Covid-19 : « Le moment est venu d’envisager des dispositions » pour l’Ile-de-France, prévient Jean Castex
Le premier ministre a reconnu mardi soir que la situation était « extrêmement difficile » et que « la vaccination n’a pas encore produit tous ses effets ».
Le Monde avec Reuters
Publié aujourd’hui à 10h21, mis à jour à 22h20
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Un an jour pour jour après qu’Emmanuel Macron a ordonné le premier confinement, « nous sommes encore dans une situation extrêmement difficile », a reconnu Jean Castex, interrogé mardi 16 mars dans la soirée sur BFM-TV. D’une part, « parce que la vaccination n’a pas encore produit tous ses effets », et, d’autre part, car « le virus change », a souligné le premier ministre, précisant que le variant anglais, plus contagieux et sans doute plus dangereux, représente désormais 70 % des contaminations.
Le chef du gouvernement a notamment fait état d’une situation en Ile-de-France « préoccupante, critique, et, très clairement, des mesures du type de celles auxquelles on a eu recours dans les autres parties du territoire sont sur la table », a-t-il déclaré, en référence aux confinements mis en place le week-end dans les agglomérations de Nice et Dunkerque et dans le Pas-de-Calais. « Incontestablement, on est sur un point d’équilibre extrêmement précaire », a insisté M. Castex, pour qui « le moment est venu d’envisager des dispositions pour la région francilienne ».
Un conseil de défense est convoqué mercredi à l’Elysée et pourrait acter de nouvelles mesures pour l’Ile-de-France, où les services de réanimation sont saturés, avec près de 1 200 patients hospitalisées. Signe que le virus circule très activement dans la région, le taux d’incidence y atteint 418 nouveaux cas de contamination pour 100 000 habitants sur les sept derniers jours, bien au-dessus du seuil dit d’« alerte maximale » des autorités sanitaires (250)
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Au niveau national, les services de réanimation comptaient 4 239 malades infectés par le coronavirus mardi (plus de 400 nouvelles admissions en vingt-quatre heures), au plus haut depuis la fin novembre 2020. Au total, il y a désormais 25 492 malades du Covid-19 à l’hôpital. Par ailleurs, 320 nouveaux morts ont été enregistrés à l’hôpital au cours des dernières vingt-quatre heures, et 94 dans les Ehpad, portant le bilan à 91 170 malades du Covid-19 depuis le début de l’épidémie.
En moyenne, au 13 mars, 23 980 personnes sont diagnostiquées positives chaque jour.
Covid-19 : la question du confinement de l’Ile-de-France remet Emmanuel Macron dos au mur
Le chef de l’Etat a évoqué, lundi, de « nouvelles décisions » à prendre « dans les jours qui viennent ». Malgré la dégradation de la situation sanitaire, l’exécutif veut utiliser toutes les options possibles pour éviter un reconfinement, notamment en Ile-de-France.
Par Alexandre LemariéPublié aujourd’hui à 04h04, mis à jour à 15h02
Temps de Lecture 5 min.

Des hôpitaux bondés, des services de réanimation saturés, des morts par dizaines chaque jour… Emmanuel Macron se retrouve de nouveau dos au mur face à l’épidémie de Covid-19. Un an après la mise sous cloche inédite du pays, le chef de l’Etat doit faire face à une troisième vague virale dopée par le variant anglais, plus contagieux et plus létal, qui accroît la pression sur le système sanitaire, en entraînant une hausse continue du nombre de patients en réanimation.
« Le maître du temps, c’est le virus, malheureusement », a regretté le président de la République, lundi 15 mars, lors d’une conférence de presse à Montauban (Tarn-et-Garonne), tant la situation est critique dans certaines régions, principalement l’Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Hauts-de-France. La pression sur la réanimation a encore grimpé lundi avec un total de plus de 4 200 malades du Covid-19 dans ces services au niveau national, dont 400 nouveaux admis par rapport à la veille, selon l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France
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Une situation sanitaire si « inquiétante », selon les mots du premier ministre, Jean Castex, qu’elle ne laisse plus vraiment le choix à Emmanuel Macron. Après avoir tout fait pour maintenir le statu quo existant, le chef de l’Etat se voit une nouvelle fois contraint de durcir le dispositif. « Nous aurons à prendre dans les jours qui viennent sans doute de nouvelles décisions » pour lutter contre l’épidémie, a-t-il indiqué lundi, en revendiquant des restrictions prises « de manière adaptée et proportionnée ».
Interrogé sur un possible reconfinement de l’Ile-de-France – où le nombre de malades hospitalisés en réanimation atteignait 1 166 lundi soir, soit davantage qu’au pic de la deuxième vague, à l’automne 2020 –, le président a appelé à regarder « la réalité de l’épidémie, ville par ville, territoire par territoire ». Une confirmation, en creux, de sa volonté de suivre une approche locale.
