L’auto-confinement des personnes âgées fait débat

Covid-19 : les gériatres s’opposent au scénario d’un autoconfinement des personnes âgées

Cette proposition, jugée discriminatoire, a été formulée par cinq membres du conseil scientifique, mais le gouvernement a pour le moment rejeté des mesures basées sur un « contrat social » entre générations. 

Par Delphine Roucaute et Béatrice JérômePublié aujourd’hui à 03h53, mis à jour à 11h08 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/24/les-geriatres-s-opposent-au-scenario-d-un-auto-isolement-des-personnes-agees_6070996_3244.html 

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Une coordinatrice de l’Ehpad Cantou du Lizon réconforte un pensionnaire après le décès de son frère, à Lavans-lès-Saint-Claude (Jura), le 2 février.
Une coordinatrice de l’Ehpad Cantou du Lizon réconforte un pensionnaire après le décès de son frère, à Lavans-lès-Saint-Claude (Jura), le 2 février. AXELLE DE RUSSÉ POUR « LE MONDE »

Faut-il inciter les personnes âgées à se confiner volontairement, pour permettre aux autres catégories d’âge, moins touchées par les formes graves du Covid-19, d’envisager un relâchement des mesures de restriction ? Cette idée, déjà formulée par certains spécialistes à différents stades de l’épidémie, est de nouveau débattue depuis la publication dans la revue The Lancet Public Health, jeudi 18 février, d’une lettre rédigée par cinq membres du conseil scientifique – dont son président, Jean-François Delfraissy – prônant un nouveau « contrat social » entre générations, dans lequel les plus âgés et fragiles accepteraient de s’auto-isoler.

Cette proposition, qui pose des questions éthiques aussi bien qu’organisationnelles, a provoqué un tollé parmi les gériatres, qui réagissent à travers un texte, signé des huit organisations qui composent le Conseil national professionnel (CNP) de gériatrie et adressé au conseil scientifique, dont Le Monde a eu l’exclusivité.

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Le texte rejette l’idée d’« un autoconfinement sur un seul critère d’âge »« Pourquoi les plus âgés plutôt que les autres ? », interroge le professeur Claude Jeandel, président du CNP. « Si le confinement généralisé reste envisagé, c’est faute d’avoir su faire appliquer les mesures de protection », affirme le responsable du pôle de gériatrie au centre hospitalier universitaire (CHU) de Montpellier, pour qui « l’autoprotection doit s’appliquer à tous ». Les gériatres appellent ainsi « à rétablir un contrat social inclusif ». Pour ces professionnels des maladies dues au vieillissement, « un confinement sélectif (…) ne serait ni tenable socialement, ni scientifiquement pertinent ».

Le président Emmanuel Macron s’est du reste ouvertement exprimé à plusieurs reprises contre ce scénario, comme plusieurs membres du gouvernement. Le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, a jugé cette mesure très « discutable »aussi bien au niveau de sa « faisabilité » que de la « solidarité entre les générations qu’elle emporte »« Aucun gouvernement n’a osé expliciter une politique sanitaire qui discriminerait sur la base de l’âge », remarque l’économiste Christian Gollier, directeur de la Toulouse School of Economics.

« Les personnes âgées s’isolent déjà depuis un an »

Pour autant, « sans le dire, beaucoup l’ont fait lors de la deuxième vague de la pandémie. Laisser les écoles et les entreprises ouvertes tout en accordant une attention particulière aux Ehpad [établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes], n’est-ce pas mettre en œuvre une telle politique ? », s’interroge M. Gollier.

Mais en cas de rebond de l’épidémie de Covid-19 ou de ses variants, faut-il aller plus loin, comme le suggère le professeur Delfraissy ? « On vaccine en priorité les personnes âgées au nom de leur fragilité, alors pourquoi ne pas leur demander de faire un effort supplémentaire en leur demandant de se confiner si nécessaire, plutôt que de sacrifier les jeunes et le pouvoir d’achat ? », acquiesce l’économiste.

