Vaccin AstraZeneca: des thromboses veineuses cérébrales précoces(avant le 10ème jour) chez des jeunes, avec chute des plaquettes seraient secondaires à une forte réaction immunitaire alors que l’agence européenne affirme que le vaccin est « sûr et efficace » !

AstraZeneca : des chercheurs norvégiens établissent un lien entre le vaccin et les thromboses

Selon cette étude, il a provoqué une réaction immunitaire démesurée chez trois personnes. 

Par Anne-Françoise Hivert(Malmö (Suède), correspondante régionale)Publié aujourd’hui à 16h02, mis à jour à 17h54  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/18/des-chercheurs-norvegiens-etablissent-un-lien-entre-le-vaccin-astrazeneca-et-les-thromboses_6073617_3244.html

Le professeur Pal Andre Holme, chef du service hématologie du CHU d’Osolo, le 18 mars 2021.
Le professeur Pal Andre Holme, chef du service hématologie du CHU d’Osolo, le 18 mars 2021. TERJE PEDERSEN / AP

Depuis plusieurs jours, une équipe de chercheurs de l’hôpital universitaire d’Oslo tentait d’établir s’il existait un lien entre le vaccin AstraZeneca et la formation de caillots sanguins chez trois patients norvégiens. A la tête de cette équipe, le professeur Pal Andre Holme, chef du service hématologie de l’hôpital, a révélé, jeudi 18 mars, trois heures seulement avant que l’Agence européenne des médicaments ne livre ses conclusions, qu’il était désormais convaincu que le vaccin était responsable.

Suspension du vaccin d’AstraZeneca : les réponses aux questions que vous nous avez posées

« Nous avons obtenu des résultats susceptibles d’expliquer l’évolution clinique de nos patients hospitalisés, a déclaré jeudi le professeur Pal Andre Holme. Ces résultats soutiennent l’hypothèse, que nous avions avancée plus tôt, selon laquelle ces patients ont développé une forte réponse immunitaire, ce qui a conduit à la formation d’anticorps, qui peuvent affecter les plaquettes et ainsi provoquer un thrombus [caillot sanguin]. »

Lundi, les autorités sanitaires du royaume avaient annoncé le décès d’une des trois personnes, hospitalisées quelques jours plus tôt, après avoir reçu le vaccin AstraZeneca. Il s’agit d’une soignante, de moins de 50 ans, en bonne santé jusque-là. Les médecins norvégiens enquêtent, par ailleurs, sur un second décès, chez un quatrième patient, un soignant d’une trentaine d’années, qui a succombé à une hémorragie cérébrale vendredi, quelques jours, lui aussi après avoir été vacciné.

Lire aussi : l’Union européenne hausse le ton contre l’industriel et le Royaume-Uni

« Directement causé par le vaccin »

Le 11 mars, Olso avait décidé de suspendre l’utilisation du vaccin du laboratoire anglo-suédois, par mesure de précaution, quelques heures seulement après le Danemark, où une femme de 60 ans a, elle, été victime d’une embolie.

L’agence norvégienne du médicament avait pris soin alors de préciser que le lien avec le vaccin n’était « pas avéré ». Mais elle avait alerté sur « une combinaison très inhabituelle de faible numération plaquettaire, de caillots sanguins dans les petits et grands vaisseaux et de saignements »« Nous n’avons rien vu d’équivalent auparavant avec d’autres vaccins », soulignait lundi Steinar Madsen, son directeur médical.

Interrogé sur son niveau de certitude, il a parlé d’« indices », mais précisé qu’il« ne voyait aucune autre possibilité aujourd’hui », sachant qu’« il s’agit de patients vaccinés entre trois et dix jours avant qu’ils ne développent des complications graves ». « Nous estimons que cela est directement causé par le vaccin », a assuré Pal Andre Holme.

Au moment de leur hospitalisation, les personnes, toutes âgées de moins de 50 ans, sans aucun antécédent médical, souffraient de douleurs aiguës, de saignements, et présentaient des caillots sanguins, dans « des endroits inhabituels », selon le rapport médical. Tous les patients ont développé une forme de thrombose veineuse spécifique, appelée thrombose veineuse des sinus cérébraux, observée également chez six des sept patients allemands.

Un « arbitrage » compliqué

« Ce sont des personnes relativement jeunes, qui sont tombées gravement malades, ou sont même décédées, qui n’auraient probablement pas eu de conséquences aussi graves si elles étaient tombées malades du Covid-19 », a relevé M. Holme lors de la conférence de presse.

L’hématologue a précisé que l’enquête n’en était qu’à « ses débuts » et que d’autres chercheurs, ailleurs dans le monde, notamment en Allemagne, travaillaient sur la base de la même hypothèse. Son équipe va désormais tenter de comprendre pourquoi trois personnes seulement – sur 121 000 Norvégiens vaccinés avec l’AstraZeneca – ont développé une telle réaction immunitaire. L’objectif est de découvrir « s’il y a des facteurs sous-jacents ou des prédispositions spéciales », a expliqué le professeur.

Lire aussi : Les uns après les autres, les pays européens suspendent le vaccin d’AstraZeneca « par précaution »

Interrogé sur la poursuite de la campagne de vaccination avec AstraZeneca, Pal Andre Holme a répondu que la décision ne lui appartenait pas. « C’est compliqué », a-t-il cependant commenté, évoquant « un arbitrage » entre « la lutte contre la pandémie et des graves réactions chez des patients en bonne santé ».

A l’Agence norvégienne du médicament, Steinar Madsen salue « un travail phénoménal » de la part des chercheurs norvégiens. Pour le moment, son organisation attend les conclusions de l’Agence européenne des médicaments, avant de décider de la reprise éventuelle des vaccinations.

Anne-Françoise Hivert(Malmö (Suède), correspondante régionale)

Le vaccin d’AstraZeneca est « sûr et efficace », assure l’Agence européenne des médicaments

Le régulateur européen conclut que ce vaccin contre le Covid-19 n’est « pas associé » à un risque plus élevé de caillot sanguin. Plusieurs pays, dont la France et l’Allemagne, ont annoncé qu’ils reprendront leurs campagnes de vaccination. 

Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 16h53, mis à jour à 20h19  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/18/l-europe-attend-un-verdict-sur-le-vaccin-d-astrazeneca_6073621_3244.html

Le verdict était très attendu au moment où les pays européens sont en pleine pénurie de vaccins contre le Covid-19 : l’Agence européenne des médicaments (AEM) a jugé que le vaccin élaboré par le laboratoire suédo-britannique AstraZeneca était « sûr et efficace », a annoncé, jeudi 18 mars, le régulateur européen basé à Amsterdam.

Une quinzaine de pays, dont l’Allemagne, la France et l’Italie, ont suspendu par précaution l’utilisation de ce vaccin, après le signalement d’effets secondaires possibles tels que des troubles de la coagulation et la formation de caillots, en attendant l’avis des experts européens.Suspension du vaccin d’AstraZeneca : les réponses aux questions que vous nous avez posées

Selon la directrice exécutive de l’AEM, Emer Cooke, « les avantages [du vaccin d’AstraZeneca] dans la protection des personnes contre le Covid-19, avec les risques associés de décès et d’hospitalisation, l’emportent sur les risques possibles », a-t-elle annoncé lors d’une visioconférence.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui est sur la même ligne, a renouvelé jeudi son appel à continuer à utiliser ce vaccin. Dans le même temps, des chercheurs norvégiens ont annoncé jeudi avoir établi un lien entre le vaccin d’AstraZeneca et les thromboses. Le régulateur britannique estime, lui, qu’il n’y a « pas de preuves » que les vaccins anti-Covid d’AstraZeneca et de Pfizer-BioNTech causent des caillots sanguins.

