Enquête
Hydroxychloroquine : «Si on m’avait prévenu du tarif de l’hospitalisation, je n’y serais même pas allé»
La pandémie de Covid-19 en France
dossier
Des malades du Covid ont découvert stupéfaits les factures de leurs passages à l’IHU de Marseille. «Libération» a enquêté sur le recours massif aux hospitalisations de jour au sein de l’AP-HM en 2020, représentant un coût important pour la Sécurité sociale. Chiffres qui interrogent sur les liens avec les études menées par Didier Raoult sur l’efficacité de sa molécule fétiche.
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par Christian Lehmann, médecin et écrivainpublié le 10 mars 2021 à 18h23
Le soir du dimanche 15 mars 2020, Claude (1), 44 ans, ressent les premiers symptômes du coronavirus. Responsable commercial, il s’est déplacé toute la semaine précédente à Paris et Rennes, avant un week-end de ski entre amis à Chambéry. Nous sommes l’avant-veille du premier confinement, juste après le premier tour des élections municipales. Avant le basculement. Fatigué et courbaturé, après deux mauvaises nuits, il se rend, sur les conseils d’un ami médecin, à l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille, le 18 mars.
Claude ne présente aucun signe de gêne respiratoire, mais a perdu le goût et l’odorat. Il s’y fait tester en famille avec sa compagne et ses deux filles de 11 et 17 ans. Le 19 mars, le commercial est rappelé par l’IHU : sa compagne est négative, les tests PCR des enfants ont été égarés, mais lui est positif au Covid-19. On lui pro…
Commentaire Dr J SCHEFFER:
N’ayant pas l’abonnement à Libé, je suis preneur du reste de l’article (jscheffer81@gmail.com).
En écoutant France Inter (revue de presse) ce matin 11 Mars, j’apprends qu’en réalité l’IHU facturait une consultation avec ECG 1.264€, comme une hospitalisationn de jour, et sans mutuelle, celà faisait cher pour nombre de concitoyens.
Hydroxychloroquine : « Si on m’avait prévenu du tarif de l’hospitalisation, je n’y serais même pas allé »

Dans Libération, Christian Lehmann, médecin et écrivain, publie une enquête sur « le recours massif aux hospitalisations de jour au sein de l’AP-HM en 2020, représentant un coût important pour la Sécurité sociale. Chiffres qui interrogent sur les liens avec les études menées par Didier Raoult sur l’efficacité de sa molécule fétiche ».
Le médecin livre ainsi des témoignages de « malades du Covid [qui] ont découvert stupéfaits les factures de leurs passages à l’IHU de Marseille ».
Il cite Claude, 44 ans, qui « se rend, sur les conseils d’un ami médecin, à l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille, le 18 mars. […] Il n’a pas d’avis sur l’utilisation de l’hydroxychloroquine, il est heureux d’en être sorti sans casse et n’a que des louanges pour le personnel soignant croisé à l’IHU ».
« Néanmoins, ce bon souvenir se trouve quelque peu écorné lorsqu’il reçoit, courant novembre, la facture de ses passages, soit une note de quelques dizaines d’euros pour sa première visite, puis une facture de 1264 € pour chacune de ses trois autres visites, soit 3800 € au total… »,indique Christian Lehmann.
Claude déclare : « J’ai immédiatement appelé la comptabilité. La dame au bout du fil, au service litiges adultes soins externes de la Timone [géré par l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille, ndlr], avait l’air très gênée. Elle m’a expliqué que je n’avais pas à payer l’intégralité, mais seulement la part mutuelle, soit quand même 758 € ! «Si vous avez une mutuelle, c’est totalement pris en charge», m’a-t-elle dit, pour tenter de me rassurer ».
« Mais j’étais quand même très étonné. A aucun moment, on ne m’avait dit que ça coûterait des sommes pareilles. La dame au bout du fil a soupiré et m’a dit : «Oui, je comprends, monsieur. Vous n’êtes pas le seul… nous recevons beaucoup d’appels»», poursuit-il.
