Covid-19 : en Allemagne, de nouvelles mesures limitées malgré une « situation très, très grave »
Angela Merkel a annoncé une simple prolongation des restrictions existantes et un allongement du week-end de Pâques. L’idée d’instaurer un couvre-feu a été abandonnée.
Par Thomas Wieder(Berlin, correspondant)Publié le 23 mars 2021 à 10h50 – Mis à jour le 23 mars 2021 à 15h47

Un week-end de Pâques plus long et plus calme que d’habitude : alors que l’Allemagne fait face à une nouvelle hausse importante du nombre de contaminations, telle est la principale annonce qu’avait à faire Angela Merkel quand elle s’est présentée devant la presse vers 2 h 30 du matin, mardi 23 mars, après douze heures de laborieuses discussions avec les chefs des Länder.
Pour décrire la situation sanitaire, la chancelière allemande n’a pourtant pas mâché ses mots. « Nous sommes à présent dans une nouvelle pandémie. Le variant britannique est désormais dominant et il est à la fois plus mortel, plus contagieux, et contagieux plus longtemps », a-t-elle déclaré. Mardi matin, l’institut de santé publique Robert-Koch de Berlin faisait état de 7 485 nouvelles contaminations en vingt-quatre heures, soit environ 2 000 de plus qu’il y a une semaine. Cela représente un taux d’incidence de 108,1 cas pour 100 000 habitants, pratiquement deux fois plus que mi-février.
Pour Pâques, les Allemands seront invités à « rester chez eux » sans se retrouver à plus de cinq personnes de deux foyers différents
Face à cette « situation très, très grave », pour reprendre l’expression de Mme Merkel, les mesures annoncées apparaissent finalement assez limitées. Outre la prolongation des restrictions déjà en vigueur (fermeture des lieux de culture et de loisirs, des bars et des restaurants, ainsi que des commerces non essentiels), la principale décision concerne donc le week-end de Pâques. Au lieu de commencer le vendredi 2 avril, il débutera la veille. Par ailleurs, jusqu’au lundi 5 avril inclus, les Allemands seront invités à « rester chez eux » sans se retrouver à plus de cinq personnes appartenant à deux foyers différents. Enfin, il est demandé aux églises d’organiser des messes virtuelles pour éviter les rassemblements, comme cela fut déjà le cas lors des fêtes de Pâques en 2020.
Sujet de discorde
Au départ, la chancelière avait pourtant envisagé d’imposer des restrictions plus drastiques. Parmi elles, figurait notamment l’imposition d’un couvre-feu nocturne, ce qui aurait été une première à l’échelle nationale depuis le début de la pandémie en Allemagne. Mais, comme c’est pratiquement toujours le cas lors de ces réunions marathons, Mme Merkel a dû plier face aux chefs des Länder, partisans de mesures moins draconiennes et surtout désireux de ne pas se faire dicter la marche à suivre par une chancelière fédérale qui, en la matière, n’a guère d’autre pouvoir que celui de formuler des recommandations.
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De ce point de vue, il est probable que, une fois de plus, certains principes inscrits dans le compromis trouvé entre Mme Merkel et les chefs des exécutifs régionaux se voient assouplis dans les prochains jours, au moment de leur transcription législative ou réglementaire dans les différents Länder.
Ce pourrait être le cas des règles concernant les vacances du mois d’avril, principal sujet de discorde de la réunion. Plusieurs Länder du nord du pays, où le taux d’incidence est inférieur à la moyenne nationale, souhaitaient que le document de synthèse mentionne l’ouverture des résidences locatives et des terrains de camping pour permettre aux Allemands de passer des « vacances avec contacts limités ». La chancellerie s’y est opposée. « L’Etat fédéral et les Länder continuent d’appeler expressément tous les citoyens à renoncer aux déplacements qui ne sont pas strictement nécessaires en Allemagne et à l’étranger », peut-on lire dans le texte final.
Cette injonction sera-t-elle respectée ? Sans doute pas partout. « Il est clair que les vacances de Pâques doivent rester possibles », a ainsi prévenu, sur Facebook, la sociale-démocrate Manuela Schwesig, ministre-présidente du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, avant même la conférence de presse de Mme Merkel. Dans ce Land qui borde la mer Baltique et où le taux d’incidence est de 73 cas pour 100 000 habitants, quelques assouplissements pourraient donc intervenir afin de donner un peu d’air au secteur touristique, qui constitue une part importante de l’activité locale.
Vacances à Majorque
Concernant les voyageurs arrivant de l’étranger, la chancellerie a également dû revoir ses exigences à la baisse, mais, cette fois, pour des raisons juridiques. L’enjeu concerne notamment Majorque, destination prisée par les Allemands, qui ont prévu de s’y rendre en masse pour les vacances de Pâques. Or, en raison de son taux d’incidence, l’île espagnole a été sortie de la liste des « zones à risque » de l’Institut Robert-Koch, ce qui signifie que ceux qui en reviennent ne sont pas soumis à une quarantaine obligatoire. « Le fait qu’il y ait des hébergements à Majorque a créé une situation qui n’est pas simple », a euphémisé Mme Merkel qui, faute de pouvoir interdire à ses concitoyens de voyager, en est réduite à demander aux compagnies aériennes de tester tous les passagers à leur retour en Allemagne.
Il n’est pas certain que ces décisions permettront d’endiguer la nouvelle hausse exponentielle des contaminations observée en Allemagne
Il n’est pas certain que les décisions annoncées dans la nuit de lundi à mardi, qui consistent, pour l’essentiel, en la prolongation de mesures qui n’ont pas montré leur efficacité, permettront d’endiguer la nouvelle hausse exponentielle des contaminations observée en Allemagne.
Il est également difficile d’imaginer que ces décisions seront de nature à redorer l’image du gouvernement fédéral, dont la gestion de la crise sanitaire n’est plus approuvée que par 49 % des personnes interrogées, selon le baromètre ARD-DeutschlandTrend du mois de mars, soit son plus bas niveau depuis le début de la pandémie. Une défiance liée aux débuts chaotiques de la campagne de dépistage massif promise par les autorités, mais surtout au rythme toujours désespérément lent des vaccinations, dans un pays où seulement 9 % de la population a reçu une première injection(contre une moyenne de 10,2 % dans l’Union européenne).
Alors que plusieurs élus de son camp font face à des accusations de corruption, notamment pour avoir touché des commissions juteuses en servant d’intermédiaires entre des fabricants de masques et les autorités, Mme Merkel a néanmoins tenté d’instiller une note d’espoir. « Les choses prennent plus de temps que prévu, mais il y a très clairement une lumière au bout du tunnel », a-t-elle déclaré, face à la presse, au milieu de la nuit de lundi à mardi. Reste que, pour elle aussi, le temps est de plus en plus compté, à presque six mois des élections législatives du 26 septembre, qui doivent marquer la fin de ses seize ans de règne.Notre sélection d’articles sur le Covid-19
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