Un an de Covid-19 : les modélisations des scientifiques ne se sont quasiment jamais trompées
Article réservé aux abonnés La pandémie de Covid-19 en FrancedossierAlors que le Conseil scientifique préconise plus de mesures de restriction, «Libération» s’est plongé dans un an de projections, de modélisations et d’avis. Le bilan penche largement en faveur des épidémiologistes.
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par Olivier Monodpublié le 17 mars 2021 à 7h28
«Quand je relis le premier avis du Conseil scientifique, je ne vois pas grand-chose à modifier aujourd’hui», Simon Cauchemez, épidémiologiste de l’Institut Pasteur est en charge des modélisations qui nourrissent le Conseil scientifique. Un an après le début de la crise sanitaire, il se livre à l’exercice du retour d’expérience. Pour lui, le rôle premier des modèles n’est pas tant de se projeter que d’analyser les données présentes. «Depuis le début de la crise, nos estimations du taux de reproduction ou de la sévérité du Covid n’ont pas trop évolué. C’est le degré d’incertitude qui s’est réduit», détaille-t-il.
Au début de la pandémie, les simulations épidémiques ont été très écoutées par le pouvoir. Quand Emmanuel Macron annonce le premier confinement en France, le 16 mars 2020, le pays déplore seulement 149 morts. Mais les hôpitaux de trois régions saturent et un modèle de l’Imperial College de Londres prédit entre 300 000 et 500 000 morts en France si l’épidémie suit s…(Suite abonnés)
« Un an de Covid-19 : les modélisations des scientifiques ne se sont quasiment jamais trompées »

Libération indique en effet s’être « plongé dans un an de projections, de modélisations et d’avis. Le bilan penche largement en faveur des épidémiologistes ».
Simon Cauchemez, épidémiologiste de l’Institut Pasteur, « en charge des modélisations qui nourrissent le Conseil scientifique », déclare ainsi : « Quand je relis le premier avis du Conseil scientifique, je ne vois pas grand-chose à modifier aujourd’hui. Depuis le début de la crise, nos estimations du taux de reproduction ou de la sévérité du Covid n’ont pas trop évolué. C’est le degré d’incertitude qui s’est réduit ».
Libération note toutefois qu’« au début de la pandémie, les simulations épidémiques ont été très écoutées par le pouvoir. […] Depuis, le son de cloche a changé. La communication élyséenne présente le chef de l’Etat comme un épidémiologiste en chef, dont l’avis prévaut sur ceux des experts. A l’heure où l’épidémie flambe dans plusieurs régions, l’exécutif rechigne à confiner. Dans son dernier avis qui a fuité dans la presse, le Conseil scientifique se montre pessimiste sur la capacité de la campagne de vaccination à atténuer la tension hospitalière à court terme. Il préconise une réponse «anticipée, régionale, adaptée et ciblée» ».
Mircea T. Sofonea, épidémiologiste, remarque ainsi : « Opposer la science à l’intuition comme le font certains médias sous l’impulsion du chef de l’Etat me semble un jeu dangereux et marque un vrai pas en arrière dans l’histoire de l’épidémiologie ».
Libération continue : « Force est de constater que les modélisateurs ont compris la dynamique globale de l’épidémie. Ils ont été capables de donner les grandes lignes de son évolution et l’effet des mesures mises en place.
Ainsi, quand la France attendait fébrilement la fin de son premier confinement et que la date du 11 mai commençait à s’imposer dans le débat public, une équipe de l’université de Montpellier s’était prêtée au jeu des prédictions ».
« Mircea Sofonea et ses collègues affirmaient le 19 avril qu’«aux alentours du 11 mai, le nombre de décès liés au Covid-19 sera plus faible, mais l’épidémie sera toujours là avec encore plus de 1000 patients toujours en réanimation». Le chiffre exact sera de 2666 », poursuit le journal.
Il note qu’« à l’été 2020, quand quelques médecins se répandaient sur les plateaux télévisés pour annoncer la fin de l’épidémie, le Conseil scientifique considérait, dans son avis du 27 juillet, «hautement probable» l’arrivée d’une seconde vague «à l’automne ou hiver prochain», appelant les autorités sanitaires à faire preuve d’«anticipation». […] Enfin la situation de ce début d’année 2021 a elle aussi été prévue par le Conseil scientifique. En effet, dans son avis du 12 janvier, il prévoit trois scénarios possibles en fonction de la date exacte de hausse du taux de reproduction (le fameux R, qui évalue la vitesse de propagation) de l’épidémie à cause des variants ».
Libération conclut que « d’un strict point de vue sanitaire, la relecture a posteriori des avis des épidémiologistes modélisateurs donne des regrets sur le manque d’écoute du gouvernement. En effet, si l’exécutif a su prendre deux fois la décision lourde de confiner pour éviter des pics épidémiques trop forts, il n’a jamais su mettre en place des «outils particulièrement efficaces pour identifier rapidement les contacts de cas» comme l’y enjoignait le Conseil scientifique le 20 avril ».
« Selon les données de Santé publique France, parmi les nouveaux cas que l’on observe seuls 28% d’entre eux étaient déjà identifiés comme cas contacts. Notre système de surveillance épidémique passe donc à côté de 70% des cas. Cette défaillance a rendu impossible le maintien de l’épidémie à un taux bas », observe le journal.