
© Fiora Garenzi / Hans Lucas / Hans Lucas via AF
« La gauche doit rompre avec l’idéologie mortifère du progressisme américain »
Tribune
Par Paul Melun
Publié le 23/03/2021 à 17:53
Paul Melun, essayiste et co-auteur de « Enfants de la déconstruction », analyse l’évolution de la gauche française.
Les Etats-Unis, pays de Bernard Madoff, des fonds de pension vautours et des OPA hostiles, montre depuis 1945 qu’il maitrise aussi bien la colonisation économique que l’influence culturelle. Fidèle à cette tradition, importatrice de fast-foods et de réseaux sociaux, les idéologues du progressisme s’activent outre-Atlantique pour faire main basse sur le débat public Occidental. A la manière des canettes de sodas ou des blockbusters de jadis, la diffusion de leurs concepts passe par un marketing criard et une communication innovante.
IMPORTATION DU MACARTHYSME
C’est ainsi que des théories rocambolesques, dénuées de fondements intellectuels, à l’instar du « privilège blanc », des « théories du genre » ou du « décolonialisme » ont fait leur apparition dans la vie des Français ces dernières années. Une part importante des élites nationales, en pâmoison face à la culture américaine, s’est fait le relais fidèle de ces concepts auprès de la vielle patrie tricolore. Les Français des villes furent les premiers noyés sous ce mélange vaseux, fait de prêchi-prêcha écocitoyen, d’antisexisme puritain et d’antiracisme revanchard. Il ne se passe désormais plus une semaine en France sans mise au pilori du racisme ou sexisme présumé d’un nouvel accusé. La tradition maccarthyste est désormais importée en France, plus d’un siècle après l’affaire Dreyfus. »Ni la surveillance de masse, ni les privations de libertés ou la prohibition généralisée ne semblent froisser l’intelligentsia de la gauche française »
Contre toutes attentes, en dépit de son histoire et de ses valeurs, la gauche française s’est fait le porte-voix zélé de cette nouvelle société, pourtant née dans les campus états-uniens. Exit l’anti-impérialisme américain, la défense de la laïcité ou la passion du débat et de la satire ; la nouvelle gauche se reconnait désormais dans le puritanisme américain, défend une religion plus que la République et traine en justice ses opposants politiques. Ni la surveillance de masse, ni les privations de libertés ou la prohibition généralisée ne semblent froisser l’intelligentsia de la gauche française, pis, elle y trouve son compte.
Les nouveaux édiles écologistes sont plus prompts aux « cours d’écoles non-genrée » et à la lutte contre le tour de France, qu’à venir en aide aux plus démunies ou à protéger leurs administrés. L’Unef organise des réunions et manifestations interdites aux hommes et aux blancs, en dépit de la tradition de concorde et de fraternité française. La gauche dite de gouvernement a été débordé par le gauchisme militant en 2017 et s’est effondrée. Le PS était alors pris en étau entre la tradition républicaine et laïque et le gauchisme militant, en témoigne le second tour Valls-Hamon à la primaire socialiste.
Si les partis socialistes et communistes du début du siècle s’accompagnaient de penseurs et d’intellectuels aux racines solides, la nouvelle gauche erre, désorientée dans le débat public sans buts ni fondements théoriques. L’Europe ? Impossible de trancher. La mondialisation ? Impossible de se positionner. L’économie de marché ? Impossible de créer une alternative. La diplomatie ? Impossible de fixer un cap. L’inconséquence de la néo-gauche sur ces sujets, pourtant fondamentaux, la réduit au militantisme de bas-étage, aux leçons de morales mielleuses et à l’indignation anti-raciste à la petite semaine.
