La difficile évaluation des couvre-feu, mais leur insuffisance avec le variant anglais

Covid-19 : pourquoi le couvre-feu n’a pas suffi à contenir l’épidémie en Ile-de-France

Les restrictions imposées depuis le 15 décembre n’ont pas assez ralenti l’activité et les déplacements pour stopper une épidémie de plus en plus virulente. 

Par Denis CosnardPublié aujourd’hui à 13h32, mis à jour à 17h21  

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/03/18/le-couvre-feu-n-a-pas-suffi-a-contenir-l-epidemie-en-ile-de-france_6073595_823448.html

C’était le 10 décembre 2020. Alors que la France est de nouveau confinée depuis bientôt un mois et demi, Jean Castex annonce une prochaine levée des restrictions. Le confinement prendra bien fin le 15 décembre, comme l’avait promis Emmanuel Macron. « C’est en France que la propagation de l’épidémie est la mieux maîtrisée dans toute l’Europe », se réjouit le premier ministre.

Mais comme le pays compte encore trois fois plus de contaminations que les 5 000 nouveaux cas quotidiens qui étaient visés, la liberté ne va pas être totale, prévient-il. Pour « réduire le risque de vivre un troisième confinement », un couvre-feu est instauré à 20 heures. Il sera remonté à 18 heures le 16 janvier.

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Trois mois après ce retour du couvre-feu, le constat est clair : la mesure n’a pas atteint son but. Elle n’a pas permis de faire baisser l’épidémie, ni d’éviter que de nouvelles restrictions deviennent indispensables.

Un échec patent en Ile-de-France. Dans la première région de France, le Covid-19 a progressé de façon assez continue malgré le couvre-feu. Le 10 décembre, quand la décision a été prise, la région francilienne recensait 112 nouveaux cas de Covid-19 pour 100 000 habitants par semaine.

Ce taux d’incidence est ensuite monté lentement à 200, il a franchi à la mi-février le seuil d’« alerte maximale » fixé à 250 cas pour 100 000, puis le mouvement s’est emballé. Jeudi 18 mars, le taux atteignait 446 cas pour 100 000 habitants. En dépit du couvre-feu, puis de la fermeture, le 5 mars, de tous les centres commerciaux de plus de 10 000 mètres carrés, l’Ile-de-France est devenue la région où le virus circule le plus activement.

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Le taux d’incidence est de 389 pour 100 000 habitants au 15 mars 2021, contre 266 sur tout le territoire national.

L’impact du variant britannique

Le couvre-feu a-t-il été inutile ?

Le conseil scientifique se montre plus nuancé. « Le plateau observé durant la deuxième moitié de janvier coïncide avec l’instauration, le 16 janvier 2021, du couvre-feu national à 18 heures, suggérant que cette mesure a permis de ralentir l’épidémie », écrivent les experts dans leur dernière note, datée du 11 mars.

Même tonalité à la Mairie de Paris, pourtant peu tendre à l’égard du gouvernement. « En Ile-de-France, la courbe de l’épidémie a beaucoup progressé, mais moins vite que ce que prédisaient certains experts, observe Anne Souyris, l’adjointe à la santé d’Anne Hidalgo. Le couvre-feu a sans doute joué un rôle, avec d’autres mesures, comme le maintien de la fermeture des bars et restaurants, ou le port du masque en permanence. »

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Pour autant, il n’a pas suffi. Pourquoi ?

Sans doute en raison de la virulence du variant britannique, désormais majoritaire en Ile-de-France. Mais aussi parce que le confinement de novembre-décembre et le couvre-feu qui lui a succédé ont été en pratique beaucoup moins durs que le confinement du printemps.

Les restrictions de ce type visent à réduire les déplacements pour limiter les interactions sociales, sources de contaminations. « Il faut rester chez soi le plus possible », expliquait M. Castex le 10 décembre. Or, après l’été, les habitants de Paris et de sa région ont fait un effort, mais continué à se déplacer de façon assez massive. C’est ce que montrent les chiffres issus des capteurs qui comptent les véhicules dans les rues de Paris. Un bon indicateur de l’activité et de la mobilité dans la capitale.

