Désaccords de l’équipe gouvernementale dans le débat sur l’islamo gauchisme

Emmanuel Macron empêtré dans le débat sur l’« islamo-gauchisme »

Après la tempête provoquée par la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, les troupes du président se sont succédé dans les médias pour étaler leurs désaccords. 

Par Sarah BelouezzaneAbel MestreSylvia Zappi et Olivier Faye

Publié aujourd’hui à 04h47, mis à jour à 09h49  

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Emmanuel Macron lors d’une visioconférence en amont de la conférence sur la sécurité à Munich, depuis l’Elysée à Paris, le 19 février.
Emmanuel Macron lors d’une visioconférence en amont de la conférence sur la sécurité à Munich, depuis l’Elysée à Paris, le 19 février. BENOIT TESSIER / REUTERS

« Marginal » ou « indubitable » ? Le gouvernement semble avoir perdu sa boussole pour qualifier l’« islamo-gauchisme », phénomène dont la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, estime qu’il « gangrène » l’université.

Durant tout le week-end, les troupes d’Emmanuel Macron se sont succédé dans les médias pour étaler leurs désaccords, un classique au sein de l’exécutif quand arrivent les questions de laïcité ou d’identité. « Si phénomène il y a, il est extrêmement marginal, a ainsi évacué, dimanche 21 février, sur RTL, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. La priorité aujourd’hui pour le gouvernement c’est d’aider les étudiants à traverser cette crise [due au Covid-19]. »La veille, pourtant, sur BFM-TV, son collègue ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qualifiait l’« islamo-gauchisme » de « fait social indubitable »« Ce serait vraiment ne pas regarder la vérité en face que de ne pas voir que l’université, les services publics, des associations sont touchés par l’islamisme aidé parfois par les gauchistes », a appuyé pour sa part le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, dimanche sur Radio J.Lire aussi  « Islamo-gauchisme » : Vidal, Darmanin, jeu dangereux

Comme souvent, ce type de débat échappe à celui qui l’a lancé. Il en va ainsi de Frédérique Vidal, qui avait allumé la mèche, le 14 février, en dévoilant son intention de demander une enquête au CNRS sur l’imprégnation de l’« islamo-gauchisme » au sein de l’université, afin de distinguer « ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion ». Une manière de viser, en particulier, le champ des études postcoloniales, importé des Etats-Unis.

« La menace d’une répression intellectuelle »

Le tollé a été immédiat et massif dans une partie du monde universitaire et politique. « Nous ne pouvons que déplorer l’indigence de Frédérique Vidal, ânonnant le répertoire de l’extrême droite sur un islamo-gauchisme imaginaire », ont dénoncé, dans une tribune au Monde, samedi, plus de 800 membres du personnel de l’enseignement supérieur et de la recherche.

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Assurant déceler dans ses propos « la menace d’une répression intellectuelle », ils réclament sa démission. « Elle doit partir. La ministre qui porte la disqualification de la recherche et de l’enseignement supérieur dans notre pays ne peut rester en poste », a approuvé, dimanche, sur France 3, le député européen (Europe Ecologie-Les Verts) Yannick Jadot. « Nous ne sommes pas dans un exercice de confrontation d’idées mais dans une dérive inacceptable où le pouvoir s’autorise à dire ce que les chercheurs peuvent chercher », critique le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, qui souligne « une forme de maccarthysme, une censure qui ne dit pas son nom ».

Frédérique Vidal s’est défendue dans les colonnes du Journal du dimanche le 21 février, arguant du « ressenti de nos concitoyens » et d’« un certain nombre de faits ». Ainsi de « l’empêchement, dans certains établissements, d’une représentation des Suppliantes d’Eschyle, ou de la lecture d’un texte de Charb ».

L’enquête réclamée au CNRS sera bien menée, a-t-elle confirmé, même si certains au gouvernement auraient préféré qu’elle soit confiée à l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche. « Il s’agit d’une enquête, mais au sens sociologique du terme, donc d’un travail de recherche ou d’une étude scientifique », afin de « quantifier les choses, sortir du ressenti et du présupposé », a défendu Mme Vidal.

