La pression hospitalière devenue très forte dans les services de réanimation où « un Francilien est admis toutes les douze minutes »,

Covid-19 : l’exécutif de plus en plus embarrassé par la dégradation de la situation en Ile-de-France

En dépit d’une pression grandissante sur le système de santé, le gouvernement a décidé d’attendre avant de prendre les éventuelles mesures « qui s’imposeraient ». 

Par Claire Gatinois et Camille StromboniPublié aujourd’hui à 05h05, mis à jour à 08h44 

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Dans un hôpital de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le 8 mars.
Dans un hôpital de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le 8 mars. ALAIN JOCARD / AFP

A ceux qui se seraient un trop peu vite projetés dans le « monde d’après », imaginant une France bientôt débarrassée des contraintes liée à la pandémie de Covid-19 et prête à plonger dans une euphorie digne des années folles, le ministre de la santé, Olivier Véran, a émis, jeudi 11 mars, un cinglant rappel à l’ordre. Bien qu’aucune nouvelle restriction n’ait été décidée, l’heure n’est pas au relâchement mais à la « mobilisation totale », a-t-il appelé lors de la conférence de presse hebdomadaire du gouvernement consacrée au coronavirus. La situation actuelle est « tendue » et « inquiétante », a-t-il insisté.

A l’échelle nationale, la progression de la maladie n’est pas de nature à affoler. Mais la stabilité globale des courbes sur un « plateau haut » masque une évolution très hétérogène des cas de contaminations.

Ainsi, dans les Pyrénées-Atlantiques, le taux d’incidence s’affichait, jeudi, à 44 pour 100 000 habitants, contre plus de dix fois plus (472) dans les Alpes-Maritimes. L’approche régionalisée de la gestion de la pandémie, qui a conduit l’exécutif à décréter un confinement les week-ends dans les zones les plus affectées, comme Nice, Dunkerque (Nord) ou le Pas-de-Calais, est donc « plus que jamais pertinente », a conclu M. Véran.

Flambée des entrées en réanimation

Sur les vingt-trois départements placés depuis le début du mois en surveillance renforcée, l’Ile-de-France préoccupe tout particulièrement. Le nombre de cas progresse et, surtout, les entrées en réanimation flambent. « Toutes les douze minutes, un Francilien, nuit et jour, est admis en lit de réanimation », a souligné M. Véran.

Pour expliquer cette percée de cas graves, alors que le nombre de contaminations augmente plus lentement, les médecins pointent la responsabilité du variant anglais, qui représente près de 70 % des cas observés dans la région. S’il n’est pas possible d’établir à ce jour un lien évident de causalité, « la situation en réanimation correspond, en tout cas, à ce que prévoyaient les modélisations avec l’arrivée de ce variant à la transmissibilité accrue », signale le professeur de santé publique et épidémiologiste Mahmoud Zureik. « Le variant serait responsable de davantage de formes graves », a affirmé, quant à lui, M. Véran.

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Dans les hôpitaux franciliens, cette envolée suscite un mélange d’épuisement et d’angoisse. « On a un peu l’impression de revivre ce qui nous est arrivé il y a un an, quand l’épidémie, après avoir avancé à bas bruit, sort de sa boîte d’un coup », explique David Heard, responsable de la communication de l’agence régionale de santé d’Ile-de-France.

« Ça ne peut pas durer éternellement, s’alarme aussi le professeur Jean-Michel Constantin, anesthésiste-réanimateur à la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Aujourd’hui, on réussit encore à garder la tête hors de l’eau, en s’équilibrant d’un établissement à l’autre, mais nous n’avons pas de marge et rien ne permet de penser que ça va baisser dans les jours qui viennent, au regard des contaminations. » « On est proche du nombre de patients atteints au pic de la deuxième vague », abonde Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris. « Il faut trouver un système de freinage ! », plaide-t-il.

« Tirer sur la corde au maximum »

En dépit de cette pression grandissante sur le système de santé, le gouvernement a pourtant décidé d’attendre avant de prendre les éventuelles mesures « qui s’imposeraient » – à savoir, un confinement. D’ici là, « nous faisons tout pour faire face », s’est défendu le ministre, évoquant le transfert possible, dans les jours à venir, de « dizaines, voire de centaines » de malades atteints du Covid-19 vers des régions moins touchées et la déprogrammation plus massive d’activités ne concernant pas le SARS-CoV-2 dans les hôpitaux.

« Ce n’est pas pour protéger “l’hôpital” qu’il faut prendre des mesures, mais pour les patients et les familles » Stéphane Gaudry, réanimateur

Certes, les chiffres ne sont pas encore ceux atteints lors de la première vague, avec 2 700 patients en réanimation au pic d’avril 2020. Mais la barre des 1 000 personnes hospitalisées en soins critiques a déjà été franchie le 9 mars et le pic de novembre 2020 est presque atteint, avec 1 080 patients au 11 mars. A la fin du mois, si la même dynamique se poursuit, nous atteindrons le « seuil critique », d’après le ministre de la santé, de 1 500 personnes atteintes du Covid-19 en réanimation.

