Ségur de la santé : le détail des 19 milliards d’euros d’investissements promis
Par Aveline Marques le 09-03-2021

En déplacement dans la Nièvre, Jean Castex et Olivier Véran ont dévoilé le montant des différentes enveloppes constituant les 19 milliards d’euros d’investissement promis. Ces crédits seront largement laissés à la main des ARS.
Après avoir revalorisé les professionnels de santé des secteurs sanitaires et médico-sociaux, le Gouvernement s’attaque au deuxième pilier des accords du Ségur de la santé, signés en juillet 2020, avec un « plan massif » d’investissement dans le système de santé détaillé par Jean Castex et Olivier Véran lors d’un déplacement à Cosnes-Cour-sur-Loire (Nièvre) ce mardi 9 mars.
« Huit mois après le début de cet engagement historique de l’État, ma conviction est plus forte que jamais : si la France a tenu, si la France tient encore dans la lutte contre le coronavirus, si 4 millions de personnes sont aujourd’hui vaccinées, c’est grâce à notre système de santé, souligne le premier ministre dans le dossier de presse transmis à l’issue de ce déplacement. De là, une nécessité impérieuse de soutenir ce secteur stratégique pour le pays, d’en assurer la pérennité, de le moderniser, de l’adapter aux circonstances de la crise mais aussi de le préparer aux défis de l’avenir. » « Les sommes mises sur la table sont colossales : 19 milliards d’euros. C’est du jamais vu« , insiste le ministre de la Santé.
Objectifs de ce « plan massif » : relancer les investissements en santé, moderniser les établissements sanitaires et médico-sociaux, « restaurer les capacités financières de ceux qui en ont besoin », « favoriser leur investissement courant », « et investir dans le futur de notre système de santé, y compris dans les outils du numérique ».
Sur les 19 Md€ d’investissement promis, 14,5 Md€ seront destinés aux établissements de santé et intégralement délégués aux ARS, « preuve de la conviction d’une nécessaire déconcentration, et de faire confiance aux acteurs des territoires ». Cette enveloppe inclut la reprise de la dette des hôpitaux.
A cela s’ajoutent un milliard d’euros pour « constituer une réserve nationale en cas d’aléas », 2 Md€ consacrés à l’investissement dans le numérique et 1,5 Md€ destinés aux Ehpad.

Source : Dossier de presse du ministère, 9 mars 2021
La ville de Cosnes doit bénéficier d’environ 45 millions d’euros pour rénover son centre hospitalier vétuste mais aussi un Ehpad et construire une maison de santé.
Les 14.5 milliards d’euros promis seront d’ores et déjà répartis dans les différentes régions.

Source : Dossier de presse du ministère, 9 mars 2021
« Comment Castex veut répondre aux maux de l’hôpital révélés par la crise »


Le Figaro relève qu’« après avoir déboursé 8 milliards d’euros pour revaloriser les soignants, le gouvernement s’attelle désormais au deuxième volet du « Ségur de la santé » : la refonte du système hospitalier, à laquelle il va consacrer 19 milliards d’euros ».
Le journal précise que « si ces montants ont déjà été maintes fois annoncés, encore faut-il savoir comment cette manne va être dépensée et qui va en profiter. Le détail doit être donné ce mardi matin par le Premier ministre, Jean Castex, […] lors d’un déplacement à Nevers et au centre hospitalier de Cosne-Cours-sur-Loire (Nièvre), qui va bénéficier de ces nouveaux crédits pour être entièrement réhabilité ».
Le quotidien ajoute : « Matignon insiste sur les moyens engagés, qualifiés «d’historiques» par rapport aux 6 milliards du plan hôpital 2007 ou aux 2,5 milliards du plan hôpital 2012. «Le gouvernement fait le choix de mobiliser des ressources publiques sans précédent, alors même que les finances sociales sont mises à rude épreuve par la crise sanitaire, indique Matignon. C’est un choix assumé, très volontariste parce que le système de santé a montré le rôle central qu’il joue dans le pacte républicain» ».
Le Figaro explique notamment que « sur les 19 milliards, une première enveloppe de 6,5 milliards d’euros servira à alléger le poids de la dette dans certains établissements. […] L’objectif est d’aider les hôpitaux très endettés à reconstituer des marges de financement afin de relancer leurs investissements et leur permettre de renouveler le matériel qui sert à la vie quotidienne des services ».
« Une deuxième enveloppe plus transversale de 9 milliards sera consacrée au financement des établissements, mais aussi aux besoins des professionnels de santé qui exercent en ville. D’autre part, les Ehpad se verront affecter un budget de 1,5 milliard d’euros afin d’augmenter leur capacité d’accueil, de rénover leurs locaux et de moderniser la prise en charge des personnes âgées selon leur degré de dépendance », continue le journal.
Il souligne en outre que « le Premier ministre a prévu d’insister sur le changement de méthode qu’il veut impulser pour répondre aux nombreuses critiques faites au système de santé durant la pandémie : manque de transparence, bureaucratie, centralisme, dogmatisme, lenteur des process, technocratie, etc. ».
« Le gouvernement mise sur une déconcentration très large au niveau régional, en confiant les enveloppes budgétaires et tous les leviers aux autorités régionales de santé (ARS). C’est la première fois qu’elles pourront agir sur l’ensemble du champ sanitaire, y compris sur les Ehpad et le numérique. Les ARS auront la charge de sélectionner d’ici à la fin de l’année les projets jugés prioritaires », note le quotidien.
Les Echos retient pour sa part que « les investissements à l’hôpital atteindront 3,3 milliards d’euros cette année », ou encore note que « les agences régionales de santé joueront un rôle accru dans la sélection des projets ».
Investissements du Ségur de la santé : « Du saupoudrage » pour le collectif Inter-hôpitaux qui estime que « les hôpitaux vont retomber dans un fonctionnement délétère »
nvestissements du Ségur de la santé : « Du saupoudrage » pour le collectif Inter-hôpitaux qui estime que « les hôpitaux vont retomber dans un fonctionnement délétère »
Les investissements issus du Ségur de la santé ne vont pas réellement changer le fonctionnement des hôpitaux, estime Olivier Milleron, cardiologue et membre du collectif Inter-hôpitaux.Article rédigé par