Perdue dans le brouillard intellectuel, la gauche française se trouve incapable de condamner franchement l’hallali sonnée contre deux professeurs de l’IEP de Grenoble, tout en cautionnant les alliances locales avec les défenseurs de l’islam politique. Plus divisée que jamais, le seul trait d’union de cette gauche réside dans sa condamnation théâtrale de la pensée « réactionnaire », « conservatrice » et du « fascisme ». L’acception de ces concepts s’avère bancale et revient le plus souvent à condamner à priori tout débat interne ou externe. »La gauche sera vidée de sa substance et son contenu sera remplacé »
Le résultat de ce chaos est simple. La gauche, même unie, est historiquement basse et représente moins de 25% de l’électorat national, elle est incapable de proposer un modèle alternatif au libéralisme et le fossé entre ses cadres dirigeants et ses sympathisants n’a jamais été aussi béant. Politiquement, la gauche ne se maintient que grâce au bon travail de ses élus locaux dans les communes, les départements et les régions, et par la résilience de ses collectifs dans les territoires. Peu à peu, les militants et les sympathisants se sentent trahis, laissés sans réponses lorsqu’il s’agit de la précarité, de l’insécurité ou de l’avenir de leurs enfants.
Si elle veut sortir de son coma, la gauche doit rompre avec l’idéologie mortifère du progressisme américain et son enfermement dans les théories racialistes et de genre. Faute de quoi, elle finira par défendre le transhumanisme et le multiculturalisme sans même sans rendre compte. Comme les entreprises victimes de l’OPA d’un fond de pension, la gauche sera vidée de sa substance et son contenu sera remplacé. Le nom demeurera, plus les idées.
A LIRE AUSSI : Grenoble : les noms de deux professeurs accusés d’islamophobie placardés sur les murs de l’IEP
« Croire à l’existence d’un racisme envers l’islam appelle à s’interroger sur l’avenir de la liberté de conscience »
Tribune
Par Razika Adnani
Publié le 24/03/2021 à 12:44
Razika Adnani, philosophe et islamologue, explique en quoi banaliser la notion d' »islamophobie » pose problème aux musulmans eux-mêmes.
L’islamophobie est un terme qui signifie la peur excessive et irraisonnée de l’islam pour ce qu’il est en tant que religion et par conséquent des musulmans. Les universitaires qui étudient ce concept déterminent ses caractéristiques comme étant un comportement hostile observé en Occident chez des populations non-musulmanes à l’égard de l’islam et des musulmans en tant que minorités. Pour Houda Asal, l’islamophobie fait partie de la sociologie du racisme.
En effet, la majorité des définitions présentent l’islamophobie comme une hostilité envers l’islam qui se répercute sur les musulmans. Il s’agirait donc d’un racisme envers une religion, alors que le terme racisme est une discrimination et une hostilité envers un groupe humain et non envers des idées et les croyances sont des idées. Croire à l’existence d’un racisme envers l’islam appelle à s’interroger sur l’avenir de la liberté de conscience, d’expression et d’opinion que l’humanité a mis beaucoup de temps à mettre en place. Cependant, cela n’a pas empêché certains sociologues d’affirmer que l’islamophobie était une réalité scientifique incontestable. Pour eux, il y a même un contentieux historique qui l’explique et le prouve : les guerres ayant opposé les musulmans et l’Occident au Moyen Âge, la représentation négative de l’islam dans la littérature occidentale, notamment celles des Lumières, et le colonialisme. »Le concept de l’islamophobie tel qu’il est défini ne soit pas scientifiquement fondé. »
Pourtant, ce qui est présenté comme une réalité scientifique pose un grand problème d’ordre scientifique étant donné que ces études limitent leurs travaux à l’Occident. La science exige d’interroger le phénomène étudié dans les différentes situations avant de généraliser et de formuler des lois. Cette remarque s’explique par le fait que l’islamophobie n’est pas une accusation qui existe uniquement en Occident, mais aussi dans les pays musulmans, et ne concerne pas uniquement les non-musulmans mais également les musulmans.
Certes, le terme islamophobie n’est pas très utilisé ou rarement dans le monde musulman, et c’est plutôt l’expression « la peur de l’islam » qui est privilégiée. Cependant, le sens demeure le même étant donné qu’il s’agit, selon ceux qui en font usage, d’une peur irraisonnée, car elle a comme seule cause « la haine de l’islam ».
Ainsi, au-delà des frontières géographiques de l’Occident, le schéma présentant, d’une part, des non-musulmans comme des islamophobes et, d’autre part, les musulmans comme des victimes de ce « racisme » n’est pas valide.
