Confinement : un douloureux retour au réel
ÉDITORIAL
Le Monde
Tout était fait comme si la volonté présidentielle allait suffire pour vaincre les difficultés liées aux caractéristiques des nouveaux variants et aux retards de la campagne de vaccination. Le retour au réel avec les annonces de jeudi n’en est que plus douloureux.
Publié aujourd’hui à 11h18 Temps de Lecture 2 min.
Editorial.
On ne peut dénier au gouvernement, contraint jeudi 18 mars d’annoncer un nouveau train de mesures pour combattre l’épidémie, le talent de savoir varier les supplices. Baptisé « troisième voie » par le premier ministre, Jean Castex, le régime qui s’appliquera dès samedi pour une durée annoncée de quatre semaines en lle-de-France et dans les Hauts-de-France ainsi que dans trois départements (Alpes-Maritimes, Seine-Maritime, Eure) ne ressemble en rien aux deux précédents confinements : certes, les commerces devront de nouveau baisser le rideau s’ils ne sont pas considérés comme de « première nécessité », mais les écoles resteront ouvertes et les déplacements seront libres dans un rayon de 10 kilomètres jusqu’au couvre-feu, repoussé à 19 heures.
La philosophie de cette nouvelle déclinaison est relativement simple à comprendre : éviter la concentration dans des lieux clos propices à la contamination sans freiner les occasions de prendre l’air tout en interdisant les attroupements. Son exécution s’annonce en revanche complexe. Elle est apparue jeudi soir mal ficelée, comme si l’exécutif n’était pas tout à fait au point ou comme s’il craignait d’user du bâton dans un épisode qui ne tourne pas à sa gloire.
Lire notre analyse*: Avec un troisième confinement pour une large partie de la France, le gouvernement défend sa « troisième voie »
Même s’il est allégé et même s’il ne concerne que certaines parties du territoire, ce troisième reconfinement signe l’échec de la stratégie présidentielle, qui consistait à miser sur la vaccination pour éviter de nouvelles mesures coercitives. Le refus d’Emmanuel Macron de reconfiner le pays, le 29 janvier, alors qu’une bonne partie du corps médical le lui demandait, avait spectaculairement mis en lumière le côté personnel de cette décision. Le retour de bâton n’en est que plus fort.
Effet délétère
Certes, les difficultés rencontrées par de nombreux voisins européens face à la progression rapide de nouveaux variants relativisent la situation française. L’Italie vient de reconfiner aux trois quarts son territoire ; l’Allemagne, qui avait un peu desserré la contrainte, est de nouveau en état d’extrême vigilance ; l’Espagne a, elle, interdit les déplacements entre régions. Quelles que soient les stratégies adoptées, le virus demeure toujours, au bout d’un an, le maître du jeu, ce qui a un effet délétère sur les opinions publiques.
Les pouvoirs publics français ont toutefois comme particularité d’avoir voulu entretenir, contre vents et marées, un message optimiste pour tenter de contrer l’état dépressif du pays : « ll faut tenir encore quelques semaines, quatre à six semaines », avait affirmé le chef de l’Etat le 1er mars, lors d’une visite à Stains (Seine-Saint-Denis), laissant entrevoir une fin de crise rapide. Dans la foulée, les ministres avaient été priés, dans leur domaine respectif, de préparer des protocoles de réouverture avec les professionnels concernés. Tout était fait pour projeter les Français dans l’après, comme si la volonté présidentielle allait suffire pour vaincre les difficultés objectives liées aux caractéristiques des nouveaux variants et aux retards de la campagne de vaccination.
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Le retour au réel n’en est que plus douloureux. La crédibilité de la parole publique est mise à l’épreuve, au moment où la nouvelle stratégie qui consiste à « freiner sans interdire » requiert au contraire l’adhésion de toute la population pour réussir. Interrogé sur la possibilité de voir le bout du tunnel d’ici un mois, le ministre de la santé, Olivier Véran, n’a pu mettre en avant que son « espoir » et sa « conviction ». L’essentiel désormais repose sur l’accélération de la vaccination. Le gouvernement n’a plus droit à l’erreur.Notre sélection d’articles sur le Covid-19
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Le Monde
*Avec un troisième confinement pour une large partie de la France, le gouvernement défend sa « troisième voie »
Des restrictions seront en vigueur dans 16 départements, dont l’Ile-de-France, pendant au moins quatre semaines et le couvre-feu passera à 19 heures sur l’ensemble du territoire. L’exécutif veut croire que cela suffira à tenir jusqu’à mi-avril avec l’objectif d’avoir vacciné dix millions de personnes d’ici-là.
