Covid-19 en Afrique: une faible propagation ou un recueil insuffisant

Publié le 23/02/2021

Covid-19 en Afrique : un paradoxe, mais quel paradoxe ?

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Si beaucoup de questions restent sans réponse au sujet de la pandémie de Covid-19, l’une d’elles est particulièrement intrigante. Il s’agit de la raison pour laquelle une partie de l’Afrique semble avoir été épargnée par le virus. Alors que la Covid-19 serait au 12e rang des causes de décès au niveau mondial, elle se situerait au 45e rang en Afrique. Aucune raison évidente ne permet d’expliquer pourquoi le SARS-CoV-2 ne se propagerait pas de la même façon à Nairobi, Accra ou Lagos qu’à New York, Londres ou Mumbai. Les données les plus nombreuses concernant l’impact de la Covid-19 en Afrique viennent d’Afrique du sud, qui a documenté plus de 750 000 cas, au moins 20 000 décès et un taux de létalité de 2,7 %.

Ce « paradoxe africain » a inspiré de nombreux articles et plusieurs hypothèses. Parmi celles-ci : l’exposition à d’autres coronavirus, à l’origine d’une immunité croisée ; le jeune âge de la majorité de la population africaine, lui permettant de mieux supporter la maladie ; l’expérience acquise par les services de santé au cours de l’épidémie d’Ebola ; ou encore de possibles effets non spécifiques des vaccins BCG, polio oral et rougeole, qui amélioreraient l’immunité. Une explication plus simple est aussi avancée : il s’agit du manque de recueil de données. La surveillance systématique d’une pandémie nécessite de considérables ressources, ce dont ne disposent pas de nombreux pays africains.

Test post-mortem positif dans près de 16 % des cas

A Lusaka en Zambie, un système de surveillance post-mortem pour les pathogènes respiratoires en pédiatrie était en place bien avant la survenue de la pandémie. Il a été adapté à la surveillance de la Covid-19, en l’étendant à tous les groupes d’âges. Les résultats pour les 3 premiers mois de surveillance (juin à septembre 2020) sont présentés dans le British Medical Journal.

Les données portent sur 364 tests PCR réalisés dans les 48 heures post-mortem. Et les auteurs sont surpris de constater une prévalence élevée de mortalité en lien avec la Covid-19. Le SARS-CoV-2 est retrouvé dans 58 cas (15,9 %) pour la valeur seuil de cycles d’amplification (Ct) inférieure à 40, et dans 70 cas (19,2 %) pour n’importe quel nombre de cycles. La majorité des décès sont survenus à domicile, en dehors de toute structure de soins (51/70) et aucun de ces patients n’avait été testé avant le décès.

Cela est sans doute un facteur important de sous-estimation de l’impact de la Covid-19 à Lusaka. Mais force est de constater que le test est également rarement réalisé dans les structures de soins, puisque sur les 19 personnes décédées à l’hôpital, seules 6 avaient été testées, alors que presque toutes présentaient des symptômes typiques de la Covid-19.

10 % des décès ont concerné des enfants

Les données montrent aussi que les décès surviennent dans toutes les catégories d’âges, mais que, contrairement à ce qui est décrit en Europe, aux USA ou en Chine, 76 % des personnes décédées avaient moins de 60 ans. Enfin, 10 % des décès sont survenus chez des enfants (n = 7) dont 3 chez des nourrissons. Cela pourrait s’expliquer par la prédominance des symptômes gastro-intestinaux dans cette classe d’âge. Un enfant seulement avait été testé.
L’analyse des facteurs de risque montre quelques spécificités propres à l’Afrique : les comorbidités les plus fréquentes sont la tuberculose (31 %), l’hypertension (27 %), l’infection par le VIH (23 %), l’abus d’alcool (17 %) et le diabète (13 %).
En octobre 2020, le Centre africain de contrôle des maladies rapportait un total cumulé de 21 millions de tests pour le SARS-CoV-2 réalisés sur le continent, dont environ 60 % dans seulement 5 pays : l’Afrique du sud, le Maroc, l’Égypte, le Kenya et l’Éthiopie. A titre de comparaison, les Etats-Unis, où la population compte pour moins d’un tiers de celle de l’Afrique, ont réalisé plus de 192 millions de tests.

Dr Roseline Péluchon

RÉFÉRENCES

Mwananyanda L et coll. : Covid-19 deaths in Africa: prospective systematic postmortem surveillance study. BMJ 2021;372:n334

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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