Publié le 23/03/2021
AstraZeneca : investigations ouvertes après le décès d’un étudiant en médecine français

Paris, le mardi 23 mars 2021 – Le 21 mars, 58 % des doses de vaccin AstraZeneca reçues par la France avaient été administrées. Par comparaison, à la même date, 90 % des doses de Pfizer/BioNTech réceptionnées l’avaient été. Cet écart est d’abord la conséquence de modalités de distribution différentes, mais témoigne également probablement du déficit de confiance dont pâtit le vaccin développé par Oxford et AstraZeneca. Les jours qui viennent permettront-ils de le corriger ? Rien n’est moins sûr.
Deux cas de thrombose des sinus veineux cérébraux en France et une CIVD
Au lendemain du rapport de l’Agence européenne du médicament (EMA) confirmant une nouvelle fois que le rapport bénéfice/risque du vaccin AstraZeneca contre la Covid demeurait favorable, l’Agence nationale de sécurité du médicament publiait pour la France un état des lieux des événements thromboemboliques signalés chez des sujets vaccinés par AstraZeneca dans les jours ayant suivi l’injection. « En France, 13 cas d’évènements thromboemboliques (pour plus de 1 041 000 injections) ont été analysés au total lors du comité de suivi hebdomadaire de l’ANSM avec le réseau français des CRPV : 2 cas d’infarctus du myocarde, 1 cas de thrombus intracardiaque, 4 cas d’embolies pulmonaires, 2 cas de thromboses des sinus veineux cérébraux, 4 cas d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques dont 1 cas associé à une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) » énumère l’ANSM qui précise encore : « Les deux cas de thromboses des sinus veineux cérébraux rapportés ne sont pas associés à un déficit en plaquettes sanguines. Certains de ces cas sont survenus chez des personnes sans facteur de risque. Ces personnes sont en cours de rétablissement. Au regard des données disponibles, rien ne permet de conclure que ces effets thromboemboliques soient en lien avec le vaccin ».
Investigations autour du décès d’un étudiant en médecine de 24 ans
A ces cas répertoriés pourrait s’ajouter celui d’un étudiant en médecine de 24 ans retrouvé mort chez lui jeudi 18 mars à Nantes. Selon Ouest-France, le rapport d’autopsie évoquerait une « hémorragie interne causée par une thrombose ». Il pourrait donc s’agir (sans certitude à ce stade et avec ces informations parcellaires) de l’association thrombocytopénie-thrombose décrite dans certains rapports. En l’absence de tout antécédent médical, le lien avec l’administration du vaccin AstraZeneca réalisée «plusieurs jours auparavant » est inévitablement fait par la famille. De son côté, l’ANSM indique « A ce stade, aucun élément ne permet de conclure en faveur du rôle du vaccin. Ce cas de décès fait l’objet d’une investigation clinique approfondie par les Centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) ».
Surveillance attentive des sujets vaccinés
L’absence de lien de causalité établie pour l’heure n’empêche pas la plus grande vigilance. Ainsi, la Direction générale de la Santé (DGS) a complété d’un troisième message ses deux premières alertes adressées ces derniers jours aux professionnels de santé libéraux concernant la reprise de la vaccination avec AstraZeneca, message qui concerne la surveillance des sujets vaccinés. « Les professionnels de la santé doivent être attentifs aux signes et symptômes évocateurs d’accidents thromboemboliques et / ou aux signes cliniques évoquant une thrombocytopénie (purpura, saignement…). Le RCP du vaccin AstraZeneca (paragraphe4.4 –Mises en garde) et la notice ont été actualisés pour indiquer la survenue de troubles de la coagulation. Les personnes vaccinées doivent être invitées à consulter immédiatement un médecin si elles développent des symptômes tels qu’un essoufflement, des douleurs thoraciques, un gonflement des jambes, des douleurs abdominales persistantes après la vaccination. De plus, toute personne présentant des symptômes neurologiques, notamment des maux de tête sévères ou persistants ou une vision trouble après la vaccination, ou qui présente des ecchymoses cutanées (pétéchies) au-delà du site de vaccination après quelques jours, doit consulter rapidement un médecin » détaille le texte de la DGS.
Coup de théâtre aux Etats-Unis
A ces doutes quant à la sécurité du vaccin, qui même s’ils ne remettent certainement pas en cause (en l’état) la balance bénéfice/risque interrogent inévitablement s’agissant de sujets jeunes pour lesquels les risques liés à la Covid demeurent faibles, s’ajoutent de nouvelles péripéties concernant la procédure d’approbation d’AstraZeneca aux Etats-Unis. Hier les informations délivrées par les Instituts nationaux de la santé américains (NIH) étaient très rassurants : les résultats d’un essai de phase III conduits aux Etats-Unis mettaient en évidence une efficacité de 80 % du produit tant chez les plus âgés que chez les sujets plus jeunes. Le communiqué indiquait par ailleurs qu’il n’avait pas été mis en évidence de risque accru de thrombose. Mais moins de vingt-quatre heures après, coup de théâtre : les mêmes NIH publient un nouveau communiqué évoquant une alerte du « Conseil de surveillance des données et de la sécurité (DSMB) ». Elle concerne les données initiales de l’essai clinique d’AstraZeneca. La préoccupation est liée à la possibilité « qu’AstraZeneca puisse avoir inclus des informations obsolètes issues de cet essai, qui pourraient avoir fourni une vue incomplète des données d’efficacité ».
Un parcours semé d’obstacles, la conséquence inévitable d’une vigilance médiatique ?
Depuis le lancement des premiers essais de phase III en septembre, l’évaluation et l’utilisation du vaccin AstraZeneca/Oxford ont été entachés de multiples péripéties (suspension en septembre après un effet indésirable grave, circonspection autour de résultats paradoxaux concernant l’efficacité de l’administration d’une demi-dose, données parcellaires pour les plus âgés…), qui inévitablement concourent à une défiance grandissante dans l’ensemble des pays du monde. Mais parallèlement, l’administration de dizaine de millions de doses sur l’ensemble de la planète, sans survenue d’accidents dans des proportions statistiquement significatives, doivent impérativement inviter à garder nos distances avec l’inévitable focalisation médiatique sur certains événements.
Léa Crébat