L’effet positif de la campagne de vaccination sera « sans doute insuffisant pour éviter une augmentation importante des hospitalisations » (Etude de l’Institut Pasteur)

Le conseil scientifique préconise une réponse « anticipée, régionale, adaptée et ciblée » à la crise sanitaire

Le nouvel avis du conseil scientifique, que « Le Monde » a pu consulter avant sa publication, préconise de prendre des mesures fortes, précoces et territorialisées contre la menace des variants. 

Par Pascale Santi et Gary Dagorn

Publié aujourd’hui à 11h04, mis à jour à 11h32  

Cela faisait plus d’un mois que le conseil scientifique n’avait plus adressé de note à l’intention du gouvernement. Jeudi 11 mars, l’instance présidée par Jean-François Delfraissy a transmis aux autorités nationales un nouvel avis, très attendu, détaillant les scénarios possibles d’évolution du rebond épidémique dans les prochains mois. Le Monde a pu prendre connaissance de ce document, alors que celui-ci n’a toujours pas été publié par le ministère de la santé.

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Dans ce document de 94 pages, les chercheurs de l’Institut Pasteur ont tenté de modéliser l’effet de la campagne de vaccination sur l’évolution du rebond de l’épidémie. En faisant l’hypothèse d’une efficacité vaccinale de 90 %, d’un pouvoir de réduction de la transmission de 30 % (ce qui semble sous-estimé) et d’une distribution soutenue (200 000 doses injectées par jour, 300 000 doses après le 1er avril), les modélisateurs s’attendent à ce qu’une vaccination de 70 % des plus de 75 ans au 1er avril conduit à une baisse de 28 % des hospitalisations à cette même date par rapport à un scénario sans vaccin, et de 50 % en mai. La vaccination n’aurait en revanche que peu d’effets sur la pression en réanimation, car « dans la grande majorité des cas, ces patients, âgés de plus de 75 ans étaient peu admis en réanimation », précisent les membres du conseil.

Malheureusement, les mêmes modèles indiquent que l’effet positif de la campagne de vaccination sera « sans doute insuffisant pour éviter une augmentation importante des hospitalisations » face à la menace que font peser les nouveaux variants.

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Sans mesures supplémentaires pour lutter contre le rebond épidémique, il est attendu que les hospitalisations augmentent de façon importante jusqu’à la fin du mois de mai. Dans le scénario où les vaccins préviendraient 90 % des formes graves mais seulement 30 % des infections, et en l’absence de nouvelles mesures de contrôle, le niveau d’hospitalisations quotidiennes dépasserait très largement le pic des vagues précédentes, avant de retomber progressivement en juin-juillet.

Si l’on postule, en revanche, que les vaccins préviennent 90 % des infections, le rebond épidémique se traduirait par un pic d’hospitalisations comparable au record de la première vague, au printemps 2020. Une distribution musclée des vaccins ferait baisser ce maximum au pic de la seconde vague.

Des mesures précoces, régionales et mieux ciblées

Dans ce contexte, le conseil scientifique préconise une réponse « anticipée, régionale, adaptée et ciblée », c’est-à-dire non plus une approche nationale mais une approche par région. « La question la plus difficile à résoudre est celle du niveau de circulation du virus que l’on peut tolérer », pointe cet avis, en dosant entre « des mesures trop strictes » qui « ont un coût économique et social considérable dans l’immédiat » et des mesures « trop laxistes » au « coût sanitaire et humain très élevé ». Sachant que la santé mentale des Français s’est dégradée avec des niveaux élevés d’états anxieux ou dépressifs.

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Ils écartent trois options : primo, celle de ne rien faire en laissant le virus circuler, avec pour but d’atteindre un niveau d’immunité collective suffisant, mais cela aboutirait à la saturation rapide des services hospitaliers. Secundo, celle dite du « zéro Covid », qui vise à la suppression du virus et consisterait à un confinement strict, de 8 à 10 semaines au minimum, est aussi rejetée, en raison « des effets collatéraux considérables, notamment psychologiques, sociaux et économiques ». Enfin, ils écartent la stratégie dite de « Stop and go », qui « consiste à alterner des périodes de confinement et de relâchement ».

La quatrième stratégie, celle que le conseil scientifique avait appelée de ses vœux dans ses avis précédents en décembre et janvier, consiste à mieux anticiper les reprises de l’épidémie par la surveillance épidémiologique (taux d’incidence, nombre de reproduction, proportion de variants, tension hospitalière, couverture vaccinale par tranche d’âge), puis d’appliquer « des mesures de freinage précoce et anticipatif ». La temporalité des mesures joue un rôle important, rappellent les chercheurs, pour qui agir au bon moment, ni trop tôt ni trop tard, est crucial. « Dans un scénario de croissance exponentielle de l’épidémie (…), une intervention précoce présente de nombreux avantages », insistent les chercheurs. L’anticipation de ces mesures est primordiale, selon le conseil scientifique, car « cette stratégie territoriale est difficilement tenable en cas de flambée épidémique dans plusieurs régions françaises ».

Alerte sur les jeunes, les personnes âgées et les précaires

Pour freiner l’épidémie, les membres du conseil scientifique indiquent que des mesures plus ciblées de distanciation sociale pourraient être appliquées, en fonction des connaissances acquises sur les lieux et des situations de contamination, permettant de « libérer d’un contrôle excessif les lieux et situations dans lesquels le risque s’avère faible ». Mais ces mesures « devront être appliquées avec une extrême prudence dans les semaines à venir tant que la protection des personnes plus fragiles ne sera pas assurée par la vaccination ».