Les groupes islamistes ont accusé, tout le long du XXe siècle, leurs opposants d’avoir peur de l’islam et de le haïr alors que la majorité de ces personnes accusées étaient des musulmans attachés à leur religion. Cependant, ils avaient leur propre rapport à la religion et leur propre vision de la société. C’étaient en général des modernistes qui étaient moins nombreux dans les sociétés musulmanes dominées par le conservatisme. De ce fait, l’islamophobie comme concept qui désigne l’existence d’une hostilité de la majorité envers la minorité n’est pas conforme à la réalité. Dans les pays musulmans c’est la minorité qui est accusée de haine de l’islam et d’hostilité à égard de la majorité. Ces éléments sont suffisants pour que le concept de l’islamophobie tel qu’il est défini ne soit pas scientifiquement fondé. »Quant au colonialisme, l’histoire raconte que les musulmans ont eux aussi occupé plusieurs villes occidentales. »
Quant aux guerres qui ont opposé au Moyen Âge les musulmans et l’Occident, pourquoi seraient-elles la preuve de l’existence de l’islamophobie et non de la christianophobie ? Rien ne justifie de déduire qu’il y a une hostilité en Occident à l’égard de l’islam à cause de ce contentieux historique et ne pas déduire la même chose chez les musulmans à l’égard de l’Occident. Le rôle de la science n’est pas de défendre une partie contre une autre, mais de dire la vérité. Quant au colonialisme, l’histoire raconte que les musulmans ont eux aussi occupé plusieurs villes occidentales. Les populations européennes ont elles aussi été soumises à l’esclavage par des musulmans qui considéraient qu’il était permis d’assujettir les non-musulmans. Les extrémistes et les fondamentalistes le pensent encore aujourd’hui.
Plusieurs versets coraniques précisent également que les non-musulmans ne doivent pas accomplir des fonctions où ils sont amenés à exercer une autorité sur les musulmans tels les versets 144 de la sourate 4, les Femmes et 51 de la sourate 5, la Table servie. Ce rappel est nécessaire pour montrer qu’il y a une subjectivité dans le traitement des données historiques et littéraires alors que l’objectivité est un des principes importants de l’esprit scientifique qu’un sociologue ne doit jamais oublier tout au long de son travail. Autrement il s’éloigne de son rôle.
La critique des penseurs des Lumières à l’égard de l’islam ne justifie pas non plus le concept de l’islamophobie. C’est même aberrant de présenter cette littérature comme telle, car ces penseurs étaient contre la tyrannie des religions et ils ont davantage critiqué le christianisme. Ils le faisaient pour des raisons dont ils étaient parfaitement conscients et non par simple peur maladive de la religion. Ils avaient raison de le faire, car c’est grâce à leur esprit critique que l’Occident est ce qu’il est aujourd’hui. »Le problème réside moins dans les textes coraniques que dans les théories qui les entourent les textes. »
Cependant, s’il faut parler de littérature, ce que les musulmans ont écrit au sujet de l’Occident et des deux autres religions monothéistes n’est pas non plus glorieux. À l’époque contemporaine, pour contrer la modernisation des sociétés musulmanes, le discours religieux n’a pas ménagé ses efforts pour diaboliser l’Occident et sa culture.
Une image que les prédicateurs et les islamistes ont utilisée dans leur propagande pour influencer les populations afin qu’elles adhérent à leur cause, ce qui explique encore aujourd’hui le rejet de l’Occident chez beaucoup de musulmans qui n’épargne pas ceux qui vivent en Occident. Les prédicateurs appuient leurs propos sur des textes religieux tel le verset 18 de la sourate 8, la Prise de Guerre : « Telle est votre situation mais Dieu anéantit la ruse des mécréants » qui montre les non-musulmans, les mécréants, comme personnes qui utilisent la ruse pour nuire aux musulmans. Il est important à l’occasion de souligner que le problème réside moins dans les textes coraniques que dans les théories qui les entourent les textes comme celle du Coran incréé.