  • L’AEM recommande de « sensibiliser aux risques potentiels »

Dans ses conclusions rendues jeudi, le régulateur européen estime que le vaccin n’est « pas associé à une augmentation du risque global d’événements thromboemboliques ou de caillots sanguins ». La directrice exécutive de l’Agence européenne des médicaments, Emer Cooke, a toutefois expliqué que, « sur la base des preuves disponibles, et après des jours d’analyse approfondie » des données, l’Agence « ne peut exclure définitivement » un lien entre le vaccin élaboré par le laboratoire suédo-britannique AstraZeneca et des troubles de la coagulation rares.

Le comité de sécurité de l’AEM recommande donc de « sensibiliser à ces risques potentiels et de s’assurer qu’ils sont inclus dans les informations sur le produit ». Celui-ci conseille également « d’attirer l’attention sur ces éventuelles maladies rares et de fournir des informations aux professionnels de santé et aux personnes vaccinées pour aider à arrêter et atténuer tout éventuel effet secondaire », a déclaré Mme Cooke. L’AEM lancera aussi des « enquêtes supplémentaires pour en savoir plus sur ces cas rares », a-t-elle ajouté, affirmant cependant : « Si c’était moi, je me ferais vacciner demain. »

Un peu plus tôt dans la journée, le régulateur britannique, le MHRA, avait affirmé dans un communiqué qu’il n’y avait « pas de preuve » que les vaccins contre le Covid-19 d’AstraZeneca et de Pfizer-BioNTech causent des caillots sanguins. Les avantages de ces vaccins continuent de l’emporter sur les risques, et le public devrait continuer à se faire vacciner lorsqu’il est invité à le faire, a recommandé le MHRA.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Les Britanniques défendent le vaccin d’AstraZeneca après une série de suspensions dans l’UE

  • Les pays européens reprennent leurs campagnes de vaccination

Dans les heures qui ont suivi l’annonce de l’annonce de l’AEM, plusieurs pays ont annoncé qu’ils reprendraient leurs programmes de vaccination. L’Italie, qui l’avait suspendu en début de semaine, recommencera vendredi. « La priorité du gouvernement reste de réaliser le plus grand nombre de vaccinations dans les délais les plus brefs », a dit le président du Conseil, Mario Draghi.

L’Allemagne, comme la France, reprendront aussi ce vendredi. L’Espagne le fera mercredi, alors que la Suède a dit que ses autorités sanitaires analyseront les conclusions de l’AEM avant de prendre une décision.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  La suspension du vaccin d’AstraZeneca complique les promesses de l’exécutif sur la sortie de crise

  • Des chercheurs norvégiens établissent un lien entre le vaccin d’AstraZeneca et les thromboses

Une équipe de chercheurs de l’hôpital universitaire d’Oslo a révélé jeudi, quelques heures seulement avant que l’AEM ne livre ses conclusions, qu’elle était désormais convaincue que le vaccin était responsable de la formation de caillots sanguins chez trois patients norvégiens.

« Nous avons obtenu des résultats susceptibles d’expliquer l’évolution clinique de nos patients hospitalisés, a déclaré le professeur Pal Andre Holme, chef du service hématologie de l’hôpital. Ces résultats soutiennent l’hypothèse que nous avions avancée plus tôt, selon laquelle ces patients ont développé une forte réponse immunitaire, ce qui a conduit à la formation d’anticorps, qui peuvent enflammer les plaquettes et ainsi provoquer un thrombus [caillot sanguin]. »

 Lire aussi * AstraZeneca : des chercheurs norvégiens établissent un lien entre le vaccin et les thromboses

Les autorités sanitaires du royaume avaient annoncé lundi le décès d’une des trois personnes hospitalisées quelques jours plus tôt, après avoir reçu le vaccin d’AstraZeneca. Il s’agit d’une soignante de moins de 50 ans, en bonne santé jusque-là. Les médecins norvégiens enquêtent, par ailleurs, sur un second décès chez un quatrième patient, un soignant d’une trentaine d’années, qui a succombé à une hémorragie cérébrale vendredi, quelques jours, lui aussi, après avoir été vacciné.

Oslo avait décidé de suspendre l’utilisation de ce vaccin le 11 mars, par mesure de précaution. L’agence norvégienne du médicament avait alors pris soin de préciser que le lien avec le vaccin n’était « pas avéré ».

  • L’OMS réitère son appel à vacciner

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a renouvelé jeudi son appel à continuer à utiliser le vaccin d’AstraZeneca contre le Covid-19. Le Comité consultatif mondial de la sécurité vaccinale (GACVS) de l’OMS doit publier vendredi les conclusions de leur évaluation sur la sûreté du vaccin d’AstraZeneca.

Actuellement, « les bénéfices du vaccin d’AstraZeneca dépassent de loin les risques et son usage doit continuer pour sauver des vies », a déclaré le directeur de la branche européenne de l’organisation onusienne, Hans Kluge, lors d’une conférence de presse. « Dans les campagnes de vaccination, signaler de potentiels effets secondaires relève de la routine. Cela ne veut pas nécessairement dire que ces événements sont liés à la vaccination », a affirmé M. Kluge, alors que l’OMS a régulièrement appelé à continuer à utiliser le vaccin d’AstraZeneca ces derniers jours.

« A l’heure actuelle, nous ne savons pas si certains ou tous les cas ont été provoqués par le vaccin ou par d’autres facteurs. L’OMS évalue les dernières données de sécurité, et une fois cette évaluation terminée, les résultats seront rendus publics », a-t-il souligné.Notre sélection d’articles sur les vaccins contre le Covid-19

Le Monde avec AFP

Covid-19 dans le monde : l’OMS recommande de poursuivre la vaccination avec AstraZeneca

L’Organisation mondiale de la santé a par ailleurs déclaré que le vaccin de Johnson & Johnson était efficace contre les variants du Covid-19. 

Le Monde avec AFPPublié hier à 16h00, mis à jour hier à 19h15  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/17/covid-19-dans-le-monde-l-oms-recommande-de-poursuivre-la-vaccination-avec-astrazeneca_6073480_3244.html

L’urgence est de vacciner, a confirmé en creux l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en rendant un nouvel avis sur le vaccin d’AstraZeneca, mercredi 17 mars. L’organisation a recommandé de poursuivre la vaccination avec le produit du laboratoire suédo-britannique, alors que la situation est particulièrement tendue en Europe. Le continent totalisait, mercredi, plus de 900 000 décès pour quelque 40 millions de cas depuis le début de la pandémie de Covid-19. Le nouveau coronavirus a causé plus de 2,5 millions morts dans le monde depuis fin décembre 2019, selon un bilan établi par l’Agence France-Presse (AFP).Chiffres & cartesExplicationsVérifications

  • L’OMS recommande de poursuivre la vaccination avec le produit d’AstraZeneca

L’Organisation mondiale de la santé continue de recommander « pour le moment » la vaccination avec le vaccin anti-Covid d’AstraZeneca, dont l’usage a été suspendu par plusieurs pays en raison de possibles effets secondaires.

En attendant que ses experts finissent leur évaluation, « l’OMS estime que la balance risques/bénéfices penche en faveur du vaccin d’AstraZeneca et recommande que les vaccinations se poursuivent », indique un communiqué de l’agence onusienne.

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a affirmé mercredi qu’il se ferait bientôt vacciner contre le Covid-19, « certainement avec le vaccin d’AstraZeneca », dont le gouvernement assure qu’il ne présente pas de danger pour la santé. « Le plus important pour nous, maintenant, c’est de rester calmes et de continuer à vacciner », a écrit mercredi le ministre de la santé britannique, Matthew Hancock. Après avoir fait injecter une première dose de vaccin à près de 25 millions de personnes, les autorités ont annoncé mercredi qu’elles allaient étendre la vaccination aux plus de 50 ans, et le dirigeant conservateur est âgé de 56 ans.

