Covid-19 : « Si la couverture vaccinale est insuffisante, une reprise épidémique est à craindre dès l’automne »
TRIBUNE
Renaud Piarroux- professeur de médecine, épidémiologiste
Bruno Riou – professeur de médecine
La période de très faible transmission qui suit la mise en place d’une vaccination de masse est appelée « lune de miel ». Dans le cas du Covid-19, celle-ci risque d’être brève, avertissent, dans une tribune au « Monde », Renaud Piarroux, épidémiologiste, et Bruno Riou, directeur du centre de crise de l’AP-HP.
Publié aujourd’hui à 03h31, mis à jour à 06h59 Temps de Lecture 3 min.

Tribune. Devant une épidémie de Covid-19 non contrôlée faute de mesures suffisamment efficaces, la France fait face depuis mi-décembre 2020 à une longue période dite « stable » – caractérisée en réalité par une morbidité et une mortalité intolérables –, avant de subir un nouveau rebond épidémique dans plusieurs régions que seule la méthode Coué permet d’imaginer qu’il ne s’étendra pas.
L’arrivée des variants « anglais », « sud-africain », « brésilien » du SARS-Cov-2 accélère le rythme de l’épidémie. Plus qu’une nouvelle vague, nous faisons face à une marée montante sur une mer déjà haute. Le nombre de malades en réanimation s’élève, plus lentement que lors des deux premières vagues, mais inexorablement. Environ 60 % de la capacité habituelle en lits de réanimation est déjà occupée par des malades du Covid-19 et le reste des lits ne suffit plus pour prendre en charge les autres pathologies.
Déprogrammations hospitalières
Il aurait été plus raisonnable de faire comme l’Allemagne ou le Danemark, qui ont réagi fortement à l’arrivée des variants. Même si, chez eux, le nombre de cas a tendance à remonter de nouveau, cette hausse modérée survient alors qu’il a été divisé par trois depuis le début de l’année.
Les hôpitaux de ces pays gardent donc des marges de manœuvre, contrairement à la France, où des déprogrammations hospitalières importantes ont déjà lieu. La situation est d’autant plus préoccupante que seulement 2,7 millions de Français (4 %) ont reçu au moins une dose de vaccin, et moins de la moitié d’entre eux, deux doses.
A n’en pas douter, mars et avril seront très éprouvants, mais qu’adviendra-t-il après ? On peut espérer que la campagne de vaccination s’intensifiera avec un effet d’autant plus spectaculaire qu’une grande partie de la population sera aussi immunisée du fait de la très forte circulation virale depuis octobre. On peut aussi espérer que l’effet saisonnier participe à la décrue.
La potentialisation de l’effet de la vaccination là où un agent pathogène a circulé activement a déjà été observée dans le cas de la rougeole et de la coqueluche. La période de très faible transmission qui suit la mise en place d’une vaccination de masse est appelée « lune de miel ». Elle n’est cependant pas pérenne puisque, avec le temps, l’effet immunisant lié à la circulation du pathogène s’estompe. Dans le cas du Covid-19, la lune de miel risque d’être brève, car l’immunité ne semble pas suffisamment durable. Si la couverture vaccinale est insuffisante, une reprise épidémique est à craindre dès l’automne prochain.
Lire aussi : Comment la lutte contre les variants pourrait modifier les stratégies vaccinales
Ces rebonds épidémiques n’auront probablement pas la même gravité qu’actuellement. Ils ne seront cependant pas sans conséquences. En particulier, une reprise de la circulation du virus dans la population jeune, peu motivée pour se vacciner, constituera un danger pour tout voyageur issu d’un pays libre de Covid-19, par exemple en Asie ou dans le Pacifique.
Dans la chambre des pestiférés
Qu’adviendra-t-il des pays ayant fait le choix de « vivre avec le virus » ? Ils représenteront des destinations à risque où les voyageurs hésiteront à se rendre, surtout si une quarantaine leur est imposée au retour. Certes, les pays libres de virus pourront tenter de protéger leur population par la vaccination, mais cette mesure leur apportera-t-elle une sécurité suffisante ? Logiquement, ils ne prendront pas le risque de laisser chacun aller et venir entre zones indemnes et zones de circulation du virus.
Le monde pourrait bien être coupé en deux. Comme un couple qui fait chambre à part. Et nous pourrions bien nous retrouver dans la mauvaise chambre, celle des contagieux, des pestiférés. Est-ce un avenir souhaitable pour notre pays, qui était la première destination mondiale du tourisme ? Cette distinction entre pays libres de Covid-19 et ceux acceptant de vivre avec n’induira-t-elle pas des fractures au sein même de l’Europe ?
La lune de miel nous donnera une occasion unique d’éliminer le virus. La baisse des cas nous permettra de concentrer les efforts sur les zones où la circulation persiste, d’agir localement mais rapidement et intensément, de réaliser enfin un traçage efficace et d’isoler correctement les sujets potentiellement contagieux, ce que nous n’avons pas vraiment su faire. La vie ne retrouvera son cours normal, et le monde, son unité, que lorsque le virus sera maîtrisé. Partout.
Renaud Piarroux est professeur de médecine, épidémiologiste, à Sorbonne Université et à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).
Bruno Riou est professeur de médecine, directeur médical de crise de l’AP-HP, doyen de la faculté de médecine, Sorbonne Université.Le visionnage de cette vidéo est susceptible d’entraîner un dépôt de cookies de la part de l’opérateur de la plate-forme vidéo vers laquelle vous serez dirigé(e). Compte-tenu du refus du dépôt de cookies que vous avez exprimé, afin de respecter votre choix, nous avons bloqué la lecture de cette vidéo. Si vous souhaitez continuer et lire la vidéo, vous devez nous donner votre accord en cliquant sur le bouton ci-dessous.Lire la vidéoNotre sélection d’articles sur les vaccins contre le Covid-19
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Renaud Piarroux(professeur de médecine, épidémiologiste), Bruno Riou et professeur de médecine