Les enfants peuvent grandir en bonne santé sans manger de la viande et 98 % des enfants ne consomment pas assez de fibres, principalement présentes dans les fruits et légumes

La polémique sur les menus sans viande dans les cantines scolaires passe à côté des vrais enjeux

La décision prise par la ville de Lyon de servir temporairement des repas sans viande rappelle surtout le défi de l’accès à une alimentation saine et durable. 

Par Mathilde Gérard(Service Planète)Publié aujourd’hui à 06h15, mis à jour à 07h30  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/03/05/la-polemique-sur-les-menus-sans-viande-dans-les-cantines-scolaires-passe-a-cote-des-vrais-enjeux_6072026_3232.html?xtor=EPR-32280629-%5Ba-la-une%5D-20210305-%5Bzone_edito_1_titre_2%5D

Analyse. Rarement le contenu des assiettes servies dans les cantines n’aura fait couler autant d’encre. La décision prise par la ville de Lyon de servir temporairement un menu unique sans viande *dans les établissements dont elle a la charge a suscité une controverse jusqu’à scinder en deux le gouvernement.

L’équipe municipale a justifié cette mesure par la mise en place du nouveau protocole sanitaire qui impose des jauges restreintes dans les réfectoires. C’est pour réduire le temps passé à table que la ville a souhaité simplifier le service en optant pour le menu jugé le plus « inclusif » : celui sans produits carnés, habituellement choisi par la moitié des élèves.

Entre ministres, les réactions dissonantes ont viré à la cacophonie : « Idéologie scandaleuse », « insulte inacceptable » pour le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, « débat préhistorique », selon la ministre de la transition écologique Barbara Pompili… Les arguments avancés ont parfois témoigné d’une méconnaissance de la restauration collective et des véritables enjeux alimentaires. Les cantines scolaires sont au carrefour de plusieurs défis : sociaux et nutritionnels dans l’accès des enfants à une alimentation équilibrée ; économiques en tant que débouché pour les filières agricoles ; environnementaux dans l’éducation à une alimentation saine et durable…

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A ces grands objectifs s’ajoute depuis un an la maîtrise du risque épidémique, les cantines étant un lieu où les enfants retirent leur masque. Mais plutôt que de poser les bases d’un débat raisonné, la classe politique s’est jetée dans une course à la réaction la plus outrée, reléguant au second plan les enjeux de fond.

L’accès à une alimentation de qualité pour tous

Sur le plan nutritionnel d’abord, il est établi que la viande n’est pas indispensable à l’équilibre de l’assiette. Balayons une première idée reçue : il n’y a pas de carences en protéines dans la population française. En revanche, selon Santé publique France, 98 % des enfants ne consomment pas assez de fibres, principalement présentes dans les fruits et légumes. Les produits animaux amènent certes des nutriments essentiels, comme le zinc ou le fer, mais on peut les équilibrer par d’autres aliments. Seule la vitamine B12 doit faire l’objet d’un apport spécifique en cas de régime végan strict.

La question de l’équité dans l’accès à une alimentation de qualité pour tous les enfants est centrale pour les cantines scolaires, qui ont un statut de service public facultatif. Celles-ci étant gérées localement, les conditions d’accès sont très variables d’une collectivité à une autre : certaines ont mis en place des tarifs sociaux progressifs, tandis que d’autres appliquent un tarif unique.

Une étude de la fondation Terra Nova, publiée en janvier 2020, avait montré une forte hétérogénéité tarifaire et soulignait que, dans les zones d’éducation prioritaire, les taux d’inscription à la cantine étaient moins importants que la moyenne nationale. C’est là un défi sur lequel les responsables politiques se sont peu exprimés.

L’approvisionnement local

Avec 3 milliards de repas servis par an, la restauration collective publique représente par ailleurs un débouché à fort potentiel pour les filières agricoles. Mais, en dépit des avancées de la loi alimentation (EGalim) de 2018, qui fixe un objectif de 50 % de produits durables ou de qualité (dont 20 % de bio) servis dans les cantines scolaires d’ici à 2022, l’approvisionnement local n’est pas toujours possible.

