les 100 patients par jour, l’agence régionale de santé a demandé, mardi, aux établissements de se préparer à passer un cap supplémentaire.
Par Camille StromboniPublié le 24 mars 2021 à 21h15, mis à jour hier à 08h52

En Ile-de-France, la pression monte encore à l’hôpital. « Les chiffres d’hier, qu’il s’agisse des entrées en réanimation ou des entrées en hospitalisation conventionnelle, sont particulièrement élevés. Nous n’avions pas connu un nombre d’entrées aussi haut en vingt-quatre heures depuis la première vague », a alerté Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris), dans un courrier adressé aux soignants de l’institution francilienne, mercredi 24 mars.
Si le rythme d’admission en réanimation atteint déjà, depuis le début du mois de mars, une centaine de nouveaux malades du Covid-19 par jour dans les hôpitaux de la région, ce sont 171 patients qui sont arrivés en soins critiques le 23 mars – 683 patients supplémentaires ont été hospitalisés sur cette journée – d’après les données de Santé publique France. Ce qui porte à 1 360 le nombre de malades du Covid-19 en réanimation en Ile-de-France, soit un niveau qui dépasse déjà largement le pic de la deuxième vague de novembre (1 136).
2 200 lits d’ici à mi-avril
L’agence régionale de santé (ARS) a demandé, mardi, aux établissements de se préparer à passer un cap supplémentaire dans l’ouverture de lits de réanimation. Ce qui suppose de déprogrammer plus fortement encore l’activité « non-Covid ».
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Selon l’ARS, les hôpitaux vont dépasser, d’ici à la fin de la semaine, le seuil des 1 500 malades en soins critiques, qui s’est traduit par la déprogrammation de 40 % de l’activité des hôpitaux. C’est, désormais, le palier de 1 800 lits auquel doivent se préparer les établissements « d’ici le milieu de semaine prochaine », a annoncé l’agence, soit un niveau intermédiaire, avant celui des 2 200 lits envisagé lui aussi à brève échéance, d’ici à la mi-avril.
Rien ne laisse présager une amélioration dans les toutes prochaines semaines, au contraire : malgré le reconfinement sous la formule d’une « troisième voie », appliqué depuis le 20 mars dans 16 départements dont ceux d’Ile-de-France, les contaminations poursuivent, à ce jour, leur progression, avec un taux d’incidence qui atteint 560 cas pour 100 000 habitants (sur sept jours). Les répercussions des contaminations sur les réanimations n’interviennent, quoi qu’il en soit, pas avant deux à quatre semaines.
« Il y a la perspective sombre de devoir arrêter tout ce qui n’est pas immédiatement vital à l’hôpital », reconnaît l’agence régionale de santé
Derrière ce palier de 2 200 lits fixé par l’ARS, c’est l’horizon d’un stade maximal de 80 % de déprogrammation qui est dans toutes les têtes. « Le niveau de déprogrammation nécessaire à l’atteinte des cibles capacitaires est en cours de calage avec les établissements », affirme l’autorité sanitaire sans avancer de chiffres précis.Article réservé à nos abonnés Lire aussi « On est arrivés à la ligne de danger » : les hôpitaux sous tension face à la dégradation sanitaire
Mais on le reconnaît sans difficulté à l’agence : « Pour monter à un tel niveau, il y a la perspective sombre de devoir arrêter tout ce qui n’est pas immédiatement vital à l’hôpital ». Au pic d’avril 2020, quand le reste de l’hôpital était à l’arrêt et que de nombreux soignants étaient venus en renfort d’autres régions, 2 700 patients Covid-19 se trouvaient en soins critiques dans la région.
Une marche « énorme » à franchir
Dès les prochains jours, la nouvelle marche paraît « énorme » à franchir, prévient-on déjà chez les médecins. « A l’AP-HP, nous devrons atteindre 720 lits la semaine prochaine, contre 590 que nous avons prévu d’atteindre ce vendredi, rapporte le chef de service en médecine intensive-réanimation à l’hôpital Ambroise-Paré, Antoine Vieillard-Baron. Nous sommes de plus en plus inquiets, dans les jours qui viennent, on ne pourra pas prendre tous les patients qui en ont besoin. » Pour le professeur, les hôpitaux vont être contraints de choisir entre « faire de la quantité, au détriment de la qualité des soins », ou « refuser d’admettre plus de patients ». « Le gouvernement fait une erreur en pensant qu’on peut franchir ces paliers sans difficulté », insiste-t-il.
Avec toujours cette même problématique : celle des ressources humaines. Dans une note envoyée le 22 mars, l’AP-HP a déjà précisé à ses équipes, à la veille des vacances de Pâques, que « les contraintes de continuité de service liées au contexte épidémique peuvent conduire à reporter les jours de congés initialement programmés ».
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Les transferts vers d’autres régions, le second levier enclenché par le ministre de la santé pour désengorger les réanimations franciliennes, n’ont pu avoir lieu jusqu’ici qu’au compte-gouttes – 17 transferts depuis le 13 mars. Le nombre de patients suffisamment stables pour être transportés est resté très limité, et parmi eux, peu de familles ont accepté un tel éloignement.