« Plusieurs éléments ont manqué »

En mars 2020, la vie s’était figée. Les théâtres, les cinémas, les musées, les cafés, les écoles étant fermés, et beaucoup de Parisiens convertis de gré ou de force au télétravail, le trafic automobile dans Paris avait chuté de 75 % en quinze jours. Du jamais-vu ! Avec la fin de la première vague, la circulation a ensuite retrouvé son niveau habituel durant l’été. En octobre, le premier couvre-feu puis le deuxième confinement ont entraîné une nouvelle baisse, mais bien moins marquée que neuf mois plus tôt. Dans Paris, le trafic routier n’a diminué que de 30 %, au début du deuxième confinement. Au début de mars, la baisse par rapport à la normale se limitait à 18 %. Dans les transports en commun, le recul de la fréquentation est plus accentué (− 50 % au début de mars), mais là aussi bien moindre que lors du premier confinement (− 86 %).

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Le fait d’avoir maintenu les écoles, collèges et lycées ouverts constitue une des différences marquantes entre les deux périodes. Elle explique une partie des déplacements, tant des enseignants que des élèves et de leurs parents. Ces derniers peuvent d’autant plus facilement se rendre au travail que leurs enfants sont ainsi pris en charge.

Les données de Google Mobility confirment le phénomène. En Ile-de-France, la fréquentation des lieux de travail avait chuté de 80 % lors du premier confinement. Aujourd’hui, le recul est plutôt de l’ordre de 35 %, avec une baisse plus sensible à Paris et dans les Hauts-de-Seine, où une plus grande proportion d’actifs peut télétravailler, comme le souligne l’Institut Paris région.

Les contrôles ont aussi montré que le couvre-feu n’était pas toujours respecté. Dans la nuit du 5 au 6 mars, deux fêtes clandestines ont ainsi été stoppées net à Paris, la police verbalisant 45 jeunes dans un cas, 47 dans l’autre.

« Plusieurs éléments ont manqué à ce couvre-feu pour être efficace, juge Mme Souyris. D’abord, une incitation beaucoup plus forte au télétravail. Ensuite, davantage de vigilance dans les écoles, pour diviser les classes et limiter le brassage des élèves. » La rigueur a aussi fait défaut dans les magasins, où le nombre maximal de clients n’est pas toujours respecté, estime l’élue écologiste. « Enfin, il aurait fallu que les mesures soient plus cohérentes, pour que les gens les comprennent et les observent mieux, ajoute l’adjointe à la santé. Comment expliquer que les musées soient fermés, et les galeries d’art ouvertes, par exemple ? »

Le couvre-feu « a une efficacité relative », avait admis le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, dès le 27 janvier. S’il ne permet pas de réduire les contaminations, « on n’attendra pas le mois de mars pour agir », assurait au même moment le ministre de la santé, Olivier Véran.

Denis Cosnard

**Le couvre-feu n’a pas limité les déplacements des Français autant qu’espéré

Selon des données analysées par l’Inserm en partenariat avec Orange, le niveau de mobilité des Français est stable depuis décembre, en dépit des différentes restrictions de circulation imposées. 

Par Chloé HecketsweilerPublié le 16 février 2021 à 06h32 – Mis à jour le 17 février 2021 à 13h07  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/16/malgre-le-couvre-feu-la-baisse-des-deplacements-des-francais-est-moins-importante-qu-espere_6070089_3244.html

Temps de Lecture 4 min. 

Lors d’un contrôle de police, pendant le couvre-feu, le 30 janvier à Nice.
Lors d’un contrôle de police, pendant le couvre-feu, le 30 janvier à Nice. VALERY HACHE / AFP

Quelle pourrait être l’efficacité d’un troisième confinement dans une France au bord du « ras-le-bol » ? Cette question est dans tous les esprits alors qu’une nouvelle vague épidémique se dessine et que l’horizon d’une immunité collective acquise grâce au vaccin ne cesse de reculer. Difficile à anticiper, le respect des mesures prises pour freiner la diffusion du virus peut en revanche être apprécié après coup grâce à l’analyse des données de mobilité.

C’est ce qu’ont fait au début de l’épidémie les chercheurs de l’Inserm (EPIcx-Lab) en partenariat avec l’opérateur téléphonique Orange. Et leurs derniers résultats, inédits, montrent que le niveau de mobilité des Français était, début février, 20 % inférieur à ce qu’il était avant la pandémie. Ce chiffre apparaît relativement stable depuis le début du mois de décembre 2020, malgré des restrictions de circulation différentes : confinement puis couvre-feu national à 20 heures depuis le 15 décembre 2020, et 18 heures depuis le 16 janvier.

Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont découpé la France en un peu moins de 1 500 zones et estimé – grâce aux données issues du réseau mobile d’Orange – le nombre de trajet quotidien entre ces zones. Pour qu’un trajet soit comptabilisé, la personne doit avoir passé au moins une heure dans la zone de départ, et au moins une heure dans la zone d’arrivée.

« Le respect des mesures de restriction s’érode avec le temps »

Depuis la rentrée du 4 janvier, les Français se déplacent de plus en plus, et le couvre-feu national à 18 heures n’a eu que peu d’effet sur cette tendance. « Il est possible que les Français aient réorganisé leur journée tout en respectant les mesures », indique l’épidémiologiste Eugenio Valdano en précisant que d’autres sources de données comme les rapports de Google Mobility confirment que la fréquentation de nombreux lieux – bureaux, transports en commun – reste inférieure à ce qu’elle était avant l’épidémie.

Lire le récit : « Marre du Covid-19 » : de confinements en couvre-feux, le récit d’une France qui en a « ras le bol »

Lors du premier confinement, à partir du 17 mars 2020, la mobilité à l’échelle nationale avait chuté de 65 % par rapport à la période prépandémique (la mobilité en février 2020, hors vacances scolaires, a été prise comme période de référence). Lors du second confinement, à compter du 30 octobre, elle n’a diminué que de 35 %. La mobilité est aussi repartie à la hausse plus vite : après seulement deux semaines de confinement à l’automne, contre cinq semaines au printemps.

« La dernière semaine de confinement et la première semaine de couvre-feu sont très similaires en termes de mobilité, signe que les Français respectaient déjà moins les restrictions de déplacement à la fin du confinement », souligne l’épidémiologiste Eugenio Valdano. A cette période, la mobilité les jours de semaine n’était inférieure que de 10 % à la période prépandémique. « S’il y a un troisième confinement, il est difficile de prédire ce qui va se passer, mais on constate que le respect des mesures de restriction s’érode avec le temps », poursuit le scientifique, en précisant que l’adhésion peut évoluer de façon différente d’un département à l’autre.

Partir en week-end

La chute la plus importante de la mobilité a été observé en Ile-de-France avec une diminution de 72 % lors du confinement du printemps, et de 42 % lors du confinement de l’automne. « L’impact du télétravail a été très important, mais la perception du risque a aussi pu influer sur les comportements », souligne Eugenio Valdano, en précisant que la réduction de la mobilité a été la plus importante là où l’épidémie a été la plus forte.

Les données téléphoniques révèlent aussi des comportements très différents d’un confinement à l’autre en fonction du moment de la journée. Lors du premier confinement, les Français avaient réduit de 70 % leurs trajets entre 7 heures et 9 heures du matin par rapport à la période prépandémique, contre 20 % seulement lors du deuxième confinement. « L’ouverture des écoles pendant le deuxième confinement a créé plus de mobilité, mais il y a aussi sans doute eu davantage de trajets liés au travail », analyse le scientifique.

La mobilité autour du 11 novembre montre aussi une évolution des comportements : la veille, le 10 novembre, la mobilité longue distance (trajets de plus de 100 km) était de 16 % inférieure à la période de référence, ce qui laisse penser que les Français n’ont pas hésité à enfreindre le confinement pour partir en week-end. Ce phénomène n’avait pas été observé à la veille du week-end de Pâques en avril. De façon plus générale, « le trafic entre les villes les plus peuplées est systématiquement plus élevé que lors du premier confinement », constatent les chercheurs.

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C’est finalement en soirée, entre 19 heures et 23 heures, que l’efficacité du deuxième confinement a été la plus visible avec des déplacements en baisse de 50 %. Ces résultats suggèrent que l’impact sur la mobilité d’un confinement « lâche » n’est pas nécessairement très différent d’un couvre-feu mieux accepté.