Dès lors, pourquoi ne pas agir dès maintenant ? Les hôpitaux franciliens ont été capables de monter à plus de 2 000 patients en réanimation en première vague, mais cela a un prix, souligne Stéphane Gaudry, réanimateur à l’hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis) : « On va mettre bientôt les malades dans les blocs opératoires, avec un soin de moindre qualité, déprogrammer encore plus d’autres patients et continuer avec au moins 300 morts par jour en France… Ce n’est pas pour protéger “l’hôpital” qu’il faut prendre des mesures, mais pour les patients et les familles ! », dit-il.

A ses yeux, le message politique est clair : « On va tirer sur la corde au maximum à l’hôpital, en espérant qu’elle ne craque pasOn le sait tous, si l’Ile-de-France n’est pas confinée, cela n’a rien à voir avec les indicateurs sanitaires ou la pression hospitalière, qui y sont largement aussi inquiétants que dans les autres régions qui ont reconfiné. »

Eviter un passage en force

De fait, l’Ile-de-France n’est pas une région comme les autres. « Le problème, c’est que là on est sur du tout ou rien », souligne-t-on à Matignon. Reconfiner uniquement les zones les plus tendues comme la Seine-Saint-Denis n’aurait « aucun sens », poursuit notre source, évoquant la multitude d’habitants qui travaillent à Paris et sont ainsi amenés à voyager chaque jour d’un département à l’autre. « Ce qui me paraîtrait invraisemblable, c’est de confiner Paris sans confiner l’ensemble de la région », a aussi pointé Valérie Pécresse, la présidente (Libres !) de l’Ile-de-France, lors de son intervention au « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI » le 28 février.Situation à Paris (75)

Le taux d’incidence est de 344 pour 100 000 habitants au 8 mars 2021, contre 223 sur tout le territoire national.

Parallèlement, la proportion de personnes hospitalisées en raison du Covid-19 est de 53 pour 100 000 (contre 37 dans toute la France), soit 1 149 personnes dont 305 en soins intensifs, au 11 mars.Département sélectionné : Ain (01)Aisne (02)Allier (03)Alpes-de-Haute-Provence (04)Hautes-Alpes (05)Alpes-Maritimes (06)Ardèche (07)Ardennes (08)Ariège (09)Aube (10)Aude (11)Aveyron (12)Bouches-du-Rhône (13)Calvados (14)Cantal (15)Charente (16)Charente-Maritime (17)Cher (18)Corrèze (19)Côte-d’Or (21)Côtes-d’Armor (22)Creuse (23)Dordogne (24)Doubs (25)Drôme (26)Eure (27)Eure-et-Loir (28)Finistère (29)Corse-du-Sud (2A)Haute-Corse (2B)Gard (30)Haute-Garonne (31)Gers (32)Gironde (33)Hérault (34)Ille-et-Vilaine (35)Indre (36)Indre-et-Loire (37)Isère (38)Jura (39)Landes (40)Loir-et-Cher (41)Loire (42)Haute-Loire (43)Loire-Atlantique (44)Loiret (45)Lot (46)Lot-et-Garonne (47)Lozère (48)Maine-et-Loire (49)Manche (50)Marne (51)Haute-Marne (52)Mayenne (53)Meurthe-et-Moselle (54)Meuse (55)Morbihan (56)Moselle (57)Nièvre (58)Nord (59)Oise (60)Orne (61)Pas-de-Calais (62)Puy-de-Dôme (63)Pyrénées-Atlantiques (64)Hautes-Pyrénées (65)Pyrénées-Orientales (66)Bas-Rhin (67)Haut-Rhin (68)Rhône (69)Haute-Saône (70)Saône-et-Loire (71)Sarthe (72)Savoie (73)Haute-Savoie (74)Paris (75)Seine-Maritime (76)Seine-et-Marne (77)Yvelines (78)Deux-Sèvres (79)Somme (80)Tarn (81)Tarn-et-Garonne (82)Var (83)Vaucluse (84)Vendée (85)Vienne (86)Haute-Vienne (87)Vosges (88)Yonne (89)Territoire de Belfort (90)Essonne (91)Hauts-de-Seine (92)Seine-Saint-Denis (93)Val-de-Marne (94)Val-d’Oise (95)Guadeloupe (971)Martinique (972)Guyane (973)La Réunion (974)Mayotte (976)Taux d’incidencemaijuil.sept.nov.jan. 21mars200400600taux d’incidence (Paris)moyenne françaiseHospitalisationsmaijuil.sept.nov.jan. 21mars50100150hospitalisations (Paris)moyenne françaiseSources : niveau des hospitalisationsniveau des infections (via Santé publique France)

Or, bien que son adjoint Emmanuel Grégoire ait, dans un premier temps, appelé à confiner la capitale, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a fait savoir qu’elle considérerait qu’une telle option serait « inhumaine », se faisant ainsi le reflet de la lassitude des Parisiens face au couvre-feu déjà imposé. « Il va falloir se reparler collectivement. Pour le moment, on ne peut pas dire qu’on ait été aidés par les élus de Paris », commente l’urgentiste Thomas Mesnier, député de la Charente pour le parti présidentiel La République en marche.

