Les oppositions et plusieurs scientifiques reprochent au chef de l’Etat ses choix stratégiques de ces dernières semaines

Confinement : Emmanuel Macron accusé d’avoir « perdu son pari »

Les oppositions et plusieurs scientifiques ont reproché au chef de l’Etat ses choix stratégiques de ces dernières semaines, après l’annonce de nouvelles mesures, jeudi soir, par le premier ministre. 

Par Alexandre Lemarié

Publié aujourd’hui à 16h48, mis à jour à 17h30  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/03/19/confinement-emmanuel-macron-accuse-d-avoir-perdu-son-pari_6073781_823448.html

Il voulait à tout prix tenir la ligne qu’il avait édictée le 29 janvier. Ce jour-là, Emmanuel Macron avait décidé, à la surprise générale et contre l’avis du monde médical, de ne pas reconfiner le pays. « C’est une reprise en main du politique face aux scientifiques ! », se réjouissait alors l’entourage du chef de l’Etat. Sept semaines plus tard, la potion est amère. Le premier ministre, Jean Castex, a été contraint d’annoncer un nouveau tour de vis, jeudi 18 mars, pour un tiers des Français qui vont être reconfinés vendredi à minuit pour au moins un mois, avec des restrictions de déplacement à la clé.

Une décision imposée par la poussée de l’épidémie de Covid-19, fustigée par les oppositions, qui ont immédiatement accusé le locataire de l’Elysée d’avoir failli dans sa gestion de crise. « Le confinement, c’est ce que l’on fait quand on a tout raté, a dénoncé la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen. Le gouvernement fait payer aux habitants des territoires concernés ses échecs répétés. » 

« La vis sans fin », a abondé le chef de file de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, qualifiant même Emmanuel Macron de « génie de la chienlit ! »« Depuis le premier confinement, il y a un an, une chose a changé : il n’y a plus du tout de consensus politique », analyse le président de l’institut de sondages Elabe, Bernard Sananès.

Lire notre analyse : Avec un troisième confinement pour une large partie de la France, le gouvernement défend sa « troisième voie »

C’est surtout « l’échec » du « pari » du chef de l’Etat, qui a été pointé du doigt par ses opposants. En particulier à droite. « Les Français paient ce soir au prix fort le pari perdu d’Emmanuel Macron qui, en janvier, a refusé d’écouter les conseils scientifiques par calcul politique », a asséné le député Les Républicains (LR), Eric Ciotti.

« Terrible constat d’échec que d’être contraint de confiner une nouvelle fois », a renchéri le président des députés LR, Damien Abad, en soulignant la lenteur de la campagne de vaccination comme une des causes de la « faillite » de la stratégie du pouvoir. « Quand la vaccination est à l’arrêt, le confinement est en marche », déplore M. Abad.

« Retour en absurdie »

Sous le feu des critiques, l’Elysée joue la sérénité, en appelant à « relativiser »l’idée d’un éventuel échec. L’entourage du chef de l’Etat met en avant la volonté constante de ce dernier de « tout faire » pour éviter un nouveau confinement strict. Avec le souci permanent de « protéger » les Français de nouvelles restrictions de liberté trop brutales. « Un confinement dur a des conséquences sociales, économiques, éducatives, psychologiques. Il faut trouver des mesures proportionnelles, territorialisées, efficaces sanitairement et acceptables sociétalement : c’est la ligne du président de la République depuis plusieurs mois », affirme un conseiller.

Emmanuel Macron lui-même a réfuté le terme de « confinement », vendredi 19 mars, devant des journalistes présents à l’Elysée. « Le terme de confinement à proprement parler n’est pas le bon. Aujourd’hui nous parlons de mesures de freinage supplémentaires », a-t-il déclaré, ajoutant que « ce qu’on veut, c’est freiner le virus sans nous enfermer, ce n’est pas être confiné, c’est vivre avec [le virus], je le dis depuis un an, sans fatalité ».

