Vaccins AstraZeneca : tollé chez les médecins après l’annonce d’un arrêt des livraisons
Les 28 000 flacons de vaccins ouverts à la « commande » pour les professionnels de santé de ville, durant la semaine du 8 mars, seront dirigés vers les pharmacies.
Par Camille StromboniPublié hier à 19h57, mis à jour à 08h57
Il n’a fallu que quelques heures pour que le message suscite un tollé chez les médecins. La Direction générale de la santé (DGS) a annoncé, dans un mail intitulé « DGS-Urgent » envoyé dimanche 7 mars en soirée, l’interruption des livraisons de vaccins pour une semaine dans les cabinets des généralistes. « Summum de la sottise technocratique », « aberration et mensonge », appels à la « démission » du directeur général de la santé, Jérôme Salomon… Dans les rangs des syndicats de médecins, on voit rouge après avoir été encouragés par le gouvernement à accélérer le tempo et accusés parfois d’être insuffisamment nombreux à se porter volontaires pour vacciner les patients.
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Depuis le 25 février, la vaccination contre le Covid-19 a débuté en ville chez les généralistes avec le produit AstraZeneca, ciblé initialement en direction des patients de 50 à 64 ans souffrant de comorbidités, puis élargi à l’ensemble des plus de 50 ans, en priorité ceux ayant des pathologies à risques. Chaque semaine, les médecins doivent effectuer leur commande, jusqu’à trois flacons chacun, pour recevoir la semaine suivante la livraison chez leur pharmacien. Au 3 mars, 33 000 médecins avaient effectué une commande, pour un volume total d’environ 765 000 doses.
« Pour céder au caprice des pharmaciens »
Mais pour la semaine du 8 mars, « il ne sera pas possible de prendre des commandes pour les médecins compte tenu du nombre de doses livrées par AstraZeneca », a tranché l’autorité sanitaire, qui précise qu’environ 28 000 flacons seront disponibles (un flacon comprend environ 10 doses). « La commande ne sera ouverte que pour les besoins propres des officines », précise la DGS, dans ce message aux professionnels de santé dont l’objet est de détailler les conditions d’ouverture de la vaccination aux pharmaciens.
Ces derniers vont pouvoir demander leurs premiers flacons (un à deux par officine) à compter du 8 mars, pour commencer à être livrés le 18, dans dix jours – 6 756 pharmacies devant être approvisionnées en avance, dès le 11 mars, avec « du stock résiduel de doses AstraZeneca », dans les territoires les plus touchés par l’épidémie.
« Pour céder au caprice des pharmaciens, la DGS décide que les médecins ne pourront pas vacciner la semaine prochaine alors que tous les rendez-vous sont déjà pris ! », s’époumone-t-on au Syndicat des médecins libéraux (SML), qui dénonce dans un communiqué une décision « scandaleuse ». Même coup de sang à MG France, premier syndicat chez les généralistes. « On n’a cessé de nous répéter qu’il y avait des stocks et qu’il fallait accélérer », s’énerve Jacques Battistoni, son président.
« Le gouvernement décide d’exclure les médecins et d’attribuer les rares flacons aux pharmaciens… S’imagine-t-il que multiplier les vaccinateurs va multiplier les doses ? », Jean-Paul Ortiz, de la CSMF
Le coup d’arrêt est d’autant moins bien accepté après le week-end d’opérations enclenchées par le gouvernement pour « vacciner à tour de bras », notamment en déployant des centres de vaccination éphémères sur le territoire. « Beaucoup de collègues se sont mobilisés au pied levé, souligne M. Battistoni. Et le dimanche, ils découvrent qu’ils vont devoir décommander leurs patients la semaine prochaine… »
Pourquoi avoir ainsi écoulé massivement vers les centres de vaccination les doses d’AstraZeneca ce week-end – celles qui restaient encore inutilisées dans les hôpitaux, croient savoir les médecins – au lieu de les orienter vers les cabinets de généralistes ? « Nous faisons depuis des semaines un travail pour convaincre nos patients malgré le dénigrement de certains vaccins et pour prioriser les plus fragiles, souligne Jean-Paul Ortiz, de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), majoritaire chez les libéraux. Le gouvernement décide d’exclure les médecins et d’attribuer les rares flacons aux pharmaciens… Mais s’imagine-t-il que multiplier les vaccinateurs va multiplier les doses ? »
Chez les pharmaciens, on ne veut pas porter le chapeau de la mauvaise nouvelle. « Je refuse qu’on se monte les uns contre les autres parce qu’il y a une pénurie de doses », défend Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, qui soutient le déploiement de la vaccination au plus vite dans les officines. « Les pharmaciens n’auront probablement accès qu’à un seul flacon à commander cette semaine, prévoit-il. Le trou dans les livraisons est tel qu’il n’y aurait pas eu de toute façon suffisamment de doses pour répondre aux commandes des médecins. » Pour le responsable, les professionnels de santé vont devoir continuer à gérer la « pénurie » au moins jusqu’au mois d’avril, au regard des prochaines livraisons prévues.
Reprise des commandes à partir du 15 mars
Sans revenir sur sa décision, comme l’appelait à le faire le Collège de la médecine générale, la Direction générale de la santé a tout de même envoyé un second message de « clarification » aux professionnels de santé, dès lundi. « La commande de la semaine du 8 mars est exceptionnellement ouverte aux seules officines en raison du faible nombre de doses livré par le laboratoire AstraZeneca pour la semaine en question », se justifie-t-elle. Il fallaitpermettre à chaque pharmacie de commander un nombre minimal de doses pour enclencher la campagne dans les officines afin « d’élargir la couverture vaccinale ». Les médecins pourront de nouveau commander des vaccins à partir du 15 mars.
Sous le feu des critiques, la direction ministérielle tient à souligner que les commandes effectuées par les médecins ces trois dernières semaines – soit 1,6 million de doses – « seront intégralement honorées ». Ce qui devrait difficilement apaiser la colère des généralistes.
Elle précise aussi qu’« à date, environ 400 000 doses ont été administrées en ville aux patients éligibles », après avoir détaillé un calendrier selon lequel 862 000 doses ont déjà été livrées. « Ce discours, qui est celui d’Olivier Véran, veut qu’on ait déjà les stocks suffisants pour vacciner, au vu des commandes, mais ça ne tient pas au niveau de chaque cabinet, écarte Jacques Battistoni, de MG France. Les rendez-vous sont déjà fixés et nous avons besoin d’un flux régulier pour les honorer. »Vaccins contre le Covid-19 : suivez la progression de la vaccination en France et dans le monde
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