  • Le vaccin de Johnson & Johnson recommandé même contre les variants

Les experts de l’Organisation mondiale de la santé ont déclaré, mercredi 17 mars, que le vaccin contre le Covid-19 développé par le groupe pharmaceutique américain Johnson & Johnson était recommandé, même dans les pays où des variants circulent. Globalement, « après avoir examiné les données, nous disposons d’un vaccin qui s’avère sûr », a ainsi assuré Alejandro Cravioto, président du groupe d’experts de l’OMS sur la vaccination. Le produit est recommandé dès 18 ans, et « sans limite d’âge ».

En janvier, Johnson & Johnson avait annoncé que son vaccin était efficace à 66 % contre le Covid-19. Ce vaccin est le premier, bénéficiant d’un feu vert de l’OMS, à ne nécessiter qu’une seule injection au lieu de deux. Il présente aussi l’avantage de pouvoir être stocké à des températures de réfrigérateur. Il a été autorisé en urgence aux Etats-Unis, fin février. Il l’est également au Canada depuis début mars, depuis le 11 mars dans l’Union européenne, et l’Afrique du Sud avait déjà commencé à l’administrer.

  • L’Union européenne hausse le ton sur les exportations de vaccins

La Commission européenne a menacé, mercredi, de durcir les conditions d’exportation hors Union européenne (UE) des vaccins anti-Covid afin de garantir la « réciprocité » des échanges avec des pays qui en produisent eux-mêmes. Principal pays visé, le Royaume-Uni, où deux sites produisent le vaccin d’AstraZeneca.

« Les routes doivent être ouvertes dans les deux sens (…). Nous exportons beaucoup de vaccins vers des pays qui en produisent eux-mêmes. C’est une invitation pour eux à être ouverts », a déclaré la présidente de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen, lors d’une conférence de presse.

L’UE a mis en œuvre, fin janvier, un mécanisme de contrôle qui impose aux exportateurs de vaccins de recevoir un feu vert préalable des autorités. Depuis, l’UE a approuvé plus de 300 demandes d’exportation, pour 41 millions de doses vers 33 pays. Entre le 1er février et le 9 mars, elle a exporté quelque 9 millions de doses vers le Royaume-Uni, selon des données européennes, soit environ un tiers du total des doses administrées à cette date aux Britanniques. Seul un acheminement de 250 000 doses vers l’Australie a été bloqué.

AstraZeneca : six questions pour comprendre la suspension du vaccin en France

Emmanuel Macron a annoncé, lundi, la suspension du vaccin de la firme suédo-britannique, en attendant l’avis de l’Agence européenne des médicaments. Quels sont les effets indésirables qui ont été signalés ? Son utilité est-elle remise en cause ? 

Par Assma MaadJérémie BaruchAdrien Sénécat et William AudureauPublié le 15 mars 2021 à 18h13 – Mis à jour le 16 mars 2021 à 07h30 

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2021/03/15/astrazeneca-six-questions-sur-la-suspension-du-vaccin-en-france_6073220_4355770.html

Temps de Lecture 6 min. 

Le vaccin contre le Covid-19 d’AstraZeneca se retrouve ces derniers jours au centre d’une attention médiatique dont il se serait bien passé. Déjà critiqué pour des retards de livraison, il fait désormais face à des soupçons d’effets indésirables graves, qui ont amené plusieurs pays à en suspendre l’utilisation depuis jeudi 11 mars. La France, mais aussi l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne leur ont emboîté le pas lundi.En direct : La France suspend l’usage du vaccin d’AstraZeneca : les dernières informations et les réponses à vos questions

  • Quels pays ont suspendu le vaccin ?