Si les commerçants déplorent un « retour en absurdie », avec la fermeture des magasins dits « non essentiels », le ton est plus sévère chez certains scientifiques, qui reprochent au chef de l’Etat d’avoir trop tardé à confiner. « Si on avait pris des mesures fin janvier, on serait probablement en train de rouvrir », a ainsi jugé Karine Lacombe, chef de service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, vendredi, sur France Inter.

Un diagnostic partagé par le président de la Ligue nationale contre le cancer, Axel Kahn. « Ce reconfinement en dernière extrémité est la pire des choses », a-t-il déploré, jeudi, sur Europe 1, estimant que M. Macron « aura à gérer l’échec de ce pari » de ne pas avoir reconfiné en janvier, après avoir « voulu se présenter comme le sauveur des Français, qui les protégeait de ce confinement ». 

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Face aux voix qui s’élèvent chez les médecins pour dénoncer « le temps perdu »pour durcir le dispositif, l’exécutif n’en démord pas. Partant du principe que « chaque jour sans confinement est un jour gagné », les macronistes répètent en chœur que le chef de l’Etat a eu « raison » de ne pas remettre le pays sous cloche trop tôt. « Sa décision fin janvier a été la bonne puisque l’explosion annoncée n’a pas eu lieu et nous avons donc évité au moins un mois et demi de confinement », affirme le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, au Monde.

Un argument également développé par Jean Castex. « C’était la bonne décision car, si nous avions dû confiner alors, dans une logique d’anticipation, nous aurions infligé au pays un confinement de probablement trois mois. Cela aurait été excessif et insupportable », a-t-il justifié, jeudi soir, lors de sa conférence de presse, en se félicitant de ne pas avoir suivi « les prévisions de certains modèles qui indiquaient un emballement de l’épidémie dès la mi-février, ce qui ne s’est pas produit »« Que n’aurait-on dit si un confinement national avait été décidé pour de longues semaines, comme cela est le cas chez certains de nos voisins ? », appuie l’Elysée.

« Risque politique »

L’entourage de M. Macron renvoie vers un sondage Harris Interactive, diffusé jeudi soir, faisant état de l’approbation des Français pour la non-fermeture des écoles ou le passage du couvre-feu à 19 heures, et souligne que des médecins ont salué « le compromis » trouvé par l’exécutif entre l’acceptabilité sociale et la nécessité de serrer la vis pour ralentir l’épidémie.

Mais d’autres blouses blanches s’inquiètent au contraire que ce confinement « sans enfermer » nouvelle version, avec son lot d’exceptions, à l’instar des coiffeurs, ne soit pas suffisamment dur pour faire baisser la pression hospitalière. « En refusant toute anticipation et toute prise de décision forte fin janvier, l’exécutif se retrouve à la mi-mars obligé de durcir “mais pas trop” les dispositions, en confinant sans confiner, avec une efficacité qui sera faible », a regretté le collectif de médecins Du côté de la science, vendredi.

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En réponse, l’Elysée invoque l’effet des variants, que les autorités ne pouvaient pas prévoir. « Sept semaines après la décision de fin janvier, l’épidémie n’est plus la même : elle avait diminué en février avant de remonter en incidence et en dangerosité ces dernières semaines. » « Le maître du temps, c’est le virus, malheureusement », a concédé M. Macron, lundi 15 mars.

Reste à voir l’évolution de l’opinion. « Ce troisième confinement hybride peut renforcer la perception des fractures et des inégalités, entre le cadre en télétravail et l’employé de la deuxième ligne qui doit aller sur son lieu de travail », met en garde M. Sananès. Le spécialiste de l’opinion indique « un risque politique » pour le chef de l’Etat, en estimant qu’« un maillon a manqué » « Le président aurait dû prendre date après le 29 janvier en expliquant ce qui l’avait conduit à cette décision et ce qui pouvait l’amener à la faire évoluer. Ce rendez-vous, qui aurait permis de rendre son choix plus cohérent, a été manqué », juge-t-il.