Ces éléments historiques et littéraires concernant les musulmans auraient conduit vers d’autres explications du sentiment de certains musulmans de ne pas être acceptés dans les sociétés occidentales.
Leur négligence dans les travaux menés sur l’islamophobie permet de déduire que les preuves ont été triées et les travaux orientés dans un objectif bien précis, celui de démontrer l’existence du phénomène de l’islamophobie considéré préalablement comme une vérité. »Dans le discours religieux, toute critique de l’islam n’est de ce fait motivée que par la haine de l’islam. »
Or, le rôle de la science n’est pas de confirmer les idées reçues ni même les hypothèses, mais de s’en débarrasser pour les premières et d’interroger les secondes. Pour cela, la méthode scientifique oblige d’explorer tous les éléments possibles pour une meilleure connaissance du phénomène étudié.
Le terme islamophobie désigne une peur maladive de l’islam qui exclut l’objet de la peur, l’islam mais aussi les musulmans, de toute responsabilité concernant ce sentiment.
Bien que ce terme ait été conçu au départ, début du XXe siècle, par des Français, il puise son origine dans la représentation de l’islam dans l’imaginaire des musulmans : religion parfaite et absolue qui n’admet aucune critique. Cette représentation correspond à l’idée que l’islam est la religion de Dieu celle qui s’imposera à la fin des temps.
Dans le discours religieux, toute critique de l’islam n’est de ce fait motivée que par la haine de l’islam et la peur de le voir réussir et triompher. Les musulmans n’ont aucune responsabilité dans cette haine, bien au contraire ils ne sont que des victimes. Il s’appuie sur le verset 120 de la sourate 2, la Vache : « Mais les Juifs et les Chrétiens ne t’approuveront que lorsque tu auras embrassé leur religion. » La jalousie et l’envie reviennent également dans le discours religieux conformément au verset 109 de la même sourate : « Nombreux sont ceux des gens du livre qui, jaloux et envieux, aimeraient te renvoyer dans l’ignorance, quand bien même la vérité t’est apparue. »« La sociologie s’est mise à défendre l’islam de la même manière que les prédicateurs et avec la même approche. »
Ainsi, le concept de l’islamophobie tient le même discours que les prédicateurs musulmans mais d’une manière plus élégante, c’est-à-dire avec la terminologie de la sociologie.
Les études qui sont menées pour prouver qu’il est une réalité scientifique montrent que la sociologie s’est mise à défendre l’islam de la même manière que les prédicateurs et avec la même approche. Le terme islamophobie a d’ailleurs été repris par les prédicateurs comme Youcef al Qaradaoui. Il affirme que la peur de l’islam motivée par le racisme et la haine de la part de l’Occident est une réalité que celui-ci reconnaît à travers le concept de l’islamophobie qu’il a mis lui-même en place. Le concept de l’islamophobie est la preuve que la religion s’est introduite au sein de l’université non pas comme un fait social soumis à l’étude scientifique, mais pour soumettre la sociologie à ses exigences.
Les sociologues qui veulent conceptualiser l’islamophobie pour qu’il soit reconnu comme une réalité scientifique pensent le faire dans l’intérêt de l’islam et des musulmans d’Occident, les défendre contre une injustice qui le guette.
Or, ils n’ont fait que rallonger la liste des concepts et des théories que les fondamentalistes, les littéralistes musulmans ont mis en place pour bloquer la pensée créatrice et rationnelle et l’empêcher de s’exprimer. Ces concepts et théories ont été hier la cause du déclin de la civilisation musulmane et depuis ils sont la cause de l’incapacité de ces sociétés à évoluer et de l’islam à se réformer réellement.
L’islamophobie est un terme qui signifie la peur excessive et irraisonnée de l’islam pour ce qu’il est en tant que religion et par conséquent des musulmans. Les universitaires qui étudient ce concept déterminent ses caractéristiques comme étant un comportement hostile observé en Occident chez des populations non-musulmanes à l’égard de l’islam et des musulmans en tant que minorités. Pour Houda Asal, l’islamophobie fait partie de la sociologie du racisme.
