« Islamo-gauchisme » : « Au secours, le clivage droite-gauche revient ! »
Dans une tribune au « Monde », un collectif de députés LRM et de ministres proches d’Emmanuel Macron, dont Cédric O, Stanislas Guerini, Elisabeth Moreno et Stéphane Sejourné, refuse le débat entre « contempteurs de l’islamo-gauchisme » et « défenseurs de l’intersectionnalité ».
Par Collectif Publié aujourd’hui à 06h03, mis à jour à 11h58
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Tribune. L’irrationalité actuelle autour du concept d’islamo-gauchisme est emblématique de la dérive du débat politique. Reprenant les propos du journaliste qui l’interroge, Frédérique Vidal s’exprime douze secondes sur le sujet, lors d’une interview à CNews qui aura duré vingt-deux minutes et traité par ailleurs de sujets autrement plus importants pour le quotidien sous Covid-19 des étudiants. Peu importe la détresse financière, sociale et psychologique de la génération actuelle : il fallait que le vocable employé annihile le reste. Intersectionnalité, post-colonialisme, privilège blanc, islamo-gauchisme… Le fétichisme des termes serait risible s’il n’avait pas des conséquences très graves sur la faculté de traiter des problèmes sociaux et sociétaux complexes et profondément enracinés dans la société française.
On retrouve ici tout ce qui a rendu le clivage droite-gauche stérile et délétère.
Stérile, parce qu’on enferme ainsi l’autre « camp » dans une essentialisation qui ne permet plus aucun débat : anti-« islamo-gauchisme » d’un côté, pro-« intersectionnalité » de l’autre ne peuvent évidemment pas se comprendre mutuellement et encore moins se parler. Les anathèmes remplacent les arguments, et la violence est moins suscitée par la réalité des faits, pourtant terrible, que par la manière dont elle est analysée.
Ce clivage est également délétère : à s’écharper ainsi sur les plateaux télé, on passe tout simplement à côté de la vie quotidienne, beaucoup moins faite d’intersectionnalité et/ou d’« islamo-gauchisme » que de discriminations pures et simples. Que l’on soit, aujourd’hui, dans « le pays de l’égalité », victime de beaucoup plus de discriminations lorsqu’on est une femme noire et homosexuelle plutôt qu’un homme blanc et hétérosexuel est une donnée quantitativement démontrée et indiscutable, scandaleuse en soi et qui produit des ravages dans notre société. Symétriquement, la difficulté historique d’une partie de l’extrême gauche à gérer certaines résonances malsaines entre luttes sociales, essentialisation raciale ou encore dérives antisémites du débat sur les territoires occupés est un fait politique spécifique, commenté par ceux-là mêmes qui en ont été les acteurs, sans qu’il soit besoin de noyer une réalité historique dans un terme attrape-tout.
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Refuser de traiter la question des origines ou celle de la couleur de peau au sein des problématiques de discrimination par peur d’abîmer l’universalisme à la française est non seulement inconséquent, mais aboutit à crédibiliser les propos de ceux-là même qui défendent une essentialisation du débat. A l’inverse, que certains puissent voir dans cette intersectionnalité une matrice constitutive de nos sociétés et le prisme indépassable de toute lecture politique est tout autant contestable. Lorsque cette approche est poussée jusqu’à l’absurde du déboulonnement des statues et de l’effacement de la complexité historique, elle est dangereuse. L’histoire nous rappelle qu’il n’y a qu’un pas de l’annihilation du passé au nom d’un homme nouveau à celle des individus qui représentent ce passé.
En jeu, notre identité et notre capacité à changer le réel
Le credo et l’éthique politique porté par Emmanuel Macron et le mouvement En marche ! dès 2016 et lors des campagnes électorales de 2017 refusaient le cadre du débat gauche-droite, qui enferme dans des totems conceptuels et sémantiques, pour défendre à la place une approche par les faits et l’efficacité des politiques publiques. Le risque que nous courons, dans le débat actuel serait de substituer à nouveau un débat stérile à une réalité qui nécessite pourtant d’unir largement nos forces, tant elle est compliquée à changer.
Dans les deux cas, l’essentialisation des personnes et la bataille gramsciste autour de la sémantique empêchent tout débat et grèvent l’action publique. Nous devons refuser de nous laisser enfermer dans le piège qui consisterait à remplacer « droite » par « contempteur de l’islamo-gauchisme » et « gauche » par « défenseur de l’intersectionnalité ». Ce n’est pas seulement notre identité qui est en jeu, c’est également et surtout notre capacité à changer le réel, qui est la seule raison pour laquelle nous nous sommes engagés dans le combat politique.
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Changer le réel, c’est, par exemple, promouvoir l’approche géographique dans la lutte contre les discriminations – précisément parce qu’à la différence de la couleur de peau ou de l’orientation sexuelle, on peut réussir à changer d’endroit où vivre. Le dédoublement des classes de CP en zones REP [Réseau d’éducation prioritaire] et REP+, les emplois francs, la suppression de la taxe d’habitation pour quatre cinquièmes des Français ou, plus récemment, le plan de 3,3 milliards d’euros annoncé pour les quartiers dans le cadre de la politique de la ville, attaquent les inégalités à la racine et changent la vie de ceux qui sont les premières victimes de discrimination, sans qu’il soit nécessaire de se lancer dans une autre assignation à résidence – sémantique cette fois.
Signataires : Laetitia Avia, députée de Paris et porte-parole LRM ; Jean-Marc Borello, délégué général adjoint LRM en charge de l’engagement citoyen ; Olivia Grégoire, secrétaire d’Etat chargée de l’économie sociale, solidaire et responsable ; Stanislas Guerini,délégué général de LRM et député de Paris ; Nadia Hai, ministre déléguée à la ville ; Roland Lescure, député (LRM) des Français établis hors de France ; Elisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances ; Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’Industrie ; Cédric O, secrétaire d’Etat chargé de la transition numérique et des communications électroniques ; Stéphane Sejourné, député européen (LRM) ; Adrien Taquet, secrétaire d’Etat chargé de l’enfance et des familles.
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