La stratégie de « La Troisième Voie » ne répond à aucune des trois options recommandées par les épidémiologistes; « à trop vouloir ménager l’ensemble des acteurs de la crise, le risque est de n’obtenir aucun résultat satisfaisant sur le plan sanitaire. »

La « troisième voie » du gouvernement français, un pari risqué pour contrôler l’épidémie de Covid-19

Pour les épidémiologistes, la campagne vaccinale ne va pas assez vite dans un contexte épidémique inquiétant. 

Par Delphine Roucaute et Elisabeth PineauPublié aujourd’hui à 05h14, mis à jour à 08h18  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/24/la-troisieme-voie-du-gouvernement-francais-un-pari-risque-pour-controler-l-epidemie-de-covid-19_6074239_3244.html

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Sur les quais de Seine, à Paris, le 20 mars.
Sur les quais de Seine, à Paris, le 20 mars. GONZALO FUENTES / REUTERS

« Freiner sans enfermer »« Dedans avec les miens, dehors en citoyen » Les éléments de langage du gouvernement pour décrire les nouvelles mesures appliquées depuis le 20 mars pour maîtriser l’épidémie de Covid-19 en France sont à l’image du manque de lisibilité de la stratégie actuelle. A trop vouloir ménager l’ensemble des acteurs de la crise, le risque est de n’obtenir aucun résultat satisfaisant sur le plan sanitaire, craignent les épidémiologistes. « Il est difficile de prendre des décisions qui soient comprises de tous, et on obtient des solutions qui ne satisfont personne », résume Yves Buisson, président de la cellule Covid-19 de l’Académie nationale de médecine.

La stratégie actuelle de la « troisième voie », pour reprendre la formule du chef du gouvernement, Jean Castex, ne répond à aucune des trois options recommandées par les épidémiologistes le « vivre avec », la circulation minimale ou le « zéro Covid ». « Le gouvernement français n’a pas de stratégie explicite : on ne sait pas où il veut aller », analyse Antoine Flahault, professeur de santé publique et directeur de l’Institut de santé globale (université de Genève). A la fin octobre 2020, le président Macron affichait pourtant un objectif clair : atteindre une circulation minimale du virus en atteignant la barre des cinq mille nouveaux cas de contamination quotidiens. « Sauf qu’on n’y est jamais arrivé, et cet objectif est depuis passé à la trappe », rappelle l’épidémiologiste.

Le cas de la France n’est pas une exception en Europe. Si les Britanniques, les Irlandais et les Portugais connaissent une forte décrue épidémique après des mesures de confinement strict et prolongé, en Allemagne, en Italie, en Suisse, en Belgique ou encore au Danemark, « on a un peu partout des dirigeants dans un entre-deux, qui n’est plus le “vivre avec”, mais pas encore la circulation minimale », observe le professeur Flahault.

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La situation épidémique a pourtant de quoi inquiéter. Au niveau national, le taux d’incidence est de 308 nouvelles contaminations pour 100 000 habitants par semaine, avec une forte hétérogénéité territoriale. La plupart des départements d’Ile-de-France et des Hauts-de-France dépassent les 400 et la Seine-Saint-Denis, particulièrement, connaît un pic à 693. Donnée inquiétante, le taux d’incidence des plus de 80 ans repart légèrement à la hausse après des semaines de baisse dues en partie à l’impact de la vaccination chez cette population prioritaire.

A l’hôpital, les services de réanimation sont saturés à 90 % au niveau national. Des éléments qui, ensemble, dessinent les contours d’une troisième vague hospitalière.