Contrairement à ce que laisse entendre Gérald Darmanin, dans un tweet du 20 février, les cantines ne se fournissent pas auprès des bouchers. Elles lancent des appels d’offres régis par le code des marchés publics, qui interdit le localisme, et ce sont souvent les plus gros fournisseurs qui peuvent y répondre.

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De façon contre-intuitive, les communes ayant mis en place des repas végétariens réguliers sont celles qui s’approvisionnent davantage en viande locale, comme l’a montré une enquête (de novembre 2019) de l’Observatoire national de la restauration collective bio et durable. Les économies réalisées dans l’achat des matières premières leur permettent en effet de monter en gamme.

« Réduire sa consommation de viande, même partiellement, est l’une des actions individuelles avec le plus d’effets bénéfiques sur le climat »

Reste l’enjeu climatique. L’alimentation dans son ensemble pèse pour environ un quart des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Réduire sa consommation de viande, même partiellement, est l’une des actions individuelles avec le plus d’effets bénéfiques, bien plus que de manger local. Une telle action n’entraîne aucun surcoût, mais le frein est culturel.

La frilosité avec laquelle le gouvernement avance sur le sujet des menus végétariens en témoigne. La loi EGalim prévoit déjà un repas hebdomadaire sans protéine animale dans toutes les cantines, une mesure qui peu à peu se généralise.

Les membres de la convention citoyenne pour le climat avaient proposé d’aller plus loin en rendant obligatoire, dans toute la restauration collective publique, une option végétarienne quotidienne. Mais le projet de loi Climat et résilience se contente d’une expérimentation sur deux ans, sur la base du volontariat. Or, au moins 200 communes, de toutes tailles, se sont déjà lancées depuis plusieurs années, selon une enquête de Greenpeace et de l’Association végétarienne de France.

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Manger moins de viande mais une meilleure viande pourrait apparaître comme un slogan consensuel, mais, lorsque le contenu de nos assiettes est questionné, les réactions se crispent. Pour l’économiste Nicolas Treich, l’un des initiateurs, en 2019, de la campagne Lundi vert (un appel à ne pas manger de viande ni de poisson un jour par semaine), « la nourriture n’est pourtant pas qu’un choix personnel, elle aussi source d’externalités et de problèmes climatiques, environnementaux et moraux ».

La polémique sur les menus lyonnais aura au moins eu le mérite de montrer que les élus sont bel et bien préoccupés par la qualité des repas servis aux élèves français : une attention bienvenue, mais qui devrait se concrétiser par un accompagnement sur le terrain des personnels et responsables de cantines qui s’engagent dans le mieux-manger.

Mathilde Gérard(Service Planète)

*Le menu sans viande des écologistes dans les cantines de Lyon n’est pas au goût du gouvernement

Plusieurs ministres reprochent à la mairie d’imposer ce repas dans les cantines scolaires à partir de lundi. Celle-ci défend un choix lié aux contraintes sanitaires, qui remonte à 2020 et à l’ancienne municipalité. 

Par Richard Schittly(Lyon, correspondant)Publié le 21 février 2021 à 22h10 – Mis à jour le 22 février 2021 à 19h39  

Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/02/21/a-lyon-le-menu-vegetarien-des-ecologistes-dans-les-cantines-n-est-pas-au-gout-du-gouvernement_6070738_823448.html

La décision de la mairie écologiste de Lyon de proposer des menus sans viande aux enfants d’école primaire au retour des vacances d’hiver, lundi 22 février, a immédiatement provoqué la polémique, alimentée par plusieurs membres du gouvernement.

« Idéologie scandaleuse »a tweeté Gérald Darmanin, samedi 20 février, s’en prenant au choix de la municipalité lyonnaise.

« Insulte inacceptable aux agriculteurs et aux bouchers français », a ajouté le ministre de l’intérieur, affirmant que les écologistes veulent exclure les classes populaires des cantines scolaires car, dit-il « de nombreux enfants n’ont souvent que la cantine pour manger de la viande », au nom d’une « politique moraliste et élitiste ».