Radio FrancePublié le 09/03/2021 18:41 Temps de lecture : 4 min.

« On a l’impression que c’est du saupoudrage, un plan d’urgence, mais que de nouveau les hôpitaux vont retomber dans un fonctionnement qui est délétère », a réagi mardi 9 mars sur franceinfo le professeur Olivier Milleron, cardiologue à l’hôpital Bichat-Claude Bernard à Paris et membre du collectif Inter-hôpitaux, alors que le Premier ministre Jean Castex a présenté le volet investissements issu des débats du Ségur de la santé, en marge d’un déplacement dans la Nièvre. Une enveloppe globale de 19 milliards d’euros sur dix ans sera ainsi injectée dans le système de santé. Pour Olivier Milleron, le plan pallie aux « investissements qui n’ont pas eu lieu », mais sur le fond, « la gouvernance des hôpitaux n’a pas changé ».
franceinfo : Le plan annoncé par le Premier ministre est une bouffée d’oxygène ou un rattrapage par rapport à des investissements qui n’ont pas eu lieu depuis des années ?
Ce sont des investissements qui n’ont pas eu lieu parce que le problème de l’hôpital, c’est un problème de financement depuis des années. Si vous avez un ménage surendetté parce qu’il a un salaire trop bas et un loyer trop cher, vous pouvez lui reprendre un tiers de sa dette. Mais si vous n’augmentez pas son salaire ou si vous ne diminuer pas son loyer, il va continuer à s’endetter. Donc là, c’est exactement la même chose pour l’hôpital. Le problème de l’hôpital, c’est un budget trop faible. Cette année encore, la loi de financement de la Sécurité sociale demande un milliard d’économies en 2021 aux hôpitaux. Et la tarification à l’activité renforce ce phénomène. C’était une promesse du candidat Macron de supprimer la tarification à l’activité. Et on ne voit rien venir, ni sur le remplacement du financement de l’hôpital par autre chose que la tarification à l’activité, ni par un financement des hôpitaux en fonction des besoins et non en fonction de critères financiers fixés par Bercy. Donc, on ne voit pas tellement comment ce trait de plume d’un tiers de la dette va changer les choses.
Vous estimez que l’on fabrique des situations de difficultés financières pour les prochaines années ?
Oui. Après un an de Covid dans les hôpitaux, on nous explique que l’activité a baissé parce qu’on a fait du Covid et qu’on est en déficit et qu’il faut repartir dans le monde d’avant. C’est à dire choisir des activités lucratives avec moins personnel parce que ça coûte cher. On continue à faire des programmes de restructurations hospitalières où on ferme des lits. A Bichat-Beaujon, où vont être fusionnées deux gros hôpitaux de l’Assistance publique, on prévoit toujours de supprimer 300 lits. Donc, j’espère que les milliards distribués vont permettre à Martin Hirsch d’annoncer que finalement, on ne supprime plus 300 lits et qu’on va pouvoir financer au moins le maintien de l’offre de soins. Mais sur le terrain, on n’est pas du tout en train de crier victoire. Rappelons-le, les hospitaliers se sont mobilisés bien avant le Covid. On demandait que le salaire des hospitaliers rejoigne la moyenne de l’OCDE. Il y a eu 183 euros d’augmentation, mais on est toujours loin de la moyenne de l’OCDE. Et par rapport à l’hôpital privé, l’hôpital public n’est pas concurrentiel pour attirer les meilleurs. Le mode de financement des hôpitaux n’a pas changé. C’est un mode de financement qui conduit au déficit de plus de la moitié des hôpitaux. Et la gouvernance des hôpitaux n’a pas changé. C’est toujours le directeur qui reste le seul maître à bord et ses tutelles lui fixent avant tout des objectifs financiers.
Les investissements pour les agrandissements d’hôpitaux ou de rénovation de services d’urgence ou d’Ehpad restent indispensables ?