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Le conseil scientifique a plusieurs fois formulé cette hypothèse de l’auto-isolement dans ses avis successifs remis au gouvernement. Mais comment évaluer l’efficacité d’une telle mesure ? Pour Pierre-Louis Druais, représentant des médecins généralistes au conseil scientifique, « la majorité des personnes à haut risque se protègent déjà et restent chez elles ». « Il s’agit d’une mesure supplémentaire qui n’aurait d’impact qu’à la marge de l’épidémie », estime M. Druais, pour qui l’« important, c’est d’isoler les personnes infectées ».

« Globalement, les personnes âgées s’isolent déjà depuis un an », approuve Aline Corvol, médecin gériatre au CHU de Rennes. Et « les plus vieux en Ehpad ont déjà été sacrifiés pour les plus jeunes : on ne leur a pas laissé le choix, même à ceux qui étaient prêts à prendre le risque d’attraper le Covid pour voir leurs enfants ». Ce n’est donc pas par eux que se fait la circulation du virus aujourd’hui. Pour ce qui est de la saturation des hôpitaux, si les plus de 75 ans occupent 60 % des lits, ils ne sont plus que 25 % dans les services de réanimation. « Cette mesure reviendrait à faire reposer sur les épaules d’une catégorie d’âge l’échec d’une stratégie d’endiguement de l’épidémie », explique Mme Corvol.

S’interroger sur la notion de fragilité

Mais de quelles personnes vulnérables parle-t-on précisément ? Si l’âge est un facteur de risque face au Covid-19, il n’explique pas tout. « On sait qu’il y a une corrélation entre l’âge et la pathologie ou la mortalité de cette maladie, mais le fait que cette corrélation existe ne signifie pas que la totalité de la population âgée est vulnérable », souligne Jean-Philippe Viriot Durandal, sociologue spécialiste du vieillissement.

Il y a un grand écart physique et mental entre les personnes de 75 ans et celles de 90 ans, que cette catégorie fourre-tout de « personnes âgées » ne saurait représenter. « Nous ne sommes pas tous égaux devant le vieillissement, renchérit Olivier Henry, président de la Société de gériatrie et de gérontologie en Ile-de-France. Toutes les personnes de 75 ans ne relèvent pas forcément de la gériatrie, cela dépend des pathologies associées. » C’est pourquoi il semble nécessaire de s’interroger collectivement sur la notion de fragilité et sur la manière dont elle a été systématiquement accolée à une certaine catégorie d’âge.

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Pour inciter les plus fragiles à s’autoconfiner, il faudrait que les instruments de mesure de cette vulnérabilité existent. Or, ils sont balbutiants. La région Occitanie expérimente depuis avril le programme « soins intégrés pour les personnes âgées » (Icope), mis au point par l’Organisation mondiale de la santé : une application qui permet aux plus de 70 ans de tester leur mobilité, mémoire, vue, audition, appétit et humeur. Quand l’une de ces capacités diminue, le médecin traitant est informé.

Rien n’empêcherait que l’application envoie un message de prudence face au Covid-19, mais l’outil n’a pas été conçu pour cet objectif. Il a au contraire « été mis en œuvre rapidement en Occitanie pour en prévenir les effets », souligne Bruno Vellas, responsable du gérontopôle du CHU de Toulouse. Le gouvernement envisage d’étendre ce dispositif à toute la France. Il y a urgence, selon ce praticien.

L’arme principale, la vaccination

« La crise du Covid a révélé la fragilité de notre système de santé en matière de prévention », insiste M. Vellas. Le gériatre met ainsi en garde contre les dangers d’un autoconfinement des plus vulnérables qui « peut encore fragiliser les plus fragiles, si on ne met pas en place des mesures pour évaluer ses conséquences ». « On imagine que la dépendance est inéluctable, alors qu’un cas de dépendance sur deux pourrait être prévenu », rappelle-t-il.

Dans sa tribune, le CNP milite aussi pour cette médecine participative qui permettrait d’« identifier les personnes les plus vulnérables, souvent en situation d’isolement et pas toujours repérées dans nos registres ».

