A quoi sert encore le Conseil scientifique ?
Tribunes 26 févr. 2021 Libération
Article réservé aux abonnés La pandémie de Covid-19 en FrancedossierEn publiant avec plusieurs semaines de retard les dernières recommandations du Conseil scientifique sur l’épidémie de Covid-19, le gouvernement jette le discrédit sur une instance qu’il a lui-même créée et limite le débat démocratique sur sa gestion de l’épidémie.
:quality(70):focal(1672x3116:1682x3126)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/PRW5JEB2LJBBRFTWSCZQI73GL4.jpg)
par Olivier Monodpublié le 25 février 2021 à 17h51
L’écart entre le gouvernement et son propre Conseil scientifique est patent. Ce dernier préconisait «un confinement strict sur une période de quatre semaines à partir de début février», apprend-on dans sa note du 29 janvier mise en ligne par le gouvernement mercredi, soit près d’un mois après sa remise. Ce seul décalage est, en soi, problématique. En effet, selon les règles du Conseil scientifique, ses avis «sont rendus publics sans délai». Pourquoi se doter d’une telle instance et ne pas respecter les règles de sa mise en place ni suivre ses recommandations ?
Les semaines à venir permettront de mesurer la gravité du risque pris à maintenir le pays à un plateau élevé de contaminations, mais les arguments du conseil en faveur d’un reconfinement étaient solides : ralentir la pénétration des variants, permettre la vaccination du plus grand nombre avant leur «explosion», mettre en… (abonnés)
« A quoi sert encore le Conseil scientifique ? »

C’est ce que se demande Olivier Monod dans Libération. Le journaliste observe qu’« en publiant avec plusieurs semaines de retard les dernières recommandations du Conseil scientifique sur l’épidémie de Covid-19, le gouvernement jette le discrédit sur une instance qu’il a lui-même créée et limite le débat démocratique sur sa gestion de l’épidémie ».
Olivier Monod remarque ainsi que « l’écart entre le gouvernement et son propre Conseil scientifique est patent. Ce dernier préconisait «un confinement strict sur une période de 4 semaines à partir de début février», apprend-on dans sa note du 29 janvier mise en ligne par le gouvernement mercredi, soit près d’un mois après sa remise. Ce seul décalage est, en soi, problématique. En effet, selon les règles du Conseil scientifique, ses avis «sont rendus publics sans délai». Pourquoi se doter d’une telle instance et ne pas respecter les règles de sa mise en place ni suivre ses recommandations ? ».
Le journaliste relève que « les semaines à venir permettront de mesurer la gravité du risque pris à maintenir le pays à un plateau élevé de contaminations, mais les arguments du conseil en faveur d’un reconfinement étaient solides : ralentir la pénétration des variants, permettre la vaccination du plus grand nombre avant leur «explosion», mettre en place une stratégie de dépistage efficace et enfin redescendre sous la barre des 5000 contaminations par jour, seuil en dessous duquel le suivi des cas est plus facilement réalisable ».
Olivier Monod note que « le gouvernement a pourtant décidé de ne pas suivre ces recommandations. Retarder un confinement que personne ne souhaite et dont les conséquences socio-économiques sont très lourdes peut être défendu, mais pourquoi le faire en gardant cachés les éléments factuels de risque de reprise épidémique pointés fin janvier par les scientifiques et que l’on voit maintenant émerger en Moselle, à Nice ou dans le Dunkerquois ? ».
Le journaliste continue : « Lors du deuxième confinement, en novembre, plusieurs voix se sont élevées pour demander plus de débat démocratique sur la stratégie gouvernementale face à la pandémie. Récemment, c’est celle du «vivre avec le virus» qui est mise en question, certains lui préférant la stratégie du zéro-Covid visant à éliminer complètement le Sars-CoV-2 du territoire. Ces options méritent d’être évaluées, discutées ».
« En rendant public en retard les avis du Conseil scientifique, l’exécutif empêche la discussion et la circulation d’informations », poursuit-il.