La densité de médecins va connaître un « creux » de dix ans
Le nombre de médecins rapporté aux besoins de la population croissante et vieillissante ne retrouvera son niveau actuel que vers 2035, selon une étude de la Drees. Pour les pharmaciens, il faudra attendre 2050.

Par Sophie Amsili
Publié le 26 mars 2021 à 10:44
Décrocher un rendez-vous chez un médecin sera encore plus difficile ces dix prochaines années, à en croire la Drees. Le service statistique des ministères sociaux a publié vendredi ses projections pour les trois prochaines décennies, au moment même où s’ouvre la première édition de la Conférence nationale de santé, chargée, depuis la suppression du « numerus clausus » , de fixer le nombre d’étudiants en santé pour les cinq prochaines années.
Selon l’étude, le nombre de médecins en activité de moins de 70 ans devrait continuer à stagner jusqu’en 2030. Il devrait ensuite repartir à la hausse à un rythme de l’ordre de 1,5 % par an.
Mais si l’on rapporte les effectifs de médecins aux besoins de la population croissante et vieillissante, alors la densité médicale va même baisser au cours de la prochaine décennie. Elle « retrouverait son niveau actuel seulement au milieu des années 2030 », selon la Drees. Puis elle repartirait à la hausse pour être supérieure de 23 % à la densité actuelle en 2050.
Gagner trois ans avec plus d’étudiants
Un des leviers pour éviter cette situation est de faire varier le nombre d’étudiants en médecine. La Drees estime que l’augmenter de 20 % dès la rentrée 2021 permettrait de « combler ce creux avec une avance d’environ trois ans ».
Le flux de diplômés étrangers est aussi une donnée à surveiller. Il n’a cessé de progresser au cours de la décennie écoulée, porté notamment par les nombreux jeunes Français partis étudier en Europe afin de contourner le « numerus clausus ». Sans ces 1.200 diplômés entrant en activité chaque année, le creux de médecins par rapport au niveau actuel ne serait ainsi comblé qu’en 2041, selon la Drees.
Baisse à venir du nombre de pharmaciens
Du côté des pharmaciens, leur nombre devrait continuer à baisser, comme c’est déjà le cas depuis 2016. La Drees table ainsi sur un effectif réduit de 2 % en 2027 par rapport à aujourd’hui. Il devrait ensuite repartir à la hausse pour être supérieur de 12 % en 2050.
Mais, de même, si l’on rapporte le nombre de pharmaciens aux besoins de la population, on retrouvera tout simplement en 2050 le niveau de 2021. On pourrait y arriver dès le milieu des années 2030 en augmentant de 20 % le nombre d’étudiants en pharmacie dès la rentrée prochaine, souligne la Drees.
Le nombre de sages-femmes devrait, lui, continuer à croître. De même pour les chirurgiens-dentistes, une profession qui s’est rajeunie et féminisée. Leurs effectifs devraient augmenter de 46 % d’ici 2050 – ou de 39 % si on les rapporte aux besoins de la population.
Mais là encore, cette progression est « fortement portée par l’arrivée de chirurgiens-dentistes diplômés à l’étranger », souligne l’étude. Sans eux, la hausse n’atteindrait que 5 %.
La densité médicale va fortement baisser dans les 10 ans »

Le Figaro observe que « si le pire n’est jamais inéluctable, certaines tendances sont lourdes. C’est le cas de l’évolution de la démographie médicale selon les projections de la Drees, le service d’études du ministère de la Santé, pour les 30 prochaines années au motif qu’il faut de 5 à 10 ans pour former une sage-femme ou un médecin en France ».
Le journal relève que « selon un scénario moyen (à comportements et législation constants), le nombre de médecins de moins de 70 ans en activité devrait ainsi stagner jusqu’en 2030 aux alentours des 215.000, avant de connaître une hausse importante, de l’ordre de 40%, jusqu’en 2050 ».
Le Figaro souligne cependant que « compte tenu de l’augmentation de la population attendue, la densité médicale – qui a baissé de 2,2% au cours de la dernière décennie, pour atteindre un plancher de 318 médecins pour 100.000 habitants en 2021 – devrait continuer à refluer dans les prochaines années. Une baisse «encore plus forte si l’on considère la densité médicale standardisée qui tient compte de la hausse de demande de soins induite par le vieillissement de la population», juge la Drees ».
Le quotidien précise qu’« elle atteindrait un point bas en 2028, inférieur de 5% à celui d’aujourd’hui, puis ne retrouverait son niveau actuel qu’en 2035 avant de repartir à la hausse. Sur la période, la densité médicale standardisée des médecins serait supérieure de 23% en 2050 à celle de 2021… ».
