Dossier : Coronavirus Covid-19
TÉMOIGNAGE – « Je n’ai aucune perspective », un médecin hospitalier vosgien raconte son Covid long
Lundi 8 mars 2021 à 6:09 – Par Romain Berchet, France Bleu Sud Lorraine, France BleuVosges
Près de cinq mois après sa contamination au Covid-19, Jean-Marie médecin hospitalier vosgien de 53 ans n’a toujours pas repris son travail. Il souffre de maux de tête et d’un « brouillard cérébral ». Il nous raconte son quotidien de malade du Covid long.
Raconter son histoire lui tient à cœur. Jean-Marie ne veut rien éluder : de sa contamination en octobre 2020 à l’hôpital, à ses longues journées avec des maux de tête jusqu’aux séances de rééducation. Il souhaite davantage de reconnaissance pour avancer. Aujourd’hui, Jean-Marie est toujours en arrêt maladie, il n’a pas encore remis sa blouse de médecin au centre hospitalier d’Épinal.
Son sourire ne se voit pas à cause du masque mais il s’entend. Jean-Marie nous accueille chez lui. « C’était à la fin des beaux jours et l’arrivée du froid », se souvient-il pour évoquer le moment de sa contamination au Covid-19. Le médecin évoque un patient atteint du coronavirus qui avait mal répondu à un questionnaire pré-consultation : « j’ai accepté de le recevoir, il portait un simple masque en tissu. Et puis, j’ai sans doute eu un relâchement, une baisse de vigilance à cette période-là. Par exemple, je ne pensais plus a aérer mon cabinet. »
Invisibles mais douloureux
Cinq jours plus tard, Jean-Marie ressentait les premiers symptômes. « J’ai perdu le goût en une heure », précise-t-il encore avec étonnement. Après dix jours en soins intensifs, ce père de famille est retourné chez lui. « Je vous répondrais que je vais bien pour être poli mais en réalité non », plaisante-t-il. Il ne veut pas parler d’enfer mais souffre depuis plusieurs mois du Covid long. Des symptômes persistants : « maux de tête, perte d’équilibre, un brouillard cérébral. Je ne peux pas passer quelques minutes devant mon ordinateur sans être tout de suite fatigué. » https://www.dailymotion.com/embed/video/x7zm744
Je suis comme un bébé, il faut tout réapprendre
À raison de deux séances par semaine, Jean-Marie est en rééducation pour tenter de retrouver un semblant de normalité. « J’ai retrouvé la parole de manière fluide mais j’ai de la rééducation en orthoptie à cause de mes troubles liés au système nerveux central. Mon cerveau ne sait jamais comment je suis dans l’espace. Il est maladroit donc je tombe », décrit le médecin. Même cinq mois après la contamination, ces séances restent éprouvantes puisqu’elles amplifient parfois certains symptômes.
Un manque de reconnaissance
Malgré le combat de certains malades ou de députés eux-mêmes touchés par le Covid long, Jean-Marie admet vivre mal ce manque de reconnaissance. Impliqué dans le monde associatif, il doit aussi lever le pied dans ce domaine. « Parfois les gens ne comprennent pas. Oui d’apparence je vais bien mais j’ai encore beaucoup de mal à réfléchir », souligne Jean-Marie.https://www.dailymotion.com/embed/video/x7zm7em
Je vis assez mal la non reconnaissance de la part des collègues
Face à l’absence, pour le moment, de traitement pour lutter efficacement contre les formes de Covid long, Jean-Marie se sent un peu seul.
La vie d’avant, mais quand ?
Il espérait pouvoir remettre sa blouse en février. Mais c’est peine perdue. Jean-Marie est toujours en arrêt maladie. « Je ne reste pas à la maison par plaisir. Depuis ce mois-ci le salaire baisse et significativement », affirme-t-il. L’hôpital, ses patients, ses collègues lui manquent. « Je suis dans l’impuissance », souligne-t-il. Le sourire revient au moment dire : « si je devais faire une comparaison avec le monde de la culture, je suis sans perspective. Je sais que la vie d’avant a existé, je sais que je vais pouvoir y regoûter mais je ne sais pas quand ».
En attendant d’être capable retravailler, Jean-Marie a trouvé une petite bulle d’oxygène : les réseaux sociaux. « Twitter c’est court et c’est une petite fenêtre. Ça au moins je peux le faire »,positive le médecin.