Avec le variant britannique, « une nouvelle épidémie est née »

« Aujourd’hui, la situation sanitaire en Ile-de-France est comparable à celle de la deuxième vague, mais en pire : le taux d’hospitalisation depuis les urgences sur les pathologies habituelles hors Covid est élevé, l’épuisement des équipes est également plus important, et il n’y a pas de renforts en provenance de la province, explique Renaud Piarroux, épidémiologiste à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière. Par ailleurs, avec le variant britannique, les transferts sont souvent impossibles, car les malades sont très instables. »

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Cette tension à l’hôpital risque de durer, car les gens qui se contaminent aujourd’hui pourraient se retrouver en réanimation dans les trois à quatre prochaines semaines. « On s’attend à ce que la situation hospitalière soit plus compliquée à gérer que lors des deux premiers confinements », anticipe le docteur Piarroux, regrettant que le gouvernement n’ait pas pris de décision plus tôt : « Il aurait fallu freiner fort en janvier avec un confinement, allonger les vacances d’hiver et imposer le télétravail chaque fois que possible. »

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Le tableau actuel est également très noir pour Arnaud Fontanet. Membre du conseil scientifique, il a plaidé, mardi, sur BFM-TV, pour une extension à de nouvelles régions des mesures de restriction prises dans les seize départements reconfinés. « Ces mesures seraient très pertinentes dans des régions qui, aujourd’hui, sont encore dans un état à peu près maîtrisé, mais qui, d’ici trois à quatre semaines (…), vont se retrouver dans une situation critique », estime l’épidémiologiste de l’Institut Pasteur.

« Le variant anglais a complètement changé la donne, avec sa transmissibilité et sa létalité accrues (…), une nouvelle épidémie est née », estime M. Fontanet. Selon lui, ce variant représentera « 90 % [des nouveaux cas] fin mars, 100 % en avril ». Pour le moment, il en représente plus des trois quarts (75,9 %, selon les chiffres de l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France, portant sur la période du 13 au 19 mars).

Le pari de la vaccination

Désormais, au-delà des mesures de restriction, l’exécutif parie avant tout sur la vaccination pour espérer parvenir à une situation d’équilibre au cours du printemps. Le ministère de la santé espère passer le cap des 400 000 injections par jour à la fin de la semaine, afin d’atteindre l’objectif des dix millions d’adultes ayant reçu au moins une dose de vaccin d’ici à la mi-avril. Et ce, malgré les retards de livraison d’ores et déjà annoncés par AstraZeneca, qui n’aura, au mois de mars, honoré qu’un quart des volumes de doses prévus dans son contrat avec les Etats membres de l’Union européenne.

Pour le moment, la couverture vaccinale n’est pas encore suffisante pour espérer réduire massivement les hospitalisations. Au 22 mars, 9,5 % de la population totale a reçu au moins une injection et 3,7 % les deux, selon le ministère de la santé.

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« On réclame depuis longtemps d’accélérer la campagne vaccinale, car c’est grâce à la vaccination qu’on pourra sortir de l’épidémie. Mais cette stratégie seule ne suffit pas, il faut aussi contenir les contaminations », plaide Mylène Ogliastro, vice-présidente de la Société française de virologie. « Si on lâche la pression sur la maîtrise des contaminations, on crée des circonstances favorables à l’émergence de nouveaux variants résistant aux vaccins », explique la virologue. Les virus suivent en effet les lois de l’évolution des espèces : ils mutent en permanence, et certaines de ces variations peuvent se révéler avantageuses, favorisant leur résistance ou leur reproduction.

« Si un confinement strict se met en œuvre en France, on a la possibilité de revenir à un été serein, mais, pour ça, il faudrait avoir une stratégie autre que celle de contenir l’épidémie bon an mal an, et des objectifs clairs », acquiesce le professeur Flahault.

« D’abord une responsabilité individuelle »

« Ce qui est compliqué, c’est le timing », complète Rodolphe Thiébaut, professeur de santé publique à Bordeaux. Sous-entendu, plus on attend, plus cela nécessitera que les restrictions soient fortes. La stratégie actuelle est donc « risquée » si on se place au seul plan du contrôle de l’épidémie, mais imposer un confinement strict à une population lasse et épuisée psychologiquement au bout d’un an, « est plus difficile et plus complexe ».