En effet, la majorité des définitions présentent l’islamophobie comme une hostilité envers l’islam qui se répercute sur les musulmans. Il s’agirait donc d’un racisme envers une religion, alors que le terme racisme est une discrimination et une hostilité envers un groupe humain et non envers des idées et les croyances sont des idées. Croire à l’existence d’un racisme envers l’islam appelle à s’interroger sur l’avenir de la liberté de conscience, d’expression et d’opinion que l’humanité a mis beaucoup de temps à mettre en place. Cependant, cela n’a pas empêché certains sociologues d’affirmer que l’islamophobie était une réalité scientifique incontestable. Pour eux, il y a même un contentieux historique qui l’explique et le prouve : les guerres ayant opposé les musulmans et l’Occident au Moyen Âge, la représentation négative de l’islam dans la littérature occidentale, notamment celles des Lumières, et le colonialisme. »Le concept de l’islamophobie tel qu’il est défini ne soit pas scientifiquement fondé. »
Pourtant, ce qui est présenté comme une réalité scientifique pose un grand problème d’ordre scientifique étant donné que ces études limitent leurs travaux à l’Occident. La science exige d’interroger le phénomène étudié dans les différentes situations avant de généraliser et de formuler des lois. Cette remarque s’explique par le fait que l’islamophobie n’est pas une accusation qui existe uniquement en Occident, mais aussi dans les pays musulmans, et ne concerne pas uniquement les non-musulmans mais également les musulmans.
Certes, le terme islamophobie n’est pas très utilisé ou rarement dans le monde musulman, et c’est plutôt l’expression « la peur de l’islam » qui est privilégiée. Cependant, le sens demeure le même étant donné qu’il s’agit, selon ceux qui en font usage, d’une peur irraisonnée, car elle a comme seule cause « la haine de l’islam ».
Ainsi, au-delà des frontières géographiques de l’Occident, le schéma présentant, d’une part, des non-musulmans comme des islamophobes et, d’autre part, les musulmans comme des victimes de ce « racisme » n’est pas valide.
Les groupes islamistes ont accusé, tout le long du XXe siècle, leurs opposants d’avoir peur de l’islam et de le haïr alors que la majorité de ces personnes accusées étaient des musulmans attachés à leur religion. Cependant, ils avaient leur propre rapport à la religion et leur propre vision de la société. C’étaient en général des modernistes qui étaient moins nombreux dans les sociétés musulmanes dominées par le conservatisme. De ce fait, l’islamophobie comme concept qui désigne l’existence d’une hostilité de la majorité envers la minorité n’est pas conforme à la réalité. Dans les pays musulmans c’est la minorité qui est accusée de haine de l’islam et d’hostilité à égard de la majorité. Ces éléments sont suffisants pour que le concept de l’islamophobie tel qu’il est défini ne soit pas scientifiquement fondé. »Quant au colonialisme, l’histoire raconte que les musulmans ont eux aussi occupé plusieurs villes occidentales. »
Quant aux guerres qui ont opposé au Moyen Âge les musulmans et l’Occident, pourquoi seraient-elles la preuve de l’existence de l’islamophobie et non de la christianophobie ? Rien ne justifie de déduire qu’il y a une hostilité en Occident à l’égard de l’islam à cause de ce contentieux historique et ne pas déduire la même chose chez les musulmans à l’égard de l’Occident. Le rôle de la science n’est pas de défendre une partie contre une autre, mais de dire la vérité. Quant au colonialisme, l’histoire raconte que les musulmans ont eux aussi occupé plusieurs villes occidentales. Les populations européennes ont elles aussi été soumises à l’esclavage par des musulmans qui considéraient qu’il était permis d’assujettir les non-musulmans. Les extrémistes et les fondamentalistes le pensent encore aujourd’hui.
Plusieurs versets coraniques précisent également que les non-musulmans ne doivent pas accomplir des fonctions où ils sont amenés à exercer une autorité sur les musulmans tels les versets 144 de la sourate 4, les Femmes et 51 de la sourate 5, la Table servie. Ce rappel est nécessaire pour montrer qu’il y a une subjectivité dans le traitement des données historiques et littéraires alors que l’objectivité est un des principes importants de l’esprit scientifique qu’un sociologue ne doit jamais oublier tout au long de son travail. Autrement il s’éloigne de son rôle.