Par Olivier FayePublié aujourd’hui à 05h12, mis à jour à 09h07

Il y a un an, évoquer la perspective d’une deuxième vague de l’épidémie de Covid-19 auprès de certains proches conseillers d’Emmanuel Macron vous valait de grands éclats de rire. « On anticipe tout ! », se voyait-on répondre avec ironie. Deux confinements et cinq mois de couvre-feu plus tard, l’exécutif a été contraint d’annoncer, jeudi 18 mars, la mise en place d’un troisième confinement dans une large partie du pays, effectif vendredi à minuit.
Il durera « au moins » quatre semaines, a annoncé le premier ministre, Jean Castex, afin de contrer la « troisième vague » de la pandémie. « La situation appelle des mesures beaucoup plus fortes » que le seul couvre-feu, a reconnu le chef du gouvernement lors d’une conférence de presse, « alors même que nous approchons du chiffre terrible de 100 000 morts ».
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Avec près de 35 000 nouveaux cas en vingt-quatre heures, « la progression de l’épidémie s’accélère nettement », a souligné M. Castex. Surtout, la pression sur les services de réanimation des hôpitaux atteint une « situation critique », à son plus haut niveau depuis le dernier confinement, en novembre 2020, avec au total 4 246 malades, dont 1 201 seulement en Ile-de-France. En cause : le variant britannique du virus, qui concerne aujourd’hui trois quarts des contaminations, et se montre « plus contagieux », « plus virulent » et « plus grave » que la souche originelle de la maladie. Notamment auprès de populations « plus jeunes et en meilleure santé », un élément jugé « préoccupant » par le locataire de Matignon.
Mais comme un confinement ne ressemble jamais au précédent, le premier ministre a tenu à faire valoir que le gouvernement empruntait cette fois une « troisième voie » consistant à « freiner sans enfermer ». « Je ne sais pas quel nom il faut donner à ces mesures fortes qui sont prises », a même estimé le ministre de la santé, Olivier Véran, soucieux de contourner le terme de confinement. Tout d’abord, seulement seize départements, les plus touchés, sont concernés par ce énième tour de vis : la totalité de l’Ile-de-France et des Hauts-de-France, ainsi que les Alpes-Maritimes, la Seine-Maritime et l’Eure.
21 millions d’habitants concernés
Ce qui représente tout de même une population d’environ 21 millions d’habitants. L’attestation de sortie sera obligatoire dans ces territoires et « seuls les commerces vendant des biens et des services de première nécessité seront autorisés à ouvrir », a prévenu M. Castex. Contrairement à l’automne 2020, les libraires et les disquaires appartiennent désormais à cette catégorie.
Les écoles et les collèges, pour leur part, resteront ouverts, tandis que les lycées ne pourront plus accueillir que la moitié de leurs élèves. Les règles demeurent en revanche inchangées dans les universités, tout comme dans les lieux de culte. Enfin, les déplacements interrégionaux sont interdits pour les habitants de ces départements, sauf en raison de motifs impérieux ou professionnels.
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La principale différence de ce nouveau confinement réside dans sa philosophie : après avoir brandi le slogan « restez chez vous » au printemps 2020, le gouvernement invite désormais les Français à sortir prendre l’air. « On sait aujourd’hui qu’on se contamine infiniment moins quand on se promène en plein air qu’en étant regroupés, sans masque, en intérieur », a affirmé le premier ministre. En conséquence, les sorties autour de son domicile dans un rayon de dix kilomètres seront possibles « pour se promener, s’aérer ou faire du sport », et ce « sans aucune limitation de durée ».