« On revient à cette nécessité de compréhension et de pédagogie où c’est d’abord une responsabilité individuelle et de bon sens de chaque citoyen. Et il n’y a sans doute rien de plus difficile… », souligne l’épidémiologiste. D’où le choix du gouvernement de recourir à ce que le professeur Thiébaut et ses confrères nomment une « santé publique de précision », en confinant certains territoires, mais pas d’autres.

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Il faudra encore attendre quelques semaines avant de savoir si le pari du gouvernement sera payant, selon Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistique à l’Ecole des hautes études en santé publique, à Rennes. « On ne mise pas que sur le confinement. L’arrivée des beaux jours et l’avancée de la vaccination vont peut-être compenser la moindre efficacité de ce confinement. Il faut attendre deux à trois semaines pour voir si l’incidence continue d’augmenter », conclut-il.Notre sélection d’articles sur le Covid-19

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Delphine Roucaute et  Elisabeth Pineau

Face à une épidémie qui galope, un reconfinement déjà obsolète

24 mars 2021 Par Caroline Coq-Chodorge– Mediapart.fr

En Île-de-France, les malades graves affluent à l’hôpital, à un rythme jamais vu depuis le pic de la première vague, il y a tout juste un an. Dans le reste de la France, l’épidémie progresse presque partout. Les restrictions annoncées jeudi dernier seront sans effet.Un homme atteint du Covid soigné à l'hôpital Avicennes, le 8 février 2021. © BERTRAND GUAY / AFP 

Un homme atteint du Covid soigné à l’hôpital Avicennes, le 8 février 2021. © BERTRAND GUAY / AFP

https://www.mediapart.fr/journal/france/240321/face-une-epidemie-qui-galope-un-reconfinement-deja-obsolete

En mars 2020 comme en mars 2021, face au Covid, il fallait agir avant de subir. C’est désormais la triple peine : l’hôpital est submergé, les malades du Covid vont mourir en nombre, et nos libertés seront sacrifiées plus durement et plus longtemps.

Il y a six mois presque exactement, nous écrivions que « vivre avec le virus » était un pari tragique (notre article ici). Emmanuel Macron répète aujourd’hui qu’« il faut tenir »« Tenir » revient à « vivre avec le virus », une vie impossible. C’est la ligne de conduite dont le président de la République n’a jamais dévié, à une petite exception près : le confinement de novembre et l’objectif des cinq mille contaminations par jour, vite abandonné. Depuis cette date, pour l’épidémiologiste Antoine Flahault, la stratégie française est « en roue libre », a-t-il tweeté le 19 mars.

C’est une année sans fin : aujourd’hui, afflue dans les hôpitaux d’Île-de-France le même nombre de malades, insoutenable, qu’il y a un an exactement. Voici le message rouge vif diffusé en interne par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) hier soir, mardi 23 mars.

Nous avons ces bulletins @aphp ts les soirs depuis 1 an mais c’est la 1ère fois qu’il est aussi alarmiste: tout en 🔴

Il faut éviter complètement tous les contacts non indispensables et être encore plus vigilants sur les gestes barrières+++
🙏Patience encore pdt environ 1 mois✊ pic.twitter.com/VhMpA7wezh— @A_Pelissolo (@A_Pelissolo) March 23, 2021

© @A_Pelissolo

La situation est en réalité plus grave encore qu’au printemps 2020 : la troisième vague déferle sur un hôpital déjà plein de malades du Covid, puisque la deuxième vague n’est jamais redescendue. Le pays entier est touché, la vie se poursuit avec son lot d’accidents de la vie, le personnel hospitalier est harassé.