L’Ile-de-France « en sursis »
Est-ce à dire que le gouvernement s’apprête à imposer un confinement en Ile-de-France le week-end, comme c’est déjà le cas dans le Pas-de-Calais et les Alpes-Maritimes ? Lundi, la députée La République en marche (LRM) des Yvelines, Aurore Bergé, a appelé à « se préparer » à « un confinement strict » et permanent, et non « une partie de la semaine ou le week-end ». Jugeant la région « en sursis », sa présidente, Valérie Pécresse, a indiqué qu’elle ne s’opposerait pas à des mesures « justifiées, si elles sont proportionnées et accompagnées ». « Tout est sur la table », affirme un proche de M. Macron.
Alors que le corps médical pousse pour un confinement, le chef de l’Etat n’entend pas se précipiter. Aucune décision ne sera prise avant le conseil de défense, qui doit se tenir mercredi 17 mars, assure l’Elysée. Malgré la dégradation de la situation sanitaire, le chef de l’Etat veut utiliser toutes les options possibles pour éviter un reconfinement dans la région capitale. Quitte à pousser le curseur jusqu’à l’extrême. « Confiner c’est très dur, a rappelé Jean Castex, dimanche. Il ne faut prendre cette décision que lorsqu’on a tout essayé. »
Pour desserrer l’étau sur les hôpitaux franciliens, le gouvernement amplifie les évacuations sanitaires. Trois premiers patients ont été transférés samedi vers l’ouest du pays, moins touché ; une centaine doit l’être cette semaine. L’ultime arme avant le confinement ?
Soucieux de gagner du temps, l’Elysée évoque également « les déprogrammations » de soins et « la mobilisation des lits du privé ». Avec l’espoir que le chef de l’Etat ne soit pas contraint de revenir sur sa décision surprise, formulée le 29 janvier, de ne pas remettre le pays sous cloche. Un arbitrage pris seul contre tous, considéré comme un « pari politique », auquel Emmanuel Macron entend s’accrocher. « Le président a toujours la même volonté de concilier protection sanitaire et maintien de libertés individuelles et collectives, affirme le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Sa décision fin janvier a été la bonne puisque l’explosion annoncée n’a pas eu lieu et nous avons donc évité au moins un mois et demi de confinement. »
« Eviter une option dont on connaît le coût »
Un attentisme coupable, jugent au contraire certains médecins. « La situation n’est pas encore hors de contrôle, mais elle va l’être. J’entends beaucoup dire qu’une semaine sans confinement est une semaine gagnée. Pour moi, c’est une semaine perdue », a déploré Bruno Riou, le directeur médical de crise de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), lundi sur France Inter. Un avis notamment partagé par le généticien Axel Kahn, alors que la France a dépassé vendredi la barre symbolique des 90 000 morts du Covid-19.
Mais lundi, M. Macron a rappelé au corps médical qu’il lui revenait de prendre en compte tous les paramètres, avant de trancher. « Nous avons tous à concilier plusieurs dimensions de la vie de notre nation : protéger les plus faibles, (…)protéger notre système de santé, protéger contre la détresse qui va avec le fait d’être isolé, (…) protéger en éduquant nos enfants et nos jeunes qui en ont besoin, protéger en permettant aussi à la vie économique et sociale de se poursuivre », a-t-il souligné. « Il n’y a pas d’obsession » à écarter l’arme du confinement, se défend l’Elysée, mais « simplement le souci de s’assurer que la mobilisation est générale et que tout est optimisé pour éviter une option, dont on connaît le coût ».
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« On ne gère pas une épidémie avec des tabous et des dogmes, mais avec la prise en compte du réel, abonde le porte-parole des députés LRM, Pieyre-Alexandre Anglade. Tant qu’il existe des chemins alternatifs, il faut les emprunter. Si on avait écouté les experts, cela ferait deux mois que l’on serait confinés. » Un scénario en vigueur en Italie à partir de ce lundi, avec écoles, musées et restaurants de nouveau fermés dans les trois quarts du pays, qui accroît la pression sur l’Elysée.
Au sein de l’exécutif domine l’idée que seule la vaccination permettra de gagner la course de vitesse engagée contre les variants. Sauf que, dans ce domaine, les nouvelles ne sont pas encourageantes. Lundi, M. Macron a annoncé que la France suspendait l’utilisation du vaccin AstraZeneca à titre préventif, jusqu’à un avis européen jeudi. Plusieurs autres pays, comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, ont pris des mesures similaires en raison de craintes d’effets secondaires indésirables.
Agenda bousculé
Pour ne rien arranger, le groupe AstraZeneca a annoncé samedi de nouveaux retards de livraison de son vaccin à l’Union européenne, invoquant des restrictions d’exportation. Des difficultés susceptibles de compliquer l’objectif du gouvernement de dépasser dix millions de personnes vaccinées au 15 avril, alors que pour l’heure, seule la moitié a reçu au moins une dose. Jean Castex s’est lui-même dit « prudent », samedi, en invoquant les « misères » que font « les labos » dans « le respect des délais de livraison ».
De quoi rendre également plus précaire l’objectif de M. Macron de proposer un vaccin à tous les adultes d’ici à la fin de l’été. Sans parler de la promesse d’un « retour à la normale » à la mi-avril… Lundi, le chef de l’Etat a indiqué avoir « demandé au gouvernement de travailler pour que, dans les prochains jours, nous puissions redonner de la visibilité à nos concitoyens sur le calendrier ». Comme s’il devenait nécessaire de revoir un agenda bousculé.