Un recadrage élyséen clair et ferme

Bénéficie-t-elle du soutien d’Emmanuel Macron dans cette entreprise ? Rien n’est moins sûr. L’Elysée renvoie aux déclarations de Gabriel Attal à l’issue du conseil des ministres, mercredi 17 février. Le porte-parole du gouvernement avait alors rappelé l’« attachement absolu » du chef de l’Etat « à l’indépendance des enseignants-chercheurs ». Un recadrage clair et ferme.

« Vidal est plus près de la porte que de l’augmentation », commente un conseiller de l’exécutif. « Je n’ai pas bien compris l’utilité de cette sortie. Elle est critiquée partout dans la majorité », lâche pour sa part un proche du président de la République

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Même ceux qui partagent la conviction de Frédérique Vidal doutent du bien-fondé de cette prise de position, à l’heure où les étudiants souffrent de ne pas pouvoir suivre leurs cours normalement du fait des restrictions liées à la crise sanitaire. « Sur le fond, elle a raison. Sur le plan tactique, je n’en sais rien. Est-ce que c’était le bon moment pour amener ça ? », fait mine de s’interroger un ministre.

Cette sortie paraît d’autant plus étrange que la même Mme Vidal avait critiqué à mots couverts Jean-Michel Blanquer, en octobre 2020, pour avoir dénoncé les « ravages » de « l’islamo-gauchisme » dans l’enseignement supérieur« L’université n’est pas un lieu d’encouragement ou d’expression du fanatisme », avait-elle alors estimé dans une tribune pour L’Opinion, érigeant « la liberté des universités » en principe fondamental.

« Dérives intellectuelles »

« La tradition universitaire française, c’est aussi la confrontation d’idées venant de tous les continents, analysées au prisme de la controverse scientifique », ajoutait la ministre. Une vision à rebours de celle développée par Emmanuel Macron dans son discours des Mureaux (Yvelines) contre le « séparatisme islamiste », prononcé le 2 octobre 2020. Le chef de l’Etat y déplorait à l’époque le fait d’avoir « laissé le débat intellectuel à d’autres, à ceux qui sont hors de la République » ou bien « à d’autres traditions universitaires », avec « certaines théories en sciences sociales totalement importées des Etats-Unis d’Amérique ».

Cela n’avait pas empêché le président (La République en marche) de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, de fermer la porte, quelques semaines plus tard, à une demande des députés Les Républicains (LR) Julien Aubert (Vaucluse) et Damien Abad (Ain), qui réclamaient l’ouverture d’une mission d’information sur « les dérives intellectuelles idéologiques dans les milieux universitaires ».

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« Une expertise parlementaire pour mesurer ce qui se passe dans la Cocotte-Minute universitaire » paraît pourtant « nécessaire », estime Guillaume Peltier, député (LR) du Loir-et-Cher. « Chacun sait et voit combien une certaine gauche, repentante de notre histoire et de notre identité, trahissant Jaurès et Clemenceau, est la complice quotidienne, volontaire et consciente du communautarisme islamique, tentant de masquer la recherche désespérée de nouveaux électeurs par une pseudo-défense des minorités », attaque le numéro deux du parti de droite.

« L’islamo-gauchisme, ça n’existe pas. Ni à La France insoumise ni nulle part », a répliqué, pour sa part, Jean-Luc Mélenchon. Selon le chef de file de LFI, ce débat s’inscrit dans un récit global conduit depuis plusieurs mois par l’exécutif : celui d’une hostilité vis-à-vis de l’islam et des musulmans, dont la loi « confortant les principes républicains » (dite séparatisme) serait une autre manifestation. « On a déjà connu ça avec le judéo-bolchévisme, et là ils refont pareil, a estimé le député des Bouches-du-Rhône dans une vidéo. C’est une vieille méthode criminelle, d’étape en étape, on franchit des seuils. »

Sarah Belouezzane,  Abel Mestre,  Sylvia Zappi et  Olivier Faye

Voir aussi:

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/02/25/islamo-gauchisme-confusion-dans-le-domaine-de-la-recherche-confusion-dans-le-monde-politico-mediatique-des-evenements-locaux-marginaux-et-minoritaires-sont-livres-a-lopinion-publique-c/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/02/24/les-macronistes-rattrapes-par-le-clivage-gauche-droite-a-travers-lislamo-gauchisme/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi