Arrêt de la vaccination avec le vaccin AstraZeneca: Un suivisme dangereux et coupable ? ( Pr François Chast Président honoraire de l’Académie nationale de pharmacie)

Publié le 16/03/2021

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Suspension du vaccin AstraZeneca : suivisme dangereux et coupable ?

[Tribune]

Par le Pr François Chast*

En matière de santé, l’évaluation du risque est constante. Faut-il traiter une maladie ? Faut-il réaliser un examen invasif ? Faut-il opérer un malade ? Quel bénéfice le malade peut-il en espérer ? Quel risque lui fait-on courir ? Pour la vaccination, l’approche du rapport bénéfice / risque est singulièrement différente puisque le risque et le bénéfice doivent être évalués non seulement pour le patient vacciné, mais aussi pour la population générale.

Avec la vaccination contre la Covid-19, inespérée il y a encore quelques mois, les observateurs scientifiques, immunologistes, pharmacologues ont été impressionnés par la hardiesse des paris scientifiques et la qualité des résultats obtenus. Mais le grand problème des vaccins, comme celui des contraceptifs oraux, est qu’il s’agit de médicaments administrés à des « bien portants » au sens « non-knockien » du terme : ils ne sont vraiment pas malades…

Et toujours ces lancinantes questions : Quel bénéfice ? Quel risque ?

L’intérêt de la pharmacovigilance post-AMM, est qu’elle intervient dans la vraie vie, quand le médicament est déjà commercialisé. Il fait alors l’objet d’une surveillance étroite visant à dépister des effets indésirables « rares » ou des contre-indications « marginales». Dans le cas des vaccins contre la Covid-19, les essais qui ont précédé l’AMM ont été assez spectaculaires puisque chacun d’entre eux a enrôlé plusieurs dizaines de milliers de patients. Or, pour spectaculaires qu’ils aient été, ces essais, comme aucun autre, n’ont été suffisants pour détecter des effets indésirables rares. En effet, s’il faut inclure 300 malades pour détecter un risque de 1%, quand cet effet n’intervient que dans un cas pour 5 000, il faut alors inclure 150 000 malades : ce qui est pratiquement impossible ! C’est l’intérêt du suivi de pharmacovigilance qui a été mis en place en France. Ce suivi porte à ce jour sur plus de 5,2 millions d’injections vaccinales, dont 4 566 000 avec le vaccin Pfizer et 454 000 avec le vaccin AstraZeneca.

Concrètement, 943 000 vaccinations ont été réalisées dans la semaine du 26 février au 4 mars, ayant donné lieu à : 108 notifications d’effets indésirables liées à un effet cardiaque ou vasculaire avec le vaccin Pfizer ; 3 seulement avec le Vaccin AstraZeneca. Manifestement, Il n’y a pas, en France, de « balance défavorable » pour le vaccin AstraZeneca…Surtout si l’on garde en mémoire qu’il y a, en France, chaque semaine, 3000 décès liés à une cause « cardiaque » ou « vasculaire ». Si le gouvernement Français dispose d’autres éléments pour étayer sa décision de suspension de ce vaccin, la communauté scientifique est à l’écoute. Sinon il s’agit d’un suivisme dangereux et coupable qui ne pourra que compliquer la tâche des soignants et aggraver les statistiques de morbidité et mortalité de la Covid-19.

* Président honoraire de l’Académie nationale de pharmacie
Coprésident du Comité Opérationnel Qualité, Vigilances, Gestion des Risques Associés aux Soins, Relations avec les Usagers (Hôpital Necker – Enfants Malades)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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