Au moins douze pays avaient suspendu, lundi en fin d’après-midi, l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca. Il s’agit principalement de pays européens : la France, le Danemark, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Norvège, l’Islande, la Bulgarie, les Pays-Bas et l’Irlande, auxquels s’ajoutent la Thaïlande et la République démocratique du Congo.

Par ailleurs, plusieurs pays de l’Union européenne (UE) – l’Autriche, le Luxembourg, l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie – ont également gelé l’utilisation de lots spécifiques du vaccin, le reste des doses pouvant continuer à y être utilisé.

  • Quelle est la position de la France ?

En France, le vaccin est administré, pour le moment, aux personnes âgées de 50 à 74 ans présentant un risque de comorbidité ainsi qu’aux patients de plus de 75 ans, non seulement en cabinet, mais aussi, depuis lundi, en pharmacie, afin d’accélérer la campagne vaccinale. Les autorités sanitaires ont, dans un premier temps, tenu une position similaire à celle de l’AEM. Le ministre de la santé, Olivier Véran, s’était ainsi appuyé, jeudi, sur les recommandations de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), laquelle estimait qu’il n’y avait « pas lieu de suspendre la vaccination par AstraZeneca ».

Interrogé lors de son live sur la plate-forme de vidéos Twitch dimanche, le premier ministre, Jean Castex, avait appelé à poursuivre l’utilisation du vaccin en France :

« A ce stade, il faut avoir confiance dans ce vaccin et se faire vacciner. Je le dis de la façon la plus solennelle, sinon on aura des retards dans la vaccination, les Françaises et Français seront moins protégés, et la crise sanitaire durera longtemps. »

Emmanuel Macron a finalement annoncé, lundi, la suspension provisoire du vaccin, dans l’attente de l’avis de l’AEM :

« La décision qui a été prise en conformité aussi avec notre politique européenne, c’est de suspendre par précaution la vaccination avec AstraZeneca, en espérant reprendre vite si l’avis de l’AEM le permet. »

Lundi soir, l’entourage d’Emmanuel Macron a jugé « probable » que la suspension de l’usage de l’AstraZeneca soit étendue jusqu’à jeudi, date à laquelle l’AEM doit se réunir.

  • Pourquoi de telles décisions ont-elles été prises ?

Les inquiétudes portent sur des cas graves de formation de caillots sanguins chez certaines personnes vaccinées. Au Danemark, une patiente de 60 ans est morte d’une thrombose (une obstruction vasculaire par un caillot sanguin) peu après avoir reçu le vaccin d’AstraZeneca. Les autorités sanitaires du pays ont alors décidé d’appliquer un strict principe de précaution en suspendant l’utilisation du vaccin pendant deux semaines. « Il n’est pas possible actuellement de conclure s’il y a ou non un lien. Nous agissons tôt, il faut une enquête approfondie »a expliqué le ministre de la santé danois, Magnus Heunicke.

La Norvège s’est rangée à cette position alors que trois soignants vaccinés de moins de 50 ans ont été admis à l’hôpital pour des caillots sanguins – l’un d’entre eux est mort dimanche – et qu’un autre décès à la suite d’une hémorragie cérébrale a été observé.

Autre inquiétude : les autorités ont fait état de cas d’hémorragies cutanées chez de jeunes personnes vaccinées. Un problème pris très au sérieux par les autorités : « Ceci est grave et peut être le signe d’une diminution du nombre de plaquettes », a déclaré l’Institut norvégien de santé publique.

Selon l’Agence européenne des médicaments, trente cas de thrombose ont été rapportés au 10 mars, sur environ cinq millions d’Européens (résidents de la zone économique de l’UE) vaccinés avec le produit du laboratoire suédo-britannique.

  • Le lien entre ces effets indésirables et le vaccin est-il confirmé ?