Sorties possibles, certains secteurs soulagés
Un couvre-feu est néanmoins fixé à 19 heures sur l’ensemble du territoire national, et non plus 18 heures, afin d’anticiper le passage à l’heure d’été le 28 mars. « 80 % des Français ont droit à une heure de moins de couvre-feu », vante un proche d’Emmanuel Macron. Lors d’un échange avec des élus locaux, mercredi, dont le contenu a été révélé par France Bleu, le président de la République avait fait de ce « sujet du grand air » une priorité. Une manière de répondre à « une fatigue sur les gestes barrières et le plein respect du couvre-feu ».
Cette décision soulage un peu certains secteurs comme la chasse, la pêche, le golf, l’équitation ou la voile, réunis sous la même bannière depuis quelques semaines afin de préserver leurs activités. « Nous avons eu une écoute très favorable. Le président de la République est sensible à ces sujets-là, à des activités rurales et où les gens des villes ont envie d’aller », se félicite le lobbyiste Thierry Coste, secrétaire général de l’Alliance des sports et loisirs de nature. Représentant historique et influent du monde de la chasse, M. Coste s’était fait remarquer en 2018 pour avoir poussé Nicolas Hulot, agacé de son omniprésence dans les couloirs du pouvoir, à la démission du gouvernement.
En instaurant ce confinement territorial d’un genre nouveau, Emmanuel Macron veut convaincre d’une chose : qu’il n’a pas perdu son pari du 29 janvier. Ce jour-là, il décidait à la surprise générale – et malgré les prévisions alarmantes des épidémiologistes – de ne pas recourir au confinement généralisé du pays. « Six semaines plus tard, l’épidémie n’a cessé de progresser. L’obstacle sera plus dur, plus long à franchir. Du temps, des vies perdues. La confiance et l’adhésion des Français vont être difficiles à obtenir », a estimé jeudi soir le sénateur écologiste Bernard Jomier, président de la mission d’information du Palais du Luxembourg sur la gestion de la crise sanitaire.
L’ambition de 10 millions de vaccinés à la mi-avril
« C’était la bonne décision car si nous avions dû confiner alors, dans une logique d’anticipation, nous aurions infligé au pays un confinement de probablement trois mois. Cela aurait été excessif et insupportable », a justifié Jean Castex, qui s’est félicité de ne pas avoir suivi « les prévisions de certains modèles qui indiquaient un emballement de l’épidémie dès la mi-février, ce qui ne s’est pas produit ».
Au sommet de l’Etat, on veut croire que ce nouveau tour de vis suffira à tenir jusqu’à la mi-avril, date à laquelle l’ambition est d’avoir vacciné dix millions de personnes, en particulier les Français les plus vulnérables. Le rendez-vous sera particulièrement scruté, car Emmanuel Macron avait dessiné, le 1er mars, un possible desserrement des contraintes à partir de cette date.
Dans l’intervalle, ses opposants l’attendent au tournant en cas de dégradation de la situation hospitalière. « Il ne faut pas faire de la demi-mesure, il ne faut pas essayer de jouer avec le temps parce qu’on voit bien que c’est le temps qui joue avec nous », prévenait ainsi l’ancien président de la République, François Hollande, quelques heures avant la conférence de presse de Jean Castex. Pour tenter de convaincre ses compatriotes de recourir au vaccin du laboratoire AstraZeneca, à nouveau autorisé après un avis favorable de l’agence européenne du médicament, le premier ministre devait s’en voir injecter une première dose vendredi après-midi. « Il y a un an, nous n’imaginions pas une seconde en être là en mars 2021 », soupire un proche du chef de l’Etat.Notre sélection d’articles sur le Covid-19
**« On est arrivés à la ligne de danger » : les hôpitaux sous tension face à la dégradation sanitaire
Le confinement de seize départements a lieu alors que « pousser les murs » des services de réanimation devient un problème pour les soignants.
Par Camille Stromboni et Gary DagornPublié aujourd’hui à 04h24, mis à jour à 10h40

« Face à l’accélération du virus et à la pression qui s’accentue sur nos services hospitaliers, nous devons désormais aller plus loin », a défendu le premier ministre, Jean Castex, jeudi 18 mars, en annonçant des « mesures de freinage massif de l’épidémie » pour désigner le confinement de seize départements « dont la situation est la plus critique ». Une poursuite de la stratégie territorialisée appliquée depuis plusieurs semaines, qui va concerner l’Ile-de-France, les Hauts-de-France, ainsi que les Alpes-Maritimes, l’Eure et la Seine-Maritime.