Jeudi dernier, en Île-de-France, il y avait 1 177 malades du Covid en réanimation. C’était déjà un exploit, car en temps normal, il y a 1 200 lits de réanimation en Île-de-France, pour tous les malades. L’agence régionale de santé fixait alors un objectif de 1 562 lits de réanimation réservés au Covid, pour garder des lits, donc un temps d’avance sur le virus. Elle estime aujourd’hui que ceux-ci seront occupés dans le week-end. L’agence vient donc de fixer un nouvel objectif aux établissements publics et privés : 2 200 lits de réanimation dédiés au Covid en Île-de-France. Lors de la première vague, près de 2 700 lits étaient occupés au pic. 

Le professeur de réanimation Alexandre Demoule expliquait à Mediapart (lire notre article ici) qu’ouvrir un nouveau lit de réanimation pour un malade grave du Covid, qu’il occupe en moyenne quatorze jours, revient à annuler 150 opérations. Les déprogrammations vont donc se multiplier. En cellule de crise de l’AP-HP lundi, l’inquiétude était réelle, selon une source anonyme : sera-t-il encore possible de garantir le juste soin aux patients ? Les médecins vont-ils se retrouver face à des choix éthiques impossibles ? Qui choisir entre un malade du cancer à opérer et un malade grave du Covid à placer en coma artificiel ?

Roselyne Bachelot, 74 ans, malade du Covid, vient d’être hospitalisée ce mercredi matin. Réflexion d’un hospitalier d’Île-de-France : « Si son état de santé s’aggrave, a-t-elle droit à une place en réanimation ? »

Au-delà de l’Île-de-France, l’épidémie galope dans pratiquement toutes les régions, comme le montre cette animation de Germain Forestier, enseignant-chercheur en informatique à l’université de Haute-Alsace, à Mulhouse, qui met en forme les données de Santé publique France. Le point rouge est l’incidence du jour du virus, les points bleus, les incidences des jours précédents. Elle régresse, un peu, en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Corse seulement.

Une version animée du 05/03 au 20/03 pour apprécier la dynamique 👇 pic.twitter.com/DEsDwI6C7B— Germain Forestier (@gforestier) March 23, 2021

© Germain Forestier

En Seine-Saint-Denis, département le plus touché en France, l’incidence était la semaine dernière de 689 cas pour 100 000 habitants. Chez les 20-59 ans, l’incidence est déjà supérieure au pic de la deuxième vague.

Dans son avis du 29 janvier, le conseil scientifique anticipait parfaitement la situation actuelle. Il préconisait un « confinement strict » de quatre semaines, incluant la fermeture des écoles, au moment des vacances d’hiver. Il fixait aussi un cap : 5 000 contaminations par jour, six fois moins qu’aujourd’hui.

Emmanuel Macron n’a pas suivi cet avis, affirmant un choix politique face à la « dictature sanitaire » et ses mesures jugées inacceptables.

Plutôt que de contraindre, Emmanuel Macron veut vacciner « matin, midi et soir ». Mais la multiplication des opérations de communication, de la vaccination « coup de poing » du week-end, à l’ouverture de cent « vaccinodromes », n’y changera rien : le nombre de Français vaccinés avec deux doses – 2,5 millions, 3,68 % de la population – est encore très faible. La vaccination va s’accélérer : 30 millions de doses sont attendues en avril, contre 15 millions en mars. Elle finira par étouffer l’épidémie, l’exemple israélien le prouve, mais pas avant plusieurs semaines. Imaginer accélérer la vaccination pour éteindre le pic épidémique actuel est, au mieux, un mirage.

« Je ne vois pas d’autres options qu’un vrai confinement »

La nouvelle formule de confinement, en place depuis cinq jours, est déjà obsolète. La question n’est pas de savoir si les Français peuvent, ou non, se promener à l’extérieur. L’Allemagne, par exemple, a toujours confiné sans empêcher la population de sortir librement de son domicile. Le terme de confinement, hérité de la première vague, est peu adapté à l’objectif poursuivi, qui est la limitation des contacts sociaux. Anglophones et germanophones utilisent le terme de lockdown – littéralement un verrouillage – qui est plus adapté.