« La Drees prévient dès lors qu’augmenter de 20% le nombre d’étudiants entrant en formation de médecine (dont les règles viennent de changer) «conduirait à combler ce creux démographique environ 3 ans plus tôt et aboutirait, en 2050, à une densité standardisée encore plus élevée, de +37% par rapport à 2021» », observe Le Figaro.
Le journal note enfin que « trois professions médicales particulièrement recherchées devraient quant à elles connaître une évolution positive de leur densité dans les 30 prochaines années. Le nombre de chirurgiens-dentistes – dont les effectifs ont explosé depuis 2012, grâce à l’arrivée sur le territoire de professionnels diplômés à l’étranger, pour atteindre les 42.000 en 2021 – va ainsi croître fortement : +39% d’ici à 2050. La densité standardisée de sages-femmes (on en compte actuellement 23.400 en France) devait quant à elle progresser de 27% en 30 ans, avec un développement important (+70%) de la part de ces professionnels exerçant en libéral ou mixte (cumulée avec une activité salariée) ».
« Enfin, le nombre de pharmaciens inscrits à l’Ordre et en activité (72.200 en 2021) devrait continuer à refluer jusqu’en 2027 avant une reprise jusqu’en 2050. Quant à leur densité, elle ne retrouverait son niveau actuel qu’en 2030 en raison de la hausse de la population », conclut Le Figaro.
La densité médicale va fortement baisser dans les 10 ans
La démographie des professionnels de santé est un enjeu fort des politiques d’organisation de l’offre de soins.Par Marc Landré
Publié il y a 5 heures

Si le pire n’est jamais inéluctable, certaines tendances sont lourdes. C’est le cas de l’évolution de la démographie médicale selon les projections de la Drees, le service d’études du ministère de la Santé, pour les 30 prochaines années au motif qu’il faut de cinq à dix ans pour former une sage-femme ou un médecin en France. Selon un scénario moyen (à comportements et législation constants), le nombre de médecins de moins de 70 ans en activité devrait ainsi stagner jusqu’en 2030 aux alentours des 215 000, avant de connaître une hausse importante, de l’ordre de 40 %, jusqu’en 2050.
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Mais compte tenu de l’augmentation de la population attendue, la densité médicale – qui a baissé de 2,2 % au cours de la dernière décennie, pour atteindre un plancher de 318 médecins pour 100 000 habitants en 2021 – devrait continuer à refluer dans les prochaines années. Une baisse «encore plus forte si l’on considère la densité médicale standardisée qui tient compte de la hausse de demande de soins induite par
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L’Île-de-France, premier désert médical de métropole
Pourtant la plus peuplée de France, la région parisienne est paradoxalement la moins bien pourvue en médecins selon une étude de l’URPS, l’Union régionale des professionnels de santé.
Par Coline Renault
Publié le 11/12/2020 à 10:47, mis à jour le 11/12/2020 à 16:39

Situation paradoxale : l’Ile-de-France a beau être la région la plus densément peuplée du pays, elle n’en est pas moins le premier désert médical de métropole. En seulement 18 mois, la région parisienne a perdu 479 médecins libéraux : 230 postes de médecins généralistes et 249 spécialistes n’ont pas été remplacés entre le 1er avril et le premier novembre 2020, selon une étude de l’URPS, l’Union régionale des professionnels de santé.
Madeleine, 26 ans, ne le savait pas quand elle a quitté l’Auvergne pour s’installer à Paris. Elle qui pensait ainsi en avoir fini avec les interminables appels auprès des secrétariats médicaux pour obtenir un rendez-vous s’est retrouvée de fait face à un mur : impossible de trouver un médecin traitant qui acceptait de nouveaux patients. « Pour les urgences, j’appelle SOS médecins. Mais avec mon diabète, j’aurais besoin d’être suivi régulièrement par un seul soignant», regrette-t-elle.
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55% des médecins ont plus de 60 ans
«Théoriquement, c’est en Ile-de-France qu’on trouve le plus de praticiens. En pratique, si on ramène ce nombre à la densité de la population et à ses besoins, l’accessibilité y est encore plus difficile qu’ailleurs», explique Alexandre Grenier, président de l’URPS. Des arrondissements cossus de la capitale aux coins plus ruraux du Val-de-Marne, 37 % des Franciliens vivent dans une ZIP ( zones d’intervention prioritaire), considérées par l’ARS comme «désert médical». Outre la médecine générale, certaines spécialités comme la psychiatrie ou la dermatologie sont particulièrement touchées. À Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis) la tension est telle que le médecin généraliste Dominique Souvestre a dû trouver des pirouettes pour faire face à l’afflux de nouveaux patients : «Par exemple, je renouvelle les traitements tous les 6 mois, au lieu de trois. Je commence la saison des certificats médicaux dès le printemps…» A 69 ans, il partira tout de même en retraite en avril 2021, comme 4 autres médecins de la ville. Aucun n’a trouvé de remplaçant.