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Pour Emmanuel Macron, l’enjeu est désormais de maintenir sa cote de popularité au niveau élevé actuel (autour de 40 %, selon plusieurs sondages), alors même que sa gestion de crise est rejetée par près de huit Français sur dix. Une décorrélation qu’il reste à prouver sur la longueur.Notre sélection d’articles sur le Covid-19

Alexandre Lemarié

Avec un troisième confinement pour une large partie de la France, le gouvernement défend sa « troisième voie »

Des restrictions seront en vigueur dans 16 départements, dont l’Ile-de-France, pendant au moins quatre semaines et le couvre-feu passera à 19 heures sur l’ensemble du territoire. L’exécutif veut croire que cela suffira à tenir jusqu’à mi-avril avec l’objectif d’avoir vacciné dix millions de personnes d’ici-là. 

Par Olivier FayePublié aujourd’hui à 05h12, mis à jour à 09h07  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/03/19/confinement-contraint-d-annoncer-de-nouvelles-mesures-fortes-le-gouvernement-defend-sa-troisieme-voie_6073673_823448.html

Jean Castex et Olivier Véran après l’annonce de nouvelles restrictions visant à freiner l’épidémie de Covid-19, à Paris, le 18 mars.
Jean Castex et Olivier Véran après l’annonce de nouvelles restrictions visant à freiner l’épidémie de Covid-19, à Paris, le 18 mars. AGNÈS DHERBEYS / MYOP POUR « LE MONDE »

Il y a un an, évoquer la perspective d’une deuxième vague de l’épidémie de Covid-19 auprès de certains proches conseillers d’Emmanuel Macron vous valait de grands éclats de rire. « On anticipe tout ! », se voyait-on répondre avec ironie. Deux confinements et cinq mois de couvre-feu plus tard, l’exécutif a été contraint d’annoncer, jeudi 18 mars, la mise en place d’un troisième confinement dans une large partie du pays, effectif vendredi à minuit.

Il durera « au moins » quatre semaines, a annoncé le premier ministre, Jean Castex, afin de contrer la « troisième vague » de la pandémie. « La situation appelle des mesures beaucoup plus fortes » que le seul couvre-feu, a reconnu le chef du gouvernement lors d’une conférence de presse, « alors même que nous approchons du chiffre terrible de 100 000 morts ».

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Avec près de 35 000 nouveaux cas en vingt-quatre heures, « la progression de l’épidémie s’accélère nettement », a souligné M. Castex. Surtout, la pression sur les services de réanimation des hôpitaux atteint une « situation critique », à son plus haut niveau depuis le dernier confinement, en novembre 2020, avec au total 4 246 malades, dont 1 201 seulement en Ile-de-France. En cause : le variant britannique du virus, qui concerne aujourd’hui trois quarts des contaminations, et se montre « plus contagieux »« plus virulent » et « plus grave » que la souche originelle de la maladie. Notamment auprès de populations « plus jeunes et en meilleure santé », un élément jugé « préoccupant » par le locataire de Matignon.

Mais comme un confinement ne ressemble jamais au précédent, le premier ministre a tenu à faire valoir que le gouvernement empruntait cette fois une « troisième voie » consistant à « freiner sans enfermer »« Je ne sais pas quel nom il faut donner à ces mesures fortes qui sont prises », a même estimé le ministre de la santé, Olivier Véran, soucieux de contourner le terme de confinement. Tout d’abord, seulement seize départements, les plus touchés, sont concernés par ce énième tour de vis : la totalité de l’Ile-de-France et des Hauts-de-France, ainsi que les Alpes-Maritimes, la Seine-Maritime et l’Eure.

21 millions d’habitants concernés

Ce qui représente tout de même une population d’environ 21 millions d’habitants. L’attestation de sortie sera obligatoire dans ces territoires et « seuls les commerces vendant des biens et des services de première nécessité seront autorisés à ouvrir », a prévenu M. Castex. Contrairement à l’automne 2020, les libraires et les disquaires appartiennent désormais à cette catégorie.

Les écoles et les collèges, pour leur part, resteront ouverts, tandis que les lycées ne pourront plus accueillir que la moitié de leurs élèves. Les règles demeurent en revanche inchangées dans les universités, tout comme dans les lieux de culte. Enfin, les déplacements interrégionaux sont interdits pour les habitants de ces départements, sauf en raison de motifs impérieux ou professionnels.