Pour la première fois, le gouvernement a fait le choix d’en appeler à la responsabilité de la population. Mais il n’est pas parvenu à le formuler clairement, faute d’expérience, mais aussi de temps de réflexion pour présenter cette nouvelle formule complexe de confinement.

Car les décisions sont toujours prises le mercredi par un seul, Emmanuel Macron, et présentées le jeudi par son premier ministre et son ministre de la santé. Impossible de conduire ainsi une politique de santé publique cohérente. L’administration a offert un rare moment d’hilarité le week-end dernier, en rendant public un formulaire énumérant les quinze raisons possibles de sortir librement de chez soi pour une durée illimitée.

Jean Castex a tenté de recadrer son message, avec un slogan hasardeux – « dedans avec les miens, dehors en citoyen » – et quelques directives plus claires à l’adresse de la population.

Dedans avec les miens, dehors en citoyen. pic.twitter.com/uEQkgoUE7f— Jean Castex (@JeanCASTEX) March 22, 2021

© Jean Castex

Le préfet de Paris Didier Lallement s’est révélé meilleur en santé publique. Aux policiers franciliens, il écrivait ce message le 20 mars, que Mediapart a pu consulter : « Des actions de prévention et d’information du public seront menées afin d’éviter les regroupements dans les parcs, jardins et espaces publics. » En cas d’attroupements, « vous procéderez aux verbalisations et aux dispersions qui s’imposent », écrit-il à ses troupes. Sur les « fêtes clandestines », le préfet invite les policiers à poursuivre l’effort pour les « détecter », verbaliser les contrevenants et lancer des poursuites contre les organisateurs. 

Depuis l’automne 2020, le ministère de l’intérieur insiste davantage sur les comportements présentant réellement un risque de contamination : l’ouverture au public de lieux censés rester fermés, les regroupements dans l’espace public, via les arrêtés « anti-alcool » et les fêtes clandestines.

Cette nouvelle nuance de confinement allège donc un peu le contrôle administratif et policier de la population, c’est une bonne chose. Il offre à la population exténuée une respiration vitale, surtout pour les urbains.

Il est tout aussi vital que les mesures prises parviennent à casser la dynamique de l’épidémie, rapidement. 

En l’état, leur échec est écrit d’avance. Les pays européens qui posent des freins comparables aux nôtres – fermeture des magasins non essentiels, rassemblements de personnes limités – voient l’épidémie repartir. C’est le cas de l’Allemagne, depuis qu’elle a rouvert ses écoles. 

Les faits sont cruels : seule la fermeture des écoles et des lieux de travail non essentiels ont permis de casser la courbe épidémique portée par le variant anglais 1,6 fois plus contagieux. Ce fut le cas en Grande-Bretagne en janvier, au Portugal et en Allemagne en février, aujourd’hui en Italie qui voit sa courbe s’infléchir depuis la fermeture des écoles.

Le gouvernement a-t-il seulement lu l’étude Comcor de l’Institut Pasteur ? À tous les patients positifs au coronavirus, l’assurance-maladie envoie un questionnaire sur les circonstances de leur contamination. Les chercheurs de l’Institut ont publié une seconde étude, à partir des 77 000 questionnaires remplis. 45 % des personnes connaissent l’origine de leur contamination. Dans 42 % des cas, elle a eu lieu à l’intérieur de la famille, dans 21 % des cas dans la famille élargie, sur le lieu de travail (15 %), auprès d’amis (11 %). La plupart des contaminations ont eu lieu à l’intérieur, fenêtres fermées, souvent à l’occasion d’un repas.

En milieu professionnel, dans plus de la moitié des cas, la personne à l’origine de la contamination était symptomatique. C’est un important signal que l’épidémie est mal contrôlée dans les entreprises : les personnes ne parviennent pas à s’isoler dès que les symptômes surviennent.