« Si j’avais pu me faire remplacer, ça ferait longtemps que je serai parti ! »Jean-Paul Fenot, 71 ans
Avec 55% des médecins généralistes d’Ile-de-France âgés de plus de 60 ans, la situation risque de perdurer. «La diminution du numerus clausus pendant 20 ans a engendré un retard extrêmement compliqué à rattraper», analyse Alexandre Grenier. Pourtant, 6000 internes en médecine générale ont été formés en dix ans : « Cela pourrait suffire à assurer le renouvellement…à condition qu’on arrive à les garder dans la région.»
« Il faut renoncer au paradigme « médecin du village »,Laure Dominjon, médecin généraliste de 29 ans
Or, la capitale et sa périphérie peinent à convaincre ses internes de s’y installer. À 71 ans, Jean-Paul Fenot n’a en tout cas trouvé aucun volontaire pour prendre le relais de son cabinet médical de Gouaix (Val-de-Marne). Il avait pourtant pris sa retraite dès 2014. «Je suis arrivé dans la zone en 1976 avec toute une génération de jeunes médecins. Les cabinets ont fermé les uns après les autres, il n’y a plus que moi. Si j’avais pu me faire remplacer, je serais parti depuis longtemps !», s’exclame le médecin et maire. En attendant, il refuse les nouveaux patients, et priorise les rendez-vous. Quitte à rallonger les délais d’attente.
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«Il faut renoncer au paradigme «médecin du village», affirme Laure Dominjon, médecin généraliste de 29 ans et présidente du syndicat Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (ReAGJIR). Entre les vieux médecins traitants et la nouvelle génération, le fossé se creuse. Les jeunes soignants traînent des pieds à l’idée de reprendre seuls un cabinet de village. «Travailler sans confrère à moins de 20 kilomètres de 9 heures à 22 heures, en vivant au-dessus du bureau, ce n’est plus possible», justifie-t-elle. Les nouveaux médecins aspirent à de nouvelles structures, comme des centres poly médicaux ou des maisons de santé.
Les jeunes médecins face à la flambée des prix du foncier
Problème : quelle place reste-t-il pour les nouveaux projets, dans une région aussi densément peuplée et en proie à une flambée des prix de l’immobilier ? «Il est compliqué de s’installer en région parisienne : l’offre de locaux aux normes n’est pas suffisante, et les loyers sont exorbitants», admet Alexandre Grenier. L’URPS travaille avec les collectivités locales et l’ARS pour financer l’ouverture de structures attractives : 160 projets ont été concernés en trois ans.
Mais toutes les zones ne sont pas éligibles aux aides, quand bien même elles souffrent d’un déficit de médecins. Dans le 14ème arrondissement de la capitale, Prudence* visite depuis trois ans des locaux pour installer un cabinet de médecine générale. Elle effectue des remplacements dans le quartier et souhaite s’y établir pour soulager ses collègues d’un carnet de patients toujours croissant. Mais impossible de trouver des locaux aux normes ERP1. « Si on loue, c’est au minimum 3000 euros par mois, plus les taxes, et des travaux de mise aux normes qui s’élèvent en général à 50 000 euros », soupire-t-elle. «À 25 euros la consultation, ce n’est pas envisageable.»
Opération séduction
La situation est d’autant plus difficile qu’en Ile-de-France, la densité de peuplement s’accompagne souvent d’une importante précarité. «Ces patients ont plus de maladies, sont plus âgés. Ils nécessitent des prises en charges sociales et des suivis plus longs, plus poussés», explique Laure Dominjon, qui elle a choisi de rejoindre un centre social de Vitry-sur-Seine. À Gagny, le docteur Dang Dao cherche désespérément un confrère pour l’épauler : un de ses collègues part bientôt en retraite, l’autre jette l’éponge. S’il ne trouve pas d’ici le printemps, assure-t-il, il devra mettre la clef sous la porte, ne pouvant assurer l’agenda tout seul.
En attendant, les villes rivalisent de séduction pour essayer d’attirer les médecins. À Bernes-sur-Oise, 2700 habitants n’ont plus de médecin depuis trois ans. Le maire Olivier Anty a promis de remédier à la situation, et fait les yeux doux aux jeunes soignants en promettant «un village très sympa, fleuri 3 étoiles». Le projet d’un centre de santé rural près de Gouaix devrait permettre au docteur Fenot de prendre enfin un peu de repos. «On a enfin trouvé quelqu’un pour y travailler», se félicite-t-il. Pour un temps…le candidat a en effet 77 ans.La rédaction vous conseille