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La principale différence de ce nouveau confinement réside dans sa philosophie : après avoir brandi le slogan « restez chez vous » au printemps 2020, le gouvernement invite désormais les Français à sortir prendre l’air. « On sait aujourd’hui qu’on se contamine infiniment moins quand on se promène en plein air qu’en étant regroupés, sans masque, en intérieur », a affirmé le premier ministre. En conséquence, les sorties autour de son domicile dans un rayon de dix kilomètres seront possibles « pour se promener, s’aérer ou faire du sport », et ce « sans aucune limitation de durée ».

INFOGRAPHIE « LE MONDE »

Sorties possibles, certains secteurs soulagés

Un couvre-feu est néanmoins fixé à 19 heures sur l’ensemble du territoire national, et non plus 18 heures, afin d’anticiper le passage à l’heure d’été le 28 mars. « 80 % des Français ont droit à une heure de moins de couvre-feu », vante un proche d’Emmanuel Macron. Lors d’un échange avec des élus locaux, mercredi, dont le contenu a été révélé par France Bleu, le président de la République avait fait de ce « sujet du grand air » une priorité. Une manière de répondre à « une fatigue sur les gestes barrières et le plein respect du couvre-feu ».

Cette décision soulage un peu certains secteurs comme la chasse, la pêche, le golf, l’équitation ou la voile, réunis sous la même bannière depuis quelques semaines afin de préserver leurs activités. « Nous avons eu une écoute très favorable. Le président de la République est sensible à ces sujets-là, à des activités rurales et où les gens des villes ont envie d’aller », se félicite le lobbyiste Thierry Coste, secrétaire général de l’Alliance des sports et loisirs de nature. Représentant historique et influent du monde de la chasse, M. Coste s’était fait remarquer en 2018 pour avoir poussé Nicolas Hulot, agacé de son omniprésence dans les couloirs du pouvoir, à la démission du gouvernement.

En instaurant ce confinement territorial d’un genre nouveau, Emmanuel Macron veut convaincre d’une chose : qu’il n’a pas perdu son pari du 29 janvier. Ce jour-là, il décidait à la surprise générale – et malgré les prévisions alarmantes des épidémiologistes – de ne pas recourir au confinement généralisé du pays. « Six semaines plus tard, l’épidémie n’a cessé de progresser. L’obstacle sera plus dur, plus long à franchir. Du temps, des vies perdues. La confiance et l’adhésion des Français vont être difficiles à obtenir », a estimé jeudi soir le sénateur écologiste Bernard Jomier, président de la mission d’information du Palais du Luxembourg sur la gestion de la crise sanitaire.

L’ambition de 10 millions de vaccinés à la mi-avril

« C’était la bonne décision car si nous avions dû confiner alors, dans une logique d’anticipation, nous aurions infligé au pays un confinement de probablement trois mois. Cela aurait été excessif et insupportable », a justifié Jean Castex, qui s’est félicité de ne pas avoir suivi « les prévisions de certains modèles qui indiquaient un emballement de l’épidémie dès la mi-février, ce qui ne s’est pas produit ».

Au sommet de l’Etat, on veut croire que ce nouveau tour de vis suffira à tenir jusqu’à la mi-avril, date à laquelle l’ambition est d’avoir vacciné dix millions de personnes, en particulier les Français les plus vulnérables. Le rendez-vous sera particulièrement scruté, car Emmanuel Macron avait dessiné, le 1er mars, un possible desserrement des contraintes à partir de cette date.