Les règles de ce confinement d’une durée de quatre semaines ne sont toutefois pas exactement les mêmes que le dernier datant de novembre, puisqu’il sera possible, en journée, de sortir de son domicile pour s’aérer ou faire du sport sans limite de temps et dans un rayon de dix kilomètres. Une « troisième voie », selon M. Castex, qui a parlé de « confiner sans enfermer », citant, à l’appui de ce choix, la récente enquête de l’Institut Pasteur, qui suggère que seules 5 % des contaminations ont lieu à l’extérieur.
« En termes de santé publique, il s’agit toujours d’un package de mesures dont on ne sait pas forcément laquelle a un effet, c’est l’ensemble qui compte, réagit l’épidémiologiste Mahmoud Zureik. Mais ce confinement-là n’a jamais été expérimenté comme tel en France, on ne peut juger de son efficacité dès maintenant, c’est une nouvelle approche. »
Lire aussi Un confinement d’au moins quatre semaines dès ce week-end dans 16 départements, dont l’Ile-de-France
« Maîtriser la circulation du virus à l’école paraît crucial »
Si la fermeture des commerces non alimentaires, la limitation des déplacements, ou encore le choix de privilégier l’extérieur ressemblent aux mesures prises en Allemagne depuis le 15 décembre, le maintien de l’ouverture des écoles différencie la France de ses voisins, estime le professeur de santé publique. « Sans parler de sa fermeture, l’école n’a pas été évoquée, mais réussir à mieux maîtriser la circulation du virus dans l’enceinte scolaire paraît néanmoins crucial », juge-t-il.
Les annonces du premier ministre font suite à une dégradation importante et continue des indicateurs sanitaires dans ces territoires, en premier lieu en Ile-de-France, où le taux d’incidence a atteint 446 nouveaux cas pour 100 000 habitants la semaine dernière, un record depuis novembre. Les départements du Val-de-Marne et de la Seine-Saint-Denis caracolent en tête avec respectivement 471 et 506 nouveaux cas pour 100 000 habitants. Dans les Hauts-de-France, les deux départements les plus touchés restent le Pas-de-Calais et le Nord, avec des taux d’incidence respectifs de 417 et 392.
Enfin, les départements de Seine-Maritime et de l’Eure, qui sont également ciblés par ce troisième confinement, font eux aussi état d’une intensification nette de la circulation virale. Dans le premier, le nombre de cas a augmenté brutalement depuis dix jours, passant de 400 à 600 nouveaux cas quotidiens. Le deuxième présente une situation moins dégradée, mais le rebond net et rapide des hospitalisations augure une situation difficile dans un département disposant d’un nombre de lits limité, et dont beaucoup sont déjà occupés.
Dans ces territoires, et sous la pression du variant dit « britannique », qui représente désormais près des trois quarts des contaminations, l’épidémie progresse très fortement, a répété le premier ministre, mais surtout « la pression hospitalière est trop forte ».
Au soir du 18 mars, 4 246 patients occupent les services de soins intensifs dans le pays. « Chaque jour, environ 330 nouveaux malades arrivent en réanimation, cela représente une personne toutes les quatre minutes », a insisté Jean Castex, évoquant un profil de patients « plus jeunes » qu’auparavant et une durée de séjour plus longue dans ces services de soins critiques.
Lire l’analyse : Le couvre-feu n’a pas suffi à contenir l’épidémie en Ile-de-France
« Plus que le niveau atteint au pic de la deuxième vague »
« Plus préoccupante encore » est la tension dans les hôpitaux franciliens, qui accueillent désormais 1 201 patients en réanimation. « C’est déjà plus que le niveau atteint au pic de la deuxième vague », a souligné le chef du gouvernement. L’agence régionale de santé a porté, il y a près de deux semaines, le niveau de déprogrammation au plafond de 40 % du reste de l’activité hospitalière, afin de « pousser les murs » et, surtout, de récupérer des personnels pour atteindre la capacité en réanimation de 1 500 lits.