En omettant de préciser que l’ancien maire de Lyon, Gérard Collomb, avait pris exactement la même mesure, lors de la sortie du premier confinement, en mai 2020, seul moyen selon lui pour assurer la distribution de 29 000 repas quotidiens dans les écoles primaires de la ville. La municipalité désormais dirigée par les écologistes, alliés à la gauche unie, n’a donc fait que reprendre cette mesure exceptionnelle déjà mise en place par l’ancienne équipe.

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Avant la crise sanitaire, les élèves lyonnais avaient le choix entre trois entrées et deux plats principaux différents, dont un à base de viande ou de poisson. Or, la moitié des élèves de primaire ne choisissait pas la viande, par goût, par habitude familiale ou par précepte religieux. « Le seul moyen de faire manger un plat chaud à tous les enfants de l’école, c’est de proposer un plat sans viande, mais avec des protéines animales comme le poisson ou les œufs, conforme aux exigences nutritionnelles. Nous n’excluons personne, c’est même le contraire ! », explique Stéphanie Léger, maire adjointe à l’éducation.

Salve de critiques

Dans son sixième protocole sanitaire des écoles, le ministère de l’éducation nationale a imposé pour la rentrée une distance de deux mètres entre les élèves à la cantine, contre un mètre auparavant. Ce qui rend le temps passé à manger plus difficile à gérer et ne permet pas de proposer plusieurs plats.

« Nous faisons manger chaud tous les enfants, en appliquant les précautions sanitaires demandées, et des membres du gouvernement nous font le procès de l’élitisme, c’est tout de même le monde à l’envers », estime Stéphanie Léger. « Je suis nouvelle en politique, je trouve que faire porter le jeu politique sur le dos des enfants, c’est très malhonnête », ajoute l’adjointe du maire écologiste Grégory Doucet.

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Cible favorite de la droite régionale, la municipalité lyonnaise n’a pas su anticiper la salve de critiques sur ce sujet sensible. Jeudi, un simple courriel aux parents d’élèves les a informés de la nouvelle disposition dans les cantines. « Nous avons utilisé exactement le même procédé d’information que celui de Gérard Collomb à l’époque », justifie le cabinet du maire de Lyon.

« Cette manière d’asséner un choix, sans aucune alternative possible, est proprement inadmissible », a réagi Etienne Blanc, sénateur (Les Républicains) du Rhône et chef de file de la droite lyonnaise. Des élus d’opposition ont aussi laissé entendre que la mairie préparait des menus exclusivement végétariens à l’occasion du renouvellement du contrat de restauration scolaire, prévu en 2022. Selon les informations du Monde, les négociations en cours prévoient deux types de menus, dont une alternative végétarienne, laissant toujours le choix aux familles.

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Plusieurs membres du gouvernement ont récupéré la polémique locale pour en faire un sujet national. Après Gérald Darmanin, Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, et Olivier Dussopt, ministre des comptes publics, ont relayé la thèse doctrinaire imputée à la mairie de Lyon, alors que Julien Denormandie, leur collègue à l’agriculture, a annoncé sur les réseaux sociaux qu’il saisissait le préfet du Rhône pour évaluer la décision municipale.

Une délégation de syndicalistes de la FNSEA a été reçue par deux adjoints de la municipalité lyonnaise, lundi matin, alors qu’une trentaine de tracteurs bloquaient un accès à l’hôtel de ville. « Lorsque j’ai mis en place cette mesure, personne ne pouvait me soupçonner de supprimer la viande dans les menus, parce que tout le monde sait que ce n’est pas mon orientation », a brièvement commenté Gérard Collomb, en traversant les barricades paysannes, pour se rendre au conseil municipal. L’ancien maire de Lyon a conseillé aux écologistes : « La majorité actuelle ferait bien de mieux communiquer. »

Richard Schittly(Lyon, correspondant)

**Faut-il proposer un menu végétarien à la cantine tous les jours ?

CHRONIQUE

Marie Aline

La mesure, élaborée par la convention citoyenne pour le climat, sera expérimentée pendant deux ans. Mais est-elle vraiment du meilleur goût ?