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Dans l’intervalle, ses opposants l’attendent au tournant en cas de dégradation de la situation hospitalière. « Il ne faut pas faire de la demi-mesure, il ne faut pas essayer de jouer avec le temps parce qu’on voit bien que c’est le temps qui joue avec nous », prévenait ainsi l’ancien président de la République, François Hollande, quelques heures avant la conférence de presse de Jean Castex. Pour tenter de convaincre ses compatriotes de recourir au vaccin du laboratoire AstraZeneca, à nouveau autorisé après un avis favorable de l’agence européenne du médicament, le premier ministre devait s’en voir injecter une première dose vendredi après-midi. « Il y a un an, nous n’imaginions pas une seconde en être là en mars 2021 », soupire un proche du chef de l’Etat.Notre sélection d’articles sur le Covid-19

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Olivier Faye

Covid-19 : de nouvelles restrictions annoncées ce soir pour l’Ile-de-France et les Hauts-de-France

Le détail des mesures concernant ces deux régions, où le virus circule énormément, sera connu jeudi soir à 19 heures. 

Le Monde avec AFPPublié hier à 11h46, mis à jour hier à 18h48  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/18/ile-de-france-et-hauts-de-france-de-nouvelles-restrictions-annoncees-jeudi-soir_6073585_3244.html

Le gouvernement doit annoncer, jeudi 18 mars à partir de 19 heures, de nouvelles restrictions en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France pour tenter de freiner la « troisième vague » de l’épidémie de Covid-19. Précédemment prévue à 18 heures, la conférence de presse de Jean Castex et d’Olivier Véran a été repoussée dans l’attente de l’avis de l’Agence européenne des médicaments (AEM) sur l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca. La France, comme de nombreux autres pays européens, a suspendu son administration, par précaution, en raison de possibles effets secondaires.

Suivez notre direct : Annonces de Jean Castex, vaccin d’AstraZeneca… les dernières informations du jeudi 18 mars

Les deux régions bientôt concernées par de nouvelles restrictions sont particulièrement touchées par la nette accélération de la circulation du virus en France, avec plus de 38 000 contaminations en vingt-quatre heures, selon le dernier bilan. Dès mercredi midi, à l’issue d’un nouveau conseil de défense sanitaire, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a fait savoir que « des mesures supplémentaires », applicables dès ce week-end, seraient prises, tout en laissant entendre que les écoles resteraient ouvertes. Pas de nouvelles restrictions en revanche en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), où Nice et le littoral des Alpes-Maritimes sont déjà confinés le week-end.

Lire nos informations : l’exécutif se résigne à des restrictions en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France « dès ce week-end »

Anne Hidalgo s’est entretenue mercredi soir avec Jean Castex et le préfet de police de Paris, Didier Lallement. Lors de cet entretien téléphonique, la maire PS de Paris a demandé au premier ministre de « laisser des marges de respiration aux Parisiens », selon son entourage, avant la possible annonce d’un reconfinement de l’Ile-de-France. Sans se prononcer sur « le type de confinement le plus adapté »pour la capitale, toujours selon son entourage, Mme Hidalgo a demandé que les Parisiens puissent « sortir un peu plus longtemps qu’une heure et un peu plus loin qu’à un kilomètre » de leur domicile.

« On est, soyons clairs, dans une troisième vague largement due à la montée de ce fameux variant anglais. La situation est clairement critique. Ça va taper très dur jusqu’à la mi-avril », a insisté Emmanuel Macron mercredi soir lors d’une visioconférence avec des maires franciliens et d’autres régions.

Lire l’analyse : Le couvre-feu n’a pas suffi à contenir l’épidémie en Ile-de-France

« La pire des choses »

Avant même d’être annoncé, un reconfinement, même partiel, est jugé avec sévérité par l’opposition et certains scientifiques. « Quand on prend des mesures de freinage brutal, par exemple le confinement le week-end, c’est parce qu’on a échoué sur tout le reste », a déploré sur France Inter le patron des sénateurs Les Républicains (LR), Bruno Retailleau.

« La difficulté que nous avons, c’est à la fois le virus et le fait qu’Emmanuel Macron rate tout ce qu’il entreprend », a de son côté critiqué sur BFM-TV le numéro deux de La France insoumise (LFI), Adrien Quatennens.

« Ce reconfinement aujourd’hui à la dernière limite, le couteau sous la gorge, en dernière extrémité, est la pire des choses », a estimé le président de la Ligue nationale contre le cancer, Axel Kahn, critiquant sur Europe 1 « l’échec du pari » de M. Macron de ne pas avoir reconfiné en janvier.

