
Commentaires Dr Jean SCHEFFER:
« Pour un système de santé éfficient et accessible à tous: des solutions existent »
-Un clinicat-assistanat pour tous, la solution miracle et universelle
Plusieurs rapports démontrent que toutes les mesures pour inciter les jeunes médecins à s’installer dans les déserts médicaux, si elles ont pu ponctuellement être une solution, elles ont globalement échoué. Il en sera de même pour toutes ces propositions qui peuvent cependant être utiles ponctuellement .
La multitude des aides n’a pas solutionné les déserts sauf cas particulier et la gabegie financière a été dénoncée par la cour des comptes (cf la carte des installations en 2016, la quasi-totalité des installations a eu lieu en dehors des zones à pourvoir)
https://1drv.ms/p/s!Amn0e5Q-5Qu_rkt0or-uf-q1Y87L?e=XgKU9C
Seule une régulation de l’installation des généralistes et spécialistes avec l’augmentation du numerus clausus, pourra avec le maintien des mesures existantes d’aides aux installations, modifier la donne.
Elle est réclamée depuis de nombreuses années, y compris par l’Ordre des médecins en Août 2012 (qui s’est rétracté par la suite), par les Doyens de faculté, par les Maires des petites villes et des villes moyennes, par 90% des Français, par de multiples organismes:
http://coordination-defense-sante.org/wp-content/uploads/2017/08/Remise-en-cause….pdf
Mais elle demeurera insuffisante pour résoudre les déserts hospitaliers et autres postes médicaux vacants dans tous les domaines d’exercice quelles que soient les spécialités.
Les déserts médicaux ne sont pas qu’en zone rurale ou dans les quartiers défavorisés des grandes villes, ils sont aussi dans nos hôpitaux y compris psychiatriques (plus de 40% de postes vacants) et c’est l’argument principal des fermetures de service en hôpital local, en centre hospitalier et même en CHU ! Les postes vacants sont aussi en nombre en PMI, en médecine scolaire et universitaire, dans les CMP, en médecine du travail, en santé publique… sans compter le manque de spécialistes pour les soins de proximité ambulatoires (dermatologie, pédiatrie, ophtalmologie, gynécologie, psychiatrie…)
Il faut donc résoudre la mauvaise répartition des médecins tant celle des spécialistes que celle des généralistes.
La moindre contribution en remerciement des études payées par la société, de la part de nos jeunes collègues, serait d’accepter une mission de service public de 2 ou 3 ans, généralistes, comme spécialistes et il n’y aurait ainsi aucune discrimination par l’argent comme c’est le cas actuellement avec les bourses données à ceux qui acceptent d’aller s’installer quelques années dans les déserts médicaux.
La solution c’est un clinicat-assistanat pour tous, en fin d’internat, obligatoire pour les futurs généralistes et les futurs spécialistes. Ainsi seront rapidement résolus déserts médicaux dans les quartiers et en milieu rural, mais aussi les 40% des postes vacants surtout dans les hôpitaux généraux, en PMI, en médecine scolaire, dans les CMP, en médecine du travail…. Les postes pourraient être partagés (assistants partagés)pendant les 3 années entre gros et petits hôpitaux , entre villes et milieu rural., entre Hôpital général ou CHU et PMI ou CMP, ou centre de santé et maison de santé, ou médecine scolaire, ou médecine du travail…Il faut résoudre l’ensemble des postes vacants avec une seule solution et chacun ne tirera plus la couverture à lui. Il n’y aura plus de ségrégation entre étudiants de milieu modeste acceptant une bourse pour aller en désert médical et les autres mieux nantis. Il n’y aura plus de lutte entre territoires de santé pour s’accaparer les quelques généralistes qui bien souvent ne resteront pas une fois les aides taries. C’est une excellente façon de découvrir autre chose que la ville universitaire et de prendre goût à une toute autre qualité de vie, et donner envie de la partager après son assistanat, comme moi Toulousain quand je suis arrivé en 1970 sur Albi pour mon internat de région sanitaire. J’y suis resté et je m’en félicite.
En qui concerne les articles du jour, il s’agirait d’assistanat partagé entre Hôpitaux généraux , et centres de santé public ou maisons de santé libérales.