Christian Lehmann précise que « depuis, la mutuelle de Claude a pris la somme en charge ».
De son côté, Florian, 33 ans, observe : « Si on m’avait prévenu du tarif, je n’y serais même pas allé, parce qu’au final je n’ai pas pris l’hydroxychloroquine vu que j’étais asymptomatique. Je n’ai pas de mutuelle. Vu les examens, je n’imaginais pas que ça allait coûter une journée d’hospitalisation. Et on me demande 250 € pour chaque passage. Quand je pense au coût global pour la Sécurité sociale, les mutuelles, voire les patients, 1264 € à chaque fois, 3800 € au total, je ne comprends pas. On nous parle maintenant d’hospitalisation de jour, mais en fait la prise en charge dure 10 minutes pour faire les prises de sang, 3 minutes 30 pour faire l’électrocardiogramme, et 5 minutes la consultation pour la délivrance de l’hydroxychloroquine, et voilà… Le reste, ce n’est que de l’attente dans les couloirs ».
Christian Lehmann explique que « leurs passages [ont] été facturés en hospitalisation de jour (HDJ). De quoi s’agit-il ? Chaque hôpital a un service d’HDJ, qui permet de regrouper pour un même patient une batterie d’examens dans un temps assez court. Pour le patient, c’est un gain de temps ; pour la collectivité, c’est l’assurance de ne pas occuper un lit d’hôpital pendant plusieurs jours. Plutôt que de facturer chaque examen séparément, l’hôpital réclame alors son dû au patient au titre d’une hospitalisation de jour ».
« Elle nécessite que le patient soit hospitalisé, autrement dit qu’il bénéficie d’une chambre, d’un lit, d’une collation le midi. Dans le cas contraire, on parle de consultations externes, et le patient se voit alors facturer chaque acte séparément, comme ce serait le cas s’il réalisait en ville une PCR (jusqu’à 54 € pris en charge par l’Assurance maladie), bénéficiait d’une consultation avec un médecin et d’un électrocardiogramme (39,27 €). Or, ni Claude ni Florian n’a été hospitalisé.
Pourtant, tous les deux se sont vus facturer pour chacun de leurs passages une hospitalisation de jour à 1264 €, avec un reste à charge total de 758 € », relève le médecin.
Il précise que « les faits décrits par Claude et Florian semblent s’inscrire au cœur d’un système plus massif. En utilisant le moteur de recherche public Scansante.fr, qui rassemble l’ensemble des hospitalisations en France selon les pathologies, on peut noter que le nombre d’hospitalisations de très courts séjours (0 à 1 nuit) pour «infections et inflammations respiratoires, âge supérieur à 17 ans», a subi une nette augmentation entre 2019 et 2020, du fait de l’épidémie de Covid-19. Mais pas de manière égale entre les régions ».
Christian Lehmann relève qu’« en Ile-de-France, ce chiffre passe de 705 à 9964 entre 2019 et 2020 (x14). Dans la région Grand-Est, l’une des plus touchées, il passe de 336 à 3301 (x9,8). Alors qu’à l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, on observe un bond de 47 à… 23.095 sur cette période (x491). Un chiffre qui représente 40,8% des hospitalisations de très court séjour pour ces pathologies sur la France entière en 2020, contre 1,1% en 2019 (4216 en 2019, 56.527 en 2020) ».
Le médecin continue : « Didier Raoult a toujours maintenu que ses études sur l’hydroxychloroquine étaient de simples études observationnelles, dans lesquelles le chercheur observe simplement le sujet sans intervenir sur le choix des médicaments, et non des études interventionnelles. Pour ces dernières, le chercheur expérimente des procédures ou intervient directement dans le choix des traitements. La prescription d’hydroxychloroquine, par le biais d’une hospitalisation à grande échelle, interpelle. L’AP-HM semble n’avoir rien trouvé à redire à ce dispositif, que seules les alertes de patients consternés des sommes qu’on leur réclamait (jusqu’à 4000 € par patient) ont mis à jour ».Date de publication : 11 mars 2021