Débat autour de la précarité chez les jeunes et l’extension du RSA

Laurent Berger, Pascal Brice, Paul Mayaux : « Un droit pour chaque jeune à construire son propre avenir »

TRIBUNE

Laurent Berger – Secrétaire général de la CFDT

Pascal Brice – Président de la Fédération des acteurs de la solidarité

Paul Mayaux – Président de la Fédération des associations générales étudiantes

La crise sanitaire risque de faire basculer des milliers de jeunes dans la grande précarité. Les mesures d’aide doivent s’inscrire dans la durée et ne laisser aucun jeune sans ressources monétaires, écrivent ces responsables d’organisations syndicales et associatives dans une tribune au « Monde ».

Publié le 02 mars 2021 à 06h00 – Mis à jour le 02 mars 2021 à 12h38    Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/03/02/laurent-berger-pascal-brice-paul-mayaux-pour-l-extension-du-rsa-aux-moins-de-25-ans_6071640_3232.html

Tribune. 

Notre jeunesse est diverse mais elle a désormais en commun d’être en grande fragilité. De plus en plus de jeunes apparaissent dans les distributions alimentaires des associations. De nombreux étudiants subissent la solitude, à laquelle s’ajoute la disparition des emplois qui leur permettaient d’améliorer leurs revenus. Pour les enfants des familles qui n’ont pas pu épargner pendant cette crise s’ouvre une perspective d’amplification de ces déterminismes sociaux qui font l’une des particularités les plus inacceptables de la pauvreté.

Nous nous inquiétons aussi pour les jeunes sans emploi ni formation qui sont déjà confrontés à la pauvreté ou, étant à la limite, vont s’y trouver poussés si rien n’est fait. Ce sont des dizaines de milliers de jeunes qui peuvent basculer dans la grande précarité, voire dans la rue. Ce qu’ils vivent nous préoccupe de longue date.

Lire aussi la tribune : Luc Carvounas : « La lutte contre la pauvreté des jeunes doit devenir une grande cause nationale »

Avant cette crise, plus de 10 % des jeunes étaient sans emploi, sans études, sans formation. Les taux de chômage et de pauvreté des jeunes atteignaient déjà plus de 20 % (selon l’Insee). Pour ces jeunes-là, et pour toutes celles et ceux qui risquent de les rejoindre avec cette crise, il y a urgence.

Un accompagnement dans la durée

D’importantes mesures ont été prises pour les jeunes par le gouvernement. La prise en charge du chômage partiel a permis à nombre de familles de continuer à les aider. Des mesures plus ciblées ont été les bienvenues, comme les aides en faveur des bénéficiaires de l’aide personnalisée au logement (APL) ou l’ensemble des soutiens du plan « 1 jeune, 1 solution ».

« L’extension du RSA aux moins de 25 ans est l’option la plus simple. Elle aurait le mérite de ne pas ajouter un nouveau dispositif à tous ceux qui existent déjà »

Mais cela ne suffit pas, ne suffit plus. La pauvreté des jeunes est ancienne et cette crise va produire des effets durables. Les soutiens doivent donc être présents, non pas de manière ponctuelle mais dans la durée, pour offrir une solution adaptée à chaque situation. De nombreuses solutions ont été évoquées dans le débat public. Nous n’avons pour notre part d’autre religion que celle de l’efficacité pour accompagner les jeunes dans la construction et la réalisation de leurs choix.

L’extension du revenu de solidarité active (RSA) aux moins de 25 ans est l’option la plus simple. Elle aurait le mérite de ne pas ajouter un nouveau dispositif à tous ceux qui existent déjà. L’accès effectif aux droits sociaux est d’ailleurs l’un des enjeux, avec le relèvement des minima. Il serait en tout état de cause paradoxal de prendre appui sur les insuffisances du RSA pour récuser son extension aux jeunes. L’accompagnement des allocataires du RSA est insuffisant et il convient précisément que les pouvoirs publics fassent le nécessaire pour y remédier.

Quoi qu’il en soit, nous soutiendrons toute démarche qui permette d’aboutir rapidement à ce dont les jeunes ont besoin : un droit à un accompagnement, avec un soutien monétaire sous conditions de ressources correspondant au montant du RSA, pour construire leur avenir.

Lire aussi :* Vers la mise en place d’une « garantie jeunes universelle »

Si telle est la vocation d’une « garantie jeunes », évoquée par Elisabeth Borne, la ministre du travail, qui deviendrait alors pleinement universelle, nous sommes prêts à y contribuer. La Garantie jeunes, étendue à la demande de la CFDT à la suite de la conférence sociale de 2014, fonctionne bien. Elle permet l’accompagnement d’un nombre croissant de jeunes vers l’emploi. Le gouvernement a d’ores et déjà annoncé un doublement, à 200 000, des parcours à ce titre. Il faut cependant aller plus loin pour offrir à chaque jeune qui en a besoin un véritable droit à cet accompagnement vers l’autonomie.

Diagnostic personnalisé

Chaque jeune en difficulté de 16 à 30 ans devrait ainsi pouvoir y accéder, sans contingentement. Les jeunes en difficulté qui ne sont aujourd’hui pas identifiés par les missions locales, précieux piliers de ce dispositif, doivent pouvoir être accompagnés dans cette démarche. Les travailleurs sociaux qui les connaissent bien doivent pouvoir y contribuer, au titre de conventions entre les missions locales et les associations.

Par ailleurs, la durée de l’accompagnement, actuellement limitée à un an, n’est pas adaptée à tous les jeunes et notamment à celles et ceux qui sont les plus en difficulté d’insertion. La durée de la prise en charge doit être étendue pour celles et ceux qui en ont besoin, le temps nécessaire.

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Enfin, le contenu doit être adapté à la diversité des jeunes, de leurs difficultés et de leurs parcours. Il doit s’agir d’un accompagnement global s’appuyant sur un diagnostic de la situation sociale, professionnelle et financière personnelle. Quelle que soit son appellation, nous disposerons ainsi de la garantie d’un accompagnement global et personnalisé, ne laissant aucun jeune sans ressources monétaires, d’un droit pour chaque jeune à construire son propre avenir en ces temps si périlleux.

Laurent Berger est secrétaire général de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) ; Pascal Brice est président de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) ; Paul Mayaux est président de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE).

Laurent Berger(Secrétaire général de la CFDT),  Pascal Brice(Président de la Fédération des acteurs de la solidarité) et  Paul Mayaux(Président de la Fédération des associations générales étudiantes)

*Emploi : vers la mise en place d’une « garantie jeunes universelle »

Selon l’entourage de la ministre du travail, Elisabeth Borne, l’un des objectifs est d’« unifier » plusieurs dispositifs, en veillant à ce qu’ils assurent un accompagnement vers un métier et le versement d’un pécule, en cas de besoin. 

Par Bertrand Bissuel

Publié le 09 janvier 2021 à 10h05  

https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/01/09/emploi-vers-la-mise-en-place-d-une-garantie-jeunes-universelle_6065720_3234.html

La ministre du travail, Elisabeth Borne, à l’Elysee, à Paris, le 6 janvier.
La ministre du travail, Elisabeth Borne, à l’Elysee, à Paris, le 6 janvier. LUDOVIC MARIN / AFP

Pour soutenir les moins de 25 ans en situation de grande précarité, il faut donner plus d’envergure aux dispositifs qui donnent des résultats. C’est au nom de ce principe que la ministre du travail, Elisabeth Borne, a réaffirmé, vendredi 8 janvier dans un communiqué, son intention de bâtir la « garantie jeunes universelle ». Des propos tenus vingt-quatre heures après qu’elle a reçu un rapport sur le sujet, de la part du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse (COJ). Le gouvernement cherche ainsi à promouvoir une solution qu’il juge préférable à la création d’un revenu de solidarité active (RSA) pour cette catégorie de la population.