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Mais pour les gériatres, l’arme principale reste la vaccination. « Il faut accélérer le pas, insiste Claude Jeandel. En ciblant les plus âgés, mais aussi les plus fragiles », quelle que soit leur année de naissance. « Il y a une certaine cruauté à envisager que les plus âgés doivent encore se confiner au moment où ils s’accrochent au vaccin comme à un passeport pour la liberté, réagit Michèle Delaunay, ancienne ministre déléguée chargée des personnes âgées (2012-2014). Jusqu’à présent, personne ne nous a dit que les vaccins étaient inefficaces face aux variants. Alors soit l’alerte du professeur Delfraissy est fondée et il doit le dire, soit elle ne l’est pas et il ne faut pas nous décourager ! »Notre sélection d’articles sur le Covid-19

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Delphine Roucaute et  Béatrice Jérôme

*Crise sanitaire : le risque d’un choc intergénérationnel

Une enquête d’Odoxa révèle que 56 % des Français craignent un conflit de générations entre les personnes âgées et la jeunesse. 

Par Béatrice JérômePublié le 16 février 2021 à 10h36 – Mis à jour le 16 février 2021 à 14h49  

Temps de Lecture 7 min. 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/16/crise-sanitaire-le-risque-d-un-choc-intergenerationnel_6070113_3224.html

Faut-il que l’on « sacrifie » les jeunes pour sauver les plus âgés ? Un an après le début de la pandémie, la question hystérise les plateaux télé, inspire les chroniqueurs, excite les réseaux sociaux. Elle est aussi posée de façon passionnée par les lycéens et les étudiants. Le Covid-19 est devenu un virus clivant : selon une enquête d’opinion dont Le Monde révèle les résultats, 56 % des Français craignent un conflit de générations. Ils sont même 60 % à le redouter parmi les 18-34 ans.

Réalisé par l’institut Odoxa (auprès de 1 005 personnes du 3 au 4 février), le sondage a été commandé par le Cercle Vulnérabilités et Société, un groupe de réflexion sur les fragilités sociales et dans le domaine de la santé. « On voit nettement qu’il y a un risque de délitement du lien intergénérationnel avec un risque de rupture si la crise dure », observe Edouard de Hennezel, président fondateur de ce think tank

« On a l’impression d’être punis »

Le conflit latent qui existait avant la crise est en train de se transformer en « choc générationnel », analyse le pédopsychiatre Bruno Falissard. Directeur de recherche à l’Inserm qui enseigne à la Maison des adolescents de Cochin (AP-HP), le professeur Falissard dresse le « tableau clinique » d’un ressentiment croissant des jeunes envers les plus âgés. Avant la pandémie, ils récriminaient contre le coût du logement, la crise économique, la planète « dézinguée » que leur laissait la génération des « boomeurs », celle de Mai 68. Mais les confinements et le couvre-feu ont entraîné l’interdiction de sortir, d’avoir une vie amoureuse, supprimés les petits boulots. Les jeunes peuvent juger « cartes sur table » que des décisions ont été prises pour sauver les plus vieux à leur détriment. Il y a, du coup, une « détestation » envers les plus anciens qui s’exprime.Lire la tribune : « La “génération confinement” paiera pour les baby-boomeurs »

« La tentation chez les jeunes de faire grief aux vieux correspond à une envie de provoquer », observe le psychiatre Jérôme Pellerin, « mais révèle aussi une réelle souffrance », ajoute ce directeur médical au centre René-Capitant, hôpital de jour à Paris pour jeunes adultes. De fait, l’enquête d’Odoxa confirme que les 18-34 ans sont les premières victimes collatérales de la pandémie : 81 % des sondés estiment que « les jeunes et les étudiants sont les plus mal pris en compte dans les décisions gouvernementales ». Parmi les 18-34 ans, 66 % d’entre eux estiment avoir subi une détérioration de leurs relations sociales avec leur famille, leurs amis, leurs collègues, contre 55 % pour les Français. Ils sont aussi 56 % à avoir connu un état dépressif. Un sur deux (51 %) a subi une baisse de pouvoir d’achat. « On a l’impression d’être punis, comme dans une classe quand tous les élèves sont collés à cause d’un seul qui a fait une bêtise, témoigne ainsi Charlotte, 24 ans (qui n’a pas souhaité donner son nom). On cherche des responsables à notre situation et comme on n’a personne à blâmer, on cible spontanément les vieux. Même si, nuance-t-elle, on est ambivalents parce qu’on ne veut pour rien au monde que nos grands-parents attrapent le virus. » 

Marguerite (qui a requis l’anonymat), 25 ans, « ne supporte plus d’être privée de cinéma, de théâtre, de musées, ni qu’on lui interdise d’embrasser [s]a grand-mère. On est dans une société hygiéniste qui nous empêche de vivre au présent alors que, paradoxalement, on nous répète que la mort peut frapper d’un moment à l’autre ceux qu’on aime. Au lieu de chercher à nous responsabiliser individuellement, on sacrifie toute une génération pour en sauver une autre ».

Signal de détresse ou signe que la solidarité des jeunes envers les aînés s’étiole : 56 % d’entre eux se disent favorables à un confinement des seuls plus âgés alors que ce scénario n’est préconisé que par 44 % des Français.

« On nous culpabilise »

Un tabou a donc sauté. Pour le professeur Pellerin, l’opinion de quelques épidémiologistes favorables au bien-fondé d’un confinement des seuls âgés n’a jamais été accompagnée d’un discours politique sur la façon d’accompagner cette décision, ni sur la valorisation des seniors. « Personne parmi les politiques ne dit la valeur ajoutée à retirer des liens qu’on tisse avec les plus âgés », juge-t-il. Il n’y a donc, à ses yeux, « en pleine crise, aucun garde-fou pour empêcher le clivage entre générations ».Lire aussi le récit : Les liens entre générations à l’épreuve du Covid-19

L’image « négative du vieillissement dans notre société induit la tentation de faire des personnes âgées des boucs émissaires », considère Annabelle Vêques, directrice de la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa). « La tentation de les rendre responsables de la situation des jeunes est la marque d’une vision qui déprécie la vieillesse, la discrimine, c’est une manifestation de ce qu’on appelle l’âgisme », aux yeux de Pascal Champvert, président de l’Association des directeurs au service des personnes âgées.

Si le ressentiment des jeunes les blesse, l’idée qu’on songe à les reconfiner indigne la majorité des personnes âgées. « On nous culpabilise en nous rendant responsables de ce que vivent les jeunes, rapporte Marie-Jo Jimenez, 75 ans. On a l’impression qu’on dérange, qu’on est vus comme des privilégiés. » L’enquête d’Odoxa montre que 70 % des 65 ans et plus estiment que les jeunes ne se rendent pas compte des difficultés qu’ils rencontrent. Denise Maréchal, résidente d’un Ehpad en Ariège, voudrait que « certains intellectuels ou médecins retiennent leurs souhaits de confinement des gens fragiles ». Il faut, dit-elle, qu’ils comprennent « la souffrance de ces vieilles personnes de ne pas pouvoir revoir, au cours de leurs dernières années de vie, leurs enfants et petits-enfants qui sont pour elles leur joie et leur tendresse ». 

Empathie de la société

Comment prévenir ce « choc des générations » ? Pour Edouard de Hennezel, « la proposition des jeunes de les reconfiner doit être lue comme un appel de détresse et comme un besoin de pédagogie” ». Vulnérabilités et Société suggère, sur le modèle de la convention citoyenne pour le climat, un débat national qui permette à chaque génération de discuter des efforts qu’elle serait prête à consentir.