Mais cela a un prix de plus en plus lourd. « La situation est tendue et inquiétante, il devient compliqué d’aller plus loin dans la déprogrammation de l’activité chirurgicale vis-à-vis des patients… et pourtant il va falloir le faire », souligne le professeur Antoine Vieillard-Baron, chef de service en médecine intensive-réanimation à l’hôpital Ambroise-Paré, à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Les 39 hôpitaux de l’institution francilienne enclenchent cette semaine le passage de quelque 430 lits de réanimation réservés aux cas de Covid-19 (occupés à 95 % au 18 mars) à 590 dans les jours qui viennent.
« On nous demande encore d’augmenter nos lits, mais c’est irréaliste, estime pour sa part Yves Cohen, chef de service en réanimation à l’hôpital Avicenne de Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Nous n’avons pas les infirmières, et on ne les formera pas en quelques jours, ni les médecins… On risque de se retrouver dans la situation qu’on refuse : celle de devoir trier les patients, c’est pour ça qu’un reconfinement complet est nécessaire. »
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« Dès qu’un lit se vide, il est pris dans les deux heures »
Au quotidien, c’est déjà devenu un « enfer » pour trouver une place aux nouveaux patients qu’il ne peut admettre dans son service, qui affiche complet depuis trois semaines, rapporte le professeur, et qu’il faut rediriger vers d’autres hôpitaux. « Dès qu’un lit se vide, il est pris dans les deux heures », dit-il.
La situation se tend aussi dans les hôpitaux des Hauts-de-France. Si les centres hospitaliers de Dunkerque, de Saint-Omer ou de Calais sont saturés depuis plusieurs semaines, avec au moins 150 malades qui ont dû être transférés, dont 35 vers d’autres régions, à Lille aussi, « les admissions en réanimation montent plus vite depuis le week-end dernier », rapporte François-René Pruvot, président de la commission médicale d’établissement au CHU de Lille.
« On est en souffrance, on fait face, mais la montée épidémique se poursuit, tout le monde est en train de monter des lits supplémentaires dans la région, on est arrivés à la ligne de “danger” », estime le professeur lillois, qui a dû se résoudre à demander à ses chirurgiens de passer un « cran supplémentaire » dans la déprogrammation des autres patients non malades du Covid-19, qui atteint 30 %.
Dans les Alpes-Maritimes, où les établissements déprogramment déjà 40 % de leur activité hors Covid, il va aussi falloir aller plus loin, rapporte Sylvia Benzaken, vice-présidente de la commission médicale d’établissement du CHU de Nice. L’agence régionale de santé a demandé aux établissements du département d’ouvrir dix lits supplémentaires d’ici à la fin de semaine, dont la moitié au CHU, témoigne la médecin, qui se dit « soulagée » après l’annonce des mesures de freinage. « Nous ne savions plus bien comment nous allions pouvoir tenir si les entrées en réanimation continuaient à ce rythme », dit-elle, tout en soulignant que ces quatre semaines doivent aussi servir à « vacciner » toujours plus.Notre sélection d’articles sur le Covid-19
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Covid-19 : dans les Hauts-de-France, « si je comprends bien, on est confinés mais on peut sortir… »
Dans la région très touchée par le variant anglais, les habitants ont accueilli la nouvelle avec lassitude. Comme le résume un élu local : « Ceux qui travaillent étaient très fâchés de ce confinement du week-end mais, là, ils vont le vivre comme une nouvelle punition. »
Par Laurie Moniez(Lille, correspondante)
Publié aujourd’hui à 11h30, mis à jour à 14h21
Temps de Lecture 3 min.

« Reconfinés ». Ce mot en « une » du Courrier picard, vendredi 19 mars, en cache un autre : « lassitude ». Jeudi soir, la région des Hauts-de-France a découvert son nouveau régime, un confinement sept jours sur sept, pendant quatre semaines, avec écoles ouvertes, activités en plein air sans limitation de temps dans un rayon de 10 kilomètres, mais commerces « non essentiels » fermés et déplacements interrégionaux interdits, sauf pour motifs impérieux ou professionnels. « Fatiguée… j’ai coupé le son », écrit sur sa page Facebook Christelle, de Pérenchies (Nord), pendant l’allocution de Jean Castex. « Donc, si je comprends bien, on est confinés mais on peut sortir », interroge Vincent, un Lillois, sur Twitter.