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Lancée à la fin 2013, la garantie jeunes est destinée aux 16-25 ans qui ne sont ni scolarisés, ni en formation, ni au travail – les « NEET », en anglais (« neither in employment nor in education or training »). Mise en œuvre par les missions locales, cette mesure se déploie sous plusieurs formes : octroi d’une allocation (pouvant aller jusqu’à près de 500 euros par mois), priorité donnée aux immersions professionnelles, etc. Son bilan s’avère plutôt encourageant : le taux d’emploi des personnes concernées s’est accru de dix points onze mois après le début de leur prise en charge, selon une étude du ministère du travail publiée en 2019.

Aller plus loin

Pour faire face aux conséquences de la crise, qui frappe durement les NEET, le premier ministre, Jean Castex, a annoncé, le 26 novembre 2020, que le nombre de bénéficiaires de la garantie jeunes sera porté à « au moins 200 000 » en 2021, au lieu des 100 000 prévus initialement. Autre décision prise à l’époque : l’instauration d’aides financières dans le cadre des autres procédures consacrées à l’insertion professionnelle de cette tranche d’âge (notamment celles proposées par Pôle emploi et par l’Association pour l’emploi des cadres).

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Aujourd’hui, l’exécutif entend aller plus loin, à travers une « garantie jeunes universelle », dont les contours restent à préciser. Selon l’entourage de Mme Borne, l’un des objectifs est d’« unifier » plusieurs dispositifs, en veillant à ce qu’ils assurent un accompagnement vers un métier et le versement d’un pécule, en cas de besoin. « C’est mieux que le RSA jeunes », a indiqué la ministre, vendredi, se plaçant dans le droit-fil de récentes déclarations d’Emmanuel Macron : le 4 décembre 2020, lors de son interview par le média en ligne Brut, le chef de l’Etat a dit qu’il n’était « pas un grand fan » de l’extension du RSA aux moins de 25 ans, réclamée depuis des années par de nombreuses associations.

Dès la mi-janvier, une réflexion sera lancée avec les acteurs du monde de la jeunesse, les parlementaires et les élus locaux. Elle s’appuiera, entre autres, sur les 29 préconisations du rapport remis, jeudi 7 janvier, par le COJ. Antoine Dulin, l’un des membres de cette instance consultative, pense que la démarche « peut aller dans le bon sens ». Déléguée générale de l’Union nationale des missions locales, Sandrine Aboubadra-Pauly explique que son organisation comprend « la volonté de mise en cohérence et de simplification » portée par le gouvernement, tout en étant attentive à ce que la garantie jeunes « reste bien identifiée »Lire aussi  Dopé par les aides, l’apprentissage se positionne comme solution « anticrise »

Bertrand Bissuel

**Elisabeth Borne et Ambroise Méjean : « La réponse à la précarité des jeunes n’est pas le RSA »

TRIBUNE

Elisabeth Borne – Délégue général des Jeunes avec Macron

Pour la ministre du travail et le délégué général des Jeunes avec Macron, la généralisation de la « garantie jeunes », qui comprend un accompagnement vers l’emploi est une meilleure réponse.

Publié le 24 février 2021 à 17h30 – Mis à jour le 24 février 2021 à 19h56    

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/02/24/elisabeth-borne-et-ambroise-mejean-la-reponse-a-la-precarite-des-jeunes-n-est-pas-le-rsa_6071086_3232.html

Tribune. 

La crise sanitaire et économique que nous traversons touche particulièrement la jeunesse : marché du travail sous tension, isolement, détresse psychologique, précarité… Face à l’urgence, le gouvernement se tient à ses côtés.

Avec 7 milliards d’euros investis, le plan « 1 jeune, 1 solution » est d’une ampleur sans précédent. Avec ses primes à l’embauche et à l’apprentissage, il a permis d’obtenir des résultats inédits malgré la crise. En 2020, la France a dépassé la barre des 500 000 apprentis pour la première fois de son histoire et près de 1,2 million de jeunes de moins de 26 ans ont été embauchés en CDI ou en CDD de plus de trois mois entre août et décembre, soit presque autant qu’en 2018 et 2019 à la même période.