Cependant, améliorer l’accès au médecin généraliste, que ce soit en centre de santé public ou en maison de santé libérale pluri-disciplinaire, cela restera insuffisant pour améliorer l’accès aux soins de tous dans nos territoires. Il faudra recréer les services fermés dans nos hôpitaux (urgences, lignes SMUR, soins intensifs, chirurgie, maternités…). Mais aussi à ALbi réouvrir les lits fermés de longue durée (USLD), le service de soins de suite et de réadaptation, recréer les services indépendants de neurologie et de cardiologie..Il faut aussi réintroduire les spécialités abandonnéesdans nos hôpitaux (par exemple à Albi, l’endocrinologie-diabétologie, l’urologie, la stomatologie, l’ophtalmologie, la chirurgie dentaire… Au Bon Sauveur réouvrir le laboratoire du sommeil, le CMP de Réalmont, les lits fermés en milieu ouvert et fermé…Il faut supprimer les dépassements d’honoraires dans les cliniques lucratives pour toutes les familles en difficulté, ainsi que tous les forfaits et franchises, y compris les 15€ au service des urgences.
-Vers un 100% santé, ou une assurance santé universelle
Il faut restructurer la sécurité sécurité sociale pour la faire évoluer ves un 100% santé. Martin Hirsch (Directeur général de l’APHP) et Didier Tabuteau (Chaire santé de SciencesPo) avaient proposé en 2017 une assurance santé universelle (https://www.lemonde.fr/idees/article/2017/01/14/creons-une-assurance-maladie-universelle_5062590_3232.html). On peut passer par une première étape en copiant le sytème en vigeur en Alsace-Moselle Ce dernier intègre l’assurance complémentaire dans l’assurance maladie, ce qui permet un reste à charge beaucoup moins élevé, des cotisations 30% moins élevées, une meilleure couverture et cerise sur le gâteau, un régime équilibré. Les complémentaires seraient cantonnées à des actions de prévention, d’ éducation sanitaire et de soins de conforts. C’est exactement l’inverse du 100% santé de macron (véritable escroquerie intellectuelle) qui soustrait l’essentiel du remboursement des prothèses auditives et dentaires, ainsi que des lunettes, du champ de couverture de l’assurance maladie en le confiant aux complémentaires, le résultat étant l’augmentation de plus de 4% de nos cotisations mutualistes en 2021 !
Il ne manque plus que la volonté politique pour inverser une mécanique allant tout droit vers un clivage « médecine des riches et médecine des pauvres », avec des territoires abandonnés.
Editorial La dépêche 22 Février 2020

Sortir des déserts
L’édito du jourPublié le 22/02/2021 à 05:10
https://www.ladepeche.fr/2021/02/22/sortir-des-deserts-9387148.php
Ce n’est pas la première fois que l’on parle des « déserts médicaux ». Ces dernières années, ces territoires où les patients doivent parcourir plus d’une dizaine de kilomètres avant de trouver un médecin généraliste, ou souffrir de délais indécents pour obtenir un rendez-vous médical chez un spécialiste, ont souvent fait la une de l’actualité. Dénoncés par les élus locaux et les populations promptes à se mobiliser pour défendre ici un hôpital de proximité ou une maternité, là se mettre en quatre pour attirer un jeune médecin, les déserts médicaux agacent tout autant le corps médical qui déteste cette appellation, lui préférant l’expression d’« inégalités territoriales » en santé, certes plus juste mais qui reflète moins les difficultés des zones rurales.
Ces dernières, en effet, se sentent oubliées et injustement traitées comme le montre la dernière enquête sur le sujet de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), qui alerte tant sur d’importantes disparités géographiques que sur le manque criant de médecins dans certaines zones où vivent des populations isolées et de plus en plus âgées.
Le constat n’est pourtant pas nouveau et les gouvernements ont tous tenté d’y remédier en adoptant plusieurs lois ces quinze dernières années : de la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) de 2009, au Plan territorial d’accès aux soins de 2017 qui s’insère dans le Plan Ma Santé 2022, en passant par le Pacte Territoires-Santé de 2012… Des plans qui n’ont, d’évidence pas atteint leur objectif. « La fracture sanitaire continue de s’accroître entre les territoires. Les déserts médicaux concernent aujourd’hui une commune sur trois » s’alarme un rapport sénatorial publié fin janvier, qui souligne que « la situation française apparaît plus dégradée que dans d’autres pays de l’OCDE, avec une densité médicale dans les zones rurales françaises plus faible que la moyenne ». « Les tentatives d’ajustement de la répartition des professionnels de santé, en particulier des médecins, se heurtent à de fortes oppositions et le principe de liberté d’installation est insuffisamment mis en regard du principe d’égal accès aux soins et de la notion d’intérêt général », tacle le Sénat.