Publié le 25 janvier 2021 à 07h00 – Mis à jour le 25 janvier 2021 à 10h16    Temps de Lecture 2 min.

 https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2021/01/25/faut-il-proposer-un-menu-vegetarien-a-la-cantine-tous-les-jours_6067479_4500055.html

Dans un lycée de Saint-Lô (Manche).
Dans un lycée de Saint-Lô (Manche). MYCHELE DANIAU/AFP

L’argument économique

La convention citoyenne pour le climat (CCC) a affirmé l’objectif d’engager la restauration collective dans des pratiques plus vertueuses. L’une de ses propositions instaure l’obligation pour les cantines scolaires en self-service d’introduire un menu végétarien quotidien. Cela permettrait, entre autres, de réduire les coûts de 10 %, car les produits carnés sont les plus chers. Une économie qui pourrait être réintroduite dans l’achat de denrées en circuit court. La CCC a voté à 93 % en faveur de cette mesure.

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L’argument écologique

Si les enfants ont le choix, ils iront vers des menus dont ils ne laisseront pas la moitié. De plus, près d’un an après l’entrée en vigueur de la loi Egalim, qui oblige la restauration scolaire à servir un repas végétarien par semaine, Greenpeace a publié, en septembre, une étude qui atteste les bénéfices d’une telle mesure : une baisse de 14 à 19 % des gaz à effet de serre, de 8 à 11 % de la consommation d’eau liée à l’agriculture, de 22 à 27 % des importations d’aliments pour animaux d’élevage et donc une réduction du risque de déforestation.

L’argument nutritionnel

Dès 2015, l’OMS classait la viande rouge et transformée comme cancérogène pour l’homme. Depuis, il est avéré qu’une alimentation plus végétale réduit le risque de cancer mais aussi de maladies cardio-vasculaires et de diabète. Par ailleurs, une étude réalisée par le ministère de l’agriculture en 2013 démontre une inversion des tendances : les classes les moins aisées consomment moins de fruits et légumes que les classes sociales supérieures. La cantine scolaire pourrait donc pallier ce manque.

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Le contre-argument économique

Le 8 janvier, le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, Julien Denormandie, a refusé l’obligation d’un menu végétarien quoditien mais a soutenu une expérimentation sur deux ans. L’évaluation portera notamment sur le coût des repas, puisque, selon le cabinet du ministre, « il n’est pas à exclure qu’une telle alternative soit susceptible d’engendrer un surcoût pour la restauration collective ».Car, selon Restau’co, le réseau interprofessionnel du secteur, les plats industriels végétariens (servis faute de mieux) coûtent plus cher qu’une viande bio.

Le contre-argument écologique

Un milliard de repas sont servis chaque année par les cantines scolaires. Selon une étude de l’Ademe datée d’octobre 2020 sur la lutte contre le gaspillage, 100 g de nourriture sont jetés à chaque repas, soit 110 000 tonnes par an, dont environ 30 % des accompagnements et 20 % des entrées (le plus souvent des légumes). L’une des craintes liée à l’obligation d’une proposition d’un menu végétarien quotidien est de voir les chiffres du gaspillage multipliés par deux ou par quatre. Car plus il y a de plats proposés, plus il y a de gabegie.Le visionnage de cette vidéo est susceptible d’entraîner un dépôt de cookies de la part de l’opérateur de la plate-forme vidéo vers laquelle vous serez dirigé(e). Compte-tenu du refus du dépôt de cookies que vous avez exprimé, afin de respecter votre choix, nous avons bloqué la lecture de cette vidéo. Si vous souhaitez continuer et lire la vidéo, vous devez nous donner votre accord en cliquant sur le bouton ci-dessous.Lire la vidéo

Le contre-argument nutritionnel

Un menu végétarien par jour mettrait en péril l’équilibre nutritionnel, selon le ministère de l’agriculture, qui s’appuie sur une étude de l’ANSES de 2019 indiquant que 25 % des filles de 13 à 17 ans ont des carences en fer liées au manque de viande, poisson ou œuf. Cette information, couplée à l’idée que le déjeuner de la cantine serait le seul repas équilibré pris par les enfants issus des milieux populaires, enjoint à la prudence. Si l’on veut égaler la qualité nutritionnelle d’un repas carné avec un repas végétarien, un effort colossal est nécessaire.