Mais nous devons continuer d’agir contre la précarité qui frappe notre jeunesse. C’est pourquoi nous défendons la généralisation de la « garantie jeunes » plutôt que l’ouverture du RSA aux 18-25 ans.

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La raison est profonde. A 20 ans, on souhaite pouvoir tracer le chemin de son avenir. Bien sûr, les aides financières peuvent venir combler certains manques. Mais elles ne sont pas et ne doivent pas être une fin en soi. Aucun jeune en situation de précarité n’aspire à des prestations comme seul horizon. Il souhaite surtout pouvoir trouver une formation ou un emploi pour en sortir. Et c’est cet accompagnement que nous devons à chaque jeune.

Devenir autonomes

La réponse tient-elle dans un RSA jeune ? Nous ne le croyons pas. Car le volet « insertion » qui devait être le pendant de ce revenu de solidarité a disparu. En 2019, plus d’un allocataire sur deux au RSA depuis moins de six mois ne bénéficiait pas d’accompagnement vers l’emploi. Ce n’est pas cet horizon que nous voulons donner à notre jeunesse. Car si le RSA ne joue plus son rôle d’outil d’insertion, il ne peut devenir facteur d’émancipation. Force est de constater que les défenseurs du RSA jeune ferment les yeux sur cette réalité. Pourtant, notre jeunesse demande à s’en sortir durablement, pas qu’on lui permette uniquement de survivre.

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C’est pourquoi, à celles et ceux pour qui le RSA jeune est devenu un réflexe pavlovien, nous répondons que nous avons mieux à proposer aux jeunes : la généralisation de la garantie jeunes à toutes celles et ceux qui en ont besoin. Nous sommes convaincus qu’elle permettra de répondre à l’impératif d’offrir un soutien financier pour faire face à l’urgence, tout en proposant un véritable accompagnement humain vers l’emploi, pour permettre aux jeunes de devenir autonomes et de s’en sortir pour de bon.

Car la garantie jeunes, c’est avant tout un accompagnement personnalisé vers l’emploi pour les jeunes de 16 à 25 ans les plus en difficulté et les plus éloignés de l’emploi, et la possibilité concrète de trouver des débouchés professionnels : ateliers CV et entretien d’embauche, stages en entreprise… Mais c’est aussi une allocation pouvant aller jusqu’à près de 500 euros par mois. Soit quasiment la même somme que demandent les partisans du RSA jeune. Et ce sont également des missions locales, ancrées dans nos territoires, présidées par des élus locaux de tous bords, qui la mettent en œuvre. Mais surtout, la garantie jeunes, ça marche : plus d’un bénéficiaire sur trois trouve un emploi à sa sortie du dispositif, et ce chiffre passe à un sur deux au bout de six mois.

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C’est pour cela qu’en novembre 2020, à la demande du président de la République, le gouvernement a décidé d’en généraliser le principe à l’ensemble des dispositifs d’insertion du plan « 1 jeune, 1 solution » destinés aux jeunes les plus en difficulté et aux jeunes à la recherche d’un premier emploi. Ainsi, chaque jeune, qu’il soit accompagné par Pôle emploi, l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) ou une mission locale, peut bénéficier d’un accompagnement vers l’emploi et d’une rémunération pouvant aller jusqu’à 500 euros par mois s’il en a besoin. Près d’un million de solutions de ce genre seront proposées aux jeunes en 2021.

Opposition de principe

Et parce que nous croyons à ce dispositif, des travaux commenceront dès la fin du mois pour construire, sur cette base, une nouvelle logique d’accompagnement des jeunes vers l’emploi.

Alors pourquoi nos oppositions s’entêtent-elles à refuser cette solution qui marche pour lui préférer un dispositif qui laisserait les jeunes dans la précarité ? Est-ce par pur dogmatisme que le Parti socialiste, qui, rappelons-le, avait imaginé la garantie jeunes, lui préfère aujourd’hui une solution qui ne fonctionnerait pas ?

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Cette opposition de principe ne doit pas faire oublier la réalité. La garantie jeunes marche et touche chaque jour plus de jeunes. Là où ils n’ont été que 372 000 à en bénéficier entre 2013 et 2019, ils seront 200 000 rien qu’en 2021.