Le Ségur de la Santé l’été dernier a promis de donner les commandes aux territoires pour apprécier au plus près du terrain leurs besoins en santé et préparer les décisions d’investissement. Reste à espérer que dans un secteur de la santé très centralisé et bousculé par l’épidémie de Covid, il ne s’agisse pas là d’un énième vœu pieux, car on ne peut plus attendre…Philippe RiouxVOIR LES COMMENTAIRES
CARTE. En France, le monde rural en proie à une pénurie de médecins
La problématique des déserts médicaux s’aggrave en France, selon une nouvelle étude. Photo AFP archives
Santé, Société, France – MondePublié le 22/02/2021 à 06:31 , mis à jour à 14:17
l’essentiel
Une « Étude sur la santé en milieu rural » publiée par l’Association des maires ruraux de France (AMRF) dénonce l’aggravation des déserts médicaux.
La phrase de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) se veut volontairement percutante : « 10 millions d’habitants vivent dans un territoire où l’accès aux soins est de qualité inférieure à celle de la moyenne des territoires français ». Mais elle recouvre une réalité que vivent des millions de Français, dans les zones rurales et les petites villes, et que vient de mettre en exergue une nouvelle étude réalisée par l’AMFR.
Cette « Étude sur la santé en milieu rural », publiée en janvier dernier, dresse un panorama inquiétant quant à la présence de médecins dans ce que l’on appelle « les territoires ». Face à la pénurie de médecins, « le monde rural est en première ligne » estime l’AMRF, qui avait précédemment publié une étude sur les inégalités hospitalières et une autre sur le creusement des inégalités d’espérance de vie.
Deux fois moins de spécialistes pour 1 000 habitants
L’association tire le signal d’alarme face à une aggravation de la situation. « Alors que la population augmente et notamment celle des personnes âgées, la croissance du nombre des médecins ne permet plus de suivre la demande et l’on assiste à une stagnation de la densité médicale à partir des années 2000.
Quelle que soit la catégorie de médecin, la densité (pour 1 000 habitants) est systématiquement inférieure à la campagne par rapport aux territoires hyper-urbains. On compte par exemple plus de deux fois moins de spécialistes pour 1 000 habitants dans les départements hyper-ruraux », déplore l’AMRF qui a fait les comptes. Sur 3 827 cantons, 91 étaient dépourvus de médecins en 2010 ; 148 le sont en 2017, soit 62 % d’augmentation. 3 062 cantons soit 80 % du total ont vu baisser leur densité médicale et dans 1108, soit 30 %, elle a baissé de plus d’un tiers.

L’étude montre qu’en milieu rural, plus de la moitié des médecins a aujourd’hui plus de 55 ans ; des docteurs qui peinent souvent à trouver des successeurs. Notamment car il existe une tendance marquée à la concentration des jeunes médecins dans les départements urbains.
L’AMRF pointe également de très fortes disparités géographiques entre le nord du pays, très touché par des pénuries, parfois sur des régions entières, et le Sud, où les écarts par rapport à la moyenne sont positifs. L’Occitanie peut ainsi s’estimer préservée mais en analysant les bassins de vie, on constate qu’il y a des zones en grande souffrance (nord du Lot, ouest de l’Aveyron, Ariège, Aude, Lozère…).

Plus de médecins
« On a longtemps pensé que l’augmentation du nombre de médecins permettrait leur établissement en tout point du territoire. Les effets régionaux escomptés n’ont pas été au rendez-vous. Seuls les départements sièges et encore surtout les villes sièges et leur proche périphérie ont bénéficié de ces implantations censées rééquilibrer les densités régionales », explique l’étude, qui souligne aussi le rôle de rééquilibrage joué par les médecins généralistes salariés qui, souvent, sont employés dans les hôpitaux de proximité. « Grâce à leur présence ils évitent l’aggravation des déserts médicaux mais on sait que dans ces établissements 30 à 50 % des postes sont vacants », indique l’AMRF.
A lire aussi : CARTES. Habitez-vous dans un désert médical ? Découvrez-le dans nos cartes d’Occitanie et de Nouvelle-Aquitaine
Un des défis des zones rurales est donc d’attirer des médecins. Pas évident car l’étude montre qu’ »il existe une tendance de plus en plus marquée à la concentration des jeunes médecins dans les départements urbains ou composites où elle a doublé entre 2012 et 2020″.