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Marie Aline

***Menus végétariens dans les cantines : des retombées positives pour l’environnement

Dans le cas où un quart des élèves choisiraient une option végétarienne chaque jour à la cantine, les émissions de gaz à effet de serre du secteur diminueraient de 14 % à 19 %, selon un chiffrage de Greenpeace France. 

Par Maëlle Benisty et Mathilde GérardPublié le 22 septembre 2020 à 11h40  

Temps de Lecture 1 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/09/22/menus-vegetariens-dans-les-cantines-des-retombees-positives-pour-l-environnement_6053150_3244.html

Dans une cantine de Rennes, le 1er septembre.
Dans une cantine de Rennes, le 1er septembre. DAMIEN MEYER / AFP

Au fil des études, les scientifiques répètent le même message : si l’ensemble de la chaîne alimentaire pèse pour environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine, la consommation carnée en est un des principaux facteurs. « La viande, et en particulier la viande de ruminant (bœuf et agneau), est l’aliment avec le plus d’effet sur l’environnement », écrivait en août 2019 le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dans un rapport sur le changement climatique et les terres.

L’impact individuel d’un changement d’assiette est, en revanche, plus difficile à chiffrer. Pour apporter sa contribution à l’évaluation de la loi EGalim, qui débutera cet automne, Greenpeace France a publié, le 8 septembre, les résultats d’une étude analysant l’impact environnemental des menus végétariens. Pour mener ce travail, le bureau d’études Basic (Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne) a envisagé quatre scénarios correspondant au pourcentage d’élèves choisissant un menu végétarien proposé quotidiennement (10 %, 25 %, 40 % ou 50 %).

Impact sur la déforestation

Dans le cas où un quart des élèves choisiraient l’option végétarienne quotidienne, les émissions de gaz à effet de serre relatives à la production alimentaire pour les cantines baisseraient de 14 % à 19 %, selon l’étude. Un tel scénario engendrerait par ailleurs une réduction de 8 % à 11 % de la consommation d’eau liée à la production pour les cantines et une baisse de 16 % à 18 % des coûts de dépollution de cette même ressource. Enfin, il réduirait les risques de déforestation en diminuant de 22 % à 27 % les importations d’aliments pour les animaux d’élevage, destinés à l’approvisionnement des restaurants scolaires.

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Si les résultats de ce chiffrage sont « encourageants » et prouvent que « l’alimentation est un levier d’action important », selon Laure Ducos, de Greenpeace France, ils montrent aussi « la nécessité d’aller encore plus loin ». Outre les bénéfices pour l’environnement, une consommation plus modérée de viande est également associée à une meilleure santé. Des externalités dont il faudra tenir compte quand viendra l’heure du bilan de la loi EGalim.

Maëlle Benisty et  Mathilde Gérard

Non, il n’est pas indispensable de manger de la viande pour être en bonne santé

A rebours des affirmations du ministère de l’agriculture, le consensus scientifique estime que les enfants peuvent grandir en bonne santé sans manger de la viande. 

Par Maxime VaudanoPublié le 27 février 2021 à 04h57, mis à jour hier à 13h43  

Temps de Lecture 6 min. 

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2021/02/27/non-il-n-est-pas-necessaire-de-manger-de-la-viande-pour-etre-en-bonne-sante_6071378_4355770.html

De la viande et des légumes servis en restauration collective.
De la viande et des légumes servis en restauration collective. ARNAUD OLSZAK / PHOTONONSTOP

Manger de la viande est-il nécessaire pour être en bonne santé, en particulier pour les enfants en pleine croissance ? Cette question vient de resurgir à l’occasion de la polémique sur les menus sans viande dans les cantines de Lyon.

Besoin d’un petit rappel sur la polémique des menus végétariens à Lyon ?

Dérouler

Le député macroniste Jean-Baptiste Moreau, éleveur bovin de métier, en est convaincu : « Des nutriments essentiels pour la croissance des enfants sont présents dans la viande. » Un avis partagé par le ministre de l’agriculture, Julien Denormandie : « Donnons-leur simplement ce dont ils ont besoin pour bien grandir. La viande en fait partie. »

Le consensus scientifique dit pourtant l’inverse depuis longtemps. « Proposer des repas sans viande le midi à un enfant ne pose aucun problème d’équilibre nutritionnel, car il consommera très certainement des produits animaux à d’autres moments », rassure Benjamin Allès, chercheur au sein de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle de l’université Paris-XIII.