S’agissant des écoles, qui sont un lieu de transmission du virus, « il semble cependant qu’elles ne soient pas des amplificateurs de transmission, mais que la circulation du virus en milieu scolaire reflète plutôt celle au sein de la collectivité », conclut l’avis.

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En revanche, alors que le conseil scientifique proposait dans son avis du 29 janvier un confinement strict en février, à l’instar d’autres pays européens, il opte cette fois pour une approche régionalisée, au regard de la distribution hétérogène des variants sur le territoire, ce que le gouvernement applique déjà dans les Alpes-Maritimes et le Pas-de-Calais. « Une réponse locale pourrait dès lors être mieux adaptée et mieux acceptée par la population », note l’instance, mais « cette réponse régionale devrait se faire de préférence en anticipation, pour éviter une saturation des services hospitaliers et la morbi-mortalité qui l’accompagne ».

Enfin, le conseil met l’accent sur les jeunes. « Les interdictions générales ainsi que l’impact de la pandémie sur la vie économique et sociale ont conduit à une forme de précarité accrue ainsi qu’à un isolement social, scolaire, professionnel, et même culturel, sans précédent depuis 1945. Cette situation a un impact fort sur l’état global de santé mentale des jeunes, qui apparaît ainsi préoccupant », alerte l’instance. Elle demande ainsi de poursuivre les mesures de solidarité et de rouvrir les lieux d’enseignement, les événements à caractère culturel… « sous protocole sanitaire strict ».

S’agissant des personnes âgées, qui ont payé un lourd tribut, tant sanitaire que psychologique, il est demandé d’accélérer la vaccination et de renforcer les mesures d’accompagnement. L’accent est mis aussi sur les populations précaires et très précaires, « durablement affectées par l’épidémie ».

Au-delà des incertitudes qui persistent pour les prochains mois, le conseil anticipe que la vaccination « nous permettra de retourner à une vie plus normale d’ici l’été 2021 alors même que l’épidémie ne sera pas encore totalement résolue ».Notre sélection d’articles sur le Covid-19

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Pascale Santi et  Gary Dagorn

« La vaccination ne devrait pas suffire à ralentir les hospitalisations »

Le Figaro

19 Mars 2021

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Le Figaro livre un entretien avec Simon Cauchemez, responsable du laboratoire de modélisation mathématique des maladies infectieuses à l’Institut Pasteur et membre du Conseil scientifique, qui publie « une étude sur la transmission du Sars-CoV-2 entre les groupes d’âge ».


Le chercheur explique que « cette étude a été menée à partir des données de cet été. Durant cette période, le virus a d’abord largement circulé chez les jeunes, puis il s’est propagé dans les autres groupes d’âge avant d’atteindre les plus fragiles. L’analyse de ces dynamiques nous permet d’estimer que les jeunes adultes contribuaient à peu près deux fois plus à la transmission que les personnes âgées ».


« On peut évaluer l’impact de stratégies ciblant des groupes d’âge spécifiques. Nous estimons que la protection renforcée des personnes âgées permettrait de réduire la mortalité mais l’effet serait insuffisant pour relâcher les mesures de contrôle dans les autres groupes d’âge », 
poursuit-il.


Simon Cauchemez précise : « Nos résultats montrent qu’un effort collectif reste nécessaire. En effet, dès que le virus circule de façon importante dans la population, il finira par infecter les plus fragiles. Dans un scénario de forte circulation, quand le nombre de reproduction R est élevé, la protection des fragiles permet de réduire la mortalité mais n’empêche pas la saturation des hôpitaux. Il faut donc réussir à maintenir le nombre de reproduction à un niveau bas (proche de 1). Ce n’est possible que si tout le monde fait un effort. Dans ce cas, une petite réduction des contacts des plus jeunes aura plus d’impact qu’une réduction équivalente pour les personnes âgées ».
Il ajoute : « Étant donné la présence de ce variant et au vu de la situation dans les hôpitaux, il va falloir réussir à maintenir les taux de transmission à des niveaux très bas, grâce à des mesures ayant une efficacité proche de celle d’un confinement ».
Le chercheur indique par ailleurs : « Nos modèles montrent qu’en vaccinant en premier les plus fragiles, la vaccination peut assez rapidement limiter le nombre de morts et d’hospitalisations. Cet effet devrait cependant être insuffisant pour empêcher une remontée de ces deux paramètres dans les semaines qui viennent. De plus, l’impact est moins marqué pour les réanimations car, dans la grande majorité des cas, ces patients, âgés de plus de 75 ans, étaient peu admis en réanimation. En maintenant le rythme prévu, et sans mesure supplémentaire, nous pourrions atteindre un pic d’hospitalisations supérieur aux deux premières vagues… ».


« L’immunité de groupe freine un peu la circulation du virus, mais elle est encore trop faible pour éviter un tel pic. De plus, les plus jeunes ont été plus exposés, on estime que 25% des 20-30 ans ont été infectés, contre moins de 15% de 50-59 ans. Et ce ne sont pas les plus jeunes qui font des formes graves nécessitant une admission en soins intensifs »,
 précise-t-il.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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