Lire notre analyse : Avec un troisième confinement pour une large partie de la France, le gouvernement défend sa « troisième voie »
Comme quinze autres départements, le Nord va vivre au ralenti dès vendredi soir pour limiter la circulation du virus. Le premier ministre a prévenu : ce qui s’apparente à une troisième vague nécessite « des mesures plus fortes » et « une stratégie territorialisée ». Avec un taux d’incidence de 381 nouveaux cas pour 100 000 habitants sur une semaine, les Hauts-de-France ont dépassé le pic de la deuxième vague, et la pression sur les services hospitaliers est devenue trop forte. Chef du pôle des urgences au CHU de Lille, Patrick Goldstein assure auprès de La Voix du Nord que l’on « ne pouvait pas continuer comme ça : on a une circulation virale et une pression sanitaire comme on n’en a jamais connu. On ne pouvait pas échapper au confinement ».
Le point : Ce qui est autorisé, restreint ou interdit en France depuis l’avancée du couvre-feu à 18 heures
« On évite le pire »
La vague est venue de Dunkerque où les ravages du variant anglais ont contraint le gouvernement à appliquer un confinement tous les week-ends depuis le 27 février. Les 14 lits de réanimation ont vite été saturés dans cette agglomération de 200 000 habitants et plusieurs patients ont été transférés vers la Belgique, Le Havre (Seine-Maritime) ou Rouen. « La dépression continue, ironisait Patrice Vergriete, le maire (divers gauche) de Dunkerque, jeudi soir. C’était prévisible. Dunkerque était la porte d’entrée de ce qui se passe désormais à Paris. » Depuis trois semaines, sa population ne peut quasi plus mettre le nez dehors les samedis et dimanches. « Ceux qui travaillent étaient très fâchés de ce confinement du week-end mais, là, en l’élargissant au sept jours sur sept, ils vont le vivre comme une nouvelle punition », poursuit l’élu.
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Dans la cité du corsaire Jean Bart, le taux d’incidence a chuté de 1 039, le 24 février, à 662, selon la dernière donnée communiquée à la mairie. « Ce qui est important, c’est d’avoir une population qui s’approprie les gestes barrières, plutôt que des mesures de privation de libertés publiques non comprises », estime M. Vergriete. Certes, le confinement du week-end a diminué les contacts mais, surtout, le variant anglais a « tétanisé une partie de la population », explique l’édile. « Ce virus est plus contagieux et plus virulent, dit-il. Ça fait un choc de voir des gens de 50 ans aller en réa et parfois partir. » Et de citer ces décès constatés autour de lui ces derniers jours comme ce chauffeur de bus de 40 ans, ou cette vieille dame qui voulait vivre sa vie normalement, jouer aux cartes avec ses copines, et qui est décédée du Covid-19.
Lire aussi Covid-19 : un confinement uniquement le week-end, une mesure à l’efficacité encore incertaine
Dès mercredi soir sur Twitter, le président de la région, Xavier Bertrand, avait annoncé sa préférence pour un confinement le week-end, « qui présente moins de conséquences dommageables et fait ses preuves dans le Dunkerquois ». Finalement, Jean Castex a tranché et ne l’a pas écouté. « Le confinement le week-end dans les Alpes-Maritimes ou le Pas-de-Calais a eu un effet réel mais insuffisant pour casser la dynamique », a affirmé le premier ministre. Le maire divers droite de Roubaix (Nord), Guillaume Delbar, relativise : « On évite le pire, un confinement général, mais il faudra être attentif aux conséquences. » A gauche, la maire socialiste de Lille, Martine Aubry, estime que « le confinement était malheureusement devenu une nécessité pour les Hauts-de-France (…) Depuis trois semaines, les chiffres ont évolué. Le CHU de Lille est sous tension, et je ne voudrais pas qu’on en arrive, comme en région parisienne, à envoyer des malades dans d’autres régions. » L’ancienne ministre a eu une pensée pour les personnes âgées en Ehpad et leurs familles, mais aussi « pour les commerçants “non essentiels” qui vont se retrouver avec les stocks de la nouvelle collection ». « C’est compliqué, mais nous avons une pandémie, des morts… et nous devons continuer à être responsables », a-t-elle ajouté.