Mais pour la majorité présidentielle, « les Français ont compris qu’il n’y avait pas le choix », a assuré la députée La République en marche (LRM) Aurore Bergé sur France 2.

Source : Santé Publique France

Vaccination freinée

Alors que toute la France est déjà sous couvre-feu, l’exécutif a tout fait pour retarder des restrictions supplémentaires. Des transferts de malades vers des régions moins touchées ont été organisés, les hôpitaux déprogramment des opérations et mobilisent des lits des cliniques privées. Mais ces déplacements de malades s’avèrent plus compliqués que prévu : très peu de malades en réanimation sont suffisamment stables pour cela et les familles sont réticentes.

Les chiffres restent mauvais : outre la hausse du nombre de contaminations, le taux d’incidence a de nouveau grimpé à 425 nouveaux cas pour 100 000 habitants au cours des sept derniers jours dans la région parisienne (505 en Seine-Saint-Denis), bien au-dessus du seuil dit d’« alerte maximale » des autorités sanitaires (250).

Au total, ce sont 4 246 malades du Covid-19 qui étaient en réanimation ce jeudi sur le territoire français, alors que le pays fait désormais état de plus de 91 000 morts (268 décès supplémentaires ayant été enregistrés au cours des dernières vingt-quatre heures). Pour sortir d’une crise dont le coût, estime le gouvernement, s’est élevé à plus de 160 milliards d’euros l’année passée, la France compte sur la vaccination de masse, présentement freinée, depuis lundi, par la suspension surprise du vaccin d’AstraZeneca.

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Le Monde avec AFPContribuer

Covid-19 : dans les Hauts-de-France, « si je comprends bien, on est confinés mais on peut sortir… »

Dans la région très touchée par le variant anglais, les habitants ont accueilli la nouvelle avec lassitude. Comme le résume un élu local : « Ceux qui travaillent étaient très fâchés de ce confinement du week-end mais, là, ils vont le vivre comme une nouvelle punition. » 

Par Laurie Moniez(Lille, correspondante)Publié aujourd’hui à 11h30, mis à jour à 14h21  

Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/03/19/donc-si-je-comprends-bien-on-est-confines-mais-on-peut-sortir-dans-les-hauts-de-france-la-lassitude-predomine_6073723_823448.html

La place des Héros, avec le beffroi et l’hôtel de ville d’Arras, dans le nord de la France, le 4 mars.
La place des Héros, avec le beffroi et l’hôtel de ville d’Arras, dans le nord de la France, le 4 mars. DENIS CHARLET / AFP

« Reconfinés ». Ce mot en « une » du Courrier picard, vendredi 19 mars, en cache un autre : « lassitude ». Jeudi soir, la région des Hauts-de-France a découvert son nouveau régime, un confinement sept jours sur sept, pendant quatre semaines, avec écoles ouvertes, activités en plein air sans limitation de temps dans un rayon de 10 kilomètres, mais commerces « non essentiels » fermés et déplacements interrégionaux interdits, sauf pour motifs impérieux ou professionnels. « Fatiguée… j’ai coupé le son », écrit sur sa page Facebook Christelle, de Pérenchies (Nord), pendant l’allocution de Jean Castex. « Donc, si je comprends bien, on est confinés mais on peut sortir », interroge Vincent, un Lillois, sur Twitter

.Lire notre analyse : Avec un troisième confinement pour une large partie de la France, le gouvernement défend sa « troisième voie »

Comme quinze autres départements, le Nord va vivre au ralenti dès vendredi soir pour limiter la circulation du virus. Le premier ministre a prévenu : ce qui s’apparente à une troisième vague nécessite « des mesures plus fortes » et « une stratégie territorialisée ». Avec un taux d’incidence de 381 nouveaux cas pour 100 000 habitants sur une semaine, les Hauts-de-France ont dépassé le pic de la deuxième vague, et la pression sur les services hospitaliers est devenue trop forte. Chef du pôle des urgences au CHU de Lille, Patrick Goldstein assure auprès de La Voix du Nord que l’on « ne pouvait pas continuer comme ça : on a une circulation virale et une pression sanitaire comme on n’en a jamais connu. On ne pouvait pas échapper au confinement ».