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Covid-19 : l’Ile-de-France dépasse le taux d’incidence clé pour le reconfinement
Le taux d’incidence atteint 404,5 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants, soit plus que le seuil considéré par Jean Castex comme un critère clé pour confiner.
Par Denis CosnardPublié hier à 18h20, mis à jour à 01h15 https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/03/15/covid-19-l-ile-de-france-depasse-le-taux-d-incidence-cle-pour-le-reconfinement_6073222_823448.html
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La région parisienne va-t-elle être confinée une troisième fois ? Et si oui, quand ? Depuis des semaines, les habitants s’interrogent, tandis que le gouvernement souffle le chaud et le froid. Les derniers chiffres sur la circulation du virus ne peuvent que l’inciter à prendre des mesures fortes. En Ile-de-France, le taux d’incidence du Covid-19 atteint en effet 404,5 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants, selon les données rendues publiques lundi 15 mars par Santé publique France. C’est plus que le seuil de 400 pour 100 000 considéré par Jean Castex comme un critère clé pour confiner.
Jusqu’à présent, le gouvernement avait expliqué que les mesures de lutte contre le Covid-19 étaient prises en fonction d’une batterie de critères, tels que le nombre de cas détectés et leur progression, la part des variants, et la plus ou moins grande saturation des hôpitaux. Dimanche, lors son intervention sur la plate-forme Twitch, Jean Castex s’est concentré sur la circulation du virus, mesurée par le taux d’incidence. A Nice et aux alentours, à Dunkerque, dans le Pas-de-Calais, « on a démarré » le confinement le week-end quand ce taux « était à 400 pour 100 000 habitants », a-t-il souligné. Or « il est encore en dessous » en Ile-de-France, a relevé Jean Castex, le dernier connu étant alors de 391 pour 100 000 habitants. Tant que la barre des 400 pour 100 000 n’est pas atteinte, « on ne peut pas prendre les mêmes mesures ».
Lors de sa conférence de presse du 4 mars, le premier ministre avait déjà mentionné ce seuil pour justifier les décisions prises dans les Alpes-Maritimes et le Pas-de-Calais. S’il n’a pas de valeur scientifique particulière – la situation sanitaire n’est guère différente à 390 ou 405 cas pour 100 000 habitants –, ce taux présente le mérite de fixer pour repère un nombre rond, et de permettre une comparaison facile entre zones. « Un taux d’incidence de 400 correspond toujours aujourd’hui à une circulation presque deux fois supérieure à la moyenne nationale », souligne-t-on à Matignon, même si l’écart est plutôt de 1 à 1,6.
D’autres indicateurs inquiétants
Depuis le creux de la deuxième vague, début décembre 2020, les cas avérés de Covid-19 en région parisienne ne cessent de se multiplier, avec une nette accélération au cours des derniers jours. En trois mois et demi, leur nombre est passé de 100 nouveaux cas pour 100 000 habitants par semaine à plus de 400. L’Ile-de-France est devenue la région métropolitaine où le virus circule le plus activement.
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Le reconfinement aurait pu être déjà décidé dans plusieurs départements de la région où, ces dernières semaines, le taux d’incidence a franchi le fameux cap des 400. Au 12 mars, il était de 497 en Seine-Saint-Denis, 464 dans le Val-d’Oise, 442 dans le Val-de-Marne et 409 en Seine-et-Marne. Mais le gouvernement estime qu’il doit traiter l’Ile-de-France comme un tout, ce qui lui permet de retarder des décisions politiquement douloureuses. « On ne peut pas prendre un département isolément, a affirmé Jean Castex dimanche. Il y a beaucoup de flux de population, on est obligé de considérer l’Ile-de-France globalement. »
A Matignon, on assure que les 400 ne constituent pas un « seuil de confinement », simplement « un point de vigilance très fort »
La région-capitale dépassant à présent en moyenne le seuil des 400 pour 100 000, le reconfinement n’est pas automatique pour autant. A Matignon, on assure que les 400 ne constituent pas un « seuil de confinement », simplement « un point de vigilance très fort ». D’autres éléments sont aussi pris en compte pour trancher, comme les entrées à l’hôpital et la tension en services de réanimation, souligne le gouvernement. Les hôpitaux d’Ile-de-France comptent chaque jour davantage de malades, et tous les lits de réanimation sont maintenant occupés par des patients atteints du Covid-19.
A Paris et dans les régions les plus touchées, « la seule voie que nous ayons pour réduire la circulation du virus est un confinement complet, avec une fermeture des écoles », estime, comme d’autres scientifiques, l’épidémiologiste Dominique Costagliola, présidente du comité consultatif de la ville de Paris mis en place par Anne Hidalgo, dans un entretien à L’Express. « Nous aurons à prendre dans les jours qui viennent sans doute de nouvelles décisions », a déclaré Emmanuel Macron lundi.Notre sélection d’articles sur le Covid-19
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