Désormais, la région va devoir accélérer les vaccinations. « On a eu trois opérations coup de poing de 2 000 à 2 500 vaccinés à chaque fois, a salué le maire de Dunkerque. On a hâte de tous se faire vacciner. Et on croise les doigts pour maintenir des animations dès juin. » Pas question pour lui d’annuler le festival La Bonne Aventure sur la plage de Malo-les-Bains prévu à cette époque-là.Notre sélection d’articles sur les vaccins contre le Covid-19
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Laurie Moniez(Lille, correspondante)
« Reconfinement : « Désormais, on a un horizon », estime l’infectiologue Karine Lacombe »

Le Parisien publie un entretien avec Karine Lacombe, cheffe de l’infectiologie à l’hôpital Saint-Antoine (Paris), qui « juge que l’annonce d’un confinement en Ile-de-France était «la bonne décision» à prendre ».
La Pr Lacombe déclare ainsi que cette décision « est en adéquation avec la menace sanitaire. Pour autant, le gouvernement n’a pas choisi de faire un confinement dur, il a fait un compromis entre la nécessité de contrôler l’épidémie et l’acceptation sociale. Les déplacements ne sont pas limités dans le temps, le couvre-feu est décalé à 19 heures. Cette mesure va donc principalement jouer sur les rassemblements conviviaux. J’espère qu’elle va fonctionner ».
Le journal observe : « Comment l’hôpital va-t-il tenir sachant qu’il y a, actuellement, autant de patients en réanimation que lors du pic de la seconde vague de novembre ? ».
La cheffe de service souligne qu’« on n’a pas connu une telle situation depuis la première vague. L’augmentation du nombre de malades est très importante et nous n’en sommes qu’au début. On va continuer à déprogrammer, à ouvrir des lits, à faire face le temps que la courbe s’infléchisse. Cela va être difficile mais désormais, on a un horizon ! ».
« C’est très important. Tout le monde est épuisé, beaucoup de soignants sont en arrêt maladie. On fait donc appel à l’intérim mais, au dernier moment, les intérimaires ne viennent pas. Conséquence, le personnel soignant doit faire des heures supplémentaires. L’essentiel de mon temps, je le passe à soutenir mes équipes plus qu’à m’occuper des malades », poursuit-elle.
Karine Lacombe ajoute : « Je les écoute beaucoup et je leur dis aussi qu’on est une équipe, qu’on affronte la maladie ensemble et qu’on fait un beau métier, que notre plus grande fierté, c’est de voir des patients sortir de notre service sur leurs deux jambes. Je leur répète qu’on va s’en sortir, on verra le bout du tunnel mais il reste encore quelques semaines difficiles ».
Elle remarque par ailleurs que « c’est vraiment une nouvelle épidémie. On voit beaucoup moins de personnes âgées grâce à la vaccination mais davantage de jeunes et de femmes. Ils ont entre 30 et 60 ans et la plupart des facteurs de risque, du surpoids, du diabète, de l’hypertension. C’est la conséquence du variant anglais, qui est beaucoup plus contagieux et donne des symptômes plus longs. La durée d’hospitalisation s’est donc allongée ».
Le Parisien note que « beaucoup de familles semblent refuser qu’un proche malade soit évacué vers d’autres régions. Faites-vous aussi ce constat ? ».
Karine Lacombe répond : « Bien sûr, c’est à la fois problématique et compréhensible. Lors de la première vague, les visites en réanimation étaient interdites, cela ne changeait finalement pas grand-chose qu’un proche soit loin ou près de sa famille. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Je pense aussi que l’individualisme est plus prononcé qu’il y a un an. Les gens se disent, pourquoi nous devrions faire un effort, après tout, ils n’ont qu’à trouver d’autres solutions. C’est aussi une conséquence du ras-le-bol ».
Et concernant la vaccination avec AstraZeneca, qui « va pouvoir recommencer », note le journal, l’infectiologue observe : « On ne comprend toujours pas pourquoi elle a été stoppée durant 48 heures. Les signaux auraient dû nous amener à renforcer la vigilance plutôt qu’à suspendre la campagne ».