Pour l’adoption d’un passe sanitaire, permettant aux citoyens de recouvrer leurs libertés

Covid-19 : « Nous avons besoin d’un “passe sanitaire” fiable, temporaire et accessible pour tout le monde »

TRIBUNE

Anne Bucher – ancienne directrice générale de la santé à la Commission européenne

Miquel Oliu-Barton – mathématicien

Bary Pradelski – économiste au CNRS

L’ancienne directrice générale de la santé à la Commission européenne Anne Bucher, le mathématicien Miquel Oliu-Barton et l’économiste Bary Pradelski préconisent, dans une tribune au « Monde », l’adoption d’un passe sanitaire, permettant aux citoyens de recouvrer leurs libertés.

Publié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 06h00    Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/03/22/covid-19-nous-avons-besoin-d-un-passe-sanitaire-fiable-temporaire-et-accessible-pour-tout-le-monde_6074000_3232.html

Tribune. A Melbourne, en Australie, des milliers des personnes se sont rassemblées pour voir du tennis ; à Tel Aviv, en Israël, la population se prépare à la réouverture des cafés et des restaurants ; en Europe, nos voisins anglais commencent déjà à réserver leurs vacances d’été. Et nous alors ? A quoi ressemblera notre été 2021 ? Pourrons-nous voyager librement ? Pourrons-nous fréquenter les restaurants et les lieux culturels, assister au tournoi de Roland-Garros ou à une pièce de théâtre ?

Devant la pérennisation des contraintes liberticides et notre bilan économique et social, il y a de quoi s’inquiéter. Mais heureusement, il y a aussi de quoi espérer : deux perspectives d’ouverture s’offrent à nous, le « passe sanitaire » et les zones vertes. Prônant toutes deux une politique pragmatique et différenciée, fondée uniquement sur des critères épidémiologiques, la première proposition est de nature micro – il s’agit de retrouver des libertés individuelles –, la seconde est une approche macro – ou territoriale. Soutenues par le déploiement des vaccins, ces propositions peuvent accélérer la sortie de crise aussi bien sur le plan sanitaire qu’économique. Des impératifs qui, contrairement à ce qu’on pense parfois, ne sont pas contradictoires, comme l’ont montré les économistes Philippe Aghion et Patrick Artus dans une tribune au Monde, le 24 février.

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Un certificat vert numérique européen

En Europe, un certificat vert numérique a été proposé cette semaine par la Commission européenne. L’idée est toute simple : certaines personnes présentent un moindre risque de transmettre le virus, et devraient donc pouvoir jouir de plus de libertés. Que l’on adhère à ce principe ou non, cette solution séduit, et se répand à travers le monde. Israël et la Grèce, par exemple, ont déjà signé un accord bilatéral en faveur d’un passeport vaccinal. En France, où la situation épidémiologique est parmi les pires du continent et la vaccination encore très minoritaire, un passe sanitaire moins restrictif pourrait permettre dès maintenant une réouverture ciblée des restaurants, des lieux culturels, voire même des stations de ski – bref, de tous ces lieux qui nous manquent tant. Ceux-ci pourraient être réservés uniquement à celles et ceux qui possèdent un « feu vert » sanitaire : vaccin, immunité, test négatif récent ou quatorzaine.

Défendu par le conseil scientifique, un tel outil fait débat à l’Elysée, qui devra trancher dans les jours à venir. Et si l’Elysée hésite, c’est en partie parce qu’une telle mesure paraît mettre à mal le principe d’égalité, auquel nous sommes tant attachés – tout le monde n’a pas accès au vaccin, et nous devons protéger les données individuelles car le vaccin n’est pas obligatoire. Cependant, un reconfinement strict nous serait, aujourd’hui, difficilement supportable : voilà pourquoi il faut, dès que nous en avons la possibilité, renouer avec cette liberté qui a tant été sacrifiée ces derniers temps. Le retour à la normale n’est pas un privilège, mais un droit que chacune et chacun d’entre nous a hâte de recouvrer. Et pour cela, nous avons besoin d’un passe sanitaire fiable, temporaire et accessible pour tout le monde, sans quoi son adoption pourrait mettre à mal les fondements de notre démocratie. D’où la nécessité, par exemple, d’inclure les tests dans l’équation.

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Zones vertes

Au-delà de sa nature micro, le passe sanitaire pourrait aussi favoriser l’instauration et la protection des zones vertes où le virus est complètement maîtrisé. La perspective d’un été où quelques zones vertes permettent d’accueillir des voyageurs en toute sécurité est particulièrement importante pour les pays méditerranéens, dont les économies dépendent beaucoup de la saison touristique estivale. En Italie et en Espagne, le tourisme représente autour de 20 % du PIB sur la période estivale, 50 % en Grèce et en Croatie. Réussir à rétablir le tourisme, c’est non seulement favoriser une reprise économique dans ces pays, mais c’est aussi réduire les tensions politiques au sein de l’Union européenne.

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Avec les moyens actuels – dépistage et traçage efficaces, disponibilité des vaccins, mise en place de mesures localisées –, nous pourrions instaurer des zones vertes à moindre coût. Certains départements français, comme le Finistère, le Lot ou les Pyrénées-Atlantiques, sont déjà sur la bonne voie, avec des taux d’incidence autour de 50 cas sur 100 000 habitants cette semaine. Mais si devenir une zone verte est souhaitable, tout l’enjeu est de le rester : c’est ainsi que la population pourra sortir de la crise économique et retrouver sa liberté.

Double approche

Et pour cela, il faut une double approche. D’une part, agir vite, localement et rigoureusement pour maîtriser le virus immédiatement en cas de résurgence ; en lien avec l’application Covid, le passe sanitaire pourrait rendre l’utilisation de cette application plus attrayante et améliorer ainsi la stratégie de test et de traçage. De l’autre, il faudra minimiser le risque de réimportation du virus autant que possible ; par exemple, en exigeant un feu vert et un suivi sanitaires pour pouvoir accéder aux zones vertes. Cette mesure concerne en particulier les nombreux transfrontaliers, pour lesquels la solution est probablement un test hebdomadaire.

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Un an après le premier confinement, une sortie de crise est possible grâce aux vaccins, aux tests, si nous adoptons des stratégies adaptées aux situations locales et individuelles. La progression lente des campagnes de vaccination ne doit pas nous décourager : augmentons notre capacité à tester. Plusieurs pays, comme l’Allemagne ou l’Autriche, fournissent un test par semaine à chaque habitant. Notre futur proche repose sur ces tests, et sur notre capacité à les utiliser pour assurer une réouverture sécurisée. Ainsi, la mise en place provisoire d’un passe sanitaire inclusif et éthique est primordiale. Bien plus que l’été 2021 est en jeu. Ne tardons plus…Notre sélection d’articles sur le Covid-19

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Anne Bucher, chercheuse invitée du centre de réflexion Bruegel, ancienne directrice générale de la santé à la Commission européenne (jusqu’en octobre 2020) ; Miquel Oliu-Barton, maître de conférences à l’université Paris-Dauphine et chercheur principal au club de réflexion EsadeEcPol ; Bary Pradelski, économiste au CNRS.

Anne Bucher(ancienne directrice générale de la santé à la Commission européenne),  Miquel Oliu-Barton(mathématicien) et  Bary Pradelski(économiste au CNRS)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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