Ils sont indispensables. Mais ce qui est embêtant, c’est que dans un fonctionnement normal, les hôpitaux doivent pouvoir financer ce genre d’entretien. Ce qu’ils sont en train de faire, c’est un plan de secours, parce que l’hôpital est sous-financé depuis des années. Et là, on met deux milliards sur la table. On peut les mettre en comparaison. Sur 10 ans, c’est 15 milliards d’euros pour l’aéronautique, 8 milliards pour l’automobile. Donc oui, ça fait beaucoup de milliards. Mais pour que l’hôpital devienne vraiment l’objectif prioritaire du gouvernement, on en est encore loin.
Ces investissements auraient-ils eu lieu sans la crise sanitaire ?
Je pense qu’avec la crise, les gens ont vu que les hospitaliers, finalement, n’étaient pas des méchants dépensiers qui faisaient n’importe quoi. Quand on leur demandait de s’organiser, ils savaient le faire. Donc, peut-être que le rapport de force a un peu changé par rapport à l’ancien monde où on nous expliquait que, de toute façon, on n’avait plus les moyens de financer l’hôpital public. Donc, je pense que le gouvernement se rend compte que la population tient à l’hôpital public, que c’est une des seules institutions qui fait consensus dans ce pays et que c’est très difficile pour eux de le laisser tomber. Mais là, nous, on est quand même inquiet parce que sur le fond, il n’y a pas beaucoup de changements. Il y a des annonces, des milliards qui vont être distribuées, mais on a l’impression que c’est du saupoudrage, un plan d’urgence, mais que de nouveau les hôpitaux vont retomber dans un fonctionnement qui est délétère pour eux.
Comités de Défense et de Reconquête de la Sécurité Sociale
Ségur de la santé: » A en croire la presse locale, les millions pleuvent pour la santé en région OCCITANIE. Ils nous prennnent pour des dindons
Ces enveloppes financières seront gérées par les ARS (agences régionales de santé) et étalées sur 10 ans. Ce qui relativise l’annonce du ministre. Car en OCCITANIE, il y a deux grandes métropoles hospitalières TOULOUSE et MONTPELLIER, des dizaines d’hôpitaux et établissements de santé, des déserts médicaux de plus en plus nombreux. Les personnels de santé salariés (public) sont au nombre de 138 677 personnes + 10 364 étudiants et 2 211 internes. A l’arrivée la montagne a accouché d’une souris.
D’où vient cet argent ?
Il s’agit de la deuxième partie d’un plan national appelé « Ségur de la santé » signé par l’Etat en juin 2020 d’un montant de 19 milliards d’euros.
La première partie était censée accorder des primes aux personnels soignants. On sait aujourd’hui les inégalités et injustices que ces primes ont généré chez les praticiens et personnels hospitaliers. Des miettes vont être distribuées durant la deuxième quinzaine de mars aux personnels des hôpitaux privés à but non lucratifs.
Le versement de la deuxième partie est l’objet des déclarations triomphalistes de Messieurs CASTEX et VERAN. Pour le premier ministre, 9 milliards d’euros devraient être consacrés à des investissements du quotidien. Mais pour Jean François CIBIEN, président d’Action praticiens Hôpital « Quand on ne donne pas assez d’argent à l’hôpital, il faut un jour faire un rattrapage ». Et ce d’autant que les crédits consacrés annuellement à la santé publique ne répondent pas aux besoins sanitaires du fait d’un taux ONDAM nettement sous-évalué volontairement par les ARS et le ministère de la santé.
Toutes les aides consacrées au remboursement de la dette hospitalière (6,5 milliards d’euros au plan national) servent en réalité à rembourser l’Etat en priorité. Ils nous prennent vraiment pour des dindons.
Pendant ce temps, les fermetures de lits se poursuivent. Les inégalités sociales de santé se développent. Les déserts médicaux sont en augmentation. Le manque de personnels en santé publique est criant.
Alain VISA