Le protocole national du 31 août encadrait a minima le travail sous Covid : il n’impliquait pas l’inspection du travail, la médecine du travail restait cantonnée à un simple rôle de conseil, écrivait Manuel Jardinaud le 2 septembre (lire son article ici). Quant à la règle du télétravail quatre jours sur cinq, énoncée par le premier ministre, ce n’est qu’une recommandation.

Hier soir, mardi 23 mars, le protocole a été actualisé. Il resserre les règles pour les pauses repas : chaque salarié doit disposer d’un espace minimum de 8 mètres carrés pour manger. Les employeurs doivent désormais rédiger un « plan d’action » pour développer le télétravail et « réduire au maximum le temps de présence sur site des salariés ».

L’autre lieu de circulation du virus est un tabou français. La participation des écoles à l’épidémie est pourtant évidente à la lecture de l’étude ComCor : être parent d’un collégien ou d’un lycéen représente un sur-risque d’être contaminé, de respectivement +27 à +29 %. La part des enfants de moins de 11 ans identifiés comme la source d’une contamination est, certes, minime, mais en augmentation : 13,5 % en janvier contre 5,2 % en septembre 2020.

Dans les établissements scolaires, le nombre de cas positifs a augmenté très fortement la semaine dernière, de +67 %. Chiffres en main, le gouvernement a pourtant décidé, la semaine dernière, de desserrer le protocole en autorisant la pratique de tous les sports pour les enfants, y compris en intérieur, jusqu’à la piscine.

L’idéologie a pris le pas sur le réel : le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer continue d’affirmer qu’« on se contamine moins à l’école que dans le reste de la société », comme le le 21 mars sur LCI. Puis, ne craignant pas de se contredire : « Assumer ce risque me paraît peu de chose par rapport à l’importance qu’un enfant ne se déscolarise pas. »

Jean-Michel Blanquer ment, puis minimise l’épidémie, ce « peu de choses ». C’est une autre version du mensonge du printemps 2020, sur l’inutilité des masques, pour ne pas dire la pénurie, et donc l’absolue nécessité de les préserver pour les soignants sur le front du Covid. 

Le chercheur en sciences politiques et sociales Antoine Bristielle vient de publier, en association avec la Fondation Jean Jaurès, un court essai intitulé À qui se fier. Il y compare les mesures prises par les pays européens, à la lumière de la confiance des citoyens envers les institutions.

« Les gouvernements dans lesquels les niveaux de confiance institutionnelle étaient les plus élevés ont fait le pari que de simples recommandations seraient suffisantes pour que les mesures sanitaires soient respectées », écrit le chercheur. Ainsi, les pays nordiques n’ont pas agi moins fortement face au virus. Mais ils sont passés plus souvent par la recommandation.

Mais cela exige de passer des messages de santé publique clairs, concertés entre médecins, scientifiques et la société civile. Tout le contraire de la prise de décision verticale française, du chef vers son administration, dans l’urgence, quand la catastrophe survient.

L’hôpital submergé se retrouve contraint d’alerter, pour la troisième fois. Depuis plusieurs semaines, beaucoup médecins refusaient pourtant de s’exprimer sur les mesures de restrictions à prendre, estimant que ce n’était pas leur rôle. Le président de la commission médicale de l’AP-HP, le professeur de pédiatrie Rémi Salomon, prévient ce mercredi matin sur Twitter : « Nous ne tiendrons pas longtemps à ce rythme ou pire s’il continue de s’accélérer. Je ne vois pas d’autres options qu’un vrai confinement. » La « dictature sanitaire » advient quand le politique ne prend pas ses responsabilités. 

URL source:https://www.mediapart.fr/journal/france/240321/face-une-epidemie-qui-galope-un-reconfinement-deja-obsolete

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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