Le premier confinement a entraîné une hausse des états dépressifs en France
Une étude de la Drees met en évidence une plus grande vulnérabilité des femmes et des jeunes. Ces syndromes peuvent être liés à une situation financière dégradée ou aux conditions de logement.
Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 06h47, mis à jour à 07h30

A l’issue du premier confinement, une personne sur sept présentait un syndrome dépressif, selon une étude publiée vendredi 12 mars par la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees).
« En mai 2020, 13,5 % des personnes âgées de 15 ans ou plus vivant en France déclarent des symptômes évocateurs d’un état dépressif », contre 10,9 % en 2019, compare le service statistique des ministères sociaux. Les jeunes sont les plus touchés avec 22 % des 15-24 ans, soit le double de 2019.
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L’augmentation des états dépressifs est également plus forte chez les femmes, 15,8 % en 2020, contre 12,5 % l’année précédente. Ces états dépressifs se manifestent notamment par une perte d’intérêt à faire des choses, une humeur dépressive, des problèmes de sommeil et des difficultés de concentration.
Les conditions de logement déterminantes
Ces syndromes peuvent être liés à une situation financière dégradée mais également au fait d’avoir contracté le Covid ou aux conditions de logement. « Ainsi, plus d’une personne sur cinq logeant dans un appartement sans balcon présente un syndrome dépressif », note l’étude.
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Avoir été confiné hors de chez soi, chez son conjoint ou partenaire, ou chez ses parents, est également associé à un risque accru. Tout comme le fait de vivre dans des foyers surpeuplés ou à l’inverse de vivre seul, ou seul avec son ou ses enfants. « Les parents seuls avec leur(s) enfant(s) étaient 14 % à présenter un syndrome dépressif en 2019 [soit trois points de plus que la moyenne], contre 21 % en 2020 (soit 7,5 points de plus que la moyenne) », note la Drees.
L’étude relève que « le fait de se retrouver confronté à des comportements violents, agressifs ou dégradants de la part de son conjoint ou partenaire est également lié au syndrome dépressif ». Or les violences familiales ont augmenté de 9 % en 2020 par rapport à 2019.
L’institut note toutefois une baisse pendant le confinement : celle des pensées de mort. Elles concernaient 3,8 % des personnes âgées de 15 ans ou plus vivant en France, contre 5 % en 2019.Où trouver de l’écoute et de l’aide ?
– Fil Santé Jeunes : écoute, information et orientation des jeunes dans les domaines de la santé physique, psychologique et sociale. Anonyme et gratuit 7 jours sur 7, de 8 heures à minuit.
Tél. : 01-44-93-30-74 (depuis un portable). Filsantejeunes.com
– Suicide Ecoute : écoute des personnes confrontées au suicide. Permanence d’écoute téléphonique 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Tél. : 01-45-39-40-00. Suicide-ecoute.fr.
– Nightline France : service d’écoute par et pour les étudiant·e·s, nocturne et gratuit.
Tél. : 01-88-32-12-32 et service de tchat. Nightline.fr
– Soutien étudiant info : recensement par l’association Nightline de tous les soutiens psychologiques gratuits disponibles dans les 30 académies de France. Soutien-etudiant.info
– En cas de risque suicidaire avéré, se rapprocher des services d’urgence : appeler le SAMU 15 ou le 112 (numéro européen).
Le Monde avec AFP
Tribunes & Focus – 12 mars 2021
Santé mentale et psychiatrie : pour Philippe Leduc, « un choc s’impose » (Tribune)

Tribune rédigée par Philippe Leduc, initialement publiée sur le blog du Think Tank Economie Santé.
La côte d’alerte a été submergée par la crise sanitaire. Les digues ont été rompues. Les fragilités de la santé mentale et par là-même de la psychiatrie sont devenues des gouffres. Les déclarations et les intentions se multiplient, de même que les initiatives. Mais cela ne suffit pas, loin de là. Un choc s’impose.

Les professionnels, les associations de patients, le Sénat, l’Assemblée nationale alertent depuis des années. Les rapports s’accumulent. Les pouvoirs publics ne sont pas restés cois. La feuille de route d’Agnès Buzyn, en 2018, avait le mérite d’authentifier la gravité de la situation et de proposer toute une série de mesures globalement bien accueillies.
Mais cela n’a pas suffi à inverser la tendance.
Aujourd’hui le ministre de la Santé appelle à une « refondation« , le Président de la République veut des « Assises de la psychiatrie avant l’été« , la Cour des comptes réclame « une graduation des soins, la traçabilité du travail pluridisciplinaire et une obligation de coordination au sein des établissements » et aussi « le remboursement par l’Assurance maladie des psychothérapies », le délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie se débat avec les retards de la feuille de route, la nouvelle commission psychiatrie va « traiter les sujets les plus urgents », indique le ministère…
Beaucoup d’injonctions et de déclarations, depuis longtemps, mais des résultats qui tardent à venir.
Information, repérage précoce, accès aux soins
Or les enjeux sont immenses : l’implication et l’information du grand public, la prévention et le repérage précoce, l’accès aux soins, les inégalités sociales et territoriales, le renforcement des CMP et du rôle des médecins généralistes, les équipes mobiles, la réforme de l’isolement-contention insuffisamment accompagnée, la précarité de la recherche, l’adaptation du financement retardé, etc.
Le débat le 4 mars à l’Assemblée nationale de la Commission des Affaires sociales avec des professionnels de santé était édifiant.
Ce n’est pas en avançant en ordre dispersé que la santé mentale et les conditions d’exercice de la psychiatrie vont s’améliorer. Il faut un choc, une incarnation, une responsabilisation nouvelle et forte. Un vrai projet présidentiel : la création de l’Institut de la santé mentale et de la psychiatrie, à la manière de l’Inca pour le cancer, car c’est de cela qu’il s’agit, un mal qui mine toute la société.