Depuis 2017, notre action est guidée par un objectif : permettre l’émancipation de chacune et chacun. Celle que permet d’abord l’école, puis le travail. C’est parce que nous voulons donner à chaque jeune la possibilité de choisir sa vie que nous ne pouvons nous résoudre de proposer à notre jeunesse une simple allocation comme perspective.

En disant non au RSA jeune, nous disons oui à l’accompagnement vers l’emploi, oui à la rémunération quand elle est nécessaire, oui au projet d’une garantie jeunes universelle !

Elisabeth Borne est ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion ; Ambroise Méjean est délégué général des Jeunes avec Macron.

Elisabeth Borne(Ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion) et  Ambroise Méjean(Délégue général des Jeunes avec Macron)**RSA jeunes : « Il est temps que les plus fortunés de nos aînés contribuent à leur tour »

***RSA jeunes : « Il est temps que les plus fortunés de nos aînés contribuent à leur tour »

TRIBUNE

Collectif

Un collectif d’universitaires, parmi lesquels Thomas Piketty ou Camille Herlin-Giret, propose, dans une tribune au « Monde », de financer un RSA jeunes par une réforme de l’impôt sur les successions.

Publié le 21 février 2021 à 07h00 – Mis à jour le 21 février 2021 à 17h21    Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/02/21/rsa-jeunes-il-est-temps-que-les-plus-fortunes-de-nos-aines-contribuent-a-leur-tour_6070700_3232.html

Tribune. Les files de jeunes devant les épiceries solidaires ont fait douloureusement entrer la question de la précarité étudiante dans le débat public. Le cumul emploi-étude a longtemps permis à l’Etat de repousser la nécessaire refonte du système de bourses. Mais 36 % des étudiants salariés ont perdu leur emploi depuis mars 2020 et la situation des jeunes travailleurs qui ont basculé dans le chômage est tout aussi préoccupante : un jeune sur deux a réduit ses dépenses alimentaires ou sauté un repas au cours des six derniers mois.

Cela vient nous rappeler l’évidence : la place d’un étudiant ou d’une étudiante est sur les bancs de l’université, pas dans l’arrière-salle d’un restaurant. La pandémie n’a joué qu’un rôle d’exhausteur : la situation matérielle de nombreux jeunes était précaire, elle est désormais critique.

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Il faut d’urgence étendre le revenu de base à la jeunesse, par le financement d’un RSA jeune ou, plus ambitieux, par la mise en place d’une allocation d’autonomie universelle. Durant cette crise, nous avons demandé des sacrifices immenses à notre jeunesse afin de sauver nos aîné(e)s. Il est temps que les plus fortuné(e)s de ces aîné(e)s contribuent à leur tour.

Une logique en apparence implacable

La majorité présidentielle a cru bon de défiscaliser toujours plus les donations du vivant, suivant une logique en apparence implacable : pour que le patrimoine circule plus tôt et que la jeunesse en profite, il faut rendre les donations particulièrement attractives sur le plan fiscal.

Elle oublie, ce faisant, qu’une telle mesure avantage uniquement la jeunesse qui échappe déjà largement à la précarité, et bénéficie également plus aux hommes – qui reçoivent plus souvent des donations – qu’aux femmes. Elle augmente donc les inégalités au sein d’une même génération plutôt que de les réduire. Plus largement, les règles d’imposition actuelles, par la multiplication des régimes dérogatoires, permettent à celles et ceux qui maîtrisent le mieux les rouages de l’impôt sur les successions de le contourner aisément.

Lire le reportage : « Il faut montrer qu’on est un “bon pauvre”, prouver qu’on n’a vraiment plus un sou » : à Lyon, la précarité étudiante renforcée par le Covid

Les ménages riches qui savent anticiper leur succession peuvent ainsi transmettre à leur progéniture plus de 1 million d’euros sans verser 1 centime à l’Etat.

Pourtant, si les inégalités de revenus sont grandes, les inégalités de patrimoine le sont bien plus. Le rapport entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres, mesuré par le rapport interdécile, est de 5 en matière de revenus, mais il atteint 211 pour les patrimoines, le fossé continuant actuellement de se creuser.