Les collectivités territoriales se mobilisent pour inverser cette tendance, créant des maisons de santé qui peuvent accueillir plusieurs médecins et un secrétariat afin d’assurer d’un côté une présence permanente pour les populations et de l’autre éviter aux médecins de jongler avec des plannings compliqués et des journées à rallonge qui laissent peu de temps pour la vie privée.
Le Ségur de la Santé
L’étude de l’AMRF rejoint d’autres enquêtes d’associations d’élus sur ces problèmes comme l’Association des petites villes de France (APVF), qui a fait plusieurs propositions (maintien des hôpitaux de proximité, création de « territoires prioritaires de santé », etc.). François Baroin, président de l’Association des maires de France (AMF), appelait lui à un « big bang médical territorial ».
Le Ségur de la Santé, l’été dernier, a entériné une nouvelle vision. « Nous voulons que dorénavant les territoires soient aux commandes, en associant étroitement les élus régionaux, départementaux, intercommunaux et les maires, à l’appréciation des besoins en santé et aux décisions d’investissement » déclarait Olivier Véran, ministre de la Santé, annonçant une série de concertations.
Philippe Rioux
Déserts médicaux : en Ariège, les cellules grises mobilisées pour les blouses blanches
Le constat n’est pas nouveau : le nombre de médecins baisse en Ariège. Mais il ne s’agit pas d’une dégringolade, sauf dans certaines spécialités. Photo DDM, illustration.
Santé, Hôpital, AriègePublié le 06/02/2021 à 05:11 , mis à jour à 10:24
l’essentiel
Des chiffres inquiétants, qui confirment les tendances constatées depuis plusieurs années dans notre département, ont été diffusés dans une enquête de l’association des maires ruraux de France. Sur le terrain, de nombreuses initiatives tentent de limiter l’érosion médicale.
« Vous reprendrez bien un peu de désert ? » : c’est le titre impertinent et provocateur de l’étude publiée ce jeudi par l’Association nationale des maires ruraux de France, et qui pointe quelques départements où le désert (médical) avance. Parmi eux, l’Ariège.

Les chiffres ne mentent pas : la pyramide des âges n’est pas favorable. Depuis dix ans, les départs à la retraite des médecins se sont accélérés. 20% d’entre eux seront en âge de quitter leur blouse blanche dans les cinq ans. Il y avait 390 praticiens inscrits sur le tableau de l’ordre des médecins en 2016 (238 généralistes et 150 spécialistes). Ils sont 379 en activité aujourd’hui.
La chute n’est donc pas vertigineuse, même si certains cantons sont plus mal lotis que d’autres, comme en témoignent les données rendues publiques par l’AMRF.

La basse Ariège mal lotie en spécialistes
Les difficultés se rencontrent au nord du département, dans les zones plus peuplées de la basse Ariège. Et elles concernent plus particulièrement les spécialistes. Ophtalmologie, cardiologie, cancérologie figurent parmi les disciplines en tension.
« Ariège, Lot, Gers… Plusieurs départements sont dans cette situation, confirme Norbert Meler, maire de Foix, président de l’association des maires de l’Ariège. Que peut-on dire ? D’abord, le constat est exact. Ensuite, la formation des médecins, le Numerus Clausus, les conditions de travail qui ont changé au fil du temps – les médecins d’autrefois étaient des extraterrestres, ceux d’aujourd’hui ont des rythmes de vie différents – tout cela fait qu’il y a un manque. Les territoires ruraux sont directement touchés. Ce constat, on le fait tous ».
Christine Téqui le confirme : « Nous sommes dans le cas de nombreuses zones rurales, et même de zones périurbaines, souligne la présidente du conseil départemental. Il y a des réponses, comme la mise en place des maisons de santé, qui regroupent différents professionnels. Il faut les conforter en renforçant le lien ville-hôpital ».
Sur le terrain, de nombreuses expérimentations
L’inquiétude des élus débouche souvent sur des initiatives locales, dont beaucoup sont couronnées de succès. Comme à Lavelanet, par exemple. Soutenu au départ par cinq communes (elles sont huit aujourd’hui), le centre municipal de santé Ambroise-Croizat, créé au moment où se profilaient les départs à la retraite de deux médecins généralistes, compte aujourd’hui deux praticiens à temps plein, dont une jeune docteur venue de région parisienne. Cette création a empêché le départ vers Pamiers d’un second praticien. Un troisième prend en charge, à mi-temps, des consultations à Bélesta. Les médecins sont salariés. Et le centre a accueilli 1 200 patients l’an dernier.