« Les contraintes ne sont pas les mêmes pour tous »

Les chercheurs de l’EPIcx-Lab ont ainsi cherché à démêler les facteurs qui peuvent expliquer les différences de mobilité d’un département à l’autre, comme le profil des emplois occupés ou le niveau socio-économique. « Les contraintes ne sont pas les mêmes pour tous les Français, ce qui explique en partie pourquoi les mêmes mesures n’ont pas le même effet partout », souligne Eugenio Valdano.

Dans les départements où les emplois de bureau sont plus nombreux, la mobilité a ainsi davantage diminué – grâce au télétravail – que dans les départements où les emplois sont davantage ouvriers. « On pourrait, sur la base de ces différences, définir des stratégies plus ciblées, mais cela implique une plus grande complexité », estime Eugénio Valdano.

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En ligne avec ces observations, les chercheurs constatent aussi que la diminution de la mobilité est plus prononcée parmi les catégories de population les plus aisées, confirmant les résultats déjà trouvés lors du premier confinement. A l’inverse, la mobilité apparaît plus élevée dans les zones où le nombre de logements sur-occupés est plus important. « Ce lien entre revenu et mobilité (…) a vraisemblablement contribué à l’impact disproportionné de la pandémie de Covid-19 parmi les défavorisés », insistent les scientifiques.Notre sélection d’articles sur le Covid-19

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Chloé Hecketsweiler

Covid-19 : pourquoi il est difficile de mesurer l’impact du couvre-feu à 18 heures

Il faut analyser avec prudence la baisse du taux d’incidence dans les quinze départements où la mesure a été imposée dès le 2 janvier. 

Par Léa SanchezPublié le 22 janvier 2021 à 17h47 – Mis à jour le 23 janvier 2021 à 12h43  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2021/01/22/covid-19-pourquoi-il-est-difficile-de-mesurer-l-impact-du-couvre-feu-a-18-heures_6067269_4355770.html

L’avancement du couvre-feu de 20 heures à 18 heures est-il efficace ? « Là où nous l’avons mis en place tôt, le 2 janvier, dans quinze départements, on a vu qu’il y avait plutôt une baisse de la pression épidémique », a assuré Olivier Véran, jeudi 21 janvier, sur le plateau du « Journal de 20 heures » de TF1.

Quelques jours plus tôt, sur France Inter, le ministre de la santé évoquait, tout en restant prudent, la baisse récente dans ces départements d’un indicateur très scruté, le taux d’incidence du Covid-19 (c’est-à-dire le nombre de personnes déclarées positives pour 10 000 habitants, sur sept jours) : «  16 % à peu près sur une semaine ».

Ce chiffre est cohérent avec l’évolution constatée, entre le 8 janvier et le 15 janvier, des données du fichier Sidep, qui rassemble les résultats des tests virologiques dits « RT-PCR » et des tests antigéniques. Mais s’il semble plaider en faveur du couvre-feu à 18 heures, il ne permet pas, à lui seul, de conclure à l’efficacité de la mesure.Lire aussi : Hausse, stabilisation ou baisse, où en est l’épidémie dans votre département ?

  • Une variété de situations

Dans son point épidémiologique hebdomadaire, publié vendredi, Santé publique France (SPF) a divisé les départements en trois groupes en fonction de leur date d’application du couvre-feu à 18 heures : le 2 janvier pour les quinze premiers, le 10 ou 12 janvier pour les dix suivants, le 16 janvier pour l’ensemble de la France métropolitaine. Le taux d’incidence sur sept jours glissants est effectivement en baisse dans le premier groupe (− 13,3 % entre le 10 et le 17 janvier).

L’amélioration de la situation dans les premiers départements en couvre-feu à 18h doit être analysée avec prudence

Évolution du taux d’incidence sur 7 jours glissants par groupe de départements, du 1erseptembre 2020 au 17 janvier 2021. Les DOM-TOM ne sont pas inclus dans ces données. Le creux observé entre le 25 décembre et le 7 janvier est lié à la présence de jours fériés dans cette période. Il est nécessaire de prendre en compte les délais d’incubation et de dépistage avant de pouvoir observer l’effet d’une mesure.

