Covid-19 : le gouvernement sous pression face à la remontée du virus
L’exécutif surveille l’épidémie de Covid-19 qui resurgit en particulier dans les Alpes-Maritimes, la Moselle et le Nord. Pour y faire face, des confinements territoriaux sont envisagés, mais un confinement total du pays n’est pas non plus écarté.
Par Olivier Faye, Claire Gatinois et Alexandre Lemarié
Publié aujourd’hui à 05h21, mis à jour à 14h42
Temps de Lecture 4 min.

L’ascenseur émotionnel continue. Trois semaines après la décision surprise d’Emmanuel Macron de ne pas reconfiner le pays, l’exécutif se trouve de nouveau sous pression face à une résurgence de l’épidémie de Covid-19. Après avoir fait preuve d’optimisme – le ministre de la santé, Olivier Véran, allant jusqu’à juger« possible » que la France ne soit « jamais reconfinée » –, le vent tourne. En cause : la multiplication des foyers provoquée par une circulation accrue des variants. Trois territoires font l’objet d’une surveillance renforcée au sommet de l’Etat : les Alpes-Maritimes, la Moselle et le Nord. Mais c’est toute la France qui retient son souffle.
Lundi 22 février, la préfecture des Alpes-Maritimes a annoncé l’instauration d’un confinement du littoral les deux prochains week-ends pour faire face à la flambée des cas à Nice et dans sa région. Et à Dunkerque, « des mesures supplémentaires de freinage » de l’épidémie vont être mises en place, a annoncé Matignon mardi à l’issue d’une concertation avec les élus.
De quoi ouvrir la voie à une différenciation de la riposte sanitaire ? Selon l’entourage du premier ministre, Jean Castex, « rien n’est exclu, ni une stratégie territoriale ni un confinement national, y compris “serré” ». Fermeture des écoles comprises, donc. Pour échapper à cette option de dernier recours, le gouvernement espère circonscrire les quelques foyers épidémiques déjà déclarés.
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Depuis plusieurs jours, l’entourage d’Emmanuel Macron assure voir apparaître « un Covid géographique », avec une circulation à la hausse ou à la baisse en fonction des départements. De quoi justifier un traitement à la carte. D’autant que les réponses diffèrent selon les endroits. « A Nice ou à Dunkerque, le niveau de circulation du virus est très élevé, avec un taux d’incidence supérieur à 700 cas pour 100 000 habitants, cela suppose des mesures de gestion locales renforcées pour limiter les contacts et donc la circulation de l’épidémie. En Moselle, l’alerte provient d’une remontée anormalement élevée de cas de variants sud-africain et brésilien, donc le but c’est de traquer ces variants et de casser les chaînes de contamination », précise le ministère de la santé.
Risque de redémarrage
« Il aurait fallu agir il y a dix jours déjà pour décider d’un confinement court et localisé qui soit un véritable coup de frein à l’épidémie plutôt que ces couvre-feux interminables », s’agace le maire (Les Républicains, LR) de Metz, François Grosdidier. « S’il y a nécessité d’un confinement, il faut avoir le courage de le faire », ajoute Jean Rottner, président LR du conseil régional du Grand-Est. Tous deux se montrent néanmoins satisfaits que le gouvernement accepte « enfin » de mettre en place une stratégie « territorialisée ».
Sauf que la situation se dégrade aussi au niveau national. Lundi, le pays a enregistré 333 nouveaux décès à l’hôpital en vingt-quatre heures, portant le total à 84 613 morts. Dans le même temps, 367 patients supplémentaires ont été hospitalisés, soit un total de 25 831. L’Ile-de-France, les Hauts-de-France et la région PACA représentent des sources d’inquiétudes particulières à l’Elysée. « La tendance sur les trois derniers jours n’est pas bonne, elle n’est plus bonne », avait déjà alerté Olivier Véran, samedi. Même ton alarmiste du directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch. « On est sur une tendance qui est assez préoccupante, a-t-il déclaré, lundi, sur France Inter. Le nombre d’entrées en réanimation en janvier c’était 25 par jour, maintenant c’est 50 par jour. »
Lors d’un échange avec des parlementaires de la majorité, vendredi, M. Macron a prévenu qu’il comptait prendre « huit à dix jours pour voir comment la situation évolue », dans un sens comme dans l’autre. Pour la première fois depuis des mois, le chef de l’Etat avait évoqué l’hypothèse d’un allègement des contraintes en cas d’embellie sur le front sanitaire. Mais il s’est aussi montré inquiet face à la hausse des températures, susceptible de favoriser la diffusion du virus. « La tendance n’est malheureusement pas à desserrer la contrainte », s’est désolé le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, dimanche, sur RTL. « Pour l’instant, la situation reste stable, mais à un niveau élevé avec plus de 20 000 nouveaux cas par jour, et les variants créent une réelle incertitude », rappelle l’entourage de M. Véran. Avant de mettre en garde : « Le risque d’un redémarrage fort est réel. » « Si la hausse se confirme, il faudra agir. Si elle reste sur un plateau, tu peux tenir avec des mesures locales », veut croire un proche de M. Macron.
L’exécutif balaie en tout cas l’idée d’appliquer la stratégie « zéro Covid », avec un confinement strict et long afin d’en finir, une bonne fois pour toutes, avec l’épidémie. « Cela ne nous permettra pas d’éradiquer le virus », souligne-t-on à Matignon, en référence au cas de l’Allemagne, où les courbes de contamination ne baissent plus en dépit des restrictions strictes imposées depuis la mi-décembre avec la fermeture des établissements scolaires.
« Nous devons accélérer ensemble la production de vaccins »
Il reste toutefois des motifs d’espérer une « éclaircie au bout du tunnel », selon les mots de M. Attal. Au-delà des tests salivaires, qui doivent être distribués en masse dans les écoles après les vacances, l’exécutif mise sur le déploiement de la campagne de vaccination, dont le rythme s’est accéléré. « Aujourd’hui, la majorité des personnes en maison de retraite ont été vaccinées (75 %), avec un bon taux d’acceptation, s’est félicité lundi sur LCI Alain Fischer, qui coordonne la stratégie vaccinale française. Dans un délai pas trop lointain, on peut espérer en voir les premiers effets. »
Lundi, à l’issue d’un entretien à l’Elysée avec le directeur général de Sanofi, Paul Hudson, Emmanuel Macron a salué la décision du laboratoire de produire en France le vaccin contre le Covid-19 de son concurrent américain Johnson & Johnson. « Nous devons accélérer ensemble la production de vaccins via des partenariats industriels », a réagi le chef de l’Etat sur Twitter. Un moyen d’« élargir l’offre » dans la campagne vaccinale, selon l’Elysée. Et une arme de plus pour parvenir à tenir la promesse présidentielle de vacciner tous les adultes volontaires « d’ici à la fin de l’été ».Notre sélection d’articles sur le Covid-19
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