Reproduction des inégalités

Force est de souligner le rôle massif joué par les transmissions patrimoniales intergénérationnelles dans ces inégalités : les patrimoines hérités représentent près de 60 % du patrimoine privé total en France. Pourtant, ces transmissions concernent peu de personnes : un tiers des individus n’héritera jamais de rien, un tiers héritera de moins de 8 500 euros et un tiers seulement est susceptible d’hériter d’un patrimoine supérieur à ce montant.

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Il est donc urgent de réformer cet impôt qui reproduit les inégalités plutôt qu’il ne les corrige. Notre objectif n’est pas d’imposer plus toutes les successions, au risque de voir augmenter encore la défiance à l’égard d’une taxe déjà vivement contestée, mais bien de rétablir l’égalité devant l’impôt en pensant un système qui ne permette plus aux plus fortuné(e)s d’y échapper.

Doter l’impôt d’une mémoire

Une première proposition en ce sens consiste à doter l’impôt d’une mémoire. Dans le système actuel, chaque transfert est imposé séparément. Ainsi, une personne peut recevoir 100 000 euros à ses 20 ans, puis 40 000 à ses 35 ans et 60 000 à ses 50 ans, sans rien payer, car un abattement de 100 000 euros s’applique actuellement pour chacun de ces transferts.

L’idée, défendue par le laboratoire d’idées Intérêt général, consiste tout simplement à tenir compte de ce qu’une personne reçoit tout au long de sa vie sans remettre le compteur à zéro à chaque transaction. En somme, les 60 000 euros seront imposés en tenant compte du fait que la personne a déjà reçu 100 000, puis 40 000 euros. Ce principe ne changera pas la situation de l’immense majorité qui n’hérite pas, hérite de peu ou un seule fois d’un montant important. Il vise essentiellement à corriger une inégalité de situation entre les multi-héritiers ou multi-héritières et les autres.

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Pour assurer transparence et égalité, nous proposons ensuite de supprimer l’ensemble des régimes dérogatoires, qui profitent essentiellement à celles et ceux qui en connaissent l’existence, et de les remplacer par un abattement unique pour toutes et tous, équivalant au patrimoine médian. Le renforcement de la progressivité du barème, qui ne touchera pas les petits héritages mais augmentera fortement au niveau des grosses fortunes, ainsi que l’établissement d’un héritage maximum complètent cette proposition. En somme, tous les héritiers et toutes les héritières pourront recevoir 117 000 euros (soit le patrimoine médian) en franchise d’impôt et aucun(e) ne pourra recevoir plus de 12 millions d’euros (plus de cent fois le patrimoine médian).Le visionnage de cette vidéo est susceptible d’entraîner un dépôt de cookies de la part de l’opérateur de la plate-forme vidéo vers laquelle vous serez dirigé(e). Compte-tenu du refus du dépôt de cookies que vous avez exprimé, afin de respecter votre choix, nous avons bloqué la lecture de cette vidéo. Si vous souhaitez continuer et lire la vidéo, vous devez nous donner votre accord en cliquant sur le bouton ci-dessous.Lire la vidéo

Seule une réforme fiscale de plus grande ampleur permettrait de financer un héritage pour toutes et tous, dotation universelle que l’on recevrait à 25 ans. La refonte de l’impôt sur les successions ne peut ainsi en aucun cas suffire. Elle doit par exemple s’accompagner de la création d’un nouvel impôt sur la fortune : un impôt progressif provenant de la fusion de l’impôt sur la fortune immobilière et de la taxe foncière mais qui porterait sur l’intégralité de la fortune, au lieu de se limiter aux biens immobiliers. Nous appelons de nos vœux une refonte plus large de la fiscalité. Pour rétablir un semblant d’égalité entre jeunesse déshéritée et héritière. Pour qu’enfin les jeunes soient indépendants de leurs ainé(e)s. Et ce, quelles que soient leurs conditions sociales d’origine.