Pollué par de nombreux enjeux connexes (économie, environnement, traditions alimentaires), le débat scientifique est aussi compliqué par des confusions fréquentes entre les différents régimes végétaux, qui vont du pesco-végétarisme (qui exclut uniquement la viande) au véganisme (qui proscrit tout produit d’origine animale).

Panorama des principaux régimes

Or, ces différents régimes ont des conséquences bien distinctes sur la santé humaine. Car chaque catégorie d’aliments apporte une contribution plus ou moins grande aux besoins en nutriments essentiels pour la croissance des enfants et le bon fonctionnement de l’organisme des adultes

Les apports nutritionnels des principaux aliments

1. Le régime sans viande (pesco-végétarien)

Ce régime, proposé dans les cantines de Lyon, ne présente guère de risques, à condition de rester équilibré – comme n’importe quel régime. En effet, les nutriments apportés par la viande, dont les protéines, peuvent aussi se retrouver dans la plupart des autres aliments (poisson, produits laitiers, légumes, céréales, etc.). Au début de 2020, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a d’ailleurs donné son feu vert à l’expérimentation de repas pesco-végétariens dans les cantines, jugeant « très peu probable » qu’ils puissent conduire à des carences chez les enfants.

François Mariotti, chercheur à AgroParisTech et président du comité experts « nutrition humaine » à l’Anses, explique toutefois qu’il faut rester vigilant sur le fer et le zinc, dont la viande est la principale pourvoyeuse. « Pour les enfants, la question du fer n’est pas négligeable, mais l’anémie est facilement détectable, et rarement très grave », explique le chercheur, qui rappelle que le poisson apporte aussi du fer, et qu’il est aisé de prendre des comprimés en cas de carence. « Quant au zinc, il n’y a pas de risque de carence à proprement parler : on pense juste que cela peut affecter l’immunité à long terme », poursuit François Mariotti.

2. Le régime végétarien classique (ou ovo-lacto-végétarien)

Si l’exclusion du poisson et des fruits de mer de son régime ne présente pas de problème majeur, les nutritionnistes mettent en garde contre deux risques.

Tout d’abord, un déficit en oméga-3 à longues chaînes (de type EPA et DHA). Même si on en retrouve dans l’huile et dans les noix, ces acides gras sont en effet surtout présents dans le poisson. Or, « même si on n’a pas encore assez de recul et d’études pour le prouver, un déficit de ces oméga-3 pourrait théoriquement avoir un impact sur la santé du cerveau », explique Benjamin Allès. « Il peut aussi y avoir un risque vasculaire à long terme », complète François Mariotti. La solution se trouve-t-elle dans les compléments alimentaires en oméga-3 ? « Des études sont en cours pour savoir s’ils fonctionnent vraiment efficacement comme substituts », rapporte Benjamin Allès, qui rappelle que beaucoup d’entre eux sont produits à base d’huile de poisson, et donc incompatibles avec le régime végétarien.

Une alimentation sans produits de la mer peut aussi poser un problème d’apport en iode« Cela peut provoquer des dysfonctionnements de la thyroïde », détaille François Mariotti, qui précise toutefois que les carences en iode sont très rares et présentent surtout un risque pour les femmes enceintes.

3. Le régime végétalien (ou vegan)

L’exclusion totale des produits d’origine animale est ce qui inquiète le plus les nutritionnistes. Non pas en raison de preuves scientifiques formelles sur l’effet du végétalisme sur la santé des enfants, mais de l’absence de telles preuves. « Au nom du principe de précaution, on ne peut pas recommander le régime végétalien pour tout type de population, car on manque de données de suivi à long terme, et encore plus chez les enfants », explique Benjamin Allès. Il faudra attendre la fin de 2021 pour que l’Anses se prononce, pour la première fois, sur la compatibilité du végétalisme avec les besoins nutritionnels, au regard de l’état des connaissances scientifiques.

