Plus l’épidémie dure, plus l’exercice démocratique est mis à l’épreuve.

Covid-19 : la démocratie en berne

ÉDITORIAL

Le Monde

Depuis un an, la crise épidémique et la banalisation de l’état d’urgence sanitaire affectent les conditions du travail parlementaire mais également celles d’exercice du droit de vote pour tous les Français.

Publié aujourd’hui à 11h12, mis à jour à 11h23    Temps de Lecture 2 min. 

Editorial du « Monde ». Plus l’épidémie dure, plus l’exercice démocratique est mis à l’épreuve. Le débat sans vote organisé mercredi 24 mars à l’Assemblée nationale sur le suivi de la crise sanitaire a illustré jusqu’à la caricature l’état de délabrement dans lequel se trouve la représentation nationale. Seule une poignée d’élus était venue interpeller le ministre de la santé, Olivier Véran. Aucun leader de l’opposition n’avait jugé utile de profiter de la tribune pour défendre une politique alternative.

Le doute croissant suscité par les choix d’Emmanuel Macron se prêtait pourtant à l’exercice mais, comme à chaque fin de quinquennat, l’invective a pris le dessus, renvoyant les débats de fond à la prochaine campagne présidentielle. En attendant, le Parlement, dévitalisé, ne se donne pas beaucoup de peine pour sauver la mise. « A quoi bon ? » semblaient dire les élus désabusés.

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Depuis un an, les conditions du travail parlementaire se sont, il est vrai, fortement dégradées. Non seulement les contraintes sanitaires compliquent la vie quotidienne des députés et des sénateurs, comme celle de tous les Français, mais l’état d’urgence sanitaire s’est banalisé au rythme des rebonds épidémiques. Conçu pour les périodes de crise, expressément encadré par les textes, ce régime permet notamment à l’exécutif de prendre par décret des dispositions d’exception limitant la liberté d’aller et venir, de se réunir ou d’entreprendre.

Résignation collective

Certes, les délais pour agir sont fortement encadrés par le Parlement, mais, épidémie oblige, ils se sont allongés bien au-delà de la période initialement envisagée : l’état d’urgence sanitaire a été en vigueur du 23 mars au 10 juillet 2020, puis réinstauré le 17 octobre 2020, prorogé par le Parlement une première fois jusqu’au 16 février 2021, puis encore jusqu’au 1er juin. Et, jeudi 25 mars, le ministre chargé des relations avec le Parlement, Marc Fesneau, a envisagé, sur Radio J, qu’il puisse durer « jusqu’à l’immunité collective » de la population, objectif qui ne semble guère atteignable avant la fin de l’été. De report en report, la notion d’équilibre des pouvoirs se trouve profondément entamée, dans une sorte de résignation collective.

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La crise sanitaire affecte aussi en profondeur les conditions d’exercice du droit de vote. Deux élections législatives partielles, prévues en avril dans le Pas-de-Calais et dans le 20e arrondissement de Paris, vont être reportées. Dimanche 28 mars, le conseil scientifique devrait rendre un avis sur la tenue des élections régionales qui étaient prévues en mars et ont été finalement calées les 13 et 20 juin.

Soupçonnant le gouvernement de vouloir de nouveau les repousser, dix présidents de région, de droite et de gauche, ont, à titre préventif, cosigné une tribune dans Le Figaro pour exiger leur tenue à la date prévue. Ils arguent que la démocratie doit respirer et que ce n’est pas au conseil scientifique de la« confiner ». Ils ont raison mais si la sincérité du scrutin devait être mise en cause par l’inégale propagation du virus sur le territoire, cela constituerait un problème majeur.

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Si la difficulté des novices à faire campagne devait conduire à accorder une forte prime aux présidents sortants, la question de l’équité serait posée. Et si l’abstention devait atteindre un record, comme ce fut le cas lors des élections municipales de 2020 avec des taux dépassant 70 % dans certaines villes, la démocratie n’en sortirait pas non plus gagnante. Le grand risque que fait courir la crise sanitaire est de distendre, de façon insidieuse, le lien si fragile entre les citoyens et les élus.

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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