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Le gouvernement préférerait, de fait, éviter un passage en force. « L’acceptabilité d’une mesure est toujours à prendre en compte. Sinon, elle est inutile », fait-on remarquer dans l’entourage du premier ministre, Jean Castex. On souligne aussi que, compte tenu de son poids économique et de sa densité, confiner l’Ile-de-France « équivaudrait à un reconfinement national ». Dit autrement : une telle décision mérite une mûre réflexion.

Accélérer la vaccination

Embarrassé, l’exécutif semble encore capable de justifier un traitement différencié entre l’Ile-de-France et des départements déjà confinés. Mais le point de bascule devient de plus en plus flou. « Il n’y a pas d’indicateurs précis chiffrés en termes de réanimation, c’est une pression sanitaire, une tendance et une capacité de notre système de santé à s’organiser pour tenir » qui entrent en compte, a expliqué Olivier Véran. « On est sur le fil du rasoir », souffle une source gouvernementale.

Jusqu’ici rétif à imposer des mesures trop drastiques, l’Elysée ne ferme plus la porte à un confinement dans la région dans les jours à venir, en cas d’aggravation de la situation dans les services de réanimation. Un point d’étape pourrait être organisé dimanche 14 mars, afin de réévaluer la situation et les mesures à prendre.

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D’ici là, le gouvernement entend poursuivre la campagne vaccinale à un rythme accéléré, pour tenter de prendre de court la propagation du virus et, en particulier, du variant britannique. « Il faut que ça crache », lâche un proche du chef de l’Etat, qui reste confiant sur l’objectif de vacciner 10 millions de Français d’ici à la mi-avril et, ainsi, leur offrir la perspective d’un retour à la « vie presque normale ».

Des dizaines voire des centaines de patients pourraient être transférés hors de l’Ile-de-France

En Ile-de-France, la situation épidémique est tendue, et la pression hospitalière très forte dans les services de réanimation où « un Francilien est admis toutes les douze minutes », a assuré Olivier Véran.

Par L’ObsPublié le 11 mars 2021 à 18h36  Mis à jour le 12 mars 2021 à 07h50Temps de lecture 1 min 

https://www.nouvelobs.com/coronavirus-de-wuhan/20210311.OBS41273/des-dizaines-voire-des-centaines-de-patients-pourraient-etre-transferes-hors-ile-de-france.htm

En Ile-de-France, la tension reste forte sur le système hospitalier. Pour y faire face, le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé ce jeudi 11 mars lors du point presse hebdomadaire sur la situation sanitaire la préparation « des transferts de dizaines voire de centaines de patients d’Ile-de-France vers les autres régions, dès la fin de semaine ».

« Nous préparons des transferts importants de patients vers les autres régions, qui pourraient avoir lieu dès cette fin de semaine : on parle là de dizaines, voire de centaines de patients qui pourraient être évacués de l’Ile-de-France vers d’autres hôpitaux (…) du territoire national », a déclaré le ministre, comme l’avait déjà déclaré mercredi 10 mars le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal à l’issue du conseil de défense sanitaire. Et Olivier Véran d’ajouter : « Cette solidarité entre les régions est cruciale car elle permet de sauver des vies ».

Trois régions sous surveillance

Avec les Hauts-de-France et Provence-Alpes-Côte-d’Azur où certains territoires sont soumis à un confinement partiel, l’Ile-de-France fait partie des régions sous surveillance où « la pression va continuer de monter », indique-t-il. Aujourd’hui « un Francilien entre en réanimation toutes les douze minutes. Si le rythme continue, on comptera 1 500 patients covid fin mars, le seuil critique pour les hôpitaux de cette région ».L’idée d’Anne Hidalgo d’une stratégie zéro Covid sans confinement est-elle sérieuse ?

« Soyons clairs : nous ne savons pas quand ni où se situe le pic épidémique. S’il se poursuit et si la situation sanitaire devient trop forte, nous prendrions toutes les mesures qui s’imposent pour freiner la circulation du virus et freiner des vies », a-t-il ajouté.

La barre des 4 000 personnes en réanimation dépassée

Au niveau national, le nombre d’admissions en réanimation continue d’augmenter, indique également Olivier Véran. « Nous sommes passés de 3 555 patients le 1er mars à plus de 4 000 ce soir, soit une augmentation de 455 patients en plus dans les réanimations. (…) Les patients Covid représentent 80 % des capacités initiales de nos réanimations françaises. La pression devrait encore s’accentuer dans les prochaines semaines. »

Et si la situation est hétérogène en fonction des régions, « la pression sanitaire atteint désormais des niveaux similaires à ceux observés lorsque nous approchions du pic de la deuxième vague ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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