Le point : Ce qui est autorisé, restreint ou interdit en France depuis l’avancée du couvre-feu à 18 heures

« On évite le pire »

La vague est venue de Dunkerque où les ravages du variant anglais ont contraint le gouvernement à appliquer un confinement tous les week-ends depuis le 27 février. Les 14 lits de réanimation ont vite été saturés dans cette agglomération de 200 000 habitants et plusieurs patients ont été transférés vers la Belgique, Le Havre (Seine-Maritime) ou Rouen. « La dépression continue, ironisait Patrice Vergriete, le maire (divers gauche) de Dunkerque, jeudi soir. C’était prévisible. Dunkerque était la porte d’entrée de ce qui se passe désormais à Paris. » Depuis trois semaines, sa population ne peut quasi plus mettre le nez dehors les samedis et dimanches. « Ceux qui travaillent étaient très fâchés de ce confinement du week-end mais, là, en l’élargissant au sept jours sur sept, ils vont le vivre comme une nouvelle punition », poursuit l’élu.

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Dans la cité du corsaire Jean Bart, le taux d’incidence a chuté de 1 039, le 24 février, à 662, selon la dernière donnée communiquée à la mairie. « Ce qui est important, c’est d’avoir une population qui s’approprie les gestes barrières, plutôt que des mesures de privation de libertés publiques non comprises », estime M. Vergriete. Certes, le confinement du week-end a diminué les contacts mais, surtout, le variant anglais a « tétanisé une partie de la population », explique l’édile. « Ce virus est plus contagieux et plus virulent, dit-il. Ça fait un choc de voir des gens de 50 ans aller en réa et parfois partir. » Et de citer ces décès constatés autour de lui ces derniers jours comme ce chauffeur de bus de 40 ans, ou cette vieille dame qui voulait vivre sa vie normalement, jouer aux cartes avec ses copines, et qui est décédée du Covid-19.

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Dès mercredi soir sur Twitter, le président de la région, Xavier Bertrand, avait annoncé sa préférence pour un confinement le week-end, « qui présente moins de conséquences dommageables et fait ses preuves dans le Dunkerquois ». Finalement, Jean Castex a tranché et ne l’a pas écouté. « Le confinement le week-end dans les Alpes-Maritimes ou le Pas-de-Calais a eu un effet réel mais insuffisant pour casser la dynamique », a affirmé le premier ministre. Le maire divers droite de Roubaix (Nord), Guillaume Delbar, relativise : « On évite le pire, un confinement général, mais il faudra être attentif aux conséquences. » A gauche, la maire socialiste de Lille, Martine Aubry, estime que « le confinement était malheureusement devenu une nécessité pour les Hauts-de-France (…) Depuis trois semaines, les chiffres ont évolué. Le CHU de Lille est sous tension, et je ne voudrais pas qu’on en arrive, comme en région parisienne, à envoyer des malades dans d’autres régions. » L’ancienne ministre a eu une pensée pour les personnes âgées en Ehpad et leurs familles, mais aussi « pour les commerçants “non essentiels” qui vont se retrouver avec les stocks de la nouvelle collection »« C’est compliqué, mais nous avons une pandémie, des morts… et nous devons continuer à être responsables », a-t-elle ajouté.

Désormais, la région va devoir accélérer les vaccinations. « On a eu trois opérations coup de poing de 2 000 à 2 500 vaccinés à chaque fois, a salué le maire de Dunkerque. On a hâte de tous se faire vacciner. Et on croise les doigts pour maintenir des animations dès juin. » Pas question pour lui d’annuler le festival La Bonne Aventure sur la plage de Malo-les-Bains prévu à cette époque-là.Notre sélection d’articles sur les vaccins contre le Covid-19

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Laurie Moniez(Lille, correspondante)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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