Lire aussi : Le dilemme du gouvernement face à la détresse d’une jeunesse qui se sent sacrifiée

L’enquête d’Odoxa ne dresse toutefois pas qu’un tableau sombre des liens intergénérationnels. Elle souligne l’empathie de la société envers les jeunes : 81 % de la population et 80 % des 65 ans et plus pensent qu’ils ont été les oubliés de la crise. Marie-Francoise Fuchs, fondatrice de l’association Old’Up qui regroupe quelque 300 personnes âgées, estime que la situation est « moins terrible pour nous que pour nos petits-enfants qui ne peuvent vivre cet âge d’or des rencontres amicales ou amoureuses. On les prive de cette entrée dans la vie et c’est un manque irréparable qui me paraît dramatique », dit cette médecin à la retraite.

Farouchement hostile à toute injonction aux personnes âgées de se reconfiner qui viendrait du gouvernement, Mme Fuchs considère, en revanche, que « nous aurions pu dire collectivement que nous étions prêts à rester chez nous à condition que ce soit sur un mode volontaire ». Selon Odoxa, 26 % des retraités seraient prêts à se confiner pour rendre leur liberté aux autres. C’est le cas de Chantal Fossat, 71 ans, qui considère que c’est aux générations âgées de faire un effort pour les plus jeunes.

Pour une partie des jeunes aussi les ponts sont loin d’être coupés avec les aînés. Il y a des jeunes « défaitistes », dit Gwendoline Munerel, 28 ans, pour lesquels la vie des personnes âgées ne vaut pas qu’ils se « sacrifient ». Mais il y a aussi des jeunes « volontaristes », prêts à donner de leur temps, assure cette bénévole des Petits Frères des pauvres. « Quand on est jeune et qu’on a la vie devant soi, on peut mettre sa vie en stand-by quelques mois, voire une année, pour les plus âgés, ne serait-ce que pour tout ce qu’ils ont fait pour nous, notamment ceux qui ont subi la guerre », poursuit la jeune femme qui tient régulièrement compagnie à Huguette qui vit seule à 85 ans. Depuis le début de la crise, Gwendoline voit l’arrivée d’une jeune génération de bénévoles aux Petits Frères des pauvres. Pour Mme Fuchs, la fondatrice d’Old’Up, les personnes âgées aussi ont une responsabilité dans le maintien du lien avec les générations plus jeunes.

Faire en sorte que les douleurs de la jeunesse pendant la crise ne se transforment pas en rancœur envers les plus âgés suppose que nous « ne soyons pas seulement en position de quémandeurs, dit-elle. Il faut absolument que notre génération démontre son utilité et sa capacité à contribuer à la société. Le jour où on ne nous demandera plus seulement ce dont on a besoin mais ce dont on est capables, on pourra être reconnus comme des citoyens à part entière », lance cette ancienne psychanalyste qui milite pour que le service civique réservé aux jeunes jusqu’à 30 ans soit ouvert à tous sans limite d’âge.

Béatrice Jérôme

**Un comité mis en place pour lutter contre l’isolement des personnes âgées

Lancé à l’initiative de la ministre déléguée à l’autonomie, Brigitte Bourguignon, ce comité a notamment pour vocation d’encourager « la mobilisation citoyenne » qui s’est manifestée pendant la crise en faveur des personnes isolées. 

Par Béatrice JérômePublié le 16 février 2021 à 11h45 – Mis à jour le 17 février 2021 à 09h51  

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/16/un-comite-mis-en-place-pour-lutter-contre-l-isolement-des-personnes-agees_6070133_3224.html

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La crise sanitaire a rendu Claudine Wierzbicki à sa solitude. Cette retraitée de la Sécurité sociale se rendait, avant le premier confinement, presque chaque jour au 145, rue de Crimée, dans le 19e arrondissement de Paris. A cette adresse, elle poussait la porte du Carrefour des solidarités, une association subventionnée par la Mairie de Paris, ouverte aux personnes âgées du quartier moyennant une cotisation de 25 euros par an. Mais les mesures de protection contre le virus ont limité l’accès quotidien du « club » à quelques bénéficiaires pour éviter les contaminations. Finis les cours de sophrologie, les ateliers d’écriture, de lecture, de philosophie qui égayaient sa semaine. « A part mon fils, je ne vois plus personne. Je suis seule mais je m’y suis faite », soupire la vieille dame de 79 ans.