Du côté de Quérigut, une collaboration avec le centre médical d’Axat, dans l’Aude, a rendu possible des permanences régulières, après le départ à la retraite du docteur Christian Valéro. Une praticienne britannique a pris sa succession.
Une organisation à l’échelle des territoires
Et les stratégies s’affinent. Norbert Meler, maire de Foix et président de l’association des maires de l’Ariège, refuse-le « chacun pour soi », et prône des organisations à l’échelle des territoires. L’élu fonde beaucoup d’espoirs sur les communautés professionnelles territoriales de santé, un outil de réflexion et d’organisation de l’offre de soins. Des contacts sont noués, dans la vallée de l’Ariège, entre différents élus, pour faire avancer cette idée. De son côté, le conseil départemental n’envisage pas le recrutement de médecins qui auraient le statut de fonctionnaires territoriaux – « Un choix fait par certains départements », fait remarquer la présidente Christine Téqui – mais veut éviter la rupture entre médecine de ville et médecine hospitalière. « Cette nécessité nous a amenés à proposer au Chiva de faire des recrutements mixtes entre le secteur hospitalier et le milieu libéral. Ce qui a été le cas, et nous devons nous revoir sur le suivi de ce dispositif », prévoit Christine Téqui, qui conclut : « Mais on ne s’interdit pas de voir ce qui se fait ailleurs ».
REPORTAGE. Dans les Hautes-Pyrénées, la jeunesse à la relève pour faire face à la pénurie de médecin
Le Dr Adrien Traissac dans les Hautes-Pyrénées. Photo DDM, Pierre Challier – Picasa
Santé, Maubourguet, Hautes-PyrénéesPublié le 22/02/2021 à 06:30
l’essentiel
Le village de Maubourguet (Hautes-Pyrénées) a vu arriver il y a peu le Dr Adrien Traissac, 33 ans. Celui-ci raconte son installation, et la place qu’il a dû se faire sur ce territoire qui fait face à une pénurie de médecins.
À l’accueil, le téléphone décourage toute tentative de conversation. Christine Tachousin s’excuse, décroche. « Oui Marion “de la maison de retraite “, que t’arrive-t-il ma belle ! ? Ah. Trois personnes pour le Dr Perez donc… » Combiné coincé sur l’oreille, elle rend en même temps sa carte Vitale à Josette, note son « rendez-vous dans un mois » et reçoit du geste une maman avec ses deux enfants pour enchaîner déjà sur un autre appel. « Cabinet médical, ne quittez pas ».
Limitation Covid oblige, la salle d’attente déborde sur le perron. Secrétaire médicale depuis 20 ans et la plus ancienne du lieu, Christine constate : « Il y a énormément de gens sans médecin traitant. Je m’en rends compte tous les jours avec huit à dix appels de personnes dont le praticien est parti à la retraite sans successeur… »
Contexte de « désertification »
Ici ? On est à Maubourguet, une trentaine de kilomètres au nord de Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées. Et selon la cartographie du manque de médecins dans le monde rural, l’écart de densité locale par rapport à la moyenne nationale sur cet axe du Val d’Adour oscillait de – 25 % à – 87 % en 2019. Le contexte de « désertification » dans lequel s’est installé le Dr Adrien Traissac, 33 ans, « le 14 juillet 2017, pile pour prendre la garde », sourit-il derrière le masque…
Carrure d’ancien pilier sous la blouse du soignant, registre « carré et rassurant », il a commencé ses études à Nantes avant de finir son internat à Paris « aux urgences de l’hôpital Necker-Enfants malades », précise-t-il, avant de revenir au paysage local. « À la pleine époque, il y avait 10 médecins sur le secteur Maubourguet / Madiran / Castelnau-Rivière-Basse et jusqu’au Gers, vers Marciac. Départs en retraite, choix de réduire l’activité en fin de carrière, décès… Au plus dur de 2020, on ne se comptait plus que trois dont deux pour ce cabinet où nous étions cinq à mon arrivée et, concrètement, je me suis retrouvé seul face aux attentes de trois des patientèles restées sans médecin. Comme je ne pouvais pas reprendre 100 % des patients alors que j’en avais déjà 300 à 400, le plus difficile a été de devoir apprendre à dire « non » pour garder de la disponibilité et une réelle qualité de soins », explique-t-il.
Une patientèle âgée
Diabète, cardiopathologies, cancers, maladies rénales… « 29 % de notre patientèle a plus de 65 ans et la majorité des patients souffre donc d’affections chroniques, ce qui implique suivi et renouvellements de traitement. Avec en moyenne une trentaine de consultations par jour, le souci, ce sont les visites à domicile aux personnes âgées plus ou moins grabataires, demandant de plus en plus de disponibilité alors qu’on en a de moins en moins et qu’on essaie de garder des créneaux pour les urgences au quotidien… ». Construire la confiance et l’attachement au nouveau médecin de famille quand on succède à ceux qui avaient vu naître, grandir et vieillir ces patients jusqu’à devenir leur confident : travail patient aussi pour le Dr Traissac… « C’est une chance d’avoir un jeune praticien, surtout dans mon cas car il est au courant de tout ce qui vient de sortir et aujourd’hui je repars guilleret », sourit Lionel, 61 ans, souffrant d’un « double cancer ».
« On manque de médecins parce qu’on n’en a pas formé assez », déplore à Tarbes le Dr Jean-François Millet, président du conseil départemental de l’Ordre.
Côté ville-préfecture, « nous sommes passés de 50 généralistes à 26 entre 2013 et 2020 et sur les Hautes-Pyrénées, de 201 à 161 depuis cinq ans », résume-t-il. Mais le problème c’est aussi « le manque d’attractivité de la médecine générale dans une société qui a évolué », analyse-t-il.
Beaucoup d’heures
L’époque cliché où LE docteur restait joignable 7 J/7, 24 h/24 est révolue. « Dans un couple, chacun a son travail et ses contraintes aujourd’hui. On veut aussi du temps pour ses enfants et pour soi. Faire venir un médecin dans une commune rurale, c’est aussi le casse-tête de pouvoir proposer un emploi au conjoint et un environnement socio-culturel intéressant. Mais au-delà, le prix de la consultation à 25 € dissuade également les vocations. Une fois retirés frais et cotisations, restent 10/12€. Quand on est seul, il faut faire beaucoup d’heures pour avoir un salaire décent après 10 ans d’études », note-t-il. Alors institutions et collectivités locales s’organisent pour pallier ces handicaps, garantir un cadre et un revenu favorables, à l’instar de Maubourguet où le cabinet médical compte de nouveau quatre médecins depuis… mercredi.
Dernière arrivée après les Dr Perez-Padilla et Vettorel, le Dr Marie-Hélène Grassaud, 34 ans, faisait des remplacements. « Mais j’avais besoin de me poser et je préfère le milieu rural. Suite à un échange avec une sage-femme, j’ai eu le numéro de téléphone de Frédéric Ré, président de la Communauté de communes », explique-t-elle et « la dynamique sur le territoire, avec tous les autres professionnels m’a intéressée. Comme le Dr Traissac, j’avais aussi signé un CESP, un contrat d’engagement de service publique » (1).
« Ce qui m’a fait choisir Maubourguet, c’est que la Communauté de communes – propriétaire des locaux – a pris le problème de la santé à cœur et qu’il y a aussi une véritable dynamique entre élus locaux et médecins du territoire avec Rabastens et Vic. Et puis, jeune médecin, je n’avais pas envie d’être « patron » à gérer seul mon cabinet : on m’apportait ici une solution « clés en main », confirme le Dr Traissac, soulignant « la bonne entente » avec les autres professionnels de santé partageant les locaux du cabinet, infirmières, kiné, ostéopathe, psychologue, orthophoniste ou dentiste. « L’une des raisons pour lesquelles les jeunes veulent se regrouper dans une même structure, c’est que cela permet de recréer des conditions proches de l’hôpital », explique le Dr Millet. « On sait qu’on ne va pas être seul à se battre », conclut le Dr Traissac.(1) Créé en 2009, le CESP accorde une allocation mensuelle aux étudiants en médecine dès la 2e année. En échange, ceux-ci s’engagent, pour un nombre d’années égal à celui durant lequel ils auront perçu l’allocation et pour 2 ans minimum, à s’installer dans une zone où la continuité des soins est menacée. Pierre ChallierVOIR LES COMMENTAIRES
#MédecinDemain : l’opération insolite de l’ARS Occitanie pour sensibiliser sur la pénurie de médecins
https://www.ladepeche.fr/2021/02/21/medecindemain-loperation-insolite-de-lars-occitanie-pour-sensibiliser-sur-la-penurie-de-medecins-9386648.php
La maison de santé de Souillac dans le Lot. DDM
Santé, Occitanie, Téléphonie – InternetPublié le 22/02/2021 à 06:30
l’essentielUn hashtag pour faire venir de jeunes médecins dans la région ? L’Agence Régionale de Santé l’a fait. La structure a lancé #MédecinDemain pour faire découvrir l’exercice de la médecine dans les territoires prioritaires de la région.
L’Agence régionale de Santé d’Occitanie, en partenariat avec l’Assurance Maladie et les facultés de Médecine de Montpellier-Nîmes et Toulouse, a lancé une opération originale : #MédecinDemain. Celle-ci a pour objectif de faire découvrir aux jeunes professionnels (étudiants en médecine générale ou professionnels en exercice) l’exercice de la médecine dans les territoires prioritaires de la région.
« L’attractivité médicale de tous nos territoires est notre défi collectif. #MedecinDemain, c’est une invitation lancée à nos futurs médecins, pour leur donner envie de s’installer dans nos territoires où l’accès aux soins est prioritaire. C’est un rendez-vous que nous leur proposons ici en Occitanie », expliquait alors Pierre Ricordeau, directeur général de l’ARS Occitanie.
Cette démarche a commencé en 2019 lorsque l’ARS a mobilisé l’ensemble des forces vives pour « identifier et partager l’ensemble des dispositifs de soutien à l’attractivité médicale mais aussi poser les fondations d’une démarche plus collaborative. Des instances de concertations et de coordination ont été mises en place, au niveau départemental et régional, afin de partager l’information dans la durée et de coordonner les actions. Un temps fort de rencontre et d’information à destination des internes et des étudiants en médecine devait être organisé en mars 2019 », précise l’ARS.
Partage d’expérience
Des témoignages, des tables rondes, des rencontres avec des médecins du terrain exerçant en zone rurale ont permis aux futurs médecins de remiser les clichés et parfois d’appréhender une réalité qu’ils ne soupçonnaient pas.
Épidémie de Covid-19 oblige, l’ARS s’est adaptée pour poursuivre le dispositif en virtuel. Depuis juin, le site internet de l’ARS permet ainsi aux futurs médecins d’accéder à des tables rondes en visioconférences, de consulter de nombreux témoignages de médecins récemment installés, de découvrir les informations sur les dispositifs d’aide à l’installation et à l’exercice, mais aussi des offres d’emploi…Robin Serradeil
Déserts médicaux : le Lot-et-Garonne propose une charte de non-concurrence entre ses communes pour attirer les médecins
Face à la problématique de la désertification médicale, le Département de Lot-et-Garonne voudrait que les communes commencent déjà par ne pas se faire concurrence entre elles. DDM
Santé, Lot-et-Garonne, PolitiquePublié le 22/12/2020 à 12:22 , mis à jour le 23/12/2020 à 07:41
l’essentielFrappé par la question de la désertification médicale, le département rural de Lot-et-Garonne voudrait que les collectivités locales jouent collectif sur le sujet. La concurrence fait parfois rage entre communes pour attirer de nouveaux médecins. C’est la raison pour laquelle le Département voudrait faire adopter une charte de non-concurrence. C’est la première du genre en France.
La question de la démographie médicale est depuis de longues années, déjà, sur la table des collectivités locales en Lot-et-Garonne. Et bien qu’elle ne relève pas directement de ses compétences, le Conseil départemental s’implique fortement sur le sujet depuis 2009, notamment à travers la Commission départementale de la démographie médicale (Coddem) et les aides accordées pour la création de maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP). Il n’empêche, la désertification des professionnels de santé guette toujours les campagnes lot-et-garonnaises. Cela explique la décision prise par la majorité départementale et adoptée à l’unanimité de mettre un million d’euros de plus pour de nouvelles actions. Mais cette question n’est pas qu’affaire d’argent comme l’a compris la présidente du Département, Sophie Borderie, qui s’étonne depuis plusieurs semaines de la concurrence forcenée entre territoires, qui ne se fait plus seulement en externe, mais aussi de façon intradépartementale.