Mais cette diminution doit être appréhendée avec précaution pour plusieurs raisons :

  • Il existe des disparités entre départements. Dans la Nièvre, le taux d’incidence n’a baissé que de 4 % entre le 8 et le 15 janvier, alors que la baisse atteint 32 % en Haute-Marne, et que sur la même période ce taux a diminué de 22 % en Savoie (qui n’était pas sous couvre-feu anticipé) ;
  • elle recouvre des situations sanitaires différentes. Le taux d’incidence reste encore actuellement plus élevé dans les territoires où le couvre-feu a été instauré à 18 heures dès le 2 janvier ;
  • SPF note une augmentation du taux d’incidence début janvier dans les trois groupes, mais qui est moins marquée parmi les départements placés sous couvre-feu dès le 2 janvier. Pourtant, il était alors « trop tôt pour que l’effet du couvre-feu anticipé puisse être observé », note l’organisme dans son dernier point épidémiologique hebdomadaire.

Un amélioration de la situation antérieure au couvre-feu à 18h dans les premiers départements concernés par cette mesure

Variations hebdomadaires du taux d’incidence par groupe de départements en France métropolitaine (données au 20 janvier 2021, évolution calculée par rapport au taux d’incidence sur 7 jours glissants du dimanche précédent). 

Source : Santé publique France

Comment expliquer cette évolution précoce ? Selon l’agence de veille sanitaire, elle « pourrait être liée à des comportements plus prudents de la population pendant les fêtes dans ces départements où la circulation virale était particulièrement active et avait fait l’objet de campagnes de communication locales ».


Lire aussi  Marseille sous couvre-feu à 18 heures : « Je cours pour acheter mon pain et je suis déjà hors la loi »

D’après SPF, la mise en place du couvre-feu anticipé dans ces territoires, le 2 janvier, « a pu avoir un effet cumulé, conduisant à une inversion de la situation épidémiologique et une amorce de diminution du taux d’incidence ». Attention : il s’agit d’une hypothèse. Pour la confirmer, il faudra continuer à suivre l’évolution des indicateurs dans les jours à venir « en particulier dans les départements placés sous couvre-feu anticipé les 10 et 12 janvier ».

  • Une donnée qui dépend des politiques de dépistage

La prudence est nécessaire face à la fragilité des indicateurs observés. La mise en place du couvre-feu anticipé début janvier survient après le pic de tests d’avant Noël, qui complique la lecture des chiffres. Or le taux d’incidence est très sensible à l’évolution des politiques de dépistage – plus on teste massivement, plus le taux d’incidence augmente. Pour analyser finement son évolution, il faut avoir en tête le profil des personnes dépistées et le nombre de tests pratiqués pour 100 000 habitants dans chaque département.

Le taux de dépistage a baissé dans les départements placés sous couvre-feu anticipé dès début janvier (− 10,7 % entre la période du 11 au 17 janvier et la semaine précédente), alors qu’il est resté relativement stable dans les autres.

Il peut également être intéressant d’observer en parallèle l’évolution des admissions à l’hôpital et en réanimation, en prenant en compte les délais d’incubation (cinq à sept jours) puis d’aggravation de la maladie (sept à dix jours). Il faudra, dans tous les cas, du temps pour étudier rigoureusement l’impact de l’avancement du couvre-feu à 18 heures.

  • D’autres facteurs à prendre en compte

L’observation d’une corrélation – c’est-à-dire d’une coïncidence temporelle entre avancement de l’heure de couvre-feu et baisse du taux d’incidence – n’implique en effet pas nécessairement un lien de cause à effet. Il est difficile, dans ce contexte de crise sanitaire, de mesurer précisément l’influence d’une seule mesure par rapport à d’autres événements : rentrée scolaire, suspension des activités physiques en intérieur destinées aux enfants, léger assouplissement du télétravail, etc.

Fin 2020, une publication de SPF suggérait un « impact positif des mesures de freinage » prises en octobre, dont le premier couvre-feu à 21 heures dans certaines métropoles, et recommandait une « poursuite de l’analyse des tendances épidémiologiques » pour « clarifier le rôle spécifique de ces mesures ».

Ses auteurs préconisaient de « prendre en compte les autres facteurs (vacances, activités de dépistage et de recherche des contacts, respect des mesures, facteurs météorologiques, etc.) qui ont pu influencer la dynamique de l’épidémie ». Ces différents éléments peuvent aussi influencer la tendance observée dans les départements où le couvre-feu a été avancé à 18 heures dès le 2 janvier.Notre sélection d’articles sur le Covid-19

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Léa Sanchez

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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