La critique des penseurs des Lumières à l’égard de l’islam ne justifie pas non plus le concept de l’islamophobie. C’est même aberrant de présenter cette littérature comme telle, car ces penseurs étaient contre la tyrannie des religions et ils ont davantage critiqué le christianisme. Ils le faisaient pour des raisons dont ils étaient parfaitement conscients et non par simple peur maladive de la religion. Ils avaient raison de le faire, car c’est grâce à leur esprit critique que l’Occident est ce qu’il est aujourd’hui. »Le problème réside moins dans les textes coraniques que dans les théories qui les entourent les textes. »
Cependant, s’il faut parler de littérature, ce que les musulmans ont écrit au sujet de l’Occident et des deux autres religions monothéistes n’est pas non plus glorieux. À l’époque contemporaine, pour contrer la modernisation des sociétés musulmanes, le discours religieux n’a pas ménagé ses efforts pour diaboliser l’Occident et sa culture.
Une image que les prédicateurs et les islamistes ont utilisée dans leur propagande pour influencer les populations afin qu’elles adhérent à leur cause, ce qui explique encore aujourd’hui le rejet de l’Occident chez beaucoup de musulmans qui n’épargne pas ceux qui vivent en Occident. Les prédicateurs appuient leurs propos sur des textes religieux tel le verset 18 de la sourate 8, la Prise de Guerre : « Telle est votre situation mais Dieu anéantit la ruse des mécréants » qui montre les non-musulmans, les mécréants, comme personnes qui utilisent la ruse pour nuire aux musulmans. Il est important à l’occasion de souligner que le problème réside moins dans les textes coraniques que dans les théories qui les entourent les textes comme celle du Coran incréé.
Ces éléments historiques et littéraires concernant les musulmans auraient conduit vers d’autres explications du sentiment de certains musulmans de ne pas être acceptés dans les sociétés occidentales.
Leur négligence dans les travaux menés sur l’islamophobie permet de déduire que les preuves ont été triées et les travaux orientés dans un objectif bien précis, celui de démontrer l’existence du phénomène de l’islamophobie considéré préalablement comme une vérité. »Dans le discours religieux, toute critique de l’islam n’est de ce fait motivée que par la haine de l’islam. »
Or, le rôle de la science n’est pas de confirmer les idées reçues ni même les hypothèses, mais de s’en débarrasser pour les premières et d’interroger les secondes. Pour cela, la méthode scientifique oblige d’explorer tous les éléments possibles pour une meilleure connaissance du phénomène étudié.
Le terme islamophobie désigne une peur maladive de l’islam qui exclut l’objet de la peur, l’islam mais aussi les musulmans, de toute responsabilité concernant ce sentiment.
Bien que ce terme ait été conçu au départ, début du XXe siècle, par des Français, il puise son origine dans la représentation de l’islam dans l’imaginaire des musulmans : religion parfaite et absolue qui n’admet aucune critique. Cette représentation correspond à l’idée que l’islam est la religion de Dieu celle qui s’imposera à la fin des temps.
Dans le discours religieux, toute critique de l’islam n’est de ce fait motivée que par la haine de l’islam et la peur de le voir réussir et triompher. Les musulmans n’ont aucune responsabilité dans cette haine, bien au contraire ils ne sont que des victimes. Il s’appuie sur le verset 120 de la sourate 2, la Vache : « Mais les Juifs et les Chrétiens ne t’approuveront que lorsque tu auras embrassé leur religion. » La jalousie et l’envie reviennent également dans le discours religieux conformément au verset 109 de la même sourate : « Nombreux sont ceux des gens du livre qui, jaloux et envieux, aimeraient te renvoyer dans l’ignorance, quand bien même la vérité t’est apparue. »« La sociologie s’est mise à défendre l’islam de la même manière que les prédicateurs et avec la même approche. »
Ainsi, le concept de l’islamophobie tient le même discours que les prédicateurs musulmans mais d’une manière plus élégante, c’est-à-dire avec la terminologie de la sociologie.