En concertation avec les associations des maires
Pour tenter de limiter la concurrence entre territoires, elle a donc décidé l’élaboration, en concertation avec l’association des Maires de Lot-et-Garonne, l’association des Maires ruraux de Lot-et-Garonne et les communautés de communes et d’agglomération, d’une charte de bonnes pratiques visant à poser le principe du refus de concurrence entre territoires lot-et-garonnais en matière de démographie médicale. Cette charte (voir pièce jointe) doit acter l’unité des élus locaux sur ce sujet face aux pratiques de certains cabinets de recrutement ou de particuliers qui s’apparentent à du mercenariat. L’objectif étant que le Département, en partenariat avec ces associations, invite courant janvier l’ensemble des maires du Lot-et-Garonne à approuver cette charte sous forme, par exemple, du vote d’une motion ou d’une délibération en conseil municipal. On soulignera que cette initiative est unique en France à un niveau départemental.
La charte d’engagement que le Département de Lot-et-Garonne souhaite faire adopter par les communes
Cette charte de non concurrence se concrétise par l’engagement de chacun des signataires à : s’inscrire dans le projet territorial de santé et la démarche de marketing territorial de son territoire et mutualiser sa démarche de recherche de professionnels de santé au sein de ces dynamiques (projets des aires de santé, CPTS, etc.); établir la règle selon laquelle le salaire et le type de contrat proposé aux nouveaux médecins devront être identiques entre les communes et y adhérer (par exemple les coûts de loyer au sein des MSP, les avantages au moment de l’installation en termes de mises à disposition de locaux professionnels ou privés, etc.); ne pas « débaucher » un médecin d’un territoire signataire ou encore à ne pas mettre en place d’avantages financiers pour aider à l’installation;
Elle s’inscrit donc autour de deux grandes obligations :
. Celle de solidarité
. Celle de non concurrence
Même si cette charte ne revêt légalement qu’une portée symbolique :
Elle souligne qu’en termes de démographie médicale, les collectivités locales ont un rôle à jouer mais qu’elles ne peuvent se substituer à l’Etat qui doit rapidement prendre les mesures nécessaires à la présence de professionnels de santé partout sur le territoire national. Elle souligne qu’en matière de démographie médicale, les élus locaux agiront en solidarité, en responsabilité, en complémentarité et en cohérence pour, à leur niveau, permettre aux habitants de leur territoire de disposer de services publics essentiels Elle représente un acte fort soulignant la nécessaire unité des élus locaux face aux pratiques de certains cabinets de recrutement ou de professionnels qui s’apparentent à du mercenariat.
ENGAGEMENT DES SIGNATAIRES
OBLIGATION DE SOLIDARITE
1. Les signataires s’engagent à :
• prendre connaissance et s’inscrire dans la dynamique portée par son territoire en matière de
démographie (par exemple conseil communautaire); échanger et à s’entraider mutuellement dans leurs démarches de recherche de professionnels de santé et d’autre part à respecter cette charte dans son intégralité.
2. Les signataires apporteront une attention particulière aux préconisations et recommandations de la
Commission départementale de la démographie médicale visant à favoriser la mise en place d’une approche concertée, équitable et cohérente en matière d’offre de soins et d’équipements.
OBLIGATION DE NON CONCURRENCE
3. Les signataires s’engagent à :
• envisager toute approche territoriale relative à la démographie médicale sur la base des EPCI
(Cf. les 5 contrats locaux de santé existants) et à fédérer les initiatives de leur commune autour
du projet territorial existant, mutualisant les ressources du dit territoire ;
• ne pas démarcher, détourner ou tenter de démarcher ou de détourner, les médecins installés
dans un périmètre de trente kilomètres, au profit de leur commune ou pour le compte d’une autre commune proche, sans échange et accord préalable des élus de ce périmètre. Cette obligation de non concurrence s’applique également pour toute embauche d’un médecin salarié dans le cadre d’une activité de soins et prescriptive. A ce titre, il sera proposé au médecin salarié embauché, ou en instance de l’être, un même contrat type éventuellement inspiré de celui des centres de santé, la rémunération du médecin salarié se fera selon une grille tarifaire identique.
4. Les signataires s’obligent à :
participer à une démarche commune (EPCI, département) de marketing territorial et le cas échéant à potentialiser des recrutements inter EPCI (exercices mixtes, salariat, libéral, participation des établissements hospitaliers); ne pas faire de surenchère vis à vis de tout médecin ayant été préalablement en négociation avec le représentant d’une commune située dans le périmètre défini dans la présente charte; ne pas proposer d’avantages ou mesures attractives manifestement disproportionnés au regard des indicateurs socio-économiques locaux.

Un avis sur « La problématique des déserts médicaux s’aggrave en France (Commentaires Dr Jean SCHEFFER) »