Non. Les possibles effets indésirables des vaccins sont signalés, un par un, aux autorités sanitaires. Ce recensement, qui se veut le plus exhaustif possible, est une garantie dans la surveillance de la campagne de vaccination. Mais il ne suffit pas : une analyse détaillée doit ensuite être menée pour comprendre si le vaccin est responsable des pathologies signalées, ou s’il est tout à fait normal de les observer dans ces proportions pour pareil échantillon de la population.

L’AEM estime à ce stade que le nombre de thromboses observées chez les vaccinés n’est pas supérieur à celui observé dans la population générale. Le Royaume-Uni, où plus de 10 millions de doses du vaccin AstraZeneca ont été injectées, est sur la même ligne. « Etant donné le grand nombre de doses administrées et la fréquence à laquelle les thromboses sanguines peuvent se produire naturellement, les éléments dont nous disposons ne suggèrent pas que le vaccin en soit la cause »a assuré à la BBC Phil Bryan, responsable des vaccins de la Medicines and Healthcare products Regulatory Agency, l’agence britannique de pharmacovigilance.

Quant au laboratoire AstraZeneca, il a rapporté dans un communiqué publié dimanche qu’« un examen attentif de toutes les données de sécurité disponibles sur les plus de 17 millions de vaccinés dans l’UE et au Royaume-Uni n’a[vait] montré aucune preuve de risque accru d’embolie pulmonaire, de thrombose veineuse profonde, ni de thrombocytopénie ».Vaccins contre le Covid-19 : suivez la progression de la vaccination en France et dans le monde

  • De tels effets indésirables remettent-ils en cause l’utilité dudit vaccin ?

L’AEM considère que « les bénéfices des vaccins continuent de l’emporter sur les risques ». C’est également la position de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Si tant est que « toute alerte de sécurité doit faire l’objet d’une enquête », il « n’y a pas [non plus] de raison de ne pas utiliser » le vaccin d’AstraZeneca, a déclaré Margaret Harris, une porte-parole de l’OMS, vendredi.

L’évaluation d’un médicament passe en effet par la mise en perspective des risques qu’il présente au regard de ses bénéfices. Dans le cas du vaccin d’AstraZeneca, c’est son efficacité contre les formes symptomatiques de Covid-19, dont le taux se situe aux alentours de 60 %, qui continue de plaider en faveur de son utilisation.

Cette conclusion peut cependant évoluer avec les connaissances en la matière, d’où l’utilité de suivre dans le temps l’efficacité comme les inconvénients d’un médicament.

  • Quels sont les autres effets secondaires du vaccin d’AstraZeneca ?

Les principaux effets secondaires apparus au cours des essais cliniques sont des douleurs et une sensibilité accrue à l’endroit du point d’injection. Autres réactions courantes : des maux de tête, de la fatigue, des douleurs musculaires ou encore de la fièvre. Plus d’une personne sur dix ressent de tels symptômes, souvent de forte intensité, et qui peuvent entraîner des arrêts de travail de courte durée chez les soignants.

Cette tendance s’est vérifiée avec la vaccination à grande échelle. Selon le dernier rapport en date de l’ANSM, 3 013 signalements avaient été effectués au 4 mars en France, sur plus de 454 000 vaccinations réalisées avec le produit d’AstraZeneca. « La grande majorité de ces cas concerne des syndromes pseudo-grippaux, souvent de forte intensité (fièvre élevée, courbatures, céphalées) », précise l’ANSM.

D’autres rares effets indésirables ont également été remontés, mais aucun lien entre le vaccin et ces signalements n’a encore été établi. Les effets indésirables graves dits « d’intérêt particulier », comme les décès, les troubles du rythme cardiaque ou les pertes de goût ou d’odorat, seraient quant à eux rarissimes : seuls quinze cas possibles ont été signalés en France à ce stade, sans établir de lien de cause à effet avec le vaccin.Notre sélection d’articles sur les vaccins contre le Covid-19

Assma Maad,  Jérémie Baruch,  Adrien Sénécat et  William Audureau

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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