Contrairement à une idée très répandue, la question des protéines n’est pas centrale. En effet, les protéines végétales couvrent les mêmes besoins que les protéines animales, issues de la viande ou du lait. Il faut simplement veiller à varier les aliments végétaux pour couvrir l’ensemble des besoins protéiques. « Si vous mangez des céréales au petit déjeuner et des légumineuses le soir, ça va très bien », assure François Mariotti. Dans les faits, « tout le monde couvre son besoin en protéines et en acides aminés dans la population française, même parmi les végétaliens », assure le chercheur.

Le principal problème du régime végétalien, c’est la vitamine B12, qu’on ne trouve quasiment que dans les produits d’origine animale. « Or, une carence peut provoquer de vraies maladies, comme de l’anémie, ou, bien pire, des troubles neurologiques et neuropsychiatriques », met en garde François Mariotti. C’est la raison pour laquelle les nutritionnistes recommandent aux végétaliens de prendre des compléments alimentaires contenant cette vitamine, sous la forme de comprimés.

L’exclusion des produits laitiers du régime végétalien peut également engendrer un déficit d’apport en calcium et en vitamine D. Ce qui peut poser problème aux enfants, puisque la vitamine D favorise l’absorption du calcium, qui est crucial pour solidifier les os pendant la croissance. Pour les adultes, un déficit en calcium expose à un risque d’ostéoporose et de fracture. Pour le compenser, certaines boissons végétales comme le « lait » de soja sont enrichies en calcium ou en vitamine D.

Si les risques inhérents au régime végétalien peuvent donc être le plus souvent circonscrits, les spécialistes recommandent un suivi nutritionnel régulier par un professionnel, à même de détecter d’éventuelles carences. Et rappellent que les principes de base de la nutrition doivent s’appliquer aux végétaliens comme aux autres : varier son alimentation, ne manger ni trop gras, ni trop salé, ni trop sucré, et éviter les produits ultratransformés, qui sont également très répandus sur le marché du véganisme.

Le public particulièrement fragile des nourrissons fait l’objet de recommandations particulières. L’Anses proscrit absolument leur alimentation avec des laits classiques (qu’ils soient végétaux et animaux), qui « ne permettent pas de couvrir les besoins nutritionnels très spécifiques des nourrissons de la naissance à un an ». A défaut du lait maternel, l’Anses recommande jusqu’à trois ans la consommation de laits spécifiquement préparés pour couvrir les besoins nutritionnels des enfants (lait première âge, deuxième âge ou de croissance). Ceux-ci peuvent être issus de laits animaux ou, sur prescription médicale, de protéines végétales.

4. Et la viande ?

Manger de la viande n’est pas une garantie de bonne santé. Ainsi, « les viandes issues de l’élevage intensif peuvent avoir de moins bons apports nutritionnels », remarque Benjamin Allès. Plus grave encore : « la viande rouge augmente le risque de maladies chroniques, et peut-être celui du surpoids », explique François Mariotti. Si cet effet néfaste est documenté uniquement chez les adultes, « il est important d’imprimer à un enfant des bonnes habitudes durables le plus tôt possible », estime celui-ci. Il peut donc être risqué d’accoutumer un enfant à manger de la viande trop régulièrement, avant de lui demander de réduire sa consommation une fois adulte.

Autre écueil possible d’une consommation excessive de viande : une alimentation insuffisante en produits végétaux, qui fait courir le risque de manquer de nutriments importants comme les fibres ou les folates.

C’est sur la base de ces constats que l’Académie de nutrition et de diététique, aux Etats-Unis, a estimé, en 2016, que les végétariens et végétaliens présentaient un risque réduit de développer certaines maladies cardiaques, certains cancers, du diabète ou de l’hypertension – à condition, bien sûr, que leur régime soit équilibré.

Correction, le 1er mars 2021 à 11 heures : La formulation du paragraphe sur les laits infantiles, erronée, a été modifiée pour tenir compte plus précisément de l’avis de l’Anses.

Crédits pictogrammes infographies : Alex Muravev, Giuditta Valentina Gentile, Ben Davis, Laura Barretta, Oleksandr Panasovskyi, asembagus-art, sumhi_icon et Icongeek26 (CCBY/The Noun Project).about:blank

Maxime Vaudano

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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