Boris Bouzol-Broitman, statisticien ; Camille Herlin-Giret,sociologue ; Thomas Piketty, économiste ; Alexis Spire, sociologue ; Samuel Tracol, historien.

Collectif

Pourquoi tant d’oppositions au RSA jeune ?

https://www.politis.fr/articles/2021/02/pourquoi-tant-doppositions-au-rsa-jeune-42839/

Encore et toujours les mêmes antiennes : « Cela découragerait les jeunes d’accepter un emploi, voire d’étudier ! »

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La crise sanitaire du Covid-19, en aggravant la pauvreté et les inégalités, a mis en lumière les difficultés que connaissent les jeunes. « La jeunesse n’est qu’un mot (1) », elle constitue en effet un groupe hétérogène. Entre les étudiants, ceux qui sont en emploi et les NEET (ni en emploi ni en formation initiale ou professionnelle), leur situation diffère d’autant plus qu’ils n’ont pas la même origine socio-économique. Cependant, force est de constater que les statistiques montrent la dure réalité à laquelle doivent faire face de nombreux jeunes, dans un contexte où la période de transition entre la fin de la formation initiale et l’accès à un emploi pérenne n’a cessé d’augmenter. Plus d’un sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté. Alors que 22 % des actifs de moins de 25 ans sont au chômage, ceux qui sont en emploi occupent majoritairement des emplois temporaires.

Pourtant, quel que soit le statut des jeunes, les aides financières existantes sont largement insuffisantes. Seuls ceux qui sont déjà parents accèdent au filet de sécurité du RSA, tandis que le RSA jeune actif est réservé à ceux qui ont travaillé au moins deux ans sur les trois dernières années. Au total, seuls 91 000 bénéficiaires ont moins de 25 ans. Peu touchent une allocation d’assurance chômage, car celle-ci dépend de la durée de cotisation et est difficilement accessible aux jeunes sortant du système éducatif ou à ceux obligés d’effectuer des emplois de courte durée. La garantie jeunes a certes été généralisée depuis janvier 2017 dans les missions locales, mais elle ne concerne que les plus vulnérables, soit à peine 100 000 personnes, et elle n’est versée que pour une durée maximale de dix-huit mois. Pour les étudiants, un système de bourses sur critères sociaux existe, mais il est largement insuffisant. Seuls 37,5 % des étudiants en bénéficient, mais, si on exclut l’échelon 0 (sur sept), le taux de boursiers tombe à 18 %. Si on ne tient compte que des trois échelons qui offrent une bourse supérieure à 450 euros, seuls 8 % des étudiants en sont bénéficiaires.

Pourquoi la France fait-elle quasi-exception lorsqu’elle exclut les jeunes de 18 à 25 ans du RSA ? Pourquoi les jeunes ne seraient-ils pas « aptes » à percevoir un minimum social ? Pourquoi laisser tant de jeunes sans filet de sécurité financière ? Nous retrouvons encore une fois dans les débats les mêmes antiennes : « Cela découragerait les jeunes d’accepter un emploi, voire d’effectuer des études ! » Le RSA jeune n’est peut-être pas la seule solution – certes, une allocation d’autonomie (d’études et d’insertion) serait plus émancipatrice ; certes, ce dont les jeunes ont également besoin, ce sont des emplois stables, et l’État peut largement contribuer à en créer en répondant à des besoins sociaux et écologiques insatisfaits –, mais c’est la solution la plus rapide et la plus efficace dans un contexte où les jeunes n’en peuvent plus d’attendre qu’on pense à eux.

(1) Entretien avec Pierre Bourdieu paru dans Les Jeunes et le premier emploi, éditions Association des âges (1978), réédité dans Questions de sociologie, Pierre Bourdieu, Minuit (1980).

par Sabina Issehnane Membre des Économistes atterrés.

Voir aussi:

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/02/21/le-rsa-jeune-toujours-en-rade-avec-des-arguments-fallacieux-%e2%80%89cela-decouragerait-les-jeunes-daccepter-un-emploi-voire-detudier%e2%80%89%e2%80%89/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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