Covid-19 : en Allemagne, une troisième vague et des divergences sur les restrictions sanitaires
Alors que les Länder préparent des plans de retour progressif à la normale, la courbe des contaminations amorce une légère remontée.
Par Thomas Wieder(Berlin, correspondant)Publié aujourd’hui à 11h32, mis à jour à 14h46
Après deux mois de cours à distance, le retour des enfants à l’école, lundi 22 février, était censé marquer le début de la sortie du tunnel en Allemagne. Mais cette bonne nouvelle est passée au second plan de l’actualité, télescopée par une autre, plus inquiétante : après sept semaines de fort recul, la courbe des contaminations a non seulement cessé de baisser outre-Rhin, mais elle a même amorcé une légère remontée, avec un taux d’incidence passé de 57 à 63 nouveaux cas pour 100 000 habitants entre le 19 et le 26 février.
Certes, l’Allemagne se trouve dans une situation beaucoup moins tendue que certains de ses voisins, comme la République tchèque, où le taux d’incidence est d’environ 670, la France, où il est autour de 220, et les Pays-Bas, où il avoisine 180. Mais, face aux indicateurs peu rassurants de ces derniers jours, le gouvernement ne veut pas laisser penser que la réouverture des crèches et des écoles, avant celle des salons de coiffure, prévue lundi 1er mars, pourrait entraîner la levée d’autres restrictions à court terme. « Nous avons cru que nous étions en train de sortir du tunnel, mais à cause des variants ce n’est pas le cas », a déclaré le ministre de la santé, Jens Spahn, mercredi, devant le Bundestag. Vingt-quatre heures plus tôt, Angela Merkel avait été encore plus directe lors de la réunion hebdomadaire du groupe CDU-CSU : « Nous sommes désormais dans la troisième vague. »
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Dans un tel contexte, quelles décisions prendre ? Alors qu’une nouvelle réunion entre la chancelière et les chefs des Länder doit se tenir, le 3 mars, pour décider des mesures qui s’appliqueront à partir de la semaine suivante, cela faisait longtemps que l’horizon n’était pas apparu aussi flou. Au moment où certaines régions commencent à faire circuler des plans de retour progressif à la normale pour les prochaines semaines, d’autres territoires où le taux d’incidence est pourtant dans la moyenne nationale jouent au contraire la carte de la plus extrême prudence. A l’instar du Land de Basse-Saxe, qui a décidé au dernier moment de repousser au 7 mars la date de réouverture de ses écoles. Ou encore de Hambourg, qui a annoncé, mardi, que le port du masque en extérieur serait désormais obligatoire dans certains quartiers du centre-ville.
Lassitude de la population
En réalité, deux camps s’affrontent. Dans le premier figurent au premier chef les personnels de santé, très inquiets face à la propagation des nouveaux variants. Jeudi, l’Association allemande de soins intensifs et de médecine d’urgence (DIVI), peu coutumière de ce genre d’interventions, a ainsi appelé les autorités à prolonger au moins jusqu’au 1er avril les restrictions actuelles, qui incluent notamment la fermeture des commerces non essentiels et l’interdiction de recevoir chez soi plus d’une personne extérieure à son foyer. « Si ce n’est pas le cas, la troisième vague sera difficile voire impossible à maîtriser », a déclaré son président, Gernot Marx, lors d’une conférence de presse. En cas de levée progressive des restrictions à partir du 7 mars, comme l’envisageait encore le gouvernement début février, le nombre de malades du Covid-19 nécessitant une hospitalisation en soins intensifs pourrait atteindre 25 000 autour de la mi-mai, contre 2 900 aujourd’hui, estime l’association.
Dans l’autre camp, de plus en plus de dirigeants politiques, à l’échelle des Länder plus qu’au niveau fédéral, plaident au contraire pour des assouplissements. C’est notamment le cas dans le Bade-Wurtemberg et la Rhénanie-Palatinat, deux Länder où auront lieu des élections régionales, le 14 mars, et où l’approche du scrutin rend les exécutifs sortants plus sensibles qu’ailleurs à la lassitude de la population et à l’inquiétude des secteurs économiques à l’arrêt, commerce et hôtellerie-restauration en tête.Lire aussi : En Allemagne, l’amélioration de la situation sanitaire nourrit l’impatience de la population
Reste que ces plans de réouverture ne pourront être validés que s’ils ont pour corollaire une augmentation massive du nombre de tests. Or, sur ce front, l’Allemagne est à la traîne. Alors qu’elle était le pays d’Europe qui avait dépisté le plus lors de la première vague du printemps 2020, ce qui lui avait permis de traverser celle-ci de façon beaucoup moins douloureuse que la plupart de ses voisins, elle ne réalise désormais que 2 tests par jour pour 1 000 habitants contre 5 en France et 24 en Autriche.
Accélérer la mise sur le marché de tests rapides et peu onéreux
Pour combler ce retard, le ministre de la santé, Jens Spahn, avait annoncé, le 16 février, que « tout citoyen pourrait se faire dépister gratuitement avec des tests antigéniques par du personnel formé à partir du 1er mars ». Mais cinq jours plus tard, son plan a été retoqué lors d’une réunion de cabinet présidée par MmeMerkel, qui a estimé que la question devait être débattue avec les ministres-présidents des Länder, le 3 mars. Sous le feu des critiques de l’opposition, qui lui reproche son goût des annonces médiatisées pas toujours suivies d’effets, M. Spahn s’est engagé à tout faire pour accélérer la mise sur le marché de tests rapides et peu onéreux à partir de début mars.
Le second front sur lequel le gouvernement est sous pression est celui de la vaccination. Contrairement à ce qui était le cas en janvier, la pénurie de doses n’est plus aujourd’hui la seule cause du faible nombre de personnes vaccinées en Allemagne, où 4,2 % de la population a reçu une première injection, selon le décompte publié, jeudi, par l’Institut de santé Robert-Koch.
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L’autre raison tient à la non-utilisation de quantités importantes de vaccin AstraZeneca pourtant disponibles. Selon les chiffres officiels du gouvernement, seules 238 000 doses de ce vaccin ont en effet été injectées, alors que plus de 1,4 million ont déjà été livrées. Destiné aux moins de 65 ans, ce vaccin pâtit depuis le début d’une mauvaise image. Une réputation que le gouvernement fédéral est accusé de ne pas combattre avec suffisamment de vigueur, y compris par certains de ses partisans. A l’instar du ministre-président de la Hesse, Volker Bouffier, d’habitude soutien fidèle de Mme Merkel, qui a vivement critiqué la façon dont le gouvernement a communiqué sur ce vaccin et qui, lui aussi, a rejoint ces derniers jours le camp des partisans d’une levée prochaine des restrictions, au risque de se trouver en porte-à-faux avec la ligne de la chancelière.Notre sélection d’articles sur le Covid-19
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