Elle n’est pas la seule dans ce cas. Pour remédier contre un fléau qui touche de plus en plus de seniors depuis un an, la ministre déléguée à l’autonomie, Brigitte Bourguignon, a installé, lundi 15 février, le premier comité stratégique de lutte contre l’isolement des personnes âgées. L’occasion pour Mme Bourguignon de manifester son ambition de s’attaquer à un angle mort des politiques de l’Etat en faveur du grand âge. « Force est de constater qu’en dehors des périodes de crises, le quotidien des personnes âgées intéresse peu de monde. J’appelle cela de l’indifférence, et je n’accepte pas cette conception de la vie en société qui n’en est pas une », a énoncé la ministre lors de la visioconférence qui a permis l’installation du comité stratégique.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  La politique du grand âge, angle mort du gouvernement

« La France compte 3 millions de personnes en France en risque d’isolement relationnel », a rappelé Yann Lasnier, délégué général de l’association des Petits Frères des pauvres. Pendant le premier confinement, au printemps 2020, 720 000 personnes âgées isolées n’ont eu aucun contact avec leur famille.

Les chantiers avancent lentement

Jusqu’ici la bataille contre l’isolement était essentiellement sous-traitée aux grandes associations. La loi « adaptation de la société au vieillissement » de décembre 2015, lancée par Michèle Delaunay, alors ministre déléguée aux personnes âgées, avait esquissé la mise en réseau des grands acteurs associatifs au sein de la structure Monalisa pour « mobilisation nationale contre l’isolement des âgés ». Mais le dispositif n’a pas pu être déployé autant que prévu. L’association Monalisa ne reçoit plus depuis le 1er janvier de financement de l’Etat. La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), qui dépend du ministère de la santé, a vocation à reprendre le travail engagé par cette association et à mieux contrôler l’effectivité des actions engagées. Encore faut-il que la caisse dispose de moyens financiers suffisants. « J’ai eu l’occasion de pousser pour que les moyens humains de la CNSA puissent être renforcés dans ses actions », a glissé lundi Mme Bourguignon.

La feuille de route du comité stratégique prévoit d’encourager « la mobilisation citoyenne » qui s’est manifestée pendant la crise en faveur des personnes isolées. Mme Bourguignon a mis en avant le déploiement du service civique pour les jeunes. La ministre a également insisté sur les initiatives qui favorisent les liens entre les générations tel que le jumelage entre un Ehpad et une école, une des idées portées par Jérôme Guedj dans le rapport conclusif sur sa mission contre l’isolement des personnes âgées, que l’ancien patron (PS) de l’Essonne a remis en juillet à Edouard Philippe. Elle a également indiqué qu’elle voulait « renforcer une politique territoriale de proximité, en lien avec les élus locaux, dans les communes et leurs CCAS [Centres communaux d’action sociale] »

Pour autant, malgré la volonté de donner de la visibilité à l’engagement de l’Etat, les chantiers avancent lentement. C’est notamment le cas de celui du « repérage » des personnes âgées isolées qui restent en dehors des radars.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Covid-19 : la déprime des personnes âgées isolées

Les fichiers des personnes isolées dont disposent les communes pourraient être élargis à tout nouveau bénéficiaire de l’allocation personnalisée d’autonomie, ne cesse de rappeler Jérôme Guedj depuis la remise de son rapport à l’été. Le sujet est devenu « une tarte à la crème », s’est-il excusé, lundi. La modification de la loi qui doit rendre possible cette réforme n’est toujours pas engagée. Les acteurs n’ont toutefois pas manqué de saluer cette première étape d’une nouvelle mobilisation nationale à travers la naissance de ce comité stratégique qui devra se réunir chaque trimestre en leur présence.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Crise sanitaire : le risque d’un choc intergénérationnel

Béatrice Jérôme

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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