Les études qui sont menées pour prouver qu’il est une réalité scientifique montrent que la sociologie s’est mise à défendre l’islam de la même manière que les prédicateurs et avec la même approche. Le terme islamophobie a d’ailleurs été repris par les prédicateurs comme Youcef al Qaradaoui. Il affirme que la peur de l’islam motivée par le racisme et la haine de la part de l’Occident est une réalité que celui-ci reconnaît à travers le concept de l’islamophobie qu’il a mis lui-même en place. Le concept de l’islamophobie est la preuve que la religion s’est introduite au sein de l’université non pas comme un fait social soumis à l’étude scientifique, mais pour soumettre la sociologie à ses exigences.
Les sociologues qui veulent conceptualiser l’islamophobie pour qu’il soit reconnu comme une réalité scientifique pensent le faire dans l’intérêt de l’islam et des musulmans d’Occident, les défendre contre une injustice qui le guette.
Or, ils n’ont fait que rallonger la liste des concepts et des théories que les fondamentalistes, les littéralistes musulmans ont mis en place pour bloquer la pensée créatrice et rationnelle et l’empêcher de s’exprimer. Ces concepts et théories ont été hier la cause du déclin de la civilisation musulmane et depuis ils sont la cause de l’incapacité de ces sociétés à évoluer et de l’islam à se réformer réellement.
En effet, la majorité des définitions présentent l’islamophobie comme une hostilité envers l’islam qui se répercute sur les musulmans. Il s’agirait donc d’un racisme envers une religion, alors que le terme racisme est une discrimination et une hostilité envers un groupe humain et non envers des idées et les croyances sont des idées. Croire à l’existence d’un racisme envers l’islam appelle à s’interroger sur l’avenir de la liberté de conscience, d’expression et d’opinion que l’humanité a mis beaucoup de temps à mettre en place. Cependant, cela n’a pas empêché certains sociologues d’affirmer que l’islamophobie était une réalité scientifique incontestable. Pour eux, il y a même un contentieux historique qui l’explique et le prouve : les guerres ayant opposé les musulmans et l’Occident au Moyen Âge, la représentation négative de l’islam dans la littérature occidentale, notamment celles des Lumières, et le colonialisme. »Le concept de l’islamophobie tel qu’il est défini ne soit pas scientifiquement fondé. »
Pourtant, ce qui est présenté comme une réalité scientifique pose un grand problème d’ordre scientifique étant donné que ces études limitent leurs travaux à l’Occident. La science exige d’interroger le phénomène étudié dans les différentes situations avant de généraliser et de formuler des lois. Cette remarque s’explique par le fait que l’islamophobie n’est pas une accusation qui existe uniquement en Occident, mais aussi dans les pays musulmans, et ne concerne pas uniquement les non-musulmans mais également les musulmans.
Certes, le terme islamophobie n’est pas très utilisé ou rarement dans le monde musulman, et c’est plutôt l’expression « la peur de l’islam » qui est privilégiée. Cependant, le sens demeure le même étant donné qu’il s’agit, selon ceux qui en font usage, d’une peur irraisonnée, car elle a comme seule cause « la haine de l’islam ».
Ainsi, au-delà des frontières géographiques de l’Occident, le schéma présentant, d’une part, des non-musulmans comme des islamophobes et, d’autre part, les musulmans comme des victimes de ce « racisme » n’est pas valide.
