L’EPR de Flamanville: encore des anomalies

Nucléaire : risques de nouveaux retards et de nouveaux surcoûts pour l’EPR de Flamanville

La découverte de défauts de soudures sur des raccords de tuyauteries du réacteur de troisième génération situé dans la Manche pourrait conduire EDF à revoir un calendrier déjà très contraint. 

Par Nabil WakimPublié hier à 21h04, mis à jour à 10h21  

https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/03/17/nucleaire-risques-de-nouveaux-retards-et-de-nouveaux-surcouts-pour-l-epr-de-flamanville_6073510_3234.html?xtor=EPR-32280629-%5Ba-la-une%5D-20210318-%5Bzone_edito_2_titre_7%5D

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Sur le chantier de l’EPR de Flamanville (Manche), en novembre 2016.
Sur le chantier de l’EPR de Flamanville (Manche), en novembre 2016. BENOIT TESSIER / REUTERS

Nouvelle déconvenue sur le chantier maudit du réacteur de troisième génération EPR à Flamanville (Manche). Début mars, EDF a informé l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de nouvelles difficultés de soudures sur des tuyauteries, qui pourraient avoir, à moyen terme, une incidence sur le calendrier et la facture du projet, lancé en 2007. L’EPR était censé être connecté au réseau en 2012 et coûter 3,3 milliards d’euros. Il est désormais prévu pour un démarrage en 2023 et devrait coûter, selon EDF, 12,4 milliards d’euros. La Cour des comptes, elle, estime que la facture totale serait plutôt de 19,1 milliards.

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Ce nouveau problèmeest en fait une vieille histoire, dont les premières difficultés remontent à 2006. Dans une centrale, le circuit primaire principal contient l’eau permettant de refroidir le cœur du réacteur et de transférer l’énergie issue de la réaction nucléaire aux générateurs de vapeur. Sur ce circuit se trouvent des connexions vers d’autres tuyauteries, plus petites. La partie où se situe le raccordement est appelée « un piquage ». C’est précisément au niveau de ces « piquages » que sont identifiées, à l’époque, des soudures qui ne correspondent pas à ce qui a été annoncé par EDF à l’Autorité de sûreté nucléaire. En 2014, l’électricien et son sous-traitant Framatome décident de les renforcer.

Pas de marge, « ni en termes de calendrier ni en termes de coûts »

Mais, en 2017, un autre problème majeur est identifié sur le chantier, cette fois sur les soudures du circuit secondaire, et notamment sur des tuyauteries qui traversent l’enceinte de confinement du réacteur. Des défauts qui amènent l’ASN à imposer à EDF de reprendre ces soudures en 2019, ce qui engendre de nouveaux retards et surcoûts pour le chantier.A

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Ces découvertes conduisent l’ASN à demander à EDF de nouveaux contrôles sur les autres soudures du projet. D’après l’énergéticien, c’est à la suite de ce nouveau programme de vérifications que ces problèmes ressurgissent : la manière dont les « piquages » ont été repris ne correspond pas à ce qui avait été annoncé par EDF. Dans une note publiée mardi 16 mars, l’Autorité de sûreté demande à l’énergéticien de « lui indiquer sa stratégie » pour faire face à ces défauts et « d’identifier les causes profondes de cet écart et les raisons de sa détection tardive ».

Chez EDF, on explique étudier « différentes options » pour résoudre le problème, dans le cadre de discussions avec l’ASN. « A ce stade, aucune option n’a été arrêtée », explique le groupe, qui reste très prudent dans sa communication. « A date, il n’y a pas d’impact sur le coût et sur le planning du projet », indique un porte-parole au Monde. Mais la reprise des soudures devrait peser sur une situation déjà complexe. Dans son document d’enregistrement universel, remis le 15 mars à l’Autorité des marchés financiers, le groupe affirme que « le projet n’a plus aucune marge, ni en termes de calendrier ni en termes de coûts ». De nouveaux travaux pour reprendre les défauts des « piquages » auront des conséquences immédiates sur le calendrier. Tout comme de nouvelles études pour démontrer que les soudures existantes sont conformes aux exigences de sûreté de l’ASN.

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Une partie de la filière suspendue au sort de Flamanville

Cette difficulté pour un chantier semé d’embûches intervient alors que le problème précédent, qui concerne des soudures sur le circuit secondaire, n’est pas résolu. L’ASN n’a pas encore homologué la solution choisie par EDF, qui consiste à faire intervenir des robots sur ces soudures situées dans des endroits difficiles d’accès. Le premier confinement et la crise sanitaire ont déjà eu une incidence sur ce calendrier, le rendant plus serré.

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Or, une partie de l’avenir d’EDF et de la filière nucléaire est toujours suspendue au sort de Flamanville. L’exécutif doit décider prochainement si la France se lance dans la construction de nouveaux réacteurs de type EPR. EDF doit remettre dans les prochains mois au président de la République un dossier complet pour défendre l’option de construire six réacteurs ces quinze prochaines années. Mais Emmanuel Macron et le gouvernement ont déjà annoncé qu’il serait difficile de prendre une décision ferme avant le démarrage de l’EPR de Flamanville – au mieux en 2023.

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Nabil Wakim

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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