Les groupes islamistes ont accusé, tout le long du XXe siècle, leurs opposants d’avoir peur de l’islam et de le haïr alors que la majorité de ces personnes accusées étaient des musulmans attachés à leur religion. Cependant, ils avaient leur propre rapport à la religion et leur propre vision de la société. C’étaient en général des modernistes qui étaient moins nombreux dans les sociétés musulmanes dominées par le conservatisme. De ce fait, l’islamophobie comme concept qui désigne l’existence d’une hostilité de la majorité envers la minorité n’est pas conforme à la réalité. Dans les pays musulmans c’est la minorité qui est accusée de haine de l’islam et d’hostilité à égard de la majorité. Ces éléments sont suffisants pour que le concept de l’islamophobie tel qu’il est défini ne soit pas scientifiquement fondé. »Quant au colonialisme, l’histoire raconte que les musulmans ont eux aussi occupé plusieurs villes occidentales. »
Quant aux guerres qui ont opposé au Moyen Âge les musulmans et l’Occident, pourquoi seraient-elles la preuve de l’existence de l’islamophobie et non de la christianophobie ? Rien ne justifie de déduire qu’il y a une hostilité en Occident à l’égard de l’islam à cause de ce contentieux historique et ne pas déduire la même chose chez les musulmans à l’égard de l’Occident. Le rôle de la science n’est pas de défendre une partie contre une autre, mais de dire la vérité. Quant au colonialisme, l’histoire raconte que les musulmans ont eux aussi occupé plusieurs villes occidentales. Les populations européennes ont elles aussi été soumises à l’esclavage par des musulmans qui considéraient qu’il était permis d’assujettir les non-musulmans. Les extrémistes et les fondamentalistes le pensent encore aujourd’hui.
Plusieurs versets coraniques précisent également que les non-musulmans ne doivent pas accomplir des fonctions où ils sont amenés à exercer une autorité sur les musulmans tels les versets 144 de la sourate 4, les Femmes et 51 de la sourate 5, la Table servie. Ce rappel est nécessaire pour montrer qu’il y a une subjectivité dans le traitement des données historiques et littéraires alors que l’objectivité est un des principes importants de l’esprit scientifique qu’un sociologue ne doit jamais oublier tout au long de son travail. Autrement il s’éloigne de son rôle.
La critique des penseurs des Lumières à l’égard de l’islam ne justifie pas non plus le concept de l’islamophobie. C’est même aberrant de présenter cette littérature comme telle, car ces penseurs étaient contre la tyrannie des religions et ils ont davantage critiqué le christianisme. Ils le faisaient pour des raisons dont ils étaient parfaitement conscients et non par simple peur maladive de la religion. Ils avaient raison de le faire, car c’est grâce à leur esprit critique que l’Occident est ce qu’il est aujourd’hui. »Le problème réside moins dans les textes coraniques que dans les théories qui les entourent les textes. »
Cependant, s’il faut parler de littérature, ce que les musulmans ont écrit au sujet de l’Occident et des deux autres religions monothéistes n’est pas non plus glorieux. À l’époque contemporaine, pour contrer la modernisation des sociétés musulmanes, le discours religieux n’a pas ménagé ses efforts pour diaboliser l’Occident et sa culture.
Une image que les prédicateurs et les islamistes ont utilisée dans leur propagande pour influencer les populations afin qu’elles adhérent à leur cause, ce qui explique encore aujourd’hui le rejet de l’Occident chez beaucoup de musulmans qui n’épargne pas ceux qui vivent en Occident. Les prédicateurs appuient leurs propos sur des textes religieux tel le verset 18 de la sourate 8, la Prise de Guerre : « Telle est votre situation mais Dieu anéantit la ruse des mécréants » qui montre les non-musulmans, les mécréants, comme personnes qui utilisent la ruse pour nuire aux musulmans. Il est important à l’occasion de souligner que le problème réside moins dans les textes coraniques que dans les théories qui les entourent les textes comme celle du Coran incréé.
Ces éléments historiques et littéraires concernant les musulmans auraient conduit vers d’autres explications du sentiment de certains musulmans de ne pas être acceptés dans les sociétés occidentales.
Leur négligence dans les travaux menés sur l’islamophobie permet de déduire que les preuves ont été triées et les travaux orientés dans un objectif bien précis, celui de démontrer l’existence du phénomène de l’islamophobie considéré préalablement comme une vérité. »Dans le discours religieux, toute critique de l’islam n’est de ce fait motivée que par la haine de l’islam. »
Un avis sur « Une part importante des élites nationales, en pâmoison face à la culture américaine s’est faite le relais de théories dénuées de fondements intellectuels, à l’instar du « privilège blanc